CHAPITRE U. - STSTËME BÉFENSIF DE LA TRANGE. — FRONTIERE DD NORD
troupes défendant les Ardennes ; comme elle aussi, elle est entourée de hauteurs qui la dominent. Un décret Técent a modifié le classement de Sedan comme place forte : l'enceinte de la ville et Venceinte de Torcy ont élé déclassées et sont déjà en partie démolies ; on n'a conservé que le château de Sedan et les ouvrages qui en dépendent jusqu'à la couronne d'Asfeld située à l'ouest ; ces fortifications couronnent encore toutes les hauteurs de la rive droite de la Meuse qui dominent la ville.
A Mézières se croisent la voie ferrée de Namur, Givet, Reims, et la ligne des Ardennes ; dans la guerre de 1870, cette place aurait pu jusqu'au dernier moment nous rendre de grands services en empêchant les Allemands de se servir du chemin de fer des Ardennes, pour ravitailler leurs armées sous Paris, dans le nord ou sur la Loire, et en réduisant leur ligne de ravilaillement à la seule voie ferrée de Paris- Strasbourg exposée à être interrompue à chaque instant par des accidents analogues à la destruction du grand pont de Fontenay-sur-Moselle, hardi coup de main exécuté en janvier par une petite troupe partie de Langres. Mézières capitula le 1*' janvier après un bombardement qui détruisit la moitié de la ville, mais qui ne fit pas grand mal aux fortifications ; cette capitulation améliora la situation des armées ennemies en leur donnant une seconde voie ferrée transversale pour les mettre en communication avec le réseau allemand ; il est vrai qu'à cause des réparations à faire ils ne purent utiliser cette seconde voie qu'à partir du 21 janvier.
Places de la vallée de TOise. — L'assaillant, comme nous l'avons dit, pénètre entre l'Escaut et la Meuse pour suivre la grande voie d'invasion de l'Oise jusqu'à Paris ; là il rencontre encore quelques anciennes places qui ont bien peu de valeur aujourd'hui. Ce sont d'abord sur l'Oise le château de Guise et la place de La Fore, cette dernière au confluent de TOise et de la Serre, puis la citadelle de Laon et la place de Soissons.
Guise. — La citadelle de Guise est trop petite pour la défensive comme pour Toffensive, ses revêtements sont dominés des hauteurs voisines et elle est incapable de résister à un siège en règle.
La Fère. — La Fore est une grande place qui n'a qu'une enceinte de sûreté mal couverte par des inondations ; son rôle est de relier la ligue de l'Oise à la ligne transversale de la Somme et de couvrir les roules qui pénétrent par la vallée de rOise dans le massif boisé facile à défendre qui existe entre La Fère et Epernay, mais elle remplit fort mal ces deux buts.
Laon. — La citadelle de Laon qui occupe une position très-forte au sommet d'une colline isolée, commande les nombreuses routes et les chemins de fer qui s'y ci^oisent en avant du massif boisé dont nous venons de parler^ mais elle ne les
barro pas, car elle est entourée de plaines, et Tennemi peut passer outre en la faisant observer. Ses fortifications sont du reste si mauvaises qu'elles n'ont pas été défendues dans la dernière guerre.
Soisson». — La place de Soissons, de création toute moderne, fut munie d'une enceinte baslionnée à la suite de la campagne de ISl'i qui en avait montré toute Timportance ; elle barre la roule d'invasion la plus directe sur Paris, clic fournit une tête de pont sur l'Aisne et se lie à la défense de cette rivière et à celle des forets situées au nord. Mallieureuscment elle est dominée à bonne portée de canon et par suite n'est pas dans de bonnes conditions de défense.
r/ SECTEUR : entre la Meane et la fk*ontièpe d'AUettiag^ne. — A lest do la Meuse, la frontière est d'abord tracée au milieu dos vastes forêts des Ardennes où on ne rencontre qu'une seule grande route, celle de Bouillon à Sedan. Toutes les autres communications sont fort difficiles, le pays est très-stérile et par suite l'ennemi ne pourrait faire de ce rôle que des opérations tout-à-fait secondaires. A partir de Montmédy, les forêts s'éclaircisscnt; une route et une voie ferrée venant d'Arlon, une grande route venant de Luxembourg, se réunissent avant d'arriver en France à Longwy. Deux autres roules et un chemin de fer venant de Luxembourg pénétrent encore sur la partie du territoire de la Lorraine qui appartient maintenant à l'Allemagne, à l'ouest de la ^loselle. Le chemin de fer de Luxembourg, Arlon, Longwy, atteint à Longuyon la ligne des Ardennes qui est parallèle à la frontière, il doit se prolonger de là jusqu'à Conflans où il rejoindra la ligne de Metz, Verdun. ChAlons. Les places qui défendent cette partie de la frontière sont celles de Hézières et de Sedan sur la Meuse dont nous avons déjà parlé, Verdun situé plus au sud sur le même cours d'eau ; Montmédy et Longwy sur le Ghiers. Les places de la Moselle, Thionville et Mctz^ qui nous appartenaient avant 1870, avaient de Tinlluence sur la défense de ce secteur. Autrefois Donclicnj, Mouzon, Slcnny, Saint-Mihiel sur la Meuse, Carif/nan ci liodcinach entre la Meuse et la Moselle, Sirrck sur la Moselle, étaient munis d'enceintes et formaient des postes plus ou moins importants, mais ces places sont abandonnées et délaissées depuis longtemps.
LeChiers, Montmédy et Lon^i^-y. — Les principaux obstacles en arrière de cette frontière sont d'abord les épaisses forêts des Ardennes, puis au débouché de ces bois la ligne continue formée par la Meuse, de Mézières à Sedan, et au-delà par le cours du Cliiers jusqu'à Longwy. Cette ligne qui n'a que peu de valeur surtout au-delà de Montmédy où le Ghiers peut être traversé à gué presque partout, est soutenue par les places de Mézières et de Sedan, parla petite place de Montmédy composée de deux parties : Medy Iiaul bien fortifié sur un rocher qui domine la vallée de 67 mètres, et ilédy bas qui n'a qu'un simple mur, enfin par Longwy, petite place 4ui bdrre également la voie fen*ée venant du Luxembourg. L'aspérité
CHAPITRE U. — - SYSTÈME BÉPINSIF 1)E LA FRANGE. — FRONTIÈRE DU NORD. ^6
du sol, les profonds ravins qui le coupent, les bouquets de bois qui forment le prolongement des Ardennes, rendent encore la droite de cette ligne facile à défendre; pourtant elle était considérée comme un point faible, ce qui la fit choisir comme point d'attaque en 1792.
Longwy est bien située au haut d*un plateau qui domine la vallée de 1 14 mètres, elle commande les principales routes qui donnent entrée en France et arrivent sur
la Meuse à Stenay ou à Verdun; malheureusement cette place, comme toutes celles que nous avons énumérées jusqu'à présent, n'est pas à hauteur des progrès récents de Tarlillerie et sa proximité de la frontière empêche qu'on étende ses défenses et qu'on en fasse une grande place aussi utile pour l'offensive que pour la défensive. Le front d'attaque au nord-ouest est muni de cavaliers et de galeries de mines, mais il est dominé par des hauteurs qui le prennent d'écharpe et de revers ; c'est de ces hauteurs que les Prussiens l'ont bombardé en 1870. C'est au sud de Longwy, entre les sources du Chiers et de l'Alzetle, que se trouve la trouée de Tiercelet où passe une route venant de Luxembourg ; en avant et en arrière du village de Tiercelet qui appartient encore à la France se trouvent des plateaux qui forment de bonnes positions défensives.
Montmédy couvre les communications le long du Chiers et barre la voie ferrée des Ardennes d'autant mieux que sous son canon se trouve un tunnel qu'on peut détruire, quand la résistance est à bout.
L'ennemi qui pénètre en France par Luxembourg el Longwy, après avoir Iriom* phé des premiers obstacles dont nous venons de parler, vient se heurter aux lignes de défense dirigées du nord au sud et opposées à une invasion venant de l'est, ce sont les hauteurs de la rive droite de la Meiise^ la place de Verdun dont nous nous occuperons en traitant de la défense delà frontière de l'est, ÏAî^gonne et les hauteurs qui terminent le plateau de la Brie en arrière de la Champagne pouilleuse. Ce sont ces obstacles successifs que devait vaincre l'armée prussienne dans la campagne de 1792 ou les ijlaces n'eurent ni le beau rôle, ni l'importance, qu'on leur attribuait généralement à cette époque.
Campa^^e de 199IS* — Quelques coups de canon avaient sufEi pour faire tomber les remparts de Longwy et de Verdun, et 100,000 Prussiens marchaient directement sur Paris après avoir tourné Metz; mais le défaut d'entente entre les coalisés, les hésitations du duc de Brunswick, retardèrenl la marche de l'armée ennemie et donnèrent le temps à Dumouriez, qui était sur la frontière belge, de se porter dans TArgonne, de faire occuper les principaux défilés et de placer aux Islettes 3,000 hommes, qui y arrêtèrent 45,000 Prussiens. Cependant le défilé de la Croix-aux-Bois fut forcé et l'armée défensive se trouva coupée de Paris et exposée à être enveloppée. De nouvelles incertitudes des généraux ennemis permirent à Kellermann qui était sur la Moselle, de venir rejoindre Dumouriez, et à ces deux généraux de concentrer leurs forces à Saintc*Menehould. La canonnade de Valmf
forraTarméc prussieune épuisée à une retraite qui eût pu lui devenir fatale; celle bataille présente cette particularité que Tarmée défensive faisait face à Paris, et que Tarméc ennemie tournait le dos a la capitale qui était son objectif. Pendant que la campagne se décidait ainsi dans Test, le duc de SitxcTasrhen, au lieu de prendi*c part aux opérations de l'arniéo prussienne, restait immobile avec 35,0(Kï hommes dans le nord, où il n\ivait rien à redouter des 5,000 hommes retranchés au camp de Maulde, au confluent de la Scarpe et de l'Escaut. On voit donc que, dans ce cas, ce sont les fautes de Tennemi qui o;it préservé Paris, que les places ne contribuèrent même pas à lui faire commettre ces fautes, et que le seul mérite de Dumouriez fut de ne i^as avoir perdu courage, quand tout le monde considérait la partie comme désesiMÎrée.
Conditions actuelle*!» de la défense de la flrontière belf^e. — Tnimela et viadacB sur les voies ferrées. — Nous n'avons aujourd'hui, sur lafroutiéi'e de Belgique, comme nous venons de le voir, que d'anciennes forteresses peu en rapport avec les moyens dont dispose ratlacjue et avec la manière dont on fait la guerre à notre époque. Plusieurs seront sans doute transformées, améliorées, mises à Tabri d'un bombardement, mais il n'y a rien de résolu à cet égard. On a déjà déclassé, avant la guerre de 1870, iiuelques-unes des nombreuses places de notre frontière du nord, et il est probable qu'on en déclassera encore bien d'autres, qu'on supprimera tous ces petits postes sans valeur qui ne font qu absorber des garnisons sacrifiées d'avance et inutilement. Qiiand une place n'est plus eu rapport avec les moyens de gueri-e actuels, que, par suite des modifications des frontières ou du changement des voies de communication, elle ne sert plus, il vaut mieux la déclasser et la démolir que la conserver; mais alors il faut la raser complètement et prendre à la charge de l'État, si c'est nécessaire, les frais que celle destruction peut exiger. Une place incomplètement fortifiée rend des services négatifs, en inspirant souvent une fausse confiance aux généraux qui opèrent à proximité; puis, quand l'ennemi s'en est emparé, il peut la transformer en poste fort important et la défendre avec d'autant plus d'énergie qu'il n'a pas à ménager la population.
Du reste, en France, on a toujoui-s ti-op respecté les forteresses, et Vauban s'en plaignait déjà de son temps. Pour justifier le désarmement des places qui ne sont pas absolument nécessaires, il faisait valoir : « l'impuissance, vu la consommation • d'argent, de les fournir arec l'abondance requise de munitions de guerre et de » bouche; la presque impossibilité de trouver des âmes à tous ces corps, c'est-à-dire "» des centaines de gouverneurs suffisamment expérimentés dans cette partie delà B guerre la plus diflicile et la plus délicate de toutes, et auxquels il faut autant de » bonnes qualités qu'à un bon général d'armée; la vivacité et le raffinement, plus » grands que jamais, de la science des attaqnes ; et, pour les places accessibles pal* » eau, la facilité des bombardements et la grande quantité des canons qu'on peut y