CHAPITRE III. — FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE
déjà eu le projet de comprendre dans le rayon des ouvrages de la place ; après 1815 le général Haxo éleva dans ce but les forts de la MioUe et de la Justice. En 1870, après la déclaration de guerre, on construisit en fortification passagère les redoutes des Hautes et des Basses-Perches au sud en avant du Château et la redoute de Bellevue au sud-ouest de l'autre côté de la Savoureuse, le fort des Barres fut également achevé.
Campafl^e de f 870« — Nous avons déjà à plusieurs reprises rappelé divers événements de la dernière guerre ; maintenant que nous avons décrit les accidents du sol et énuméré les places qui existaient sur cette frontière à cette époque, nous pouvons retracer l'ensemble des opérations des armées au début de cette campagne; cela fera ressortir le rôle de ces obstacles naturels et de ces places.
Au début de la guerre de 1870, c'est-à-dire au commencement du mois d'août, Tarmée française occupait les positions suivantes : cinq corps, forts de 128,000 hommes» étaient en arrière de la Sarre à Touest des Vosges ; le premier corps et une partie du septième, d'un effectif de 47,000 hommes, étaient en Alsace ; le sixième corps encore à Châlons comptait avec la cavalerie de réserve 35,000 hommes. Nous disposions donc en première ligne de 180,000 hommes dispersés sur un front de 40 lieues de Thionville au Rhin, de plus nous avions quelques milliers d'hommes du 7* corps à Belfortet la réserve en formation à Châlons.
A ces forces trop faibles et ainsi disséminées, les Allemands opposaient trois armées, formant une masse de 420,000 combattants et concentrées sur un front de 30 à 45 lieues : sur la basse Sarre se trouvait la première armée commandée par le général Steinmetz (70,000 hommes), en arrière entre la Nahe et le Rhin la deuxième armée sous les ordres du prince Frédéric-Charles (180,000 hommes), puis dans le Palatinat Rhénan la troisième armée ayant pour chef le prince royal de Prusse (170,000 hommes). Ces armées étaient au début en contact les unes avec les autres, mais quand elles prirent Toffénsive, elles furent contraintes par les positions des corps français d'opérer suivant des lignes divergentes. Les Vosges divisaient en deux les forces allemandes comme les forces françaises, mais par suite de la configuration du terrain et des dispositions prises, en cas d* échec d'une des ailes françaises, nos corps se trouvaient séparés et même risquaient d'avoir leur retraite coupée, tandis qu'un succès des Français ne faisait que refouler Tannée battue sur les autres. Les Allemands, prenant Toffensive, avaient à franchir les uns la Sarre* les autres les Vosges, puis à effectuer le passage de la Moselle.
Nos corps d'armée étaient si peu liés entre eux qu'ils furent accablés séparément. Après la reconnaissance offensive du 2 août qui aboutit au combat de Sarrebrùck, nous n'eûmes plus à enregistrer que des revers. Le 4 août, la division Douay, isolée sur la Lauter, fut assaillie et écrasée à Wissembourg sans pouvoir être secourue par les autres divisions du premier corps. La troisième armée allemande pénétrait en î'rance à la suite de la division battue et, le 6 août, attaquait les 45,000 hommes
du maréchal de Mac-Mahon dans la position de Frœschwiller. Après une lutte héroïque, mais inégale, les divisions françaises complètement battues et épuisées effectuaient leur retraite par Saverne et repassaient les Vosges sans pouvoir les défendre. Strasbourg abandonné à ses seules ressources était immédiatement investi.
Le même jour 6 août, le deuxième corps, commandé par le général Frossard, fut attaqué et battu dans la forte position de Spickeren, sans que les divisions du maréchal Bazaine vinssent lui porter aucun secours. Cette défaite amena un mouvement de retraite sur Metz de tous les corps français campés le long de la Sarre. On avait rintention de se retirer sur la Meuse et, conjointement avec Tarmée qui se formait à Châlons, de défendre directement les lignes d'invasion sur Paris ; mais on était suivi à courte distance par la première et la deuxième armée allemande, et, comme on effectuait le passage de la Moselle, les corps restés sur la rive droite furent attaqués par Steinmctz à Borny. Ils résistèrent victorieusement; néanmoins le but des Allemands était atteint : notre marche avait été retardée, la deuxième armée allemande avait pu passer la Moselle au-dessus de Metz sans être inquiétée, et elle se portait sur nos lignes de retraite.
Le 16 août, l'armée française reprenait sa marche sur Verdun, quand elle fut attaquée en flanc h Hezonville par les corps allemands qui venaient de passer la Moselle. La journée fut indécise, nous avions conservé nos positions, un dernier effort aurait peut-être pu rejeter les Allemands dans la rivière, le maréchal Bazaine ne voulut pas le tenter et ordonna la retraite sur Metz. Il vint occuper la forte position qui se trouve à l'ouest de la vallée de Chatel, la gauche à Gravelotte, la droite un peu en l'air à Saint-Privat, n'ayant plus de communication avec Verdun que par Briey.
Les généraux allemands, résolus d'enfermer l'armée du Rhin dans Metz, firent aborder cette position de front en même temps qu'ils la faisaient tourner par la droite ; le sixième Corps, commandé parle maréchal Canrobert, qui occupait Saint- Privat, fut accablé par des forces supérieures et forcé de Idcher pied; toute l'armée dut suivre Ce mouvement et se retirer dans le camp retranché. Telle fut la bataille de Saint-Privat ou d'Amanvilliers (18 août), Tune des plus sanglantes des temps modernes; ses résultats furent immenses et bien terribles pour nous : les meilleures troupes de la France se trouvaient bloquées, démoralisées, après quinine jours de Campagne ; elles furent dès lors perdues pour la défense du pays et leur ruine devait entraîner la perte de notre plus belle place forte.
Pendant ces événements, les débris du 1"' corps (Ducrot), le ?• corps (Félix Ûouay), le 5' corps (de Pailly), s'étaient réunis à Châlons, s'y réorganisaient et allaient former avec le 12* corps (Lebrun), une nouvelle armée aux ordres du maréchal dé Mac-Mahon qui devait d'abord couvrir Paris, puis qu'on se décida à envoyer dégager le maréchal Bazaine.
De leur côté les Allemands, informés de cette réunion de troupes, prenaient le»