‹ Géographie (volume 2)Chapitre 10 sur 104 · PERSE OU IRAN · texte numérisé non relu

PERSE OU IRAN

Historiquement et géographiquemcnt, le plateau d'Iran ou d'Eran va de la mer Caspienne ii la merdes Indes, de la crcto des monts qui s'abaissent vers le Tigre à la tranche de ceux qui dominent la vallée de l'Indus. Dans ces limites entrent 27u millions d'hectare?, cinq fois la Fraiice. I,a Perse actuelle prend la moilié de cette surface, 12o à l.iO millions d'iieclares. Elle occupe l'occident de l'ancien Iran; l'orient, démembré, a formé trois États indépendants, l'ilérat, l'Afghanistan, le Béloutcliistan.

Enfermée entre des murs de montagnes qui arrêtent les vents de mer, pures des nuages, la masse des terres d'Iran constitue un haut plateau trcs-scc. Il n'y pleut presque jamais, ni de la mer Caspienne, ni de l'océan Indien ; l'horizon y est limpide, les cicux sereins. Des vents affreux tombent des sommets de la ceinture montagneuse, mais, au lieu d'averses bienfaisantes, ils amùnent en hiver un air glacé qui blesse la plante, en été des tourbillons de poussiùre et des trombes de sables violemment arrachés à l'arOte des dunes. A l'ouest, nu pied des Alpes du Kourdistan, à la base des monts Eibourz nu nord, les torrents et l'eau vive des sources émaillenl la haute plaine de vallons arrosés, de jardins, de champs de riz et de céréales, de prairies. Dés qu'on s'avance vers le cenlro du pays, les accidents de terrain se changent en vagues ondulations. Le désert envahit de plus en plus le plateau avec sa grandeur et sa netteté d'horizon, mais aussi a\ec la tristesse de ses solitudes, le poudroiement de ses arènes, l'éclat pénible aux yeux de ses lacs salés, bus, fors le sel, i)ar l'été, ses chaleurs sans air et les hurran ou tourmentes de neiges de son hiver. Des villages fails de bouc parsèment ces étendues mortes et soufTrent de la fièvre qui se dégage des canaux croupissants et des bas-fonds putrides. Des"colonnades ou des massifs de cyprès, des peupliers, des chinar (platanes orientaux) m irquent le cours des ruisseauv pauvres. Parfois des nuages poussiéreux se rapprochent, il en sort des escadrons de cavaliers turcomans

qui brûlent, renversent, pillent, et entraînent à coups de sabre les villageois vers les marchés d'esclaves dn Turkestan. Souvent des ruines encore solides, des murs de palais, des restes de beaux jardins, de vastes amas de décombres ravivent le souvenir des grandes villes qui brillaient dans l'Iran, quand son peuple n'avait pas perdu de sa valeur par le mélange avec le' sang arabe, qu'il avait ses idées et ses dogmes à lui, que ses plaines étaient mieux irriguées, plus habitées, ses collines plus vertes avec plus de bois.

Les plateaux de la Perse se terminent par le Grand-Désert Salé, région repoussante. C'est le Decht-i-Kouvir, d'où les Guèbres adorateurs du feu, les misérables descendants des Perses de Cyrus et de Chosroôs, espèrent encore voir sortir un jour, en vengeur, en conquérant, en pontife leur dernier roi, Yezdegerd, détrôné par les envahisseurs mahométans. Le Dechti-Kouvir ou Perse Stérile recouvre plus du quart, peut-être le tiers du royaume.

L'altitude du plateau d'Iran varie entre 650 et 2,2;)0 md'tres, en moyenne i,'200 métrés. L'hiver y est aussi dur que dans les départements les plus froids de la France, sous une lalilude égale à celle de l'Algérie et du Sahara septentrional, et l'été accable par la chaleur, l'absence de sources et d'arbres, la réverbération des rayons sur les collines de sable et les champs de tel.

Les montagnes fermant à la Perse l'accès de la mer Caspienne, et portant de ce côté son plateau, se lient au massif arménien, là où l'Ararat (5,219 met.) darde sa pyramide sur la triple frontière russe, turque et persane. Le Savalan, dans la province d'Azerbaïdjan, entre la mer Caspienne, le lac Ourmia et le cours de TAraxe, arrive presque à la hauteur du mont Blanc; il atteindrait, dit-on, 4,752 mètres. Juste au nord de la capitale du royaume, dans la chaîne de l'Llbourz, interposée entre le plateau persan et le lac Caspien, le Demavend (4, iOO met.), volcan neigeux qui a fermé ses fournaises, domine avec grandeur l'horizon de Téhéran.

L'I']lb(jurz, Olympe iranien, plus vieux que le plus antique Olympe des Hellènes, est l'Albordji du livre sacré des anciens Perses, la mère de tous les fleuves qui s'approvisionnent de

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Ilots à l'inépuisable source d'Ardouissoura : celte fontaine, issue du trône divin, était plus puissante que la fontaine de Jouvence cherchée par les conquistadores en Amérique ; elle ne rendait pas seulement la jeunesse, les morts revenaient \ la vie en buvant son eau bienheureuse. L'Ardoiiissoura baignait le Paradis persan, entre deux tapis de fleurs et deux rideauv d'arbres merveilleux. Aujourd'hui l'Elbourz, loin de faire descendre dans la plaine des eaux éternellement revivilîanles, prive Iran des pluies du Nord et lui enlève ainsi des milliers de ruisseaux.

L',ntre l't^lbourz, aux flancs forestiers, et la plage Caspienne, s'arrondit en arc de cercle une bande étroite de terres fécondes, bien arrosées par les torrents de la chaîne, souvent mouillées par les pluies du ciel, entrecoupées de forêts à tigres. Une végétation puissante y fleurit, le jtalmier y croît, mais l'excès d'humidité y engendre la lièvre paludéenne, et des tremblements de terre font chavirer parfois les villes des deux provinces de cette zone, le Ghilan et le Mazandéran.

Au nord-ouest, à l'ouest, les monts du Kourdisfan et du Louristan fournissent des eaux intarissables, d'un côté au Tigre et au Cliat-el-Arab, de l'autre au plateau d'Iran avec lequel ils contrastent par la grandeur de leurs gorges, la grAce de leurs vallons et la fraîcheur de leurs sommets. Au midi, dominant les M jardins de roses » de Chiraz, des chaînes sèche?, prodigieusement stériles, hormis dans de rares mais charmantes oasis arrosées, barrent aux habitants du plateau le ciiemin du golfe l'ersique; leurs versants sont tellement roides que les sentiers qui les graNissenl se nomment des échelles. La mince zone côlière du golfe, fermée au nord par la chaîne i\ pic à laquelle elle s'adosse, exposée aux souffles de l'Arabie, a beaucoup .\ soulTrir des soleils épuisants, des sables volants, des vents lorrides, des flèvres. C'est la iierra ca/ie;j/e d'Iran ; les Persans l'appellent (iu('rinr'ï.ir.

'ran est une contrée historique. Sa nation naquit du mi'^mc rang (jne les Blancs dlùirope et tint toujours la première place en Orirnt p.-ir son intelligence, et quehjuefois par un grand déploiement d'énergie. Ecbalanc, Suze, l^ersépolisse firent obéir par des empires immenses. Les Persans se mêlèrent à YhU-

toire de la Grôce qui les vainquit, à celle de Rome dont ils arrêtèrent la marche vers les Indes, à celle des Arabes, qui déiruisirent son antique originalité en lui portant une nouvelle religion, et plus lard à celles des Indous^, des Mongols, des Turcs.

ils ont été Ibrt mélangés d'éléments arabes et turcs, et ce peuple brillant de beauté physique et d'esprit, poétique, poli, sociable, semble avoir beaucoup perdu par ces alliances. Les Persans d'aujourd'hui sont en décadence comme tous les Orientaux. Ils s'en vont de maladies diliîciles à guérir : l'indole nce, l'intolérance, la bassesse envers les grands et les riches, le res pect de la force, l'amour de paraître, le penchant ù la dissimulation, l'ignorance. Ils s'appellent eux-mêmes Tadjiks, mot qui signifierait les invaincus ou les invincibles. Ils ne peuplent pas seuleme nt la Perse ; ils forment la grande majorité dans les khanals du Turkestan, la moitié de la population de l'Afghanistan et du pays de Hérat. On en trouve beaucoup en Asie Mineure, enfin les Afghans et les Béloutchis parlent des idiomes parents de la langue persane.

Celle-ci, sœur à l'origine de nos langues indo-européennes, s'est mélangée d'arabe et de turc, à son dotiiment; elle a abandonné une partie de ses vieilles racines et beaucoup de son antique physionomie, mais elle a produit, surtout en poésie, une littérature qui fait les délices de l'Orient, et par les chefsd'œuvre d'Iiafiz, de Firdousi, de Saadi, elle a pénétré comme langue littéraire dans loutel'Asieavoisinante, à peuprùscomme le français en Europe. C'est à Chiraz qu'on la parle avec le plus de pureté et le meilleur accent.

Les Kourdes, parents peut-être desTadjiks par l'oriyine, plus sûrement parle langage, vivent dans les Alpes du Kourdistan. De nombreuses tribus turques rôdent dans les steppes et les montagnes du nord-est: de l'une d'elles sort la dynaslie actuelle des schahs ou rois de Perse. La côte du golfe Persique est peuplée d'Arabes.

D'après U-s documents les plus récents, la Perse a le dixième de son sol en culture, un autre dixième en prairies, un vingtième cti f<3rûts. Le reste, les trois quarts, n'est que désert, sables, pierres, roclies, fonds de sel, eaux et marais. Llle renferme 0,000,000 au plus d'habitants : .*J0 p. 100 citadins,

30 p. 100 nomades, 40 p. 100 paysans. 11 y a 3,000,000 de Persans, IjlOOjfOOou 1,200,000 Turcs et Turcoinans, 400,000 Kourdes, 300,000 Arabes. 2,500,000 parlent persan, 1,G00,000 des dialectes turcs, dans rAzerbuùljan, et en général au nord de la route de Téhéran à Hamadan; dans la capitule mOme le turc est d'un usage très-fréquent. Sur le golfe Persique l'arabe domine.

La Perse a produit une des religions de l'antiquité, celle des livres sacrés du Zend, la relij^iun de Zoroastre, adoration du soleil et du feu. Seuls les Guùbres ou Parsis, descendants les plus directs des vieux Perses, ont conservé ce culte ; ils ne >ont pas mOnie 8,000 dans leur antique méiropole, mais ils forment, hors d"lran, des communautés commerçantes d'une intelligence rare, d'une iionncMelé éprouvée ; on les reirouve à Bombay et dans d'autres grandes villes de l'Inde, dans l'Ile de Ceylan, sur la côte arabique de la mer Uouge, à Aden, en Turquie d'Asie, sur la côte orientale dAfrique, à Port-Louis (dans l'île M lurice), à Londres, ailleurs encore. L'immense majorité des Persans est musulmane, de la secte des Chiites, et comme telle ennemie des musulmans Sunnites, Turcs, égyptiens, iîarbaresqucH, etc.

Téhéran, capitale depuis I70S, sur un plateau, en vue du l)éma\end, à lo kilom. du pied de l'Klbourz, i\ 1 10 de la mer Caspienne, s'est établie ;\ 1200 mrlres environ d'altitude, sur un sol salé. Va\ hiver, elle contient, dit-on, 120,000 habitants, dans des ruelles aux maisons de terre séparées d'une morne campagne par un mur fait de terre aussi. F.n été, le schah et 40,000 individus fuient la ville, ses fii'^vros intermittentes, ses chaleurs étouiï.inles et malsaines, ses punaises venimeuses, et vont s'installer sous la tente, ;\ l'issue des fraîches vallées de rliilbouiz. A quelques kilomètres, à Rei, de belles ruines marquent le site de rancienne iUiaga».

La vieille capitale, Ispahan un Isfahan (00,000 hab. ; 000,000, peut-rtn; un million sous le grand roi Abbas) a gardé de ses splendeurs d'il y a deux siècles de \astes palais, des mosquées fameuses, de beaux ponts et des bazars immenses, agrandis encore par leur solitude : on arrive à ces témoins de la grandeur pnssée par des rues désertes, d'une saleté obs-

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