CHAPITRE U. — SYSTÈME DÉFENSIF DE U FRANCE. — FRONTIÈRE BU NORD
troupes réunies au camp de Famars, ni parles tentatives décousues qu'où fît pour les secourir. Les alliés, maîtres de ces places, au lieu de marcher en une seule masse sur Paris, divisèrent leurs forces : au centre Cobourg avec une centaine de mille hommes dut continuer le siège des places avant de pénétrer plus avant, pendant qu'à droite les Anglais, sous le duc d'York, allaient chercher à s'emparer de Dunkerque qui a toujours excité l'envie de nos voisins d'outre-Manche, et qu'à gauche l'armée qui avait repris Mayence, se disposait à pénétrer en Alsace.
Au centre, Cobourg s'empara du O^esnoy, malgré les efforts des garnisons de Cambrai, de Landrecies, de Maubeuge, pour faire lever le siège; puis, il vint assiéger Maubeuge, bloquant en même temps les deux divisions campées sous les murs de la ville, qui ne servirent qu'à épuiser les vivres. Heureusement les diversions tentées par l'ennemi sur les ailes ne réussirent pas : Hoche, vainqueur à Wissembourg, débloqua Landau, et Houchard délivra Dunkerque par la victoire de Hondschoote, dont il ne sut pas tirer parti pour anéantir l'armée anglaise ; battu àCourtrai, il alla comme tant d autres porter sa tête sur l'échafaud. Jourdan, qui lui succéda, fut chargé de débloquer Maubeuge, après avoir réorganisé et concentré l'armée ; c'est ce qu'il fit en gagnant la bataille de Waltignies. L'hiver suspendit les hostilités sur toute la frontière du nord, et le quartier-général français fut établi à Guise, au centre de nos positions qui couvraient la route de l'Oise.
Au printemps de 179i, le prince de Cobourg, qui avait concentré ses ti-oupes vers Mons, semblait, à la tête de forces si imposantes, devoir faire une trouée jusqu'au centre de la France; mais il se contenta d'assiéger Landrecies, reprenant ainsi les projets et les erreurs du prince Eugène. Plusieurs attaques décousues, faites par des divisions isolées sur les lignes ennemies dans le but de faire lever le siège, furent repoussées, et la ville capitula après six jours de bombardement. Carnot ne pouvant débusquer l'ennemi de front, se décida à manœuvrer par les ailes. Pichegru, à la tête de l'armée du Nord, dut envahir la Flandre-Maritime, pendant que l'armée des Ardennes, franchissant la Sambre, se porterait sur Mons et sur Namur, de manière à menacer les communications de l'ennemi. Plusieurs victoires de Pichegru forcèrent, en effet, Cobourg à se reporter en arrière vers Tournay. Sur la Sambre, l'armée des Ardennes eut d'abord à subir trois échecs en voulant franchir la rivière, Jourdan se porta à son secours avec l'armée de la Moselle ; ces troupes prirent le nom d'année de Sambre-et-Meuse qu'elles devaient illustrer. Elles échouèrent d'abord dans une quatrième tentative de passage; mais enfin, un cinquième efiort fut couronné de succès et fut suivi de la c^ipitulation de Charleroi, au moment même où Cobourg arrivait avec toutes ses forces au secours de cette ville. La victoire do Fleurus eut pour conséquence la conquête de la Belgique, et l'armée de Sambre-et-Meuse se réunît à Bruxelles avec l'armée du Nord. Les quatre places que l'ennemi nous avait enlevées : Condé, Valenciennes, Le Quesnoy et Landrecies furent bientôt reprises. A l'automne, Jourdan, ne commettant pas, comme Dumouriezy la faute de laisser à l'ennemi le temps de se réorganiser, nous assura la posses*
tfO LIVRE II. — LA FRANGE.
sion de la Belgique, en ballant l'armée aulrichicnne sur la Roér et en la rejetant au-delà du Rhin. Pendant Thiver, Pichegru conquilla Hollande.
Comme on le voit, il y a beaucoup d'analogie entre les attaques et les fautes des ennemis à celle époque et les événements de la guerre de la Succession.
En 1814, la coalition ne. retombait pas dans les mêmes errements, et. sans se soucier de toutes nos forteresses, elle se contentait de les masquer et pénétrait droit au cœur de la France ; il est vrai que les circonstances étaient bien changées et que nos places du noi-d, ne se trouvant plus sur la limite de notre territoire, n'avaient été ni réparées, ni armées, ni approvisionnées ; aussi Tennemi n'avait-il plus les mêmes craintes de les laisser sur ses derrières.
4* SECTEUR ; de la Sambre à. la Meuse. — Le quatrième secteur est compris entre la Sambre et la Meuse. Sur la Sambre se trouvent les deux places dont nous avons déjà parlé, Haubeugeet Landrecies; sur la Meuse, Givet, Méziéres, Sedan et Verdun; dans l'intervalle, Rocroy. Avesnrs est aujourd'hui déclassée; nous avons perdu, en 1815, Philippeville et Manenbovrg^ avec la plus grande partie de la forêt des Ardennes, en sorte que le territoire belge fait une saillie Irès-granJe sur le nôtre, ce qui nous éloigne de la basse Sambre et empêche toute communication directe entre Maubeuge et Givel.
En nous enlevant ces places, créées par Louis XIV, pour couvrir l'espace entre la Sambre et la Meuse, l'élat-major prussien avait pour but do réduire à néant la fi-onlière de Vauban et de découvrir la vallée de l'Oise qui est le plus court chemin vers Paris; mais les conditions nouvelles de la guerre, l(?s chemins de fer, les canons rayés, ont en cela déjoué les calculs de la Sainte- Alliance, en même temps (jue ces transformations rendaient inutiles les beaux trcivaux de Vauban. En effet, toutes ces places que nous énumérons, sont loin d'avoir la même valeur qu*à l'époque où on les a conslruites; avec les canons actuels on fait brèche à leurs remparts à plus de 800 mètres, on jette des obus sur les villes à 4,000 mètres, et les hauteurs qu'on croyait autrefois inofTensives, à cause de leur distance, sont devenues dangereuses. Les voies de ravitaillement ont changé de nature, les chemins de fer ont remplacé, pour cet objet, les routes et les canaux : avec les gros effectifs des armées de nos jours, on ne s'attaitle plus à la guerre de places, on passe outre, en se contentant de les faire observer par des corps plus ou moins nombreux suivant leur imporUmce. Quelques mois de campagne, deux ou trois batailles, suffisent aujourd'hui pour terminer les querelles entre les nations, tant la guerre coûte cher, et tant les moyens dont elle dispose sont puissants. Les conditions de la défense sont donc changées, et le rôle des places, sans être moins important, n'est plus le même qu'autrefois. Il faut observer aussi, qu'il y a cent soixante ans, nos places étaient attaquées par des armées de 80 à 100,000 hommes au plus, et leur résistance est loin d'avoir augmenté proportionnellement aux effectifs des armées.
Les routes qui traversent la frontière entre la Sambre et la Meuse, partent de