‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 63 sur 288 · CHAPITRE 111. — FRONTIERE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE. llo · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. — FRONTIERE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE. llo

Cette position du Morvan a été regardée par plusieurs écrivains militaires comme le réduit de la défense de toute notre frontière de l'est ; elle est intermédiaire entre la Seine, la Loire et la Saône ; Tarméo qui l'occupe peut reprendre TofTensive sur la Saône, si les circonstances le permettent, ou hien manœuvrer dans' la vallée de TYonne et agir sur le flanc des corps ennemis qui auraient marché sur la Loire, mais il faut pour cela s'assurer des débouchés sur les trois vallées que nous venons d'énumérer. Rien que les routes soient nombreuses, elles traversent toujours des déQlés très-longs ou de grandes forets, elles sont donc faciles à intercepter. Le centre de la défense serait Autun; pour protéger les principaux débouchés de ce réduit sur la vallée de la Saône, on s'occupe de fortifier Dijon et Chagmj. A Dijon aboutit la grande route do Paris et dél>ouche la vallée de TOuche que suivent le chemin de fer de Paris, une grande route venant de la vallée de TYonne, le canal de Bourgogne et le chemin de fer d'Epinac non encore achevé. A Chagny viennent converger deux routes venant d'Arnay-le-Duc etd'Autun, c'est aussi là que débouche la vallée de la Dheune, suivie par une. route, le canal du Centre et les lignes ferrées d' Autun, du Creuzot, de Digoin. Entre ces deux points, il faudrait aussi garder les hauteurs de Beaune, car deux routes importantes aboutissent à cette ville. Au nord, le terrain entre la Seine et l'Yonne est marneux et facilement détrempé ; à l'ouest, le pays entre l'Yonne et la Loire est ilpre, coupé d'étangs, de landes et de bois; on y trouve peu de ressources, ce sont les plateaux calcaires et nus de PAuxerrois auprès de PYonne et le sol maigre de la Puisaye le long de la Loire entre Cosne et Briare; par suite dans ces deux directions les abords de la position du Morvan se trouvent bien protégés. La position est donc forte, ce qui permettrait à nos armées battues de s'y reconstituer et de s'y réorganiser en sûreté, tout en conservant une communication srtre et facile avec Pouest et le sud de la France. L'important est de garder les principaux passages.

L« plateau Séquanai». — En face des monts de la Côle-d'Or, de Pautre côté de la vallée de la Saône et au sud de la trouée de Belfort, se trouve le plateau Séqua^ nais : on appelle ainsi le plateau formé par les divers étages jurassiques qui constituent la chaîne du Jura, il s'étend du Doubs à la dernièi^e crête du Jura qui domine les lacs de Bienne et de NeufcliAtel et le cours de PAar, il est limité au nord par la crête du Lomont et par le Mont-Trrnblc, il se prolonge au sud jusqu'à Lonsle-Saunier. Cette contrée est riche et bien cultivée, excepté dans la partie la plus élevée qui est à Pest ; les routes et les chemins y sont noml)reux et ne présentent de difficultés que sur les pentes qui donnent accès au plateau ou aux passages des Collines qui divisent le plateau en étages successifs.

C'est là une position militaire qui flanque la vallée du Rhin et qui plusieurs fois a joué un grand rôle dans la défense de ces contrées. Les Romains en avaient compris toute Pimportance et y avaient créé deux places fortes : Mandeure et Vésontio. Cest de là que partit l'empereur Julien dan? sa campagne contre les Allemande

(356-358) : après avoir débouché du plateau, il écrasa complètemeut leurs hordes, passa à Saverne et les battit encore au-delà du Rhin. La porte Noire à Besançon est un monument commémoratif de ces succès.

Ce plateau Séquanais fait partie de cette bande de terrain qui, après le traité de Verdun, fut le partage de Lothaire, et qui fut incapable à elle seule d*étre nationalisée et indépendante; elle fut un éternel objet de querelles entre la France et TAIlemagne, et fît alternativement aussi la grandeur de celui des deux peuples qui la domina, ou qui, du moins, en posséda la plus grande partie. L'Allemagne, aujourd'hui, convoite ce pays et pourrait bien, un jour ou l'autre, faire valoir ses prétentions historiques sur les cercles de Bourgogne et de Lotharingie.

Séparée de la Bourgogne en 1477 pour passer à la maison d'Autriche, la Franche- Comté fut négligée par les successeurs de Charles-Quint, qui n'y concentrèrent pas tous leurs efforts et qui la perdirent en 1674. Elle nous servit alors à couvrir la Bourgogne, à relier l'Alsace, à entourer la Lorraine. En 1814, d'après les instructions de Napoléon, l'armée de Lyon devait s'appuyer sur ce plateau pour couper la ligne d'opérations de l'armée de Bohême. En 1870, il ne joua qu'un rôle bien funeste, mais peut-être aurait-il pu en être autrement, si on avait songé à l'utiliser plus tôt et si les opérations avaient été mieux conduites. Plusieurs militaires ont pensé que si, après UeichshofTen, les 1*% 5* et 7* corps s'y étaient réfugiés au lieu d'aller se réorganiser à Châlons, ou même si, plus tard, on avait conpentré les efforts de la défense dans l'est, et non sur la Loire, la face des choses auraitpu être changée, mais il eut fallu être sûr de la résistanse de Paris et être assuré aussi de la possession de la vallée de la Saône, pour ne pas avoir à craindre d'être enveloppé et acculé à la frontière suisse. Aujourd'hui, ce plateau couvre contre les attaques de l'Allemagne tout ce qui reste à la France delà région orientale; sa conquête par l'Allemagne détruirait la neutralité de la Suisse au pro&t du nouvel empire.

Le Jura, comme nous le verrons, est formé par une suite de crêtes parallèles dirigées du sud-ouest au nord-ouest, la plus élevée de ces crêtes étant du côte de la Suisse. Les cours d'eau, tantôt sont parallèles à ces crêtes et coulent dans de profondes vallées, tantôt leur sont perpendiculaires et les percent en des points nommés cluses, qui forment d'étroits dé&lés faciles à défendre. Ces crêtes divisent l'intérieur de la position en plateaux successifs et étages de l'ouest à l'est.

Le front nord du plateau Séquanais s^élenàdc Baume-les-Dames à Ollen^ ou seule^ ment jusqu'au Mont-Terrible, car, au-delà, ce ne sont que des crêtes de montagnes qui se coupent, et il n'y a plus de plateau ; il a une longueur de plus de 70 kilomètres; il est formé par le Lomont, qui est une des crêtes continues du Jura, exceptionnellement dirigée de l'ouest à Test, et qui domine la plaine de 500 mètres. Cette crête est coupée par le Doubs à Pont-de-Roide et n'est traversée que par deux chemins : l'un vers le milieu, entre les deux branches du Doubs; l'autre, plus à l'est, conduit de Blamont à Sainl-Hippolyte. Au nord-est de Pont-de-Roide, le plateau de Blâment forme, en avant de cette ligne, un bastion qui flanque la trouée du col do Vàldieu.

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