CHAPITRE III. — FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE
forêt de Fontainebleau, et aussi les routes vers la Loire par Étampes, Pithiviers, Orléans et Gien, qui passent au défilé de Montlhéry.
6® Au sud-ouest, le camp retranché sud de Versailles, formé par le plateau compris entre la Bièvre, le ruisseau de Gailly et le ravin de Sèvres, d'où débouchent les roules vers la Beauce soit par Rambouillet, Maintenon et Chartres, soit par Montfort, Houdan et Dreux. Il sera défendu par lefon de ChdliUon (162), les trois batteries des Bois de Verrières {\bO)^ le fort de Palaiseau (161) et ses deux batteries annexes, les forts de Yillerasei du flaut-Buc (169) en avant du fossé de la Bièvre, la batterie de Satory^ le fort de Saint-Cyr (171), le fort de Bois d'Arcls (174) et une batterie annexe destinée à battre la plaine de Fontenay. Les anciens forts du sud de Paris formeront réduits en arrière.
7* A l'ouest, le camp retranché nord de Versailles, comprenant le massif montueux et boisé de la forêt de Marly, de Marnes et de Garches et les trois presqu'îles que forme la Seine au-dessous de Paris. C'est de là que partent les routes de la basse Seine par Poissy, Mantes, Évreux et Rouen, qui franchissent la Seine à Pontde-l'Arche après avoir traversé les forêts de Louviers et dePont-de-l* Arche. Cesecteur sera protégé par le fort de Noisy (163) en avant du Trou d'Enfer, par les deux batteries de Marly (157), et par le fort de Cormcilles (170). Le réduit de cette position sera la forteresse du Mont-Valérien, avec les redoutes de Gennevilliers et de Montretout, qui ont été conservées. On a projeté des forts beaucoup plus éloignés, h Sainte-Jamme (178), à Aigrement (J67), et plus tard on sera peut-être amené à occuper les hauteurs de l'Hautie, à Touest du confluent de TOise.
Tel estTensemble des ouvrages qui doivent défendre les positions qui entourent ce grand réduit central de la défense de tout le nord-est de la France.
Considérations stpatég^iques sur la rive g^auche du Rhin. — Si,
pour nous résumer, nous jetons un rapide coup d'œil sur tout le pays compris entre le Rhin et Paris, que nous avons étudié, nous y voyons deux IhéiUres d'opérations distincts, séparés l'un de l'autre par le massif des Ardennes et TEifel. D'un côté se trouve une vaste plaine qui devient souvent marécageuse au nord de la Belgique, de l'autre un pays montagneux et raviné compris entre la Meuse et le Rhin.
Sur le premier de ces théâtres d'opérations, nous avons eu à lutter surtout contre les forces espagnoles ou allemandes, aidées des Anglais et des Hollandais ; c'est en effet en Belgique que, sous Louis XIV, sous Louis XV, sous la République et sous l'Empire, se sont livrées la plupart des grandes batailles qui ont influé sur le sort^de la France; c'est dans la plaine de l'Escaut qu'opérèrent Guillaume d'Orange, Marlborough, le duc de Cumberland, le duc d'York et Wellington ; la base d'opérations de nos ennemis était formée par les villes des Pays-Bas ou par la mer. La région du sud-est est le théâtre obligé des opérations purement allemandes, ayant le Rhin pour base, que l'Empire Germanique soit représenté par rAutriche ou
par la Prusse ; mais tant que les armées ont pu se rencontrer dans les plaines du nord, il n'y a jamais eu sur ce second théâtre que des opérations accessoires ou des diversions de la part de l'ennemi. Malgré tous les succès qu on pouvait remporter sur ce dernier théâtre, une seule défaite dans la plaine du nord en faisait perdre tout le fruit et décidait la question ; Dcnain et Waterloo en sont des exemples. Au théâtre du nord correspond contre la France la ligne d'invasion si facile et si courte de la vallée de l'Oise, que les Allemands pourraient atteindre par la Meuse; au théâtre de Test correspondent les trois lignes d'opérations de la Moselle, de la Nahe et du Palatinat, qui traversent un pays où les obstacles naturels rendent les opérations difficiles et qui forment trois défilés sans communication entre eux, si ce n'est au nord par le Rhin et au sud par la vallée de la Sarre. Malheureusement cette contrée montueuse, âpre et difficile ne nous appartient pas et se trouve même en dehors de notre action depuis que le traité de Ryswick nous a fait perdre tous les points importants qui nous auraient conduits au Rhin. Aujourd'hui, le traité de Francfort nous a encore enlevé les débouchés oii ces lignes d'opérations viennent se réunir, ainsi que les obstacles des Vosges et de la Moselle, et l'Allemagne a largement pris pied dans toute cette région.
Quant à l'action réciproque d'un théâtre d'opérations sur l'autre, elle est assez restreinte; il semble tout d'abord qu'une armée française opérant entre la Meuse et le Rhin pourrait, par une marche hardie vers l'embouchure de la Meuse, couper de ses communications une armée allemande engagée en Belgique; une semblable manœuvre a été tentée plus d'une fois, mais elle n'a jamais été couronnée de succès à cause des difficultés qu'on rencontre pour traverser l'Eifel, pays pauvre et âpre.
En 1793, le général Beurnonville devait opérer dans cette contrée pour protéger l'aile droite de l'armée de Dumouriez qui, déjà maître de la Belgique après Jemmapes, allait entrer en Hollande. Beurnonville fut arrêté à Trêves, et Dumouriez, pris en flanc par un retour offensif des Autrichiens, fut battu à.Neerwinden. L'année suivante deux divisions françaises durent se porter sur Trêves et remonter la vallée de la Moselle, de manière à faire une diversion pendant que Pichegru et Jourdan envahissaient la Belgique; elles ne purent dépasser Trêves, se laissèrent couper la retraite, et ne furent sauvées que parla victoire de la Roër, qui débarrassa la rive gauche du Rhin des Autrichiens.
Les opérations doivent donc marcher concurremment sur les deux théâtres; méconnaître ce principe, ce serait s'exposer à de graves mécomptes, sinon à de grands désastres, et il serait téméraire de lancer une armée française sur la rive droite du Rhin, sans être absolument maître de la rive gauche ; c'est pour cela qu'au début de la dernière guerre, il était bien impossible à l'armée française de passer le Rhin à Maxau et de se jeter dans les États du Sud, sans avoir au préalable complètement battu les armées allemandes qui étaient sur la rive gauche. Aujourd'hui^ en cas de nouvelle guerre, il nous faudrait plusieurs grands succès en Lorraine et dans le Palatinat Rhénan avs^nt de tenter le passage du fleuve à Mannheimy