‹ Géographie (volume 2)Chapitre 9 sur 104 · TURQUIE D'ASIE OU ASIE MINEURE · texte numérisé non relu

TURQUIE D'ASIE OU ASIE MINEURE

Le nom de Turquie d'Asie n'a qu'une valeur politique, c'est à dire pnspagt'rc. Asie Mificiire o?t préférable, l.e nom d'Asie, borné d'aburd à la Lydie, s'étendit daiis la suite au\ pays voisins, puis ;\ tout le continent. On fut alors obligé de créer l'expression d'Asie Mineure, par opposition à la grande masse de toute la partie du monde.

Dans les premiers siùcles de notre ère on eût pu appeler aussi bien cette contrée l'Asie Grecque. Sous la domination romaine les Hellènes avaient fini par couvrir de leurs colonies ou par iLiflueucer de leur langue des pays auparavant sémitiques : la Syrie, la Judée, dont les nouveaux livres sacrés furent écrits en grec, la plus grande partie du bassin de l'iLuphratc. Ils avaient mi'^nie poussé leur invasion jnsqu'A la Bactrlane, où un roi grec « embellit mille cités » dans un royaume fondé par des vétérans d'Alexandre.

L'Asie Mineure, du côté de l'est, fait front i\ la Transcaucasie et à la Per.^e. Au midi se perdent d'horizon en horizon les sables et les pierres du désert syro-arahique. Au nord s'espacent les flots des Dardanelles, de la mer de Marmara, du Bosphore et de la Kira-Dcniz des Turcs, la mer Noire. A l'ouest, la Méditerranée et l'Archipel frangent des baies protégées par un chapelet d îles, qui furent des républiques puissantes et policées au temps où la ci\ilisation du monde était conrenirée entre l'Iùiphrate et Tarente. Dans ces limites, l'Asie Mineure occupe I2i millions d'hectares, plus du double

de la France, avec 15 n^illions et demi d'habitants, soit 12 à i3 par kilomùtre carré (en France, 70).

Géograpliiqucment, l'Asie Mineure comprend trois régions : le Plateau, TEuphrate et la Syrie.

Le Plateau de l'Asie Mineure se noue à celui de l'Arménie. Tous deux forment une seule et môme région élevée et froide. Une ligne menée du fond du golfe d'Alexandrelte au lac Ouroumia bornerait presque constamment ces hautes terres du côté du sud.

Le géant des monts d'Arménie, le Grand-Ararat (3,219 mètres), est planté comme une immense borne volcanique à la triple frontière de la Russie, de la Perse et de la Turquie d'Asie. A sa base s'attachent les premières des montagnes qui vont s'épanouir au loin dans le réseau de l'Iran et dans les chaînes de l'Asie Mineure. Des pics trapus, arides et gris; des croupes uniformes, des versants connus des ours quand ils ne sont pas absolument déshabillés des vastes forêts d'autrefois ; rarement de gais vallons ; des plaines ûpres de 1,500 à 2,000 mètres d'altitude fouettées par des vents glacés ; des ruisseaux froids et pellucides aux bords sans ombrage ; un hiver terrible, un été brûlant : telle est l'Arménie Turque. Vers les sources de l'Euphrale, il y a quelques montagnes de plus de 3,000 mètres. Le Palandreken, au midi d'Erzeroum, monte à 3,145 mètres. Le Bingel-Dagh (mont des Mille-Lacs), réservoir de l'Araxe, aurait, suivant les évaluations, de 3,120 à 3,750 mètres : les Arméniens y placent le site du paradis terrestre. • ■• Dans l'Asie Mineure propre, les chaînes dont l'entrelacement divise le plateau en hautes plaines indépendantes avaient reçu des anciens les noms de Taurus et d'Antitaurus, que rien n'empêche de leur conserver. On aurait ainsi dans ce coin de l'Asie le Liban et l'Antiliban, le Caucase et l'Anticaucase, le Taurus et l'Atititaurus. Le pic culminant du Taurus parait être l'EdchicI), ou Arghi-Dagh {dagh veut dire en turc mont, chaîne). C'est l'Argée des Grecs. 11 domine le plateau do Kaï-

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sarieh;sa hauleur est de 3,8 il mètres. Les neiges éternelles du sommet ne sont plus illuminées par des jels de flamme et des vagues rouges de laves en fusion, car l'Argée est un volcan éteint, de mj'^me que l'Ilassan-Dagh, qui a 1,00'» mètres do moins. Le Meldes-is atteint 3,573 mètres. Beaucoup de ces montagnes perdent de leur majesté et, en apparence, de leur hauteur réelle par l'élévation ( onsidérable de leur piédestal de plateaux: ainsi à la base de l'Argée, la plaine de KaiVarieli, l'ancienne Cébarée, qui compta, dit-on, 400,000 habitants, a près de 1,100 mètri's d'altitude; celle d'Erzcrouni, 1,800 à '2,000 mètres. L'élévation des plateaux de l'Asie Mineure o.-ciile généralement entre 900 et 1,500 mètres.

Les chaînons du Taurus ont quelques versants boisés, frais et verts, patrimoines de la panthère; le tigre s'y rencontre quelquefois, le lion très-rarement. Les hautes {daines, ferme'es à la pluie sans laquelle toute vie avorte, se déroulent en steppes altérés où la végétation languit, s'engourdit sous les froids et se grille aux chaleurs. De ces plaines, les unes sont traversées par des rivières siniicuses, violentes et sans profondeur, qui vont tomber par d'étroites vallées dans la mer Noire, la Méditerranée ou l'Euphrate ; les autres, insalubres par impaludation, versent leurs (ili ts d'eau dans des lacs sans écoulement, la plupart sauniàlres. Laplu.s\asle nappe d'eau de l'Asie Mineure est la lagune très-salée de Tuuz-Gueul (320,000 hectares; altitude 050 mètres). Ln Arménie, le lac Van, le Tosp des Arméniens, couvre :i7:i,000 hectares, ;\ 1,0.'.') mètres d'altitude, dans un encaissement de montagnes dont toute la neige ne fond pas en été. Ses eaux saumAtie> n'ont pas d'écoulement. On a prétendu que par (les canaux cac liés elles vont fournir des flots aux sources abondantes du '1 igre.

A Erzerou m (moyenne annuelle O^'ii), il gèle quelquefois en juin. Les plateaux qui bombent le sol entre la mer Noire et la Méditeiranée ont i\ se plaindre d'aigres hiver.-, et les hameaux s'y composent le plus souvent de maisons dont le .<onnnct seul apparaît ; lu demeure presque entière est enfouie dans la terre: de la sorte elle se défend contre les étés brûlants et les mois placés. Le ri\agc méditerranéen est depuis longtemps célèbre par la douco^ r de sa température ; Smjrne (moyenne annuelle

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18°), type de ce beau climat^ voit pourtant quelquefois des neiges dans irCs jardins de roses. Le littoral du Pont-Euxin, humide et verdoyant, brille en certains vallons par une magnifique exubérance ; là fleurissent les vergers appelés par les Turcs aijatch deniz ou mers d'arbres; la moyenne annuelle de Trébizonde approche de 15°. De l'Asie Mineure l'Europe a tiré plusieurs de ses arbres à fruit.

L'Asie Mineure, d'où le génie hellénique partit pour conquérir en définitive le monde, de siècle en siècle, et d'étape en étape, élait jadis peuplée de Grecs sur tous ses rivages et dans une partie de l'intérieur. Le reste abritait dans ses gorges des Thraces, des Gaulois, des tribus mi-sauvages qui s'hellénisaient tous les jours. Elle est aujourd'hui partagée surtout entre les descendants de ces mêmes Grecs et les Turcs, nation numériquement et politiquement prépondérante. Dans l'Arménie, la majorité des habitants de plusieurs districts est arménienne.

Les Turcs ou Osmanlis vivent au nombre de dix à onze millions sur les hautes plaines intérieures. C'est un peuple musulman, lourd, mais laborieux, consciencieux, honnête. Malgré leurs qualités solides et leur tempérament rustique, ils diminuent sans cesse par l'effet de la maladminislration ; ils sont accablés d'impôts, pressurés par les fonctionnaires et supportent seuls le poids de la conscription.

Les Turcomans, tribus mahométanes d'origine turque, rodent sur les plateaux que les Osmanlis cultivent.

Les Grecs, environ un million, se trouvent dans les îles et sur les côtes, comme partout trés-intelligenis, vifs, brillants, retors, commerçants habiles. Presque tous appartiennent ù la religion grecque.

Les Arméniens, hommes trùs-bruns, de (aille moyenne, au nombre de près de trois millions et demi dans l'empire, sont (les trafiquants aussi consommés que les Grecs. Ils s'appellent llnï/mncs dans leur langue antique, rude et gutturale. On ne saurait exagt'rer leur ressemblance intime avec les Juifs. Ainsi qu'eux ils ont perdu leur nationalité, mais comme eux ils se cramponnent à ce qui la rappelle; mieux que les Israélites leur hébreu, ils ont conservé l'idiome aryen de leurs ancêtres :

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c'est parce qu'ils n'ont pas été chassds de leur patrie ; seulement, à partir du x* siècle, ils ont pris l'habitude de l'émigralion ; rien qu'en t829, l(iO,000 Haïkanes, dil-on, quiltiTenl leurs demeures palernelles pour aller s'établir en Russie. Les Arméniens sont dispersés dans l'Asie Mineure, à Constantinople, dans la Turquie, la Hongrie, la Pologne, la Russie méridionale, la I^erso, li Tarkirio, la Chine mîîme. Partout ilt se dislinguonl par leur fidélité X leur secte chrétienne dont le piitriarche réside à Etchmiadzin, prés d'I'>ivan, tandis que le lien commun scienlilique, intellectuel et litléraire de la race, est le couvent de l'ile St-Lazare, prés Venise. Au milieu des Musulmans aussi bien que des Calholiques et des (irecs, ils restent attachés à la lettre de leurs traditions. Semblables au\ descendants do Jacob, ils sont volontiers banquiers, marchands, brocanteurs, et ils n'aiment point la guerre. 11 y a chez eux un grand pencliant vers la vie de famille.

Dans les montagnes où se forme le Tigre, et qu'on réunit sous le nom d'Alpes du Kourdistan, les Kourdes, race énergique de bergers, de laboureurs, de bandils, pratiquent un islamisme sunnite grossier. Partagés entre la Turquie et la Perse, ils obéissent aussi mal à l'une qu'à l'autre. Ils usent d'un dialecte persan mêlé d'arabe et de syriaque. Ces deux derniers éléments, venus après coup, ne touchent point au fond de l'idiome kourde, qui est une langue aryane au même titre que les Kourdes sont un peuple arya. frère par l'origine des Persans cl cousin des l^lancs d'Kurope. I<cs Kourdes obéissent à la loi fatale qui pèse sur les montagnards et fait leur puissance dans le monde. 11 y a moins de fertilité sur les Alpes du Kourdistan que dans les ijlaincs épanducs ;\ leur base ; d'autre part, les familles monticoles sont fécondes : aussi les Kourdes dcfcendent-ils en bandes d'émigrants et vont-ils se fixer sur les plateaux de la Perse et de l'Anatolie, dans le Taurus, dans la Mésopotamie i^eplenlrionale, dans la Syrie du nord, sur le cours moyen du Ki/il-Irmak, principal fleuve envoyé par l'Asie Mineure à la mer Noire. Dans leurs patries nouvelles ils restent longtemps pAIres nomades sous des tentes en poil de chèvre: ils élèvent des chevaux et des lirruf>, et i)illenl au loin les villages, es marchands, les caravanes. Pou à peu ils se livenl, ne

gardent la lente dans le voisinage de leurs maisons que pour s'y réfugier temporairement contre les ardeurs de l'été ; ils cultivent, conservent leur langue et deviennent un élément trés-imporlant de la population.

^ L'Asie Mineure propre, divisée par ses maîtres en Anatolie, Caramanie et Arménie, a pour ville principale Smyrne (loO,000 hat).)> en turc Ismir. Smyrne, sur un golfe de la Méditerranée encadré de montagnes forestières, est la première place de commerce de la Turquie d'Asie, le centre des relations de l'Europe avec le Levant. Les Francs — c'est le nom des Européens en Orient — y augmentent insensiblement en nombre; souvent il leur faut fuir la peste, fréquente dans cette ville sale et chauffée par un soleil violent. Au sud de ce port, la côte se découpe en golfes profonds où régnèrent Éphèse, élégante et corrompue, et Milet, métropole de 80 à 100 colonies grecques.

On donne 100,000 habitants à Brousse, ville industrielle bâtie dans une admirable contrée, au pied de l'Olympe d'Asie, haut de près de 2,000 mètres et ruisselant de sources vives. L'Olympe de Brousse reçut le panthéon grec avant l'Olympe de Thessalle. Le premier séjour que la race aryane attribua à ses dieux fut sans doute l'un des grands pics de l'Asie centrale. Dans leur migration vers l'ouesl, les Hellènes transportèrent la demeure céleste sur la montagne qui leur parut la plus belle, l'Olympe, massif régulier, monumental, couvert de forêts, avec des neiges au front, et ù ses pieds le rivage d'une mer charmante. Brousse était la capitale de l'empire ottoman avant la prise de Constantinople. Elle se relève du tremblement de terre qui l'a jetée à bas en 18;j4.

Scutari renferme bien une centaine de mille ûmes avec sa banlieue, mais, bien que. séparée, parle Bosphore, de l'Europe et de Constantinople, elle n'est en réalité qu'un des faubourgs de Stamboul, sa ville des morts, car les Osmanlis se font de préférence enterrer au\ pieds des cyprès de son immense cimetière. A l'autre extrémité de la mer de Marmara, vis-à-vis de l'île de Ténédos, la montagne qui s'appela l'Ida, le Kas-Dagh (l,7o0 met.), regarde les champs où fut Troie.

Nombre de cités se donnent une cinquantaine de milliers

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d'iiabitnnls. Sur la mer Noire, Trébizonde est nn port actif. — Sur les plateaux deTintéiieur, Tokat exploite des mines de cuivre. — Sivas borde le Kizil-Irmak (fleuve Houge), l'antique Halys : en suivant les m(5anclrcs de ce cours d'eau de la source à l'embouchure, on quadrujtle et au delà la longueur de la ligne droite. — Angora est céK'brc par ses chèvres, ses chats, ses chiens, ses lapins à longs poils. Les montagnes circonvoisines furent la secoiide patrie d'un peuple issu de notre sol gaulois, les Galatcs, qui plus tard s'adjoignirent des éléments grecs. Ces cousins d'Asie n'ont laissé d'eux rien de bien \isible. — Koutaia commande à l'Arialolie. — Konieh, jadis Icoiiium, occupe le bord d'un torrent, dans un bassin fermé, sur le plateau de l'Haïmanch. — Afioum-Kara-Hissar, sur ce mOme plateau plante le pavot et vend Idpium. — Erzeroum, le Garom des Arméniens, s'étend sur riùiphratc naissant, dans une plaine trop froide pour les arbres fruitiers.

Des îles liabitéos surtout par des Grecs, marins actifs, accompagnent la cote de l'Asie Mineure. Tantôt elles continuent des presqu'îles, tantôt elles regardent des golfes. Du nord au sud, les principales sont Métélin, Scio, Sarao, Illiodes et Chypre, moins gracieuses aujourd'hui que lorsqu'elles donnaient au monde charmé des poètes, desurtistes, des savants, des littérateurs hellènes.

Métélin (100,000 hectares, iO à jO,000 hab.) commando au nord le gidCe dt; Smyrne, vis-à-vis du ri\age où florissaient rhocée, fondatrice de Marseille, (;l, plus loin dans les terres, Porgame, jadis l'un des centres de la civilisation et de l'élégance grecques. Métélin, montagneuse et boisée, fut célèbre sous le nom île I.esbos par sa poésie, ses voluptés, ses beauxarts. I.'Olyinpe d.î I.esbos s'élève à 1,000 mètres.

Chic ou Scio, jadis Chics, a 100,000 hectares, :iO,000 habitants. Sur ses monts dépouillés (Saint-tlie, plus do 1,300 met.) croit un raisin muscat donriant un vin parfait. Les Sciotes on! beaucoup travaillé à l'indépendance de la Grèce, cl, de nos jours, à sa |)n)sp''rilé. A eux pcut^trc la palme de l'intelligence parmi le.s Grecs modernes. Ils ont le don du commerce. M 11 faut, dit-on dans ces parages, deux Juifs pour faire un Grec, deux Grecs pour faire un Sciote. » Partout où ils sont

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mêlés à d'autres Hellènes, ea Turquie, en Asie, à Smyrne, ils prennent le haut bout. Scio, riche et très-commerçante, entretient toute une flotte de caboteurs ayant un faible pour la piraterie.

Samo, autreTois Samos, arrive à 50,000 hectares, avec aulant d'habitants. Le Kerki (1,600 met.) atteint une région de l'aii où les neiges persistent longtemps. Un bras de mer sépare Samo des ruines d'Éphèse.

Rhodes (115,000 hectares, 30,000 hab.) mettra longtemps à se relever des tremblements de terre de 1831, 1856, 1863, mais elle s'en relèvera; ses montagnes sont fertiles, son climat doux, riant et salubre, sa situation à distance égale de Constantinople et d'Alexandrie extrêmement avantageuse. Rhodes resplendit chez les anciens par son commerce, par sa puissance, et pendant quelques olympiades par sa prépondérance sur mer. Au moyen âge, elle s'illustra par les combats de ses chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem contre les Turcs, alors tout puissants. La résistance, acharnée comme l'attaque, dura 1 12 ans, jusqu'en lo22. La décadence de Rhodes date de cette dernière année. L'Atayaro, pointe culminante, dépasse un peu 1,300 mètres.

Chypre, plus vaste que toutes les autres îles réunies, réclame presque un million d'hectares, maison cultive à peine 200,000. Sous un soleil qui est le soleil de l'Algérie croissent sans peine les plantes propres au pourtour de la Méditerranée, le caroubier qui s'y étale dans toute sa force et produit un fruit comestible, le cotonnier, la garance; la vigne s'y glorifie d'un cru fameux, le vin de la Commanderie. Malheureusement l'île craint les sauterelles ; elle a de longues saisons sans pluies, beaucoup de terre hors de la portée des irrigations, et peu de bois: il n'y a maintenant de vrais massifs que sur les télés couvertes de pins de l'Olympe, chaîne de 2,000 mètres d'altitude gardant jusqu'en été les neiges de l'hiver et dominant le littoral méridional de Chypre, le bon port de Larnaca, et les ruines de la puissance vénitienne à Famagouste. Au-dessus du rivage septentrional monte la chaîne moins élevée de Cérines, qui se ramifie en promontoires (les caps allongés de Chypre lui méritèrent le surnom d'ile aux' Cornes),

Sur celte côle, et sur toute l'enceinte de flols de l'île on [léclie en grand l'éponge. Chypre donna son nom au cr''.vre et au cyprùs. Kllc fut chez les vieux firocs l'île de Vénus, célùbre par ses temples de Paplios, d'Idalie, d'Amaliionle, par ses fêtes, ses mœurs polie?, sa corruption, son printemps perpétuel, son Tin : « le vin de Chypre a créé tous les Dieux, » dit le refrain de Bdrenger. C'était l'île fortunée de l'Orient ; des villes élégantes et joyeuses s'y cachaient du soleil dans les bosquets de cyprès d'un rivage maintenant aride et dans des vallons qui ont perdu la source, l'ombre et le zépliir. Il y avait alors, on le prétend, trois millions d'.lmes dans Chypre. Aujourd'hui, sous les Turcs, après la domination dos Romains, des Dyzantins, des Français, des Templiers, des Vi'niliens, cette île fiévreuse, au ciel brûlant, au sol dégradé, renferme au plus 200,000 habitants, les deux tiers Grecs, le re.-te Osmanlis. Le dixième de cette population, 20,00(1 hommes, généralement Turcs, vivent dans la capitale, Nicosie, assise dans la vallée centrale de Cliypre, entre l'Olympe et les monts de Cérines.

L'Luphratc, i\ partir du point où il quille le plateau de l'Asie Mineure, s'engage dans une grande plaine qui est en môme temps celle du Tigre, ('elle plaine et les vallées qui déboucheiit sur l'une cl l'autre rivière forment une région qui eut son hisloire, et qui a gardé sa physionomie, région limitée au nord par le Taurus, à l'est par les monts Neigeux des Grecs, les Alpes du Kourdislan, réservoir d'intarissables fontaines. A l'ouest, des arènes incandescentes bornent ses fertiles basfonds et vont mourir au pied du Liban. Au sud, elle confond ses marais et son delta avec le golfe Persiquc, cl ses sables a\ec les sahK'S d'Arabie.

Sur le penchant du mont Dumby, à 2,:)70 met. d'altitude, rr.uphralc coule d'une source fort célèbre dans les légendes arméniennes. Sous le nomturcdcKarasou, eau noire, il serpente au t^ein du plateau d'Lrzeroum, puis entreprend de percer le Taurus. Devenant alors torrent violent et Irès-élroil, il descend,

par plusieurs centaines de rapides et de chutes basses, dans la plaine de Me'sopotamie, l'El-Djezireh (île) des Arabes. Il s'y déroule d'abord sans obstacles, mais bientôt «a rive droite se borde de sables qui, poussés par les vents à rencontre du fleuve, le forcent à s'éloigner de la Méditerranée et à tourner au sud-ouest. Vers Bagdad, les deux cours d'eau, sur le point de se confondre, s'écartent de nouveau pour enfermer l'antique Babylonie.

Dans la portion de son cours comprise entre la sortie de la montagne et la rencontre du Tigre, principalement dans la Babylonie, les rives de l'I^uphrate charment par leurs sites, leurs bouquets de palmiers, leurs îles ombragées, leur éclairement lumineux; elles impressionnent par les vieux souvenirs, les grandes ruines et les aqueducs assyriens dirigeant sur les champs l'eau puisée dans le fleuve par des roues à godets de cinquante mètres de circonférence. Des rapides violents, des niuîgres, des rochers embarrassent la navigation de l'iiluphrate inférieur.

Le Tigre est très-rapide; son nom serait, dit-on, un mot du vieux persan signitiant/Zèc/te; on allait jusqu'à dire qu'il faisait autant de chemin en un jour qu'un bon marcheur en sept. Ses premières fontaines sourdent dans les montjignes du Kourdislan, à une altitude très-inférieure à celle de la naissance de l'Euphrate. Il coule sous terre, pendant 3 kilom., se tourne et se retourne au fond des gorges, puis entre en Mésopotamie. Les fortes rivières des Alpes kourdes lui donnent plus d'eau qu'en roule le fleuve rival. Celui-ci s'épuise par les saignées d'irrigation, par les canaux des anciens, négligés des Arabes et où l'eau s'endort en marais; de jour en jour il devient plus faible parce qu'un bras nouveau s'en est détaché, qui, d'année en année plus considérable, fait boire une grande partie des eaux aux sables syroarabiques. A la rencontre des deux fleuves, le limpide Linphrate n'a que t2u mètres de largeur; le Tigre, jaune et plus profond, en a 200. En dépit de celte infériorité, l'Euphrate est plus important, parce qu'il s'approche jusqu'à 22o kilom. seulement de la Méditerranée et que la direction de sa vallée moyenne et inférieure en fait l'un des grands chemins entre l'Occident et l'Orient. L'Euphrate est

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un fleuve international, le Tigre une rivière de province.

Les deux rivières réunies — il fut un temps où chacune eut son embouchure à part — forment leChat-cl-Arab, qui se perd par un delta dans le golfe Per<ique. Le Chat-el-Arab reçoit les navires d'un assez fort tonnage et coule devant Bassora, ville de commerce de G0,000 habitants, en Irôs-grande partie Arméniens. De la source de l'Kiiphrate à l'embouchure du Chat-el-Arab, le développement du cours approche de 2,')00 kilomètres; la surface du double bassin dépasse celle de la France de 12 millions d'hectares.

Le climat de la région eupliratique est frais dan> le liant bassin du Tigre et dans les vallons du Kourdislan, partout ailleurs brûlant. Au Kourdistan, les prairies, les ruisseaux et les forêts ; aux plaines basses, le palmier, le sable et des mirages rappelant l'Arabie ou l'I-lgyple. La Mésopotamie et la Habylonie étaient autrefois un nicrveilleuv pays à céréales; les eauv des deux fleuves, distribuées en canaux, y faisaient grandir des moissons étonnantes; sans exagi''ration,le grain y rapportait 20O pour I. Cette fécondité renaîtrait si un Ktat qui ne serait ni arabe ni turc recreusait les canaux, au lieu d'invoquer Allah et de bétonner la plèbe.

L'Irak-Arabi se nomma I3abylonie, ri^l-njczireh Mésopotamie et le Kourdistan Assyrie. Cette triple région servit de thécltreà des ci\ilisations qui furent, en leur temp?, la gloire et l'exemple du monde ; leurs ruines énormes passionnent les artistes et les savants de rLurope,mais ne sont qu'un tlième ;\ légendes pour l'Arabe de la tente, insoucieux des palais de Semiraniis, de Nabuchodonosor, de Tigranc et des Séleucus. Autrefois habitée par des populations sémitiques, en train de s'helléniser, celte terre les a vus disparaître dans les invasions roaiaim', parihr, persane, arabe, mongole, turque. Seuls, surtout aux ei»\ irons d'Harran, les anciens Syriens ont persisté, et avec eux le syriaque, leur langue. Les Nesloriens (I2o,000) passent pour les descendants de- dix tribus dMsrnël et se servent du syriaque dans leurs rites religieux. Dans le Kourdistan habitent les Kourdes. Dans la plaine les Arabes dominent. Dans les villes il y a beaucoup de Turcs, des Persans;, des indous, des Arméniens.

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Dans la contrée de Mos^oul, près du Tigre, les Yézides adorent le diable : «pourquoi s'adresser, disent-ils, au Dieu tout bon et tout prévoyant? celui qu'il faut fléchir, c'est le méchant, c'est l'ennemi. » Leur ville sainte, la pairie de leur prophète, le lieu de leur pèlerinage se nomme Lalech. On rencontre aussi des Yézides en territoire moscovite, dans l'Arménie.

Les ruines de Babylone, qui renfermait tant de grands monuments de briques cimentées de naphte dans son enceinte de 90 kilomètres de tour, enfermant plus de 50,000 hectares, s'étendent dans le voisinage de TEuphrate. Les murailles élevées par Nabuchodonosor avaient 48 mètres de haut, 20 de large, avec des tours de iOo mètres d'élévation. Les ruines de Ninive, qui fut un ensemble colossal de petites et de grandes villes, longent le Tigre, non loin du pied des Alpes du Kourdistan et de la ville de Mossoul, qui a donné son nom à la mousseline.

Aujourd'hui la principale ville de la région, Bagdad, est btltie sur le Tigre, près des débris de Séleucie et de Ctésiphon. Séleucie fut avant Anlioche la somptueuse capitale des rois de Syrie, qui de fait ou de nom régnèrent un moment du Bosphore à rindus. Ctésiphon s'élevait sur la rive opposée du Tigre. Bagdad est le centre du commerce entre l'Arabie, la Turquie, la Perse, le Turkestan et l'hide. Pendant de longues années elle eut la gloire de s'appeler la reine des lettres et des sciences; elle fut le séjour de la vie policée, la capitale de l'empire arabe, le site de beaucoup de contes merveilleux des Mille-et-une- Nuits. Un instant, elle posséda peut-être deux millions d'habitants, aujourd'hui elle en compte à peine 80,000 dans des maisons croulantes, bordant des ruelles et des culs-de-sac.

Entre la Méditerranée, les collines de calcaire et de craie dominant les sables de Pahnyre, le désert de l'Arabif, la mer Uouge et le désert d'I'gypte, la SYRIE et l.i PALESTINE allongent du nord au sud leurs monts dont les fameuses forets de cèdres ont diminué, mais non pas disparu. Ces monts

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s'appellent le Liban et l'Anliliban. La dépression profonde que les anciens avaient nommée Syrie creuse (Cœlésyrie) les sépare.

Le Liban paraît tirer son nom du mol hébreu laban, titre blanc : sans doute à cause de ses dômes couverts de frimas, bien que ces frim.is ne soient pas éternels, car le plus haut sommet de la Syrie, le I)hor-el-Cliotih (M,0<i() mètres), ne garde pas tout l'été le blanc manteau de l'hiver. Le Liban suit le bord de la Méditerranée, au fond peuplé de fines éponges, tantôt de trésprùs, comme au mont Carmel, tantôt à une distance de 2yà40 kilom., et lui envoie une mullitudo de maigres torrents, dont les fureurs n'ont que quelques heures de durée. Leurs cascades se taisent presque toute l'iinnéc, faute d'eau.

L'Antiliban borde la mer des sables, comme le Liban la mer des eaux. Au (Jrand-Ilermon, il se bifurque en deux brandies, qui, sous divers nom?, serrent entre leurs monts arrondis la vallée du Jourdain et la mer Morte, et font le relief de la Palestine. Au sud de cette dernière, dans une presqu'île contiguë, qui lui est rattachée par les souvenirs d'une même histoire, au nord de la mer Rouge, entre le golfe de Suez et le golfe d'Akabah, le massif granitique du Sinaï se dresse en pics imposants : Serbal, aux sept pointes, mont de Moïse, mont lloreb,inontdeSjiute-Calherine (2,2o0à2,!J00 met.). A ses pieds, des ravines sans eaux débouchent sur le désert ou sur les deux golfes.

Le fleuve do la Syrie c<l le faible Oronte, qui passe parles ruines de la lri^te Antioche et sépare le Liban du Taurus. Anlioche fut la troisième ville du monde. Pendant un temps elle ne s'inclinait que devant Home et Alexandrie. Le fle,u\e de la Palestine s*.ii)pelle le Jourdain (148 kilora.), rivière bien mince, mais fort originale. Sa vallée est lomme une fente de la terre, et le lac qui la termine, la dépression la plus profonde connue. Les trois branches mères du Jourd.iin puisent leurs sources à une altitude supérieure à celle de la mer, mais le premier lac que traverse le fleuve est à peine au-dessus de la lame océanique, (le lac aux bords marécageux s appelle dans la Bible Lau\ de Mérom, et diez les Arabes du jour lac Houleh. la source originaire du Jourdain, la fontaine de Bauias, fuit d'une

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grotte calcaire, dans un merveilleux site. Au pied d'un grand frCne et d'un grand liOlre sort la seconde source, Tell-el-Kady : comme la veine d'eau de Banias, elle émerge avec abondance et avec une fraîche limpidité ; la troisième branche, l'Oued Hasbany, roule des eaux louches.

I-ln hébreu Yardan seui dire celui qui descend, et le Jourdain, en effet, coule rapidement. En arabe, le fleuve se nomme Chcriat-el-Kébir, le grand abreuvoir. Le second lac qu'il remplit (mer de Kinnereth, de Galilée, lac de Génésareth, de Tibériade) miroite à 189 mètres en contre-bas de la Méditerranée. Le fleuve en ressort, large en moyenne de 25 à 30 mètres, et serpente entre des rideaux de roseaux et de tamarisques, au fond du Ghor, vallée déserte, encaissée, qui brave les vents, recueille et multiplie par leur concentration tous les rayons du soleil syrien. La moyenne annuelle y atteint 24 degrés (17 seulement à Jérusalem). Aussi celle vallée formel-elle une petite zone tropicale au sein de la zone tempérée. Beaucoup de plantes, de poissons, d'oiseaux, lui sont communs avec l'Afrique.

Le Jourdain tombe dans la mer Morte, lac en diminution, vaste de 120,000 hectares. La mer Morte s'allonge du nord au sud, à 392 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée. On a conté mille fables sur 1 horreur de son site, de ses bords, de ses eaux, sur la suspension de la vie dans son air et sur ses rivages. Ses eaux, profondes de 300 mètres dans le bassin septentrional, renferment du sel à presque saturation et des substances chimiques ennemies de la vie animale ; entre autres le bitume, d'où le nom de lac Asphallite souvent donné à la petite mer Juive. Non par l'effet de son sel, mais à cause des matières chimiques, les eaux de la mer Morte ne souffrent pas de plantes aquatiques et n'iiébergent point de poissons. Des monts déchirés de la Judée et de Moab, les oueds ou ouadi — c'est le nom arabe des torrents — descendent sans une goutte d'eau dans leur lit, escalier de grosses roches que les trombes arrachent à la montagne. Sous un tel soleil, ÙL l'embouchure de ces traînées de pierre, à la racine de ces versants altérés, les rivages du lac consternent par leur brûlante aridité, mais les moindres sources vives créent

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des oisis qui pourront somultiplior cl cnicvcrà la mer .Moi te un peu de son sinistre renom.

Sans s'écarter beaucoup de ses rives, dans la Judée, terre autrefois « découlant de lait et de miel, »> bien des gorges où la cf rose de Saron et le nuii:uel des vallées» ont cessé de fleurir, sont encore plus désoléi-s, plus sèches, plus affreuses que la nier Maudite. Le sol qui fait venir l'épi, le figuier, l'olivier, la vigne, y recouvre plus rarement encore le squelette fauve, rouge ou blanc des rochers. La montagne moyenne et les hauts sommets du \ieux royaume d'L^raël ont mieux gardé leurs antiques richesse?, malgré les ravages du déboisement. La Syrie n'a point perdu «les fontaines des jardins, les puits d'eau vive et lesrui^seaux découlant du Liban » que chanta le poë[e du Cantique des cantiques. Certains di>tricts à mi-mont déiiloient d'ojtulentes cultures sur des versants frais, ombreux, admirables par leurs roches, leurs bois, leurs cascatelles, tandis qu'au luin blanchissent les cimes des monts et bleuissent les lointains de la mer.

La Syrie fut d'abord habitée par des peuplades parentes des Arabes, puis par les Juifs, Sémites aussi. Au temps de Jésus-Christ on la voit déjà à demi hellénisée. Depuis, les invasions musulmanes ont tout fondu dans une masse où les religions sont dislinctes, mais où la langue arabe se parle seule, hors dans quehjues bourgades qui jargnnncnt un syriaque corrompu. Les Arabes mahométans dominent dans les plaines. Dans le Liban septentrional vivent 100,000, d'autres disent 200,000 ou nu-me 300,000 Maronites, catholiques employant dans leurs rites un antique langage qu'ils ne comprennent plus. Industrieux et Apres au travail, ils ont transforni'' leurs rochers en fermes de rapport et en jardins de plaisance. Les Drusos (luO,' 00) peuplent le mOme p'iys que les Maroniles, qu'ils égorgent de temps en temps, ils di'scendent des anciens Syriens, comme les Maronites. Ni musiulmans ni chrétiens, mépri^anl lune et l'autre religion, ils se sont octroyé une révélalion à eux. Leur caractère, leur persévérance, leur travail, les rapprochent des Maronites, qu'ils dépassent en énergi.*.

La populalion totale delà Syrie et de la l'alcstinepeul mouler à 2 millions d'iiidividus au maximum.

Alep (100,000 hub.), capitale de la Syrie, sur un torrent qui Qssùche dans le désert, s'élève à égale distance de la mer à l'Euphrate, sur la route la plus courte entre les deux. De là son importance. Un tremblement de terre la renversa il y a cinquante ans.

Sur un littoral à dunes mouvantes, le port principal du pays, Beirout, débouché de Dama?, dont la séparent 150 kilomètre?, aurait, dit-on, 100,000 habitants. Fût-elle plus grande encore, elle ne rappellerait que de bien loin l'antique prospérité de ses voisines, Saïda et Tour, jadis Sidon et Tyr, maintenant pauvres bourgs sur une côte ardente, au pied du Liban.

A 7o0 mètres d'altitude, au pied de l'Antiliban, près du désert syro-arabique, au nord-est des volcans morts du Djebel- Hauran, Damas (120,000 liab.) ne fabrique plus d'armes d'acier fameuses. Il lui reste ses étolFes de soie, son grand mouvement d'affaires avec la côte et l'intérieur, et ses belles eaux, Abana et Parpar, qui donnent la vie à une végétation superbe. Aboulfeda, géographe arabe, fait de la banlieue de cette ville le premier des quatre paradis terrestres ; mais il était de Damas.

Jérusalem se brûle au soleil, entourée d'un aride horizon. A 50 kilomètres en ligne droite de la Méditerranée, à 25 de la mer Morte, à 779 mètres au-dessus de la première, à 1,171 audessus de la seconde, la ville de David languit dans un pays de monts calcaires secs, sur des coteaux dont les noms ne s'effaceront de la mémoire des hommes qu'avec la fin de l'histoire. Sionétait la colline sacrée des Israélites, elle portait le Temple; le Golgotha ou Calvaire est celle des chrétiens. Kntre le plateau de la ville et le mont des Oliviers, le Cédron, qui vient de la vallée de Josaphat, roule dans une gorge ténébreuse des cailloux vers la mer Morte. 25,000 hommes au plus, israëlites, chrétiens, musulman?, vivent dans cette laide et misérable bourgade sans industrie, sans commerce, sans animation, sans avenir. L'emphase orientale nous l'a peiu te dans le passé vingt fois trop graudcel trop riche, mais sûrement elle était plus vivante, plus forte et plus g;iie quand le Juif glorifiait la <« Cité de David dont Dieu est l'architecte et le fondateur, n et quand il s'écriait « que tes tabernacles sont beaux, ô Jacob, et tespa-

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Villon?, (j Israël! » Jérusalem entrelient ses relations avec l'Uccident par le poil de l'amphitcàlrale Jaffa.

Nous connaissons peu, malgré de récents voyages, l'Arabie, ri^l-Djézirch dos Arabes, vasle environ de 275 millions d'heclares plus de cinq lois la France, l'.llc est bans limites précises au nord, où elle se perd dans les sables du désert syrien. Partout ailleurs elle regarde les mers : à l'ouest, la mer I\ouj:t', qui la sépare de l'Afrique; au sud, la mer des Indes ; à lest, le golfe Persique.

I.a mer Itoiige s'allonge sur 2,300 kilomètres environ, avo( une largeur de 200 à 2o0. Étant données de telles dimensions, on pourrait presque considérer la mer Houge comme un estuaire s'il s'y jetait quelque grand (leuvc au nord, et si son extrémité méridionale, au lieu d'Otre une bouche évasée, n'était un d(Mroit de 20 à 30 kilomètres seulement de large : le détroit de Hab-el-Mandeb, où l'Afrique et l'Asie se rapprochent, et que commande l*érim, clef de la mer dans des mains anglaises. La mer Houge forme comme une longue fournaise entre les monts réverbérants de l'Arabie et de l'Afrique, dette vraie cuve d'évaporation reçoit quelques fortes sources riveraines et visibles, ou sous-marines, mais pas un seul torrent pérenne, et la côte africaine semble s'entendre avc( le littoral arabe pour n'envoyer que des ouadis d'occasion. L'Océan des Indes, heureusement. Trappe à sa porte pour lui verser iiuessannnent des flots; sans lui il n'y aurait aucun équilibre enire l'acquisition deaux douces et la dépense d'eaux salées. Le jour où le détroit de Dab-el-Mandeb se fermerait, la mer Uou[,m' deviendrait rapidement une lagune qui n'aurait d'eau qu'au temps des pluies, et en toute autre saison des lits de sel. Elle ne serait plus qu'un c/jo//, une 5c6A-/ta. Cela nu

bout de GO ans, puisque la mer Arabique perd 7 mètres par é\aporalion dans l'année, et que sa profondeur moyenne ne dépasse pas 40O mùlres. Ses eaux sont très-cliaudes, jusqu'à 32 degrés, et Irùs-salées, plus que celles d'aucune autre mer. [.c peu de profondeur, les coraux, les bancs de sable en rendent la navigation difficile, mais l'isthme de Suez \ient d'être percé, et la mer qu'il séparait de la Méditerranée s'animera d'un immense mouvement de navires entre l'Occident et l'Orient.

Des dunes et des falaises bordent également le golfe Persique ; des bancs de sable l'embarrassent aussi; il s'ouvre sur la même mer des Indes parle détroit d'Ormuz. Le fleuve de l'Asie Mineure, le Chat-el-Arab, fait du Tigre et de l'Eupbrate, lui porte ses eaux. Les fonds du golfe, surtout aux environs des îles Bahrein, sont semés d'huîtres perlières arrachées annuellement de leurs demeures sous-marines par des milliers de plongeurs.

Sur ces deux golfes, sur l'Océan, s'élèvent les montagnes qui portent les plateaux de l'Arabie intérieure, montagnes roides, dépouillées, stériles, brûlantes. Elles bordent souvent de trèsprès la rive. Entre leur racine et les plages de sable marin s'allongent sur les trois mers trois littoraux étouffants et malsains, ensemble de chaînes de dunes, de terres basses, de vallées de peu d'étendue où les ouadis ne sont pas les « chemins qui marchent w de Pascal, mais des chemins où l'on marche: ils n'ont d'eau que celle des pluies, que l'Arabie ne -prodigue guère. Année ordinaire, le littoral arabe garde des cieux d'airain pendant huit à neuf mois; les trois à quatre autres mois fournissent des pluies d'orage. Quelquefois tout l'an se passe sans une goutte d'eau. On a subi jusqu'à 54 degrés à l'ombr'^, à Moka.

Les monts les plus élevés du pourtour de l'Arabie s'é)èveraien aux environs de Mascate, vers l'entrée du golfe Persique : là le Djcbel-Akhdar (le mont Vert) s'élancerait au-dessus de 2,000 mètres. Derrière le rideau des hauteurs qui bordent la mer des Indes commence le Sahara arabe, le Roba-lJ-Khaly, ou Dahna, all'rcux désert; les feux de l'air et les fonds arcneux y boiraient les sources, s'il y jaillissait des fontaines. Le

sable, en certains disiricts, s'y est accumulé en lits d'une colossale profondeur.

Dans le Dalina, l'homme ne pourrait s'aventurer sans le chameau, capable de faire 200 kilomètres en une journée, 1,200 pendatitla semaine, dans le sable en feu, sous le ciel de braise, mangeant peu, ne buvant pas. De ce désert majeur naissent les deux Néfoud, éi harpes sablonneuses que les Arabes nomment les filles du Dahna. Les Néfoud montent vers le nord, l'un à l'ouest, l'autre à l'est, entourent le plateau de l'Arabie centrale, et vont se rejoindre dans les sables de Syrie.

Le Ncdjed était connu chez nous pour ses chevaux illustres, avant que les derniers voyageurs nous eussent annoncé que c'est une grande et fertile région, tempérée, çà et là froide en son temps, tr(>s-saUibre et bien peuplée. Le Nedjed couvre à peu piès la moitié de l'Arabie, et, en lui ajoutant les bons districts du pourtour de la presqu'île, il se trouve que les terres habitables font les deux tiers de la péninsule, cl le vrai désert un tiers seulement.

Le Nedjed mérite mieux l'antique appellation d'Arabie Heureuse que le littoral embelli de ce nom par les Grecs et les Romains, rily(''men, que cernent la mer Rouge, le golfe d'Aden et la montagne côtiùre. Il apparaît au voyageur comme un plateau de pAtuiages, sillonnés de monts calcaires où la roche est rarement recouverte de terre. Certains de ces monts atteindraient 3,000 métrés. Des fontaines y sourdeni, des oueds y coulent, qui sont bus par les irrigations et ne vont point jusqu'aux trois mers. I/altilude considérable du sol rafraîchit les étés ; s'il n'y a sur la côte que des journées torrides, il est dans le Nedjed des heures fraîches, presque froides; de temps en temps tombent des flocons de neige.

Cette Arabie, isolée du reste du monde par sa ceinture de rochers et de déserts, cette Afrique de l'Asie, a produit une tn^'s-forte race : les Arabes, maigres, secs, bronzés, mais aussi beaux qu'il est possible à l'homme de l'Otre ; misérables, mais durs au mal, ;\ la soif et à la faim, braves et conquérants. Depuis l'origine de l'histoire, nous voyons déjà les Arabes aux prises; ils InUenl contre leurs frères les Hébreux sous le nom d'Amaléciles, d'Ammonites, d'Idumécus, de Madiunites, do

Moabites ; contre les sang-mêlés d'Egypte dans l'invasion des Pasteurs, qu'on suppose avoir été des nomades arabes; contre les Romains sous le nom de Nabathéens. A la suite de continuelles migrations, les Arabes avaient déjà couvert de leurs colonies et arabisé toute la basse vallée de l'Euphrate et la Syrie, quand, au vu"' siècle, ils coururent à la conquête du monde. On connaît cette épopée, la grandeur rapide et la prompte décadence de cet empire universel arabe. Tant deflbrts ne restèrent pas vains. Aujourd'hui l'Arabie n'est plus dans elle-mônie : elle est surtout dans le nord de l'Afrique, en Egypte, en Tripolitaine, en Tunisie, en Algérie, au Maroc, dans le Grand-Désert, en Syrie, sur l'Euphrate, tous pays où domine la langue arabe. Sans parler de ses progrès journaliers dans le Soudan, de sa diffusion religieuse, scientifique et littéraire dans tous les pays musulmans, eu Turquie d'Europe et d'Asie, en Perse, dans l'Inde. Le génie arabe, comme voilé dans sa patrie, a resplendi à Koufa, à Bagdad, à Gasnah, à Kaïrouan, à Mazouna, à Tlemcen, à Cordoue. A la différence d'Antée luttant contre Hercule, la race arabe prit toute sa force quand son pied ne foula plus le sol natal.

Le café, les dattes, la gomme, le cheval, le chameau, les perles font toute la fortune de l'Arabie, avec l'argent jeté dans ses villes saintes pat les 50 à 100,000 pèlerins qui y viennent chaque année.

L'Arabie compte de 5 à 12 millions d'habitants, on ne sait au juste. En admettant 12 millions, 10 millions au moins sont des Arabes, mahométans fanatiques comme il con\icnt aux gardiens du Saint-des-Saints de l'Islamisme. Il y en a de sédentaires, il y en a de nomades, mouvant leurs tentes à la recherche des sources, des pluies, des pâturages, et aussi des caravanes, qu'ils délroussenl, à l'exception de celles qui vont visiter les villes sacrées de la Mecque et de Médine.

Les deux autres millions, pour compléter les douze, sont des Juil's, des Indous, des Ranians établis comme négociants dans les ports de la mer Rouge, des Nègres, ceux-ci les plus nombreux; dans tel district méridional du Ncdjed ils forment un tiers de la population, ailleurs un quart, dans le pays de Mascale un cinquième. Hommes libres ou esclaves bien

traités par leurs maîtres, ils dégradent par les intermariages la noblesse du visage arabe, et ne ces-ent de uiudilier les aptitudes de la race. Est-ce par l'cfTet de mélanges trùssuivis entre le Noir et l'Arabe, est-ce par une communauté d'origine immémoriale, les Arabes du Sud ressemblent presque autant aux Abyssiniens qu'à leurs compatriotes du Nedjed et des déserts du Nord.

Horsrilcdjaz et l'Yémcn, qui relèvent de la Turquie, les tribus arabes, commandées par une aristocratie guerrière ou sacerdotale, sont indépendantes de l'étranger.

L'HEDJAZ, sur la côte de la mer Rouge, renferme le Bledel-Aram (pays sacré), berceau de l'islamisme. Là régnent, à 371) kilomètres l'une de l'autre , la Mecque et Médine. La Mecque (."iO.OOO liab.), à 85 kilomètres de Djcddnh, son port sur la mer Rouge, est biKie dans une vallée sablonneuse, au sein d'un désert décliiré par des monts rocailleux, sans arbres et sans eaux vives. Tous les ans, cette solitude se peuple subitement de oO,000 chameaux et de 100,000 pèlerins. Ces enthousiastes, ces imitateurs, ces curieux viennent, suivant leur loi religieuse, de tous les pays musulmans de la terre, pour visiter la pierre apportée par l'ange Gabriel et jeter 63 pierres au diable dans la vallée de Muna, où Satau apparut au premier homme. Celte pierre sacrée se conserve dans un petit monument, la Kaaba, centre aujourd'hui du musulmanisme, comme il l'était de l'Arabie idolâtre a\ant que Mahomet eût détruit les idoles. A Médine (lo à 2(i,00(» hab. ; 180 kilomètres de la mer), les fidèles vont honorer le tombeau du prophète, et souvent prendre la fièvre intermittente.

Au sud de l'Medjaz, aussi sur la mer Roui^c», l'YÉMEN s'illustrait jadis par ses parfums ; maintenant il est célèl)re par son café moka, le meilleur du monde, et nous n'en buvons guère. Il y a de grands sites dans les étranglements de ses monts roeheux et dans les vallons arrosés par des filets d'eau descendus de la chaîne côtière. Au pied de cette chaîne, des pics de laqiîellc on voit bleuir au loin les montagnes africaines, Aden (.{0,000 hab.), donne son nom au golfe par lequel la mer des Indes s'avance A la rencontre de la mer Rouge.

Aden, bonne rade, a pris le premier rang parmi les poris de l'Arabie depuis que les Anglais s'en sont emparés pour y garder l'entrée de la mer Rouge et y créer une station de leur commerce des Indes. On traite de « Gibraltar Oriental » cette ville attristée par un horizon de rochers nus et bruns. La moyenne annuelle y approche de 27 degrés.

Le TELAGMA, lisière de la mer des Indes, s'adosse aux montagnes de l'HADRAMAOUT, habitées par les Auvergnats elles Savoyards de l'Arabie. Il se continue parl'OMAN, dont la principale ville est Mascate. On évalue diversement la population de ce port actif à 10-60,000 âmes. L'iman de Mascate, jadis possesseur d'une longue suite de côtes en Arabie et en Afrique, a beaucoup perdu de sa puissance.

L'ASHA, rivage brûlant, longe le golfe Persique vis-à-vis de la rive persane, habitée aussi par dos tribus arabes : ce golfe aurait donc autant de droits que la mer Uouge à s'appeler arabique. De son fond jaillissent d'abondantes sources d'eau douce. Klles feraient mieux de sourdre sur le littoral.

Dans le NEDJED prépondérent les Wahabites, qui ont leur capitale à Er-Ryad. Secte moderne de l'Islam, les Wahabites voulaient ramoner la religion à sa teneur primitive, ù peu prés comme les protestants essayèrent de ramener le christianisme à la lîible. Ainsi que les premiers mahométans, ils ont aussitôt couru aux aventures. Mais l'indifTérence religieuse atteint les Musulmans eux-mêmes. La guerre de prosélytisme des Wahabites n'a pas ressemblé à la guerre sainte de la génération qui suivit Mahomet; les Wahabites ne se sont pas répandus sur l'univers avec la rapidilé d'une traînée de poudre enflammée, ils n'ont point régénéré l'Islam.

Au nord du Nedjed, dans le DJEBEL-CHOMER, dos chaînes granitiques et des pics de basalte l'ont descendre l'élément de la vie au déserl, l'eau, vers les ouadis d'un groupe d'oasis peuplées.

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