CHAPITRE III. — FRONTIÈRE BU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE. ICI
Les Hantes- Vos^^es. — Immédiatement au-dessus de Belfort et du col de Yaldieu (343 mètres), les montagnes atteignent une grande élévation et forment les massifs du Ballo7i de Servance (1,189 mètres), du Ballon d'Alsace (1,250 mètres) et du Barenkopf (1,005 mètres). La croie se dirige ensuite vers le nord en conservant une élévation supérieure à 1,000 mètres, excepté aux cols où passent les roules qui font communiquer la vallée de la Moselle et celle de la Tliiïr; les principaux sommets sont le Gresso7i (l,12i mètres), le Drumont (1 .208 mètres), qui domine la rouie du col de Bussang^ le Grand- Ventron (1,209 mètres), le Rothenbach (1,319 mètres).
A lest, se détachent des rameaux courts, mais élevés et couverls d'immenses forêts : Tun, entre la DoUer et la Tliûr, a son sommet le plus élevé au Rossberg (1,196 mètres) au nord de Massevaux; Tautrc, partant du Rothenbach, s'élargit beaucoup entre les vallées divergeantes de la Thur et de la Fecht, et contient le Ballon le plus élevé de toute la chaîne, celui de Guebwiller ou de Soultz (1,428 mètres).
A Touest, les rameaux sont beaucoup plus longs, plus compliqués, mais ils ont une hauteur moindre et sont moins boisés; les routes suivent pendant longtemps, avant d'atteindre une véritable plaine, des vallées fertiles et bien cultivées, mais souvent étroites et resserrées entre les montagnes.
Au sud de la haute vallée de la Moselle, se détache du Ballon de Servance une crête bien maniuée et continue jusqu'à Remiremont; au-delà, les hauteurs plus découpées se prolongent encore juçquà Épinal. C'est cette crête qu'on occupera militairement en cas de guerre pour empêcher les Allemands de tourner par le nord-ouest Belfort, défendu de front par de nombreux ouvrages. On s'opposera ainsi à ce qu'ils puissent utiliser les chemins qui traversent ces montagnes, pour pénétrer dans la vallée de la Saône ou pour ravitailler et renforcer leurs armées opérant au sud. Ces routes sont peu nombreuses, ce sont : celle du Thlllot à Liire^ barrée par le fort de Château-Lambert (758 mètres); celle du Mont-de-Fourche, de Rupt à Liixeuiiy barrée par le fort de Rupt (773 mètres) ; celles qui de Remiremont conduisent soit à Xertigny, soit à Saint-Loup par Plombières ou par le Yald'Ajol; elles sont barrées par le fort de Remiremont (613 mètres), qui domine cette petite ville du haut du Parmont et qui bat le débouché de la vallée de la Moselotte. Enfin le fort d'Arches (470 mètres au signal de la Savronnière) relie les précédents à la tête de pont d'Épinal, et enfile la vallée de la Vologne. En plus des faibles garnisons de ces forts d'arrêt, 5 à 800 hommes par fort, des forces mobiles devront sur\'eiller les bois et les quelques sentiers qui traversent les dépressions de la crête entre les routes carrossables.
Entre la vallée de la Moselle et celle de la Moselotte, s'étend un contrefort boisé, où se trouvent des sommets de 8 à 900 mètres de haut, qui dominent les forts situés au sud de la Moselle ; une seule route le traverse au col du Ménil et fait communiquer le Thillot et Cornimont.
Les sources de la Moselotte et de la Vologne ne sont qu'à 2 ou 3 kilomètres Tune de l'autre; mais ces torrents divergent, et le massif montagneux qui les sépare, at-
teint une épaisseur considérable. Il forme dans son ensemble une position militaire très-forte, dont le saillant est à Bruyères et qui se lie à la crête principale des Vosges vers les sources de la Meurthe ; elle barre toutes les routes entre Epinal et les som* mets des Vosges. Pendant la guerre de 1870, elle fut occupée un instant par le général Cambriels, après Tafiaire de la Bourgonce; mais les Prussiens, tournant la position par Touest, dans Tespérance de couper toute retraite à Tarmée des Vosges, forcèrent ce général à battre en retraite par la route du Mont-de-Fourche, où il put heureusement les prévenir. Les routes qui traversent ce massif sont : celles de Cornimont à Gérardmer par la Bresse, les deux routes de Remiremont à Gérardmer par Rochesson ou par le Tholly, la route de Tholly à Docelles sur la Vologne, et enfin la route de la vallée même de la Vologne qui suit un profond défilé entre Gérardmer et Granges, puis une vallée plus ouverte jusqu'à Tembouchure de cette rivière dans la Moselle; dans cette dernière partie, elle est doublée d*un chemin de fer, qui conduit d'Arches à Granges et qui sera prochainement prolongé jusqu'à Gérardmer.
Les chemins carrossables qui franchissent la partie de la crête des Vosges com* prise entre la vallée de la Moselle et celle de la Thûr, sont au nombre de trois. La grande route, qui suit la vallée de la Moselle, se bifurque à Samt-Maurice avec celle qui franchit les Chaumes du Ballon d'Alsace, et qui mène à Belfort par Giromagny; au-delà de Saint-Maurice, elle remonte encore le cours de la Moselle, passe au col de Bussang (734 mètres) et descend à Wesserling sur la Thûr. Au col même, se trouve un tunnel dont les mines furent chargées pendant la dernière guerre, mais qui ne fut pas détruit. Les deux autres routes partent de la Moselotte et aboutissent plus haut vers les sources de la Thûr, dont le cours supérieur est parallèle à la crête des Vosges, en sorte que si, dans le cas d'offensive de notre part, le col de Bussang est forcé par des troupes françaises, les bataillons allemands chargés de défendre les deux cols où passent ces routes, ont la retraite coupée, car aucun chemin praticable ne fait communiquer la haute vallée de la Thûr avec la haute vallée de la Fecht. Ces deux routes forment le prolongement de celle qui, depuis Remiremont, remonte la vallée de la Moselotte ; Tune franchit la crête des Vosges au coi d'Oderen (88b mètres), l'autre partant de la Bresse, passe au col de Bramont et descend, comme la première, dans la vallée de la Thûr.
Au nord duRothenbach, la crête des Vosges est formée par de Hautes-Chaumes jusqu'au Honeck (1366 mètres) ; puis on retrouve des bouquets de bois jusqu'au col de la Schlûcht (1,100 mètres) où passe une route qui fait communiquer Gérardmer sur la Vologne et Munster sur la Fecht; cette route, sur les escarpements du versant alsacien, traverse deux tunnels de quinze et trente pas de longueur.
La crête, fort élevée (1,300 mètres) jusqu'au col du Bonhomme (949 mètres), diminue ensuite de hauteur jusqu'au Climont, sommetisolé de 974 mètres, etjusquàla grande dépression de Saales aux sources de la Bruche, qui n'a que 558 mètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer et dont les abords sont très-faciles. Au-delà, la crête toujours boisée se relève jusqu'au Donon (1 ,013 mètres), et se prolonge plus au