CHAPITRE III. - FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE
aux deux principaux débouchés des montagnes sur la vallée de la Saône. Dijon est de flu8 un point de passage fort important de la vallée de la Saône dans celle de la Seine. On ne devait construire dans le principe que le fort d'arrêt de la Motte-Giron dans une belle position dominant la ville, rentrée de la vallée de TOuche, le canal, la route et le chemin de fer de Paris; puis, vu l'importance de Dijon, on songea à transformer cette ville en grande place de manœuvre et d'approvisionnements en créant des forts à Hauteville, à Asnières, ^ Varois, à Sennecy et au château de Beauregard ; ceux d' Asnières et de Sennecy sont en construction, celui de la Motte^ Giron est presque terminé, les autres ne sont pas encore commencés, A Chagny, on ne projette qu'un fort d'arrêt et encore sa construction est-elle ajournée.
Auxonne. — Dans la plaine même de la Saône, une armée battant en retraite ne trouve aucun point d*appui; la petite place d' Auxonne dont le but est de commander les routes de la frontière suisse à Dijon, et de relier cette dernière ville à Besançon, n'a pas grande valeur. Il serait donc bien difficile de se maintenir avec des troupes battues dans ce pays si riche de la Haute-Saône, et l'ennemi, maître de • Vesoul et de Gray, pourrait surveiller les principaux débouchés vers la plaine : Langres, Dijon, Besançon; c'est en effet ce que surent si bien faire les Prussiens, à la fin de 1870, avec des forces très- restreintes.
Besançon. — Après avoir dépassé ou masqué Belfort, l'ennemi s'avancerait soit par Yesoul et la vallée de la Saône, soit par la vallée du Doubs; Besançon intercepte cette seconde vallée et peut servir d'appui aux opérations d'un corps d armée qui étendrait son action jusqu'à la première. Cette place a aussi pour but de barrer les routes venant de Suisse.
Pendant la dernière guerre, Besançon sauva notre petite armée des Vosges d'une destruction presque certaine : après la prise de Strasbourg, une partie des troupes de siège forma le 14* corps et, sous les ordres du général Werder, fut destinée à opérer vers Vesoul et Dijon dans la vallée de la Saône. Après le combat de la Bourgonce, les forces allemandes qui avaient pénétré par la vallée de la Bruche et par la route du Donon, se dirigèrent sur Épinal et forcèrent, comme nous Tavons vu, le général Cambriels à se replier sur Besançon. Le général Werder, nous suivant de près, arriva sur TOgnon le 22 octobre et tenta de forcer le passage, nos troupes furent culbutées et vinrent prendre position sur la. rive gauche sur les hauteurs de Châtillon-le-Duc; le général allemand n'osa les attaquer si près de Besançon, n'ayant pas les moyens d'en entreprendre le siège.
On a voulu créer sur ce point une grande place de manœuvre, centre de défense de la Franche-Comté et principal débouché du plateau Séquanais vers le nord-ouest; par suite de la configuration du terrain, on a dû construire un très-grand nombre de forts. La ville occupe une presqu'île formée par le Doubs dont Tisthme est dominé par une citadelle. En avant de ce dernier ouvrage, sur la rive gauche du Doubs, on
rencontre une suite de crêtes longitudinales qu'il a fallu occuper. Sur la première crôte se trouvent deux redoutes construites pendant la guerre et améliorées depais, ce sont les forts Est et Ouest des Diiis. Au nord le vieux fort de Montfaucon^ élevé en 1870 a été complété par la construction d'un magasin à poudre et de quelques abris; puis un peu à Test le nouveau fort de Mont faucon, en cour^ d'exécution, est l'ouvrage le plus considérable de Besançon. Sur une seconde crête au sud-est de la place, on construit le fort de Fontain et, la batterie Rolland ébauchée en 1870-71 et entièrement remaniée. En cas de guerre il est probable qu*on occuperait au sud le plateau dit Chez Clément, au-dessus de Pugey.
Sur la rive droite du Doubs, sur des hauteurs au nord et au sud de la citadelle, ont été construits depuis déjà longtemj)s les forts de Drcgille et de Chaudanne] en , avant de ce dernier on a élevé pendant la guerre la redoute du petit. Chaudanne et celle du Rosemont; dans cette même direction du sud-ouest, on a étudié un fort sur la côte de Planoise qui domine la rivière. Au nord, en avant du faubourg de Battant, se trouvent la lunette de Charmont en cours d'exécution au moment de la guerre, la redoute des Monts-Boucons à peine ébauchée en 70-71, le fort des Justices^ l'ouvrage de Patente, construit pendant la guerre et amélioré depuis, enfin, beaucoup plus loin à une distance de 8 ou 9 kilomètres de la place, le château de Chdtillon-le-Duc et le fort de ChaiUuz qui dominent la vallée de TOgnon et où on travaille en ce moment.
En arrière de ces défenses de seconde ligne, formées par Langres, Dijon, Besançon, se trouve le grand camp retranché de Lyon que nous décrirons plus tard, en nous occupant de la frontière du sud-est dont il peut être l'objectif piincipal, et le massif des monts d'Auvergne avec Clermont, qui peuvent devenir le réduit central de la défense de la France. C'est dans ces montagnes que les Gaulois luttèrent avec tant d'acharnement contre Rome et contre les armées de César.
lia fklalse tertiaire. — Sur la ligne directe d'invasion de la frontière d*Allemagne à Paris, on a songé' à utiliser comme deuxième ligne de défense et à renforcer au moyen de la fortification les escarpements qui terminent à Test le plateau delà Brie et qu'on désigne souvent sous le nom un peu prétentieux de falaise tertiaire. En avant de cet obstacle, se trouve la Champagne pouilleuse, pays pauvre, où les armées d'invasion ne trouveront guère de ressources et ne pourront séjourner si les places fortes de ïoul et de Verdun leur interdisent l'emploi des chemins de fer pour faire arriver leurs approvisionnements.
Les voies de communication qui conduisent sur le plateau entre Reims et Nogent-sur-Seine sont nombreuses et faciles, on ne peut donc les intercepter toutes au moyen de forts permanents, et ce sera sans doute là le cas d'employer la fortification passagère, si on trouve avantage à résister dans cette position où l'art doit plus faire que la nature.
. Pour le moment, on a commencé des ouvrages à l'est de Reims de manière à cou*»