BAS-TURKESTAN ET TOURAN
l'air qui baigne les versants de l'Asie Centrale est très-avare de neige et de pluie.
La plaine de ïouran conduit à la mer d'Aral les deux fleuves jumeaux et parallèles. Le Touran est un triste désert: il y fait trop froid— 30 à 40 degrés au-dessous dezéro,— il y fait trop chaud— 3o à 40 degrés au-dessus, — l'air y garde uno transparence admirable, mais par excès de sécheresse, et presque jamais il ne pleut sur ses dunes, sur ses marais, ses lagunes salées, ses plaines de sable, de cailloux, de coquilles marines. On ne voit de prairies, de cultures, d'arbres, de vie que le long des deux fleuves et des canaux d'irrigation qui les épuisent dans leur trajet sans affluents entre la montagne et l'Aral.
La plaine de Touran s'élève peu au-dessus du niveau général; l'altitude de la mer d'Aral ne dt^passe pas 10 mètres, et la mer Caspienne est inférieure de 30 mètres au miroir des océans. L'Amou se dédoublait jadis : la branche de droite tombait dans l'Aral; le bras de gauche gagnait la Caspienne et on le reconnaît encore à des bords souvent effacés, à un lit presque toujours comblé par des sables, aux ruines des villages qui accompagnaient son cours. S'il reprenait cette antique voie, et que son cours fût tenu navigable, l'Amou deviendrait un des grands chemins entre l'Orient et l'Occident. On a songé à verser le Sir dans l'Amou : de la sorte on pourrait peut-être faire revivre le bras mort et le pousser jusqu'à la mer Caspienne. Mais il vaut mieux établir une bonne route et réserver les deux fleuves pour l'irrigation du désert que de se débattre élerncllement contre les bancs de sables, les rapides et les eaux courtes de l'été.
nien qu'elle absorbe le Sir et l'Amou, et quelques ruisseaux traînants échappés à la sécheresse du steppe, la mer d'Aral diminue d'annéi; en année, soit par un écoulement souterrain vers le niveau inférieur de la Caspienne, soit par l'excès d'évaporalion. Ainsi de la mer Caspienne, aux rivages enlaidis par des flaques salées, des roseaux, des marais, des joncs, des fondrière<. Kntre le lac Caspiisn et le lac d'Aral s'étendent le bas plateau d'Oust-Ourt et l'atlrcux désert de Kliov.irezm, ou désert des Turcomans, ce que le pauvre Touran a de plus aride, avec le désert de Kizilkoum, entre le Sir et l'Amou.
Trois, quatre, cinq millions d'habitants, on l'ignore, mais en cas pareil le chidre le plus mince est le plus vraisemblable, vivent dans le Touran et les deux grandes vallées qui y débouchent. Les Usbeclîs ont encore des tribus nomades, mais le plus grand nombre s'est tixé. Dépossédés deux fois, par Gengis Khan et Tamcrlan, ils dominent le pays, non par le nombre, mais pur l'énergie et l'habitude du commandement. Leurs frères par l'origine et le langage, les Turcomans, eiVrontés coupe-jarrets, se partagent en hordes qui font au loin des razzias en territoire persan ; ils errent entre l'Aral et la mer Caspienne et dans les steppes voisins du Sir et de l'Amou. Ces Mahomélans fanatiques, sunnites comme les Isbeks, font parlie comme eux de la grande race turque , peu intelligente peut-Otre, mais à coup bOr héroïque : elle envahit l'Europe à la fin du moyen âge, killu dans mille batailles contre K's Hongrois, les Polonais et luule lu chrétienté, tenta l'assaut de Vienne et fit pendant cent cinquante ans trembler nos hommes les plus fiers. Les Tadjiks ou Persans, chiites ainsi qu'en Perse, forment la majorité; ils habitent les villes, dont ils sont les citoyens les plus civilisés, et une partie des districts du sud.
Ce pays sur lequel la lUissie à toujours l'œil ouvert, car ses deux fleuves conduisent à l'Inde, se divise en khanats dont les limites sont peu stables.
Kukand, sur le Sir, aurait 100,000 habitants, 100 écoles musulmanes et 300 mosquées.
Boukhara se trouve à 350 mi'tres d'altitude, dans la vallée du Zéralclian, qui n'atteint pas l'Amou. Llle compte L';0,0UO individus, dont plus du tiers IVrsans. C'est une ville de commerce, un grand rendez-vous de caravanes, le siège des écoles réputées les plus savantes, et l'un des centres religieux les plus actifs de l'Islam. « Sur les sols sacrés de Houkhara cl de Samarcande, il faudrait marcher non sur les pieds, mais sur la tête. »)
Khiva occupe le centre d'une oasis créée par une déri\aliuu de I'Aqiou.
flAUT-TURKESTAN. 235