CHAPITRE III. — DEFENSE DE LA SUISSE
La route du Splûgen passe à un col d'une défense avantageuse. Les spiugeo. galeries qui se trouvent sur le versant sud pour protéger la route contre les avalanches, peuvent être détruites ou obstruées. Avant d'atteindre Thusis, les routes du Bernardino et du Splûgen traversent les défilés de la RolJna et de la Via Mala où une poignée d'hommes pourrait arrêter une armée.
La position de la Porta, près de Bondo, dans le Yal Brégaglia, appar- uMaioja,potient à la Suisse; elle barre la route de la Haloja et fournit une action poru/^ ** de flanc sur celle du Spliigen. Chiavenna est le point de réunion de ces deux routes et serait le premier objectif d'une offensive suisse.
L'offensive contre la Suisse semble au premier abord plus facile par la Route route de la Bernina et par les nombreux sentiers qui font communiquer la Valteline et l'Engadine; mais ces chemins ne conduisent que dans la haute Engadine, puis, après avoir traversé l'Albula, dans la conque de Coire ; les obstacles de défense facile sont donc nombreux avant qu'on atteigne la plaine. Du reste, le col de la Bernina est impraticable pendant la plus grande partie de l'année. Dans le cas où l'armée italienne prendrait cette ligne d'opérations, elle aurait pour base la Valteline, et elle communiquerait avec la plaine du Pô par les trois routes à\x col d'Aprica, du col de San-Marco et de la rive orientale du lac de Côme, mais elle serait exposée à être coupée par une offensive qui déboucherait vers Colico et qui lui interdirait ces deux dernières.
Pour faire ressortir l'importance des obstacles qui couvrent le plateau suisse, nous allons rappeler en peu de mots les principaux événements de la campagne de Masséna en 1799. Ce général dut alors s'étendre et chercher à tout garder pour se lier aux armées françaises qui opéraient au nord et au sud. Le général Jomini, comme nous l'avons déjà dit, est d'avis qu'en cas d'attaque simultanée par le nord, l'est et le sud, il ne faudrait pas tant se disperser ; qu'il faudrait, après avoir disputé les défilés, masser l'armée entre la Reuss et l'Aar pour *y occuper une position centrale au débouché des montagnes.
Campagne de 1799 en Suisse. — Dès le mois de décembre 1798^ une seconde coalition se forma contre la République française; l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, la Bavière et la Turquie y entrèrent. Ces puissances mirent sur pied 330,000 hommes. La France ne disposait que de forces insuffisantes, ses armées se trouvant désorganisées après deux années de paix sur le continent et ayant été du reste affaiblies par l'expédition d'Egypte.
Le Directoire, au lieu de concentrer ses forces sur les points décisifs, les éparpilla tout le long de notre frontière, qui s'étendait du Texel au
Ô2 LlVllE l•^ - PETITS ÉTATS DU CEKTRE DE L'EUROPE.
golfe de Tarente, et se décida à prendre Toffensive avant qne les armées fussent renforcées par la nouvelle levée de la conscription; il est vrai qu'en opérant ainsi il espérait battre les Autrichiens avant Tarrivée des Plan de cam- renforts russes. Voici quel fut le plan de campagne adopté : V armée du FrSa^s.^ Danube, sous Jourdan, comptait 38,000 hommes; elle devait passer le Rhin à Kehl et à Huningue, se porter dans la vallée du Danube et s'établir sur le Lech et Tlsar. Uarmée d'Helvétle, sous Hasséna, forte tout d'abord de 30,000 hommes seulement, devait passer le Rhin entre Sargans et Brégenz et se lier à Jourdan à Test du lac de Constance, pendant que son aile droite, sous Lecourbe, conquerrait le Tyrol, entrerait à Innsbruck et donnerait la main à Tarmée d'Italie parla haute Adige et Botzen. h'arniée d'Italie, sous Schérer, forte de 58,000 hommes, avait pour mission de refouler les Autrichiens au delà de Tlsonzo ; de plus, 15,000 hommes étaient consacrés à l'occupation de la Toscane, et Macdonald, avec 30,000 hommes, était chargé de compléter la conquête du royaume de Naples, faite au mois de janvier par Championnet. Au nord, il existait encore un corps d'observation de 12,000 hommes sous Bernadette, qui devait former le blocus de Philippsbourg et de Mannheim, et, en Hollande, une armée de 15,000 hommes sous Brune, qui devait s'opposer à une tentative de débarquement des Anglo-Russes.
On voit quelle faute on commettait en éparpillant ainsi les forces et en envoyant au fond de la péninsule italienne 45,000 hommes, qui devaient se trouver perdus en cas de revers sur le Pô. D'autre part, on faisait agir inutilement des forces importantes dans le Tyrol, dans un pays de hautes montagnes, et on semblait croire , bien à tort, que quelques brigades établies à la source des fleuves, dans les hautes vallées, suflBsaient pour nous rendre maîtres des plaines.
Plan de cam- Les Autrichiens, beaucoup mieux préparés à la lutte, avaient rassemblé Autn^chiens" ^®^^ fortes armées : l'une était établie sur le Lcchy elle était commandée par l'archiduc Charles et comptait 80,000 combattants ; l'autre était concentrée sur V Adige, elle était aux ordres du général Kray et comptait 85,000 combattants. Les relations de ces armées étaient assurées par deux corps : celui de Hotze, fort de 27,000 hommes, établi dans le Vararlberg, et celui de Bellegarde, fort de 47,000 hommes, qui occupait le Tyrol et qui venait d'envahir les Grisons. Deux armées russes devaient renforcer ces forces autrichiennes : Korsakow, avec 30,000 hommes, allait se joindre à l'archiduc ; Souwarow, avec 40,000 hommes, à Kray.
Le conseil aulique semblait attribuer aux hautes montagnes une importance égale à celle que nous leur donnions; la position des nombreuses troupes de Bellegarde était vicieuse; mais les corps autrichiens étaient mieux liés que les nôtres et présentaient des masses compactes
de Lecourbe.