CHAPITRE IV. — THÉÂTRE D'OPÉRATIONS DU BASSIN DU RHONE l(w
hauteur par des sentiers Irès-praticables, où la neige disparaît pendant deux mois chaque année. Enfin au-dessus on ne trouve plus que des sentiers fort difficiles qui traversent des glaciers et des névés. La route du Stelvio, la plus haute de la chaîne, atteint Taltitude de 2,800 mètres.
On a de tous temps séparé les Alpes en plusieurs massifs auxquels on a donné des appellations différentes et qui sont limités par des points importants ou des sommets remarquables de la chaîne. Ce sont d*abord, en venant du Saint-Gothard, les Alpes Pennines ou Valaisanes qui séparent Tltalie du Valais et qui font face aux Alpes Bernoises dont les glaciers s*élèvent de l'autre côté du Illiônc. Les deux routes qui les traversent au Simplon et au GramlSaitit-Dernard, cette dernière encore inachevée, viennent déboucher sur le lac de Genève et ont une importance capitale dans le cas d'une guerre entre la France et Tltalie. Les Alpes Pennines se terminent au Mont-Blanc {i.S\0 mètres), le plus haut sommet de TEuropc après ceux du Caucase. Ce massif si élevé est recouvert d'une accumulation de glaciers d'une étendue et d'une profondeur telles, qu'on a calculé que leurs glaces en fondant suffiraient à alimenter la Seine à l'étiage à Paris pendant neuf années. Les eaux qui s'écoulent de ces glaciers, forment la rivière de TArve dont la vallée n'aboutit ù aucun passage dans la chaîne des Alpes.
Du Mont-Blanc au Mont-Ccnis, les Alpes Graïes présentent plusieurs sommités de 3,000 à 4,000 mèbres. Du Moni-Iseran (4,045 mètres), se détachent les Alpes de la Vanoise qui séparent la vallée de l'Isère de celle de l'Arc et dont les sommets tout aussi élevés que ceux de la chaîne principale atteignent 3,900 mètres. Deux routes traversent les Alpes Graïes ; Tune met en communication la vallée d'Aoste ou haute vallée de la Doire Ballée avec la Tarenlaise ou haute vallée de Tlsère, elle passe au col du Petit Saint-Bernard (2, 192 mètres) , Tautre fait communiquer Suse sur la Doire Ripuaire avec la. Vaunc/i/i(» ou vallée de l'Arc, c'est la route du Mont Ce/n'^ (2,095 mètres); ces deux routes se réunissent sur l'Isère et conduisent à Lyon par Grenoble ou par Chambéry.
Les Alpes Cottiennes du Mont-Cenis au Mont-Viso forment du côté de la France un saillant très-prononcé dont le sommet est au Mont-Tahor (3,212 mètres). De ce point se détache le contrefort trèsélevé du massif des Grandes-Rousses (3,475 m.) quisépare la Mauricnne (Arc), de VOysans (Romanche) et du Briançonnais (Durance). A Touest et dans une direction du sud-ouest au nord-est, presque perpendiculaire à celle des Grandes-Rousses,. s'étend entre la basse Mauricnne et le Grésivaudan (Isère) une chaîne dont les plus hauts sommets atteignent 2,890 et 2,981 mètres; on la désigne sous le nom de chaîne de Belledonne, du nom de leur principal sommet. Au sud entre le Drac, la Romanche et la Durance, se trouve, dans les Alpes de la Vallouise, l'énorme massif granitique du Pelvouz dont le pic culminant, la BarredeS'Écrins (4,103 mètres), était le point le plus élevé de la France avant l'annexion de la Savoie. Les Alpes Cottiennes sont traversées entre le Mont-Cenis et le Mont-Tabor par le chemin de fer de Turin h Chambéry, qui passe sous le col de Fréjut et qui unit
Bardonèche sur un affluent de la Doire Ripuaire à Modane sur TArc; elles sont Iran-' chies par la grande route du Mont-Gtnèvre (1,854 mètres 'au col) qui unit la vallée d'Oulx ou haute vallée de la Doire Ripuaire à Briançon sur la Durance.
Au Mont-Viso dont la magnifique pyramide s'élève à 3,840 mètres, commencent les Alpes Maritimes qui s* abaissent rapidement en approchant de la Méditerranée et qui forment un arc de cercle jusqu'au col de Cadibonc dont l'élévation n'est plus que de 490 mètres. Souvent, la partie de ces montagnes qui borde la mer depuis le comté do Nice jusqu'au col de Cadibone, est désignée sous le nom d'Alpes Ligu^ riennes. Du mont do YEnchastraye où la Tinée, affluent du Var, prend sa source, part le contrefort des Alpes de Provence, montagnes crayeuses quiontdes sommets de près de 3,000 mètres d'élévation et qui séparent l'Ubaye de la Bléone, du Verdon et des sources du Var Les voies de communication des Alpes Maritimes sont nom^ breuses, surtout dans la partie basse de la chaîne qui borde la Méditerranée : au col de l'Argentiére ou col de la Madeleine (\ ,9dô mètres) passe une route qui réunit la vallée de Barcelonnette (Ubaye) à Coni sur la Sture ; au col de Tende (1,795 mètres), une autre partant de Nice et rejoignant la précédente à Coni; viennent ensuite dans* la partie entièrement italienne : la" route du col de Nava (954 mètres) d'Onéglia à Céva sur le Tanaro, celle du col de San Dernardo partant d'Albenga et rejoignant la précédente à Garessio sur le Tanaro, celle du col de Mélogno (1,040 mètres) de Finale à Calissano sur la branche occidentale de la Bormida, enfin celle du col de Cadibone (490 mètres) de Savone à Carcare sur la branche orientale de la Bormida, et le chemin de fer qui passe un peu plus au nord et réunit les mêmes villes de Savone et de Carcare.
Les Alpes sont composées d'une série de groupes qui forment des masses distinctes; ils sont granitiques, schisteux ou calcaires, les serpentines se montrent sur plusieurs points. Le faite est granitique et les sommets aigus laissent entre eux de profondes découpures où passent les routes qui font communiquer les deux versants, tandis que les montagnes calcaires comme le Jura et les Pyrénées forment des murailles continues. Sur le versant italien, les terrains cristallisés s'étendent dans la plaine jusqu'à Saluées, Pignei-ol, Ivrée, Bielle, tandis que sur le versant français le calcaire domine. Entre le massif granitique du Pelvoux et le Var, on trouve la craie blanche et la craie marneuse; plus bas en Provence et auprès de Nice, c'est du terrain de grès vert.
Les Alpes françaises seraient parfaitement comparables à celles de la Suisse ou du Tyrol, si elles n'avaient pas perdu leurs vieilles forêts. Leurs formes sont aussi imposantes, leur élévation aussi grande , l'étendue de leurs glaciers aussi considérable, malheureusement l'homme peu prévoyant leur a enlevé leur plus belle parure et en bien des points leur seule richesse, c'est-à-dire Timmense manteau de verdure qui recouvrait leur sol, qui retenait les eaux pluviales et qui rendait les torrents moins dévastateurs, les inondations moins dangereuses. Dans la partie sep* tentrionale, on trouve encore de belles forêts de mélèzes, de pins et de sapins ; mais au sud du Dauphiné les arbres disparaissent et le sol se montre dans son affreuse