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CHAPITRE III. — FRONTIÈRE LU NORD-EST OU D'ALLEMA'GNE

dispositions suivantes : le prince royal, qui avait atteint la Moselle, dut reprendre sa marche sur Paris et opérer conjointement avec une quatrième armée qu'on venait de former (armée de la Meuse), et dont on avait donné le commandement au prince de Saxe. Cette dernière armée passa la Meuse vers Verdun pendant que la troisième franchissait cette rivière à Commercy.

L'armée deChdlons, voulant gagner par Carignan et Montmédy la roule de Metz, se dirigea avec beaucoup d'hésitation vers Stenay, où elle devait passer la Meuse. Une marche rapide eût pu lui permettre d'atteindre Metz en gagnant deux jours sur Tennemi, ses mouvements indécis donnèrent le temps au prince royal et au prince de Saxe d'effectuer une rapide conversion à droite en traversant toute TArgonne. Les têtes de colonnes de Tarmée de la Meuse attaquèrent nos troupes à Busaucy et à Nouart dès le 29 août. Le lendemain, 30 août, le 5' corps, épuisé par une marche de nuit, se laissait surprendre à Beaumont et était complètement battu. 11 fallut donc descendre plus bas pour passer la Meuse à Mouzon et à Remilly.

L'armée prussienne, nous suivant de près, franchit la Meuse à notre suite. Le premier corps, qui était déjà à Carignan, dut rétrograder, et toutes les forces françaises se trouvèrent, le 31 au soir, réunies autour de Sedan, occupant une position ayant la forme d'un triangle dont le sommet est au Calvaire dlUy, dont les deux côtés sont couverts par les ravins de Givonne et do Floing, et dont la base est formée par la Meuse et par la mauvaise place de Sedan. L* armée allemande s'étendait sur une seule hgne de Carignan à ûonchery et s'apprêtait h utiliser les ponts de Bazeilles et de Doucher y, qui n avaient pas été détruits. Le lendemain, 1®' septembre, la bataille de Sedan où nos troupes entourées de toutes parts durent se résoudre à une honteuse capitulation, amena la chute de l'Empire et laissa la France sans armée et sans gouvernement.

Après la capitulation de Sedan, les deux armées allemandes se dirigèrent sur Paris en deux masses principales : Tarmée du prince royal par la Marne; l'armée de la Meuse par TAisne et l'Oise. Celle-ci occupa la rive droite de la Seine, tandis que la première, passant ce fleuve à Villeneuve-Saint-Georges, vint compléter Tinvestissement en développant ses corps sur la rive gauche. Le siège de Paris commença, et cette grande ville par sa résistance permit à nos armées de province de s'organiser et de reprendre une lutte désespérée contre les masses allemandes. Ces efforts furent inutiles et ne purent nous épargner le traité de paix qui nous enleva cinq milliards et deux de nos plus belles provinces.

ORGANISATIOxN DÉFENSIVE ET OFFENSIVE DE LA FRONTIÈRE D'ALLEMA- GNE. — La guerre de 1870-71 enleva à la France le Rhin, les Vosges, la Sfbselle et SCS principales places fortes, voyons quels sont les travaux entrepris pour couvrir la contrée ouverte qui nous restej pour transformer le théâtre d'opérations où doit ^

s'engager tôt ou tard la lutte entre les armées allemandes et françaises et pour faciliter l'action de ces dernières.

Places de premièpe li^^e. — Les places qu'on crée ou qu*on améliore ont deux rôles à jouer : i*' augmenter les facultés offensives de l'armée de campagne en couvrant sa concentration, en permettant son déploiement sur la frontière et en l'affranchissant de toute inquiétude pour ses communications; 2* assurer la défense des lignes successives et barrer les routes d'invasion vers l'intérieur.

La position centrale pour la défense de la frontière d'Allemagne est celle du plateau de Haye compris dans la boucle que forme la Moselle entre Toul et Nancy; elle est également importante au point de vue de l'offensive. Les vastes forêts de ce plateau vont être percées de nombreuses routes destinées à faciliter les mouvements des troupes ; quelques ouvrages, établis sur le plateau même ou en avant, viendront sans doute renforcer Tobstacle créé par les bois qui le couvrent et les pentes qui le limitent, et en faire un immense camp retranché englobant Nancy, d'où pourront toujours déboucher nos armées.

Toul. — Au saillant de la Moselle, à Touest du plateau, se trouve la place de Touly où passe la ligne de Strasbourg à Paris avant de s'engager sous les tunnels de Foug et de Pagny ; on a créé autour de cette place de nombreux forts destinés à la mettre à l'abri d'un bombardement et à étendre son action en la reliant d'un côté au plateau de Haye, de l'autre à l'excellente ligne de défense formée par les hauteurs si nettement marquées de la rive droite de la Meuse. Ces forts sont : 1® au sudouest, entre le canal de la Marne au Rhin et la Moselle, les redoutes de la Justice et du Tillot et le fort de Domgermain sur une croupe des Monts de la Meuse ; cette position des Hauts de la Meuse, si belle au nord du canal, se prolonge encore vers le sud en escarpements très-marqués terminant des plateaux couverts de forêts; ces escarpements laissent entre eux deux trouées à Blénod et à Housselmont, où l'ennemi pourrait faire passer des voies de raccord réunissant la ligne de Nancy «à Vézelise à celle de Neufchâteau à Pagny pour tourner Toul par le sud ; si donc le camp retranché de Toul devait être abandonné à ses propres ressources, ce seraient des points à occuper par de forts ouvrages ; 2* au sud-est, dans la presqu'île formée par la Moselle, les redoutes de Ch^ndenay et de Dommartin, le fort de VUley'k^Sec et ses batteries annexes; ces forts donnent pied sur le plateau de Haye; au sud de ce plateau la profonde découpure de la Moselle fournit une excellente courtine jusqu'à Pont-Saint-Vincent, et il suffirait do quelques ouvrages couronnant les crêtes orientales du plateau et les collines au nord et à l'est de Nancy pour fermer cette immense position ; 3" au nord du canal, le fort de Mont^Saint^Michel avec son réduit, le' fort de Mortemoscllc et ses deux batteries annexes complètent le camp retranché de Toul; peut-être construira-t-on encore un ouvrage sur la cote Barine.

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