CHAPITRE VI. — LE DANEMARK
aucun obstacle naturel^ car elle ne suit la Kongeaa que sur 25 kilomètres,
et, du reste, cette rivière n'est nullement difficile à franchir. Sur le Petit-
Belt, la place de Frédéricia jouait, avant 1864, par rapport à la Fionie, Frédéricia.
le môme rôle que Dûppel par rapport à l'île d'Alsen : c'était une tête de
pont et un réduit. C'est sous les murs de cette place qu'en juillet 1849
l'armée danoise remporta un de ses plus beaux succès; en 1864, elle fut
prise par les Autrichiens, qui en rasèrent les ouvrages. Aujourd'hui
cette ville est ouverte, mais sa position sur le Petit-Belt conserve toute
son importance au point de vue stratégique.
L'année qui se retirerait au nord du Jutland pourrait occuper diverses positions bonnes à défendre de front, mais faciles à tourner. A l'est &'Aarhuu$ existe un réduit formé par la presqu'île d'Helgenœs ; elle n'est ,^^^^^ reliée au continent que par un défilé tellement étroit qu'un peloton y d'Heigonœs. tiendrait contre une armée; le général Rye s'y réfugia en 1849. On doit y construire quelques ouvrages, des magasins et des batteries de côte, de manière à fournir un point d'appui aux troupes qui n'auraient pu passer en Séeland ou qui auraient été consacrées à la défense propre du Jutland.
A l'extrémité de la péninsule, l'Ile de Vendsyssel forme un dernier vondsyssoi. réduit à l'abri du Liim-Fjord. La ville d'Aalborg, où passe la voie ferrée, est la tâte de pont de ce réduit sur le continent.
Campagnes de 1848 et de 1864. — Les campagnes de 1848-1849 et de 1864 font ressortir la valeur des diverses positions que nous venons d'énumérer.
En mars 1848, le Holstein se souleva contre le Danemark; les insurgés surprirent la forteresse de Rendsbourg et envahirent le Schleswig, mais ils furent battus le 9 avril à Bov, près de Flensbourg, et forcés de se replier en attendant les secours promis par la cour de Berlin. Les Allemands pénétrèrent, en effet, dès le commencement d'avril, dans le intervenUon Schleswig-Holstein, ils formaient deux armées : 1** le corps prussien conmiandé par le général Wrangel, 2** le contingent germanique, commandé par le général Halkett; en tout 32,700 hommes avec les forces insurgées. Le 23 avril, jour de Pâques, ces troupes attaquèrent le Dannewerk qui était occupé par les Danois; ceux-ci firent une belle résistance, mais écrasés par le nombre, ils durent, à la fin de la joimiée, évacuer Schleswig, et, pendant la nuit, se retirer sur Flensbourg.
La plus grande partie de l'armée danoise continua sa marche à travers le Sunderwitt, vers VUe d'Alsen; elle fut suivie par Halkett; Wrangel avec les Prussiens et les insurgés se répandit dans le Jutland et entra successivement dans Kolding^ Veile et Aarhuus, mais il dut bientôt se re* plier au sud de la Kongeaa sur la menace d'une intervention russe.
Insurrection do 1848.
de TAUemagne.
Le Dannewerk enlevée
Succès des Danois à DûppeL
Armistice de Malmœ.
Reprise des hostilités.
Retraite des Danois.
Siège do Frëdéricia.
OlTensive danoise.
Le 28 mai, les Danois débouchèrent do Dûppel et battirent complètement Halkett; le 5 juin, Wrangel et Halkett ayant voulu reprendre leur revanche, furent partout repoussés dans une attaque des lignes de Dûppel. Cependant, le conunerce allemand souffrait beaucoup du blocus des côtes et des ports, la Prusse se décida le 2 juillet à signer un armistice à Malmœ; le général Wrangel n'y adhéra que sur Tordre de la diète de Francfort, le 26 août. Le Schlesvsrig et le Holstein devaient être évacués par les belligérants et gouvernés par cinq membres choisis par les deux partis; mais l'oppression dont les Danois du Schleswig furent victimes amena une révolte des paysans de ce pays contre le gouvernement provisoire de Kiel et ralluma la lutte.
Le Danemark se décida à dénoncer l'armistice le 26 mars 1849 ; il espérait en débouchant d'Âlsen et de la Kongeaa réunir ses forces vers Flensbourg et surprendre l'ennemi. Malheureusement, il consentit^ à la demande de l'Angleterre, à prolonger l'armistice de huit jours, et ce retard fit échouer le plan d'attaque. Les Allemands eurent le temps de réunir 60,000 hommes sous les généraux Prittwitz et Bonin, ce dernier commandait les Schlesvsrig-Holsteinois. L'armée danoise était forte de 33,000 hommes.
Le 3 avril, les deux corps danois se portèrent en avant et eurent deux rencontres avec les Schleswig-Holsteinois dans le Sunderwitt; mais la flotte subit un désastre qui eut un triste retentissement dans tout le pays; deux vaisseaux, le Christian VIII et le Gefion, poussés par un vent violent au fond de la baie d'Eckernfôrde, furent forcés de baisser pavillon. L'armée effectua alors sa retraite dans l'île d'Alsen et derrière la Kongeaa. Le 13 avril, les Allemands enlevèrent les lignes de Dûppel, mais le lendemain ils ne purent soutenir la lutte contre l'artillerie de l'île d'Alsen et durent se replier. Les Schleswig-Holsteinois, sous Bonin, envahirent le Jutland, ils eurent à soutenir une rude attaque des Danois à Kolding le 23 avril; mais, grâce à leur nombre, ils restèrent maîtres de la position. Ils marchèrent ensuite sur Frédéricia, dont ils commencèrent le siège. Un détachement danois s'était jeté dans cette forteresse, mais le général Rye, avec la plus grande partie de ses forces, se replia vers le nord et sut déjouer tous les efforts du général Prittwitz, qui espérait, avec 25,000 hommes, l'entourer et l'anéantir; il trouva un refuge absolument sûr dans la péninsule (THelgenœs, et les troupes de la confédération restèrent à Aarhuus.
A cette époque, les Allemands occupaient donc une ligne très longue de Schleswig à Aarhuus ; les Danois résolurent de la percer. A l'aide de leur flotte, ils purent rassembler leurs divers détachements dans l'île de Fionie sans donner l'éveil à l'ennemi; toute leur armée, forte de 16,000