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CHAPITRE III. — DÉFENSE DE LA SUISSE

OÙ viennent converger les limites de la France, de la Suisse et de Tltalie. La frontière de Suisse et d'Italie suit rarement la ligne de partage des eaux. La Suisse est celui des deux États qui fait les empiétements les plus considérables et les plus importants. L'Italie ne possède qu'une vallée du versant nord des Alpes, le Val de Livigno ou vaUée du Spol, affluent de Tlnn; les traités lui ont laissé aussi les parties hautes du Val di Lei, au nord de Chiavenna, et du Val du Campo, au nord-est de Domod'Ossola, cette dernière d'après une convention toute récente. La Suisse possède presque tous les débouchés des cols des Alpes : ceux du Simplon, du Saint' Gothard, du Bemardino, de la Maloja et de la Bemina. La limite passe exactement au Splugen.

La possession du canton du Tessin, qui forme un coin très prononcé dans le territoire italien, donne à la Suisse un grand avantage contre l'Italie. L'armée suisse ou l'armée maîtresse de la Suisse est ainsi rapprochée de son premier objectif, Milan. Les flancs sont bien appuyés à des montagnes élevées, qui ne sont traversées que par de mauvais sentiers. Le canton du Tessin pourrait avoir une importance d'autant plus grande que sa possession serait peut-être le but et la cause de la guerre.

Pour les deux pays, la ligne de rocade foi-mée par les voies ferrées est éloignée de la frontière, et la situation, à ce point de vue, est la même.

La ligne d'opérations dont le tracé semble le plus avantageux pour l'offensive italienne, est celle du Saint^Gothard, parce qu'elle aboutit directement sur le plateau suisse, en coupant en son milieu la ligne de rocade de Martigny à Coire et en évitant les défenses du Valais et du Rhin antérieur. Les autres routes venant de la plaine du Pô, conduisent dans ces deux vallées et n'en ressorteut qu'aux extrémités fermées par Saint-Maurice et Luziensteig. Du reste, les Italiens ne pourront pas déboucher dans ces vallées tant que l'armée fédérale restera maîtresse du Saint-Gothard.

La défense de cette route du Saint-Gothard est facile. Le premier obstacle que rencontrerait l'assaillant est formé par la Trésa; il pourrait être renforcé par des batteries sur la rive droite de ce torrent et par la tête de pont qu'on établirait à Capo-Lago, à la pointe sud du lac. Il ne faudrait pas manquer de détruire la digue de Mélide sur le lac de Lugano. C'est de cette position que déboucherait l'armée suisse pom* prendre l'offensive, elle se trouverait bientôt en plaine dans un pays riche; sa base d'opérations serait Bellinzona. Cette jolie ville forme un point stratégique important; elle se trouve au débouché des routes du Saint-Gothard, du Lukmanier et du Bernardine; elle est dominée par trois châteaux moyen âge fort pittoresques, mais sans valeur. Au sud de la ville, la vallée du

Cauton (lu Tessin.

Boute du St-GotharU.

Route du St-fiernard, Sl-Mauricc.

Route

du Simplou,

Gondo.

Routes du

Lukroanier et

du San-Ber-

nardino.

Tessia est barrée par une lunette centrale, flanquée à droite et à gauche de plusieurs ouvrages, ce qui forme une seconde position d'arrêt.

Le col du Saint'Gothard et les lacets du versant sud forment la troisième position d'arrêt. Pour empêcher qu'elle ne soit tournée, il faudrait occuper rOber-Alp, le Kreusli-Pass et le col de Nufenen.

Après avoir traversé la combe d'Urseren, la route du Saint-Gothard franchit le trou d'Uri, tunnel de 65 mètres de longueur sur 5 de largeur, et le pont du Diable, qui domine de 50 mètres les cascades de la Reuss; puis elle s'engage dans un défilé très étroit, jusqu'à Altorf . Les colonnes qui suivent cette haute vallée de la Reuss, en avant ou en retraite, sont exposées à être prises en flanc et coupées par les sentiers qui y aboutissent à droite et à gauche, sentiers dont surent si bien profiter Lecourbe et Gudin en 1799. Au delà de Fluëlen, la route est taillée en corniche sur la rive droite du lac des Quatre-Cantons jusqu'à Brunnen et serait très facile à intercepter sur ce point. Les sentiers qui pénètrent dans la vaUée de Muotta suivent la même direction que la route ; ils pourraient être barrés à la cluse qui ferme la vallée.

Le passage du Grand-Saintr-Bernard est ban*é au défilé de Saintr-Hanrice, où les Suisses ont construit des ouvrages en 1832 et en 1847, avant la guerre civile. Si les troupes italiennes, après avoir franchi ce col, remontaient le Valais jusqu'à la Furka pour se lier à celles qui auraient franchi le Saint-Gothard, elles seraient exposées à être prises en flanc par plusieurs sentiers et surtout par la Gemmi.

La route du Simplon est resserrée à Gondo, siu* le versant italien, entre des rochers qui la surplombent; puis elle traverse une galerie de 222 mètres de longueur. Cette position de Gondo est inabordable de front; à une certaine époque on a établi sur l'ancien chemin, de l'autre côté du torrent, des casemates pour deux pièces enfilant la vallée, et des créneaux pour fantassins, mais aujourd'hui ces défenses sont abandonnées et le chemin d'accès a été emporté. Les gorges de Gondo pourraient servir d'appui et de refuge à des partisans occupant le Val d*Antigorio et le Val Formassa, par où l'ennemi pourrait chercher à gagner le Saint- Gothard en tournant Bellinzona.

A l'est du Saint-Gothard, les routes venant d'Italie aboutissent toutes à Coire, qui sera le centre de la défense des Grisons. Les routes du Lukmanier et du San-Bernardino sont couvertes par Bellinzona; la seconde peut encore être défendue à chacune des falaises qui terminent les terrasses successives du Val Mesocco et au col môme, mais il faut surveiller trois sentiers qui pern^ettraient de déboucher en arrière des positions du Val Mesocco en venant du Val San-Giacomo; ce sont les sentiers du Forcala-Pass, du col Bardan et du col Bainisdo.

delaBernina.

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