CHAPITRE V. — FRONTIÈRE DU JURA OU FRONTIÈRE SUISSE
Cergues (1,263 mètres) aboutit aux Rousses; 2** la route qui par Gex franchit le col de la Faucille (1,323 mètres) et se bifurque un pou au-dolà du col pour aboutir aux Rousses par la vallée des Dappes ou pour se diriger sur Salnl-Claudc, n(pud de plusieurs communications; 3'* la route de Lyon par Nantua ; 4** le chemin de fer de Lyon 'par Culoz et ks yorges de VAlbarine\ 5" la route qui, se dirigeant à travers la Savoie, conduit sur la rive gauche du Rhône à hauteur de Seyssel.
La défense de la première direction est aux Rousses, où se trouve un fort construit en 1841 sur le plateau qui précède la gorge abrupte de J/(>/r;r. Ce fort servirait de centre d'action aux troupes campées sur les hauteurs, il couvre la gorge de Morez, mais il ne voit ni n'interdit le passage par Saint-Cergues ou par la Faucille. 11 est dominé de 175 mètres à la distance de 2,600 mètres, et il est situé à plus de 2 kilomètres à vol d'oiseau du point de bifurcation de la route de Saint-Cergues et de celle de la vallée des Dappes, en sorte que rennemi arrivé par Saint-Cergues i)ourrait, par cette dernière, tourner les défenseurs de la Faucille. Il faudrait, pour éviter cet inconvénient, occuper fortement les Crcssoniùcres, qui sont à ce point de bifurcation. Quant au col de la Faucille, il suffirait d'une simple barrricade et d'une cinquantaine d'hommes pour l'interdire à Tennemi. La route dos Rousses à la Faucille qui, dans la vallée des Dappes, suit la ligne des confins, a été l'objet d'unt» modification dans le tracé de cette frontière et, en 1S68. d'une convention particulière qui l'a donnée tout entière à la France; cela fut fort heureux, car à la fin de la dernière guerre, pendant que notre armée de l'Est était internée en Suisse, une brigade commandée par le colonel Goury se dérobait derrière les crêtes du Jura au milieu des neiges et, suivant la route de la vallée des Dappes, parvenait à gagner Gex, puis Lyon avec ses armes et ses drapeaux. Cette route se prolonge au sud de la combe de Mijoux, dans l'étroit couloir que suit la Vnlserine, et établit entre les Rousses et le fort de l'Ecluse une comnnniication parfaitement couverte par la crête la plus élevée du Jura, de la Dole au Grand-Credo.
La route qui conduit l'armée offensive par la rive droite du Rhône, ainsi que le chemin de fer de Lyon, suivent un long défilé qui est complètement barré par le fort de rËcluse. Ce fort, qui domine la vallée d'une centaine de mètres, n'était, en 1814, qu'une simple caserne, tellement dominée par un rocher à pic, que nos troupes la reprirent sur les Autrichiens, en faisant rouler des quartiers de roc qui l'écrasèrent. 11 a été amélioré depuis, mais il peut encore être battu avantageusement du Mont'Vouache de l'autre côté du Rhône et de positions prises sur la route de Collonges.
La route de terre quitte le Rhône à Bellegarde et se dirige sur Lyon par les ynryes de Nantua et par Bourg; un chemin de fer en construction doit bientôt relier Nauluti à Bourg et, par suite, à Lyon; il doit traverser à Cize un tunnel de 1,800 mètres dont la construction retarde l'ouverture de la ligne.
Les routes de la rive gauche, menant sur le Rhôna à Seyssel ou à Bellegarde^ permettent de tourner le fort de l'Écluse et ne peuvent être considérées comme suffi-
samment défendues par le fleuve, puisque rennemi, ayant sur la rive gauche une communication facile, le franchirait sans éprouver de grandes difficultés. Au défilé du fort de l'Écluse, le Rhône est rapide et roule déjà un volume d'eau considérable; mais, à Bellegarde, son lit se resserre et on peut le franchir sur une simple planche, c'est là que passa une colonne autrichienne en 1815. 11 redevient navigable à Seyssel où il atteint un kilomètre de large. Seyssel, où se trouve un pont, était un point de passage important qu'on a eu plusieurs fois le projet de fortifier au commencement du xv!!!"" siècle, en y créant une tête de pont; ce projet n'a pas été mis à exécution, et aujourd'hui, le centre de la défense du Rhône a été transporté à Culoz par suite de l'ouverture des voies ferrées qui s'y réunissent.
Si l'ennemi parvient à franchir le Rhône au-dessus de Culoz ou à Culoz mâme, il trouve sur la rive droite de nouveaux obstacles. Il lui faut se diriger soit sur la Saône par Chdtillon'de'Mlchaille et les gorges de Nantua, soit sur Lyon par Cuto^f et les gorges de l'Albarine, où passe le chemin de fer. C'est en ces points que se trouve la véritable défense.
A Culoz, le Rhône borde tout à fait les pentes de la montagne^ et on barrerait facilement ce défilé par un simple ouvrage de campagne. Pour empêcher rennemi de franchir le Rhône à Culoz, et pour couvrir ce nœud important de voies ferrées, il suffirait d'occuper la hauteur isolée du Molard-dc-Vions, qui domine la plaine et les marais de la rive gauche.
L'ennemi pourrait encore, en prolongeant sa base d'opérations plus au sud, chercher à passer au pont de la Dalmc, où la rive gauche domine la rive droite; ce passage du fleuve est protégé par le fort de Pierre-Châtel et par le fort des Baucs; ce dernier, situé sur un plateau qui domine le premier, est destiné à empêcher l'ennemi d'écraser le fort, en même temps qu'à contrebattre les batteries qu'il aurait toute facilité d'établir sur la rive gauche.
Poni^de-Beauvoisin, sur le Guiers, est aussi un débouché qui est à la disposition de l'ennemi pour pénétrer sur Lyon; mais il faut, pour s'aventurer autant vers le sud, que l'ennemi soit maître de Chambéry et de toute la Savoie.
Ces dernières routes mènent directement sur Lyon, au sud du cours du Rhône; mais comme l'investissement de cotte place doit toujours être précédé d'une marche sur la Saône, pour couper ses communications avec le nord de la France et pour gagner les hauteurs qui dominent la ville au nord et à l'ouest, les premières routes, partant de Genève et se dirigeant plus au nord, seront peut-être préférées par l'ennemi. La baute chaîne du Jura, de la DOle au fort de TËcluse, forme une excellente position qui barre les routes partant de Genève au nord du Rhône; elle se prolonge même au nord par le Noirmont et le Mont-ïendre jusqu'à l'Orbe, mais cette dernière partie appartient à la Suisse. Elle n'est abordable qu'au col de Saint'- Cergues et au col de la Faucille; en arrière, existe une très-bonne ligne de roccade, formée par la route qui met en communication le fort des Rousses avec le fort de l'Écluse et qui permet à la défense de garder h la fois tous les passages. De cette