CHAPITRE III. — FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE
Position de Cominercy. — La belle ligne des Hauts de la Meuse, au nordouest de Toul, est renforcée par les forts de Lucey, de Bouc (projeté), de Gironville, de Liouville et du Camp des Romains au-dessus de Sainl-Mihiel, qui couvrent la position de Commercy. Le fort de Lu'cey rejoint les autres aux forts de Toul. Cette position fait face au nord-est et est située sur le flanc des lignes d'invasion partant de Metz. La ligne des montagnes se dirige ensuite vers le nord et n'est plus fortifiée, mais il ny a que 33 kilomètres entre Saint-Mihiel et Verdun, il est donc douteux qu'une armée ennemie puisse se risquer à franchir la Meuse entre c^s deux points, s'ils sont défendus par des forces mobiles suffisantes; contrainte d'opérer sur un front étroit et une grande profondeur, elle aurait à craindre l'apparition d'une armée débouchant sur son flanc gauche.
Terdun. — Verdun a été depuis la guerre transformé en camp retranché; on y a d'abord construit une série de redoutes formant un système restreint, ce sont les forts de Belleville^ de Sainl-Michel et de Belrupl sur la rive droite de la Meuse, ceux de Dugny^ de Regret et de la Chaume sur la rive gauche ; puis on a été amené à compléter et à étendre ce système en construisant sur la rive droite les forts de Froide- Terre, de Souville dans une très-belle position en avant de Saint-Michel, de Tavannc au-dessus du tunnel du chemin de fer de Metz et dominant la plaine de Wœvre, dHoudainvillc commandant en amont la vallée de la Meuse en face de Dugny; sur la rive gauche on a fermé la ceinture d'ouvrages au nord par la construction du fort de Marre et de la battci-ie de Charny.
De Verdun partent deux routes vers l'Argonne, celle de Varennes qui se bifurque sur Vienne-le-Chdtcau et sur la Chalade, et celle de Clermont qui passe ensuite aux Islettes, c'est celte dernière que suit la voie ferrée ; ces deux routes traversent avant d'atteindre l'Argonne la belle position d'Esncs, Sivry-îe^Perche, Nixéville.
Au nord de Verdun, la ligne des hauteurs de la rive droite de la Meuse se continue jusqu'à Dun, puis au-delà elle disparaît presque entièrement dans la grande dépression qui existe au sud des .Ardennes. On ne trouve plus de ce côté que les places de la frontière belge : Longviry qui n'a d'action que du côté de Luxembourg, Hontmédy, Sedan et Hézières. Longuyon, entre Montmédy et Longwy, va devenir un nœud de chemins de fer important, lorsque la ligne qui doit rejoindre cette ville à Arnaville sera terminée.
Trouée entre la forêt de Hmye et les Tosf^es. — A l'est de la forêt de Haye, les obstacles formés parles hauteurs qui limitent au sud la vallée de laSeillc, par la ligne du canal de la Marne au Rhin qui suit la vallée du Sanon, par la forêt de Paroy au nord de Lunéville, par la vallée marécageuse de la Vezouse qui forme le prolongement vers l'est de celle de la Meurthe, ne sont pas bien sérieux; il seraitpourtant bien utile de les garder et d'en être maître d'une façon absolue, si on voulait localiser là guerre dans le voisinage de la frontière et se ménager un débouché Géographie, 10
important sur le flanc des lignes d'invasion de l'ennemi en tournant la ligne de la Moselle. II faut aussi remarquer que. par suite de l'absence de tout obstacle sérieux et de toute défense artificielle, la ligne ferrée de Lunéville à Saint-Dié et la ligne beaucoup plus importante de Blaiaville à Épinâl ne sont nullement à labri d'un coup de main de Tcnnemi dès le début des hostilités. On avait songé à construire un fort à Manonviller^ à Test de Lunéville, pour aider à couvrir toute cette zone de terrain, mais ce projet a été abandonné à cause de la trop grande proximité de la frontière.
Nous avons déjà dit que plus au sud on avait établi dans les Vosges des ouvrages destinés à interdire aux armées allemandes les routes donnant accès dans la vallée de la Saône et à couvrir au besoin la retraite d'une armée française vers le sud. Ces ouvrages se composent des fortifications d'Epinal et des forts d'arrêt de la Haute-Moselle.
[. — On construit à Ëpinal une tête de ponts sur la rive droite de la Moselle, et plus tard on complétera sans doute le camp retranché par la création d'autres forts sur la rive gauche. Les ouvrages qui vont être construits sur la rive droite de la Moselle, sont : los forts de Dogneville et de Longchamps, la batterie de Deyvillers qui croisera ses feux avec là batterie des Adelphes, 1^ forts du Razimotit et de la Mouche^ et entre eux une batterie intermédiaire destinée à battre les hauteurs entre la tranchée Docelle et le bois du Chenot. La Mouche battra le Chenot, la vallée de la Moselle et le chemin de fer de Vesoul.
Forte de la Hmnte-Moselle. — Cette place manœuvre d'Ëpinal est rejointe à Belfort par une série de forts d'arrêt commandant toutes les routes : le fort d'Arches ou de Pouxeux au débouché de la vallée de la Vologne,le fort de Remiremont dominant cette petite ville et les routes qui en partent vers Xertigny, Saint-Loup et Luxeuil, le fort de Rupt au-dessus de la route du Mont-de-Fourche, le fort de Château-Lambert barrant la route de Lure, puis sur le versant sud des Vosges, le fort de Giromagny destiné à battre la route qui descend du Ballon et le chemin qui vient d'Alsace par Petit-Magny et Gros-Magny en longeant les pentes sud des Vosges.
Belfort. — Belfort, dans l'état où il était en 1870 et livré à lui-même sans forces suffisantes pour étendre son action au loin, ne barrait pas toutes les routes gui traversent le col de Valdieu, et maintenant encore, même en supposant les fortifications commencées complètement terminées, il faudrait, dans le cas où la neutralité de la Suisse ne serait pas respectée, se porter dans ce pays, si on voulait les défendre toutes. On ne peut en effet barrer autrement les routes de Délémont, de Ferrette et de Porentruy, aboutissant en Franche-Comté. Avant 1789, nous avions le droit de mettre en cas de guerre une garnison de 20,000 hommes dans le Porentray