CHAPITRE III. — FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE. lll
La largeur de la plaine du Palatinat Rhénan est de 23 kilomètres, mais ce pays ne présente pas les véritables caractères d*un pays de plaine, car les montagnes détachent à Test des hauteurs, peu considérables il est vrai, mais qui forment des positions variées et souvent fortes sur les collines qui dominent les aUluents du Rhin.
Au nord-est du plateau de Kaiserslaùtern, le Ilardt s'abaisse pour se relever un peu plus au nord et former le massif porphyrique du Mont-Tonnerre, dont les sommets coniques et boisés s'élèvent en brusques escarpements, le point culminant est à 700 mètres. Ses ramifications remplissent le coude du Rhin entre Mayence et Kreuznach, mais ce n'est plus du tout le morne terrain que celui qui forme les Vosges, ce sont ici de faibles collines de mollasse parfaitement cultivées et sillonnées en tous sens de roules et de chemins de fer. Aussi cette région , relativement facile à parcourir, est-elle connue dans l'histoire militaire comme pays de passage de la Lorraine en Allemagne par le Palatinat ; les routes qui mènent d'un de ces pays à l'autre, travei*sent de l'autre côté du Rliin les larges plaines de Tembouchure du Mein qui forment une trouée naturelle entre le Taunus et VOdcnwald ; elles pénètrent ainsi au cœur même de l'Allemagne dans la Hesse et la Franconie ; ce passage est défendu par la place forte de Mayence,
Ce large plateau entre le Mont-Tonnerre et Mayence n'a que 300 mètres d'altitude, il est parfaitement cultivé, il est complètement déboisé, les coteaux sont couverts de vignobles et les vallons renferment de riches prairies, les voies de communication y sont très-nombreuses, c'est là que se fit la concentration de la deuxième armée allemande en 1870; on le désigne souvent sous le nom de plateau d'Alzeijy du nom de la principale position stratégique qu'on y rencontre. Un peu au sud d'Alzey, se trouve l'excellente position de Kirchhcimholandcn qui se lie à la défense de la ligne de la Pfrimm de Marnheim à Worms; cette dernière est surtout bonne contre une attaque venant du sud ; une armée française la ferait tomber en occupant Kirchheimbolandcn.
Plateau de Westrieh. — Au sud-ouest de Kaiserslaùtern et à l'est de la J31ies, s'étend le plateau de Westrich, qu'on désigne souvent en France sous le nom de montagnes de Peux-Ponts. Ses pentes nord-ouest sont longées par la Kamrsirasse^ route de Sarrebriick à Mayence, et par la voie ferrée de Kaisei'slaûtern à Ilombourg. Cette dernière conduit par Neuenkirchen à Sarrebrûck. A Neuenkirchcn où s'embranche la voie ferrée de Bingen par la vallée de la Nalie, se trouve und grande gare militaire.
Entre Neuenkirchen et Sarrelouis se trouve un épais massif montagneux, raviné et boisé, c'est le Koller-Thaler-Walder] il forme une position importante, qui couvre les débouchés de la rive droite de la Sarre. A l'est se trouvent de larges plateaux et Ters la source de la Blies le riche bassin homllev de Saint-Wendcl ; plus au nord,
sur la rive gauche de la Nahe, le sol riche eu minéraux devient tout h fait rocheux et n'est recouvert que d'une végétation rabougrie.
Le Hochiirald et le Hûnspfiek. — Au-delà de la Xahe avec le terrain de transition commence le massif du Hochwald et du Hûnsrùck qui s'étend jusqu'au Rhin et jusqu'à la Moselle. Cette région forme un plateau qui s'étage en plusieurs assises, dont les plus élevées sont au sud-est; on distingue au-dessus du plateau deux lignes de crêtes boisées dont la direction générale est du sud-ouest au nord-est, il se termine sur le Rhin et sur la Moselle en escarpements souvent fort raidcset resserre le premier de ces cours d'eau contre le Taunus, le second contre VEifel qui pi*olongent au nord et à Test le terrain de transition. 11 est découpé par quelques petits cours d'eau, mais il ne forme aucune vallée. La partie la plus haute ne produit guère que du chanvre, do l'avoine et des pommes de terre, mais la partie basse est bien cultivée et bien peuplée. Des routes nombreuses sillonnent ce plateau montagneux dans tous les sens et ne présentent de dilTiculté qu'à la montée ou à la descente des ravins qui suivent les cours d'eau ou des rives du Rhin et de la Moselle. Aucun chemin de fer ne traverse encore ce massif, mais on a projeté et on doit bientôt exécuter une voie ferrée qui, le longeant au nord, rejoindra Trêves à Coblenz.
La partie la plus voisine des sources de la Nalie, s'appelle le Hochwald, c'est là où les montagnes atteignent la plus grande élévation (600 à 800 mètres), et sont les plus boisées; la partie entre la Nahe et le Rhin est le Soon-Wald et la partie nord entre le Rhin et la Moselle porte le nom de Hûnsrùck.
Les Faucilles. ~ Reportons-nous au sud de la chaîne des Vosges, nous trouvons une suite de plateaux montagneux qui ferment au nord et à l'ouest la vallée de la Saône, ce sont les monts Faucilles, le plateau de Langrcs, les monts de la Côte^'Or et les montagnes du Morvan ; puis sur l'autre versant do cette même vallée de la Saône, le plateau Séquanais ferme au sud la trouée de Belfort et s'étend entre le Doubs et l'Aar. Ce sont ces diverses montagnes ou plateaux que nous allons décrire.
Nous avons vu qu'une crête montagneuse longeait au sud la haute vallée de la Moselle et qu'on construisait actuellement des forts aux principaux points de passage qui s'y trouvent ; au nord de Remireront la crête n'est plus nettement marquée, ce sont des plateaux peu accidentés, à pauvre culture, et où on rencontre encore quelques forets. Ce sont ces plateaux qu'on désigne sous le nom de Faucilles; ils ont de 4 à 500 mètres de haut, ils sont formés par le grès bigarré, le muschelkalk, les marnes irisées, qui sont les divers étages du terrain de trias; la crête qui les termine, dessine un arc de cercle dont la concavité est tournée au sud et embrasse les sources de la Saône et de ses affluents ; leurs pentes au sud-est sur la