CHAPITRE III. - FRONTIÈRE DU NORD-EST OU DALLEMAGNE
Cette trouée n'est pas du tout barrée par Belfort; anciennement, les Romains possédaient Mandeure sur le Doubs, au nord de Pont-de-Koide; aujourd'hui, on cherche à intercepter toutes les routes venant d'Alsace, en reliant Belfort aui Vosges et à la frontière suisse par de nouveaux forts. A l'ouest, en arrière du Lomont, se trouve la profonde vallée du Cuisancin^ qui double l'obstacle dans cette partie.
Le front nord-est s'étend de Baume à Quîngey sur une longueur de 50 kilomètres; il est protégé par le cours du Doubs et par les hauteurs escarpées qui bordent sa rive gauche, puis, en avant, par les monts Chailluz, qui sont couverts de forêts sur une longueur de 15 kilomètres, et qui dominent TOgnon de 350 mètres. Au sud de Besançon, la forêt de Chaux prolonge ce front sur une longueur de 30 kilomètres. La place forte de Besançon garde les principales routes qui donnent accès sur le plateau; un chemin de fer en construclion doit relier cette ville à Marteau^ en le traversant dans toute sa largeur. Pour pénétrer par Quingey à l'intérieur de la position, il faut traverser, entre le Doubs et la Loue, Yisthme de Busy^ qui n'a que 3 kilomètres de large sur 8 de long; c'est ïh que le 17* corps allemand subit un érhec le 25 janvier 1871.
Le firent ouest se trouve formé par les hauteurs au pied desquelles est tracé le chemin de fer de Lyoti à Lons-le-Saulnier, Poligny, Mouchard; c'est là que se trouvent les gorges profondément découpées Je Salins, dWrbois, de Poligny. de Voiteury etc.
L'intérieur de la position est divisé en 3 plateaux distincts parles crêtes jurassiques. Le premier plateau, ou plateau Byzontin, a 450 à 550 mètres d'élévation, il est limité à Test par la profonde vallée de la Loue et une crête courant à'Ornans au Cuisancin, Le second plateau a 700 mètres environ d'élévation au-dessus du niveau de la mer; il comprend le plateau d*Amancey, le plateau d* Alaise, entre les gorges profondes de la Loue et de la Lisson ; il est limité à l'est par la vallée du Dessoubre et une arête montagneuse qui se prolonge jusqu'aux gorges de Salins. Le troisième plateau, plus pauvre, et présentant moins de ressources que les deux premiers, a environ 850 mètres d'élévation; à Test, la crête du Jura, le long de l'Aar, atteint 1,500 mètres. Les deux premiers plateaux se prêteraient parfaitement à l'établissement de corps de troupes nombreux; ils présentent des places d'armes très-fortes, mais il faudrait construire des ouvrages pour augmenter la force de résistance des obstacles et barrer les routes.
A 1^ suite de l'échec de l'armée de l'Est, à Héricourt, en 1871 , on songea à défendre cette position, où on s'était si malheureusement laissé envelopper, mais on en fut empêché par la trop grande désorganisation des corps. Voici quel était le plan d'occupation de toute la partie nord du plateau : Le 2i« corps devait défendre le Lomont de Blamont au Cuisancin; les troupes de Besançon le Doubs, du Cuisancin à l'isthme de Busy; le 15° corps, la rive droite de la Loue, la Lizon et Salins; la division Crémer devait s'étendre de Salins aux défilés du Pont-d'Héry et d'Andelot-en- Montagne; le 20* corps, d'Andelot à la frontière suisse. Le 18* corps et la réserve générale devaient se tenir entre Besançon et la Loue. Le développement de toute
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cette ligne était de 150 kilomètresy ce qui ne faisait pas uu homme par mètre cou« rant, réserve comprise i la défense eut donc été beaucoup trop faible.
HYDROGRAPHIE. — Nous allons nous occuper maintenant des cours d*eau qui arrosent le pays en avant et en arrière de la frontière d'Allemagne, c'est-à-dire la. contrée comprise entre Paris et le Rhin. Nous avons déjà décrit la vallée de la Seine, le cours de ce fleuve et de ses principaux affluents, nous avons aussi parlé de la Meuse et de ses affluents, il ne nous reste donc qu'à décrire les plaines qu'arrose le Rhin^ le cours de ce fleuve et de ses affluents de gauche, le cours supérieur de la Saéne et celui de son principal affluent le Doubs,
Le Rhin. — Le Rhin prend ses sources dans les Alpes-Centrales, en Suisse, au Saint'Gothard et au Splûgen^ il a une direction générale du sud au nord jusqu*au lac de Constance, qu'il traverse. Il se heurte alors aux crêtes jurassiques, ce qui explique la formation du Boden-Sée et le coude qu'il forme entre Constance et Bâle; la chute du Rhin à Schaffousse, ou plutôt à Laufen, est produite par une de ces barres que le fleuve n'a pas entièrement nivelée. II longe ensuite les derniers contreforts du massif de la Foret Noire et a, jusqu'à Bûle, un cours sinueux et rapide dont la direction générale est de Test à l'ouest. II arrose, dans cette partie, les villes de Waldshût, Lauffenbourg, Seckingen, Rheinfeld, qui sont connues sous le nom de villes forestières. Elles avaient jadis une très-grande importance militaire, parce qu'elles fournissaient à celui qui les possédait des points de passage sur le Rhin ; elles permettaient à l'assaillant de pénétrer directement en France par Bàle et la trouée de Belfort, sans avoir à franchir le Rhin dans une partie de son cours qui pouvait être défendue, car nous possédions alors l'Alsace; d'autre part, les routes qui partent de ces villes nous donnaient l'entrée la plus commode dans le bassin du Danube, en tournant les défilés de la Forêt Noire. C'est de ces villes que partit Moreau en 1800 pour pénétrer en Allemagne. C'est aussi sur ces points que les alliés, eu 1814, franchirent le Rhin pour pénétrer en France, en violant la neutralité de la Suisse. Elles ont appartenu à l'Autriche jusqu'au traité de Lunéville, qui les donna à la France, et celle-ci les remit à la Suisse.
A Bâle, le Rhin reprend sa direction du sud au nord et divise en deux parties inégales la plaine qui s'étend entre les Vosges et les montagnes de la Forôt-Noire.
La plaine de l'Alsace est plus large, plus riche, plus fertile que' celle de l'autre rive, car, sur la rive droite, les montagnes de la Forêt-Noire envoient des rameaux ou détachent des massifs isolés jusque près du fleuve. Sur les deux rives, on trouve de vastes étendues couvertes de sables et de gravier; ces parties de la plaine sont incultes, mais on y a conservé et aménagé de belles forêts (forêt de la Hardt, dans le Sundgau, en Alsace). Dans toute cette partie, le Rhin est rempli de hauts-fonds et d'îles nombreuses, son lit est borné par des digues destinées à protéger la plaine contre les inondations et séparées souvent par une distance très-considérable. L'in-