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CHAPITRE III. — FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE. 14Î

qui existent entre là Seille et la Moselle, serait un obstacle à cette marche et obligerait presque à séparer de l'armée principale les corps destinés à faire le blocus de Metz. Il faudrait, pour compenser cet inconvénient, s'assurer de suite par une grande victoire la possession de la Lorraine, de manière à isoler Metz et à faciliter le siège de Strasbourg, pendant qu'on se porterait sur la Sarre et dans le Palatinat.

En cas d'insuccès, si l'armée française, contrainte à la retraite, est forcée d'abandonner la frontière, elle peut suivre deux directions distinctes : l'une vers l'ouest sur Paris; l'autre vers le sud, la droite appuyée aux Vosges, sur le plateau de Langres et le bassin de la Saône. 11 n'y a rien d'absolu dans le choix à faire entre les retraites directes et les retraites latérales; c'est là un de ces grands problèmes de stratégie dont la solution dépend des circonstances. Aujourd'hui il faut tenir grand compte de l'immense développement des fortifications de Paris, de tous ces camps retranchés qu'on crée sur d'autres points et qui ne peuvent être défendus que par des armées aguerries et exercées; ces nouveaux engins de guerre pourront bien amener dos modifications profondes dans les combinaisons de la stratégie.

La retraite directe sur Paris s'impose en cas de retraite générale, après une grande défaite; mais si nos places sont munies de garnisons suf&santes, si nous avons sur la falaise tertiaire une armée de réserve encore intacte, il peut y avoir avantage à opérer une retraite latérale dans le but de menacer ou d'envelopper l'aile gauche de l'ennemi, ou bien dans le but de l'attirer vers le sud dans une direction excentrique à ses lignes d'invasion. Grâce au camp retranché d'Epinal et aux forts d'arrêt delà Haute-Moselle, cette retraite se ferait dans de bonnes conditions, et les armées allemandes ne sauraient marcher assez vite pour empêcher l'armée battue de se réunir et de se réorganiser dans un des réduits de la défense de l'est ; la position de Langres, le massif du Morvan ou le plateau Séquanais. 11 faut observer toutefois que l'armée défensive s'étant retirée dans un de ces refuges, les autres lui deviennent à peu près inutiles; si on cherche à les occuper tous, il devient fort difficile de combiner des opérations simultanées contre l'ennemi qui occupe une position intérieure et qui, une fois instruit des projets de la défense, peut se mouvoir par des lignes plus courtes et s'assurer le suQcès.

Positions de seoonde lif^ne. — 11 nous reste, pour terminer l'étude de cette frontière, à voir comment ont été organisées ces secondes positions de défense et l'objectif décisif qui est Paris.

Lanf^res. — La position de Langres est intermédiaire entre les deux théâtres d'opérations du bassin de la Seine et du bassin de la Saône et se trouve sur la voie de communication la plus directe de Bâle à Paris; la ville est située sur un plateau qui se termine au nord, à l'est et à l'ouest par des escarpemjents extrêmement raides, et

gui domine les vallées de la Marne et de la fionnelle; ce n'est qu'au sud que sa trouve un isthme reliant la ville aux plateaux qui dominent la Saône. Cette langue de terre est barrée par la citadelle construite sous le règne de Louis-Philippe. La place avait déjà été renforcée avant la guerre de 1870 par la construction de plusieurs forts et batteries qui n'étaient pas encore achevés au début des hostilités, mais qui néanmoins furent mis en état de défense ; c'étaient : à Test, le fort de Peigney^ la redoute de Corlée avec deux batteries intermédiaires; au sud de la citadelle, le fort de la Marnotte^ construit en semi-permanente ; à l'ouest, le fort de la Bonnelle, la lunette et le fort de Buzon^ Youvrage de Brcvoine, ces deux derniers ne soût que des ouvrages de fortification passagère qu'on doit améliorer.

Depuis on a cru devoir transformer Langres en une place capable de servir d'appui à toute une armée qui pourra trouver des ravitaillements de tous genres à l'intérieur de la position. Ce camp retranché, limité par les escarpements est et sud du plateau do Langres, comprend les vallées de la Bonnelle, de la Marne, de la rivière de Neuilly et de la Charmoille, où'se trouvent de très-beaux cantonnements. Les forts qui l'entourent, sont : au sud, celui du Cognelot (30 pièces) qui commando le nœud important de chemins de fer de Chalindrey ; au nord, à près de 18 kilomètres de la place, celui de Dampierre (45 pièces) qui bat la route de Neufchâteau, la vallée de Nogent et les plateaux qui commandent au nord le camp retranché. Entre ces deux forts, on va construire pour les relier et fermer la position à Test les forts de Montlandon et de Plesnoy. Au nord, se trouve le fort de Saint-Mengc (20 pièces), dans une très-jolie position occupée autrefois par un camp romain, il commande le chemin de fer et la route de Chaumont, enfile la vallée de la Marne au nord et voit bien rentrée de la vallée de la Mouche, qui est dérobée aux vues de la place. Enfin à l'ouest, pour compléter la ligne de la Bonnelle à Buzon, on construit une batterie de 1 2 pièces à la Pointe de Diamant^ qui tire dans la vallée de la Marne et qui force l'ennemi à se reporter sur le plateau au-delà de la Mouche. Cette position, avant d'être occupée, était un danger pour la ville; les Prussiens y ont fait une reconnaissance pendant la guerre et en ont été délogés par le petit ouvrage de Brévoine. A la pointe nord extrême du plateau, se trouve une batterie annexe de 3 ou 4 pièces qui surveille l'entrée de la vallée de la Mouche et les abords du plateau. Au sud on doit construire deux petites batteries à droite et à gauche de la Croix-d'Arles sur le dos d'âne que forme le terrain en cet endroit et qui limite les vues des ouvrages en arrière; à Touest on a aussi projeté un fort sur un piton au-dessus de Beauchemin en avant de la vallée de la Mouche, de manière à éloigner encore l'ennemi de ce côté et à lui interdire l'accès de cette dernière vallée.

Tels sont les ouvrages qui protègent ou protégeront l'immense camp retranché de Langres.

D^on. — Le réduit du Morvan et des monts de la Cote d'Or que nous avons déjà décrit, est protégé à Test par les forts qu'on construit autour de Dijon et à Cluigny^

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