CHAPITRE V. — FRONTIÈRE Dt JURA OU FRONTIÈRE SUISSE
terminée jusqu'à Porentruy du côté de la France, et jusqu'à Délemont du côté de la Suisse, elle remonte même en Suisse la Birs au-delà de cette dernière ville et conduit à Bienne ou à La Chattx^de'-'Fonds par le défilé de Plerre^Pertuis et par le val Saint" Imier.
Au sud de Porentruy, la frontière est marquée jusqu'à Morteaupar le lit encaissé du Doubs qui constitue une ligne de défense assez médiocre ; mais, par suite des difficultés que présente le terrain en avant, elle n'est abordée par aucune grande ligne d'opérations.
A Horteau, au-dessus du saut du Doubs, dans une partie ouverte de la vallée de cette riviète, viennent aboutir deux routes venant de Neuchâtel, l'une franchit une première crête du Jura aux Loges ("1286 mètres), passe ^ La Chaux-de-Fonds et traverse encore le co/ (/«5 /îoc^^^ avant de descendre dans la vallée du Doubs, elle est doublée d'un chemin de fer qui traverse un tunnel de 4 kilomètres sous la première crête et qui n'est achevé que jusqu'au col des Roches, il doit être bientôt prolongé jusqu'à Besançon ; l'autre route, plus directe, franchit également les deux crêtes du Jura à des cols élevés et débouche à Morteau. L'importance de cette dernière ville a été signalée depuis longtemps par le général Haxo qui proposait de la fortifier.
Une troisième route part de Neuchâtel ; elle remonte le Val Travers et conduit à Pontarlier^ puis delà à Besançon ou Salins. Elle est reliée aux deux précédentes par la route transversale du Locle aux Verrières,
Pontarlier est le nœud des principales communications de la partie centrale du Jura; à cheval sur les deux seules voies ferrées qui traversent la chaîne, c'est un point stratégique fort important, mais il serait difficilement fortifiable; les routes et les chemins de fer qui y aboutissent venant de Neuchâtel et d'Yverdon sont barrés par les forts de Jouz et du Larmont en avant du village de la Cluse. C'est sur ce point qu'a été livré le dernier combat de la guerre de 1870-71 par l'arrière-garde de Tarmée de l'Est, après la capitulation des Verrières.
Les voies ferrées qui mènent de Suisse à Pontarlier et se prolongent ensuite sur Dijon et Paris sont : 1* celle qui de Neuchâtel s'élève dans le Val Travers par des pentes ayant souvent une inclinaison de 25 millimètres par mètre et qui passe sous plusieurs tunnels dans cette étroite vallée; 2° celle de Lausanne ^dx le col de Jougne^ qui passe à Vallarbe au pied du mont d'Or et qui de là s'élève par des pentes encore plus raides que celles de la première et plus effrayantes parce qu*elles dominent des escarpements à pic^ puis elle passe sous un long tunnel avant d'arriver à la Cluse.
Les routes qui viennent converger à Pontarlier sont : 1® celle dont nous avons déjà parlé, qui vient de Neuchâtel par le val Travers et les Verrières (933 mètres) ; 29 celle d^Yverdon par SainU'^Croix et les Fourgs (1 ,100 mètres) reliée à la précédente par une route transversale de Fleurier à Sainte-Croix ; 3® les routes d' Yverdon ou de Lausanne qui se réunissent pour passer le col de Jougne (1,100 mètres) et déboucher aux Hôpitaux-Neufs. Cette dernière forme le prolongement naturel de la grande voie du Simplon vers Paris.
(]cs routes, de mèine du reste que toutes celles qui i'ranchisseut le Jura, gravissent du coté de la Suisse des pentes très-raides et parcourent du côté de la France des ^'orges étroites et encaissées qu'ouvrent les cours d'eau et qui sont coupées transversalement par des cluses faciles à défendre. C'est en avant d'une de ces cluses que sont situés les forts de Joiix et du Lànnont qui commandent le point de réunion des trois routes et du chemin de fer de Pontaiiier. Mais ce défilé et ces forts peuvent être tournés par la route qui passe au col de Jougne, car cette route arrivée aux Hôpitaux- Aeufs se bifurque et la branche qui se dirige entre les lacs de Saint-Point et de Rémo^ rny sur Salins ou sur Arbois, ne passe sous le canon d'aucun fort. Une troisième route partant également des //o/}î7aï/.T-A>i//:s' remonte la haute vallée du Doubs et conduit à Foncine-lc-Haut et à Saint-Laurenty en arrière du fort des Rousses. Cette dernière roule est praticable aux voitures; une route partant de Pontarlierla rejoint à .Voî<f/jc après avoir longé le lac de Saint-Point; un chemin s embranche sur cette route à la Cliaux-Neuvc et conduit par la Chapclle-des-Bois à Saint-Laurent, mais il n'est praticable qu'à l'infanterie et à la cavalerie. En janvier 1871, les deux routes longitudinales qui permettent de suivre la direction du nord au sud, de Besançon à Lons-le-Saunier et d'Ornans à Saint-Laurent et Saint-Claude, étaient entre les mains des Prussiens; toutefois Tarmée française acculée à Pontarlier pouvait encore efTectner sa retraite vers le sud par les routes de Mouthe dont nous venons de parler, si une dcploraWe erreur de l'armistice ne les eût livrées à l'ennemi.
Au sud du col de Jougue se trouve la vallée de Joux, parallèle aux crêtes du Jura, entre le Mont-Tendre et le Mont-Risoux; elle est fermée de toutes parts, car l'Orbe qui y prend sa source dans la partie méridionale, disparaît dans des gouffres sans fond à l'autre extrémité, et ne reparaît que quelques kilomètres plus loin, à un niveau de 225 mètres plus bas. Cette réapparition constitue la magnifique fontaine de Vallorbc, La vallée de Joux est longée par une très-l)elle route qui, du côté nord, pénètre en Suisse par Yallorbe en contournant la Dcut de Vaulion, et se dirige sur Lausanne en franchissant un col au sud de cette montagne. La partie sud de la vallée appartient h la France, et cette route débouche sous le canon du fort des Rôtisses. La partie centrale de la vallée de Joux communique encore avec le lac de Genève par une route qui traverse le Mont-Tendre au col de Marchairuz (1,450 mètres) ; du côté de la France, le Risoux n'est traversé que par de mauvais chemins forestiers à peu près impraticables aux voitures.
Aux Rousses commence l'action offensive de la place de Genève, qui pouvait être dangereuse pour nous, alors que nous ne possédions pas la Savoie; mais maintenant notre frontière entoure cette ville, et, comme elle n'est pas fortifiée, elle se trouve à notre discrétion. Dans le cas où nous serions forcés d'abandonner Genève et la Savoie, cette grande ville, nœud important de communications, qui lie les opérations que l'ennemi peut tenter par le Jura ou par la Savoie, deviendrait le dépôt obligé des corps d'armée qui menaceraient la Franche-Comté ou le Lyonnais. Les lignes d'opérations qui partent de Genève sont : 1* La route qui par Nyon et le col de Saint-