‹ Géographie (volume 2)Chapitre 14 sur 104 · HAUT-TURKESTAN · texte numérisé non relu

HAUT-TURKESTAN

Sous le nom chinois de Thian-Chan-Nan-Lou, qui signifie Pays au sud des Monts Célestes, le Haut-Turkestan faisait partie du grand empire asiatique depuis une centaine d'années. Il vient de s'en détacher.

Son étendue est évaluée à 155 millions d'hectares.

De trois côtés des montagnes énormes l'enchaînent; il s'étend librement à l'est pour finir sans limites précises dans le vague du désert mongol. Au nord, les Thian-chan, ou iMonts Célestes, interposent leur masse immense entre le Th ian-Chan- ^an-Lou et la Dzoungarie ou Thian-Chan-Pé-Pou (Pays au nord des Monts-Célestes). Cette chaîne, toute rayonnante de grands glaciers, et par endroits volcanique, n'a pas moins de 3,500 à 3^000 mètres d'altitude moyenne. Le Bogda-Dola, qu'on croit son pic suprême, se profile an-dessus du champ brûlant d'Oumroutsi, solfatare de vingt kilomèlres de tour; il monte à 0,500 mètres, 50 à 100 mètres de plus que le Tengri-Khan (Koi des Esprits). A l'ouest, les nionls Bolor (Monts des Nuées) séparent le Haut-Turkestan de la Grande Doukharie. ils sont aussi neigeux que les Thian-Chan, et que le Kouen-Loun, qui s'étage au sud jusqu'à des hauteurs de plus de 7,150 mètres.

De ces trois chaînes découlent des torrents sans nombre. Les uns filtrent et sèchent dans la plaine, d'autres, détournés par des canaux, irriguent le sol, qui sans leur eau produirait peu, car ici les cieux mesurent avaremcnt la pluie. Beaucoup de rivières se réunissent dans un lit comnmn, le Tarim, qui finit au lac Lob (205, OuO hectares), dominé au loin par le Bogda-Dola. Il paraît qu'à l'est du Lob le terrain continue de s'affaisser, à travers le désert de Mongolie, jusqu'aux bords même du lloang-llo. Suivant la tradition chinoise, le Tarim rejoignait jadis le Fleuve Jaune' près de la Grande-Muraille, par un lit aujourd'hui sec el partout ed'acé. Si la légende ne ment pas, le Hoang-llo fut en son temps le premier fleuve du monde, avec 8 à 10,000 kilomètres de longueur.

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On 110 v^onnaît nullemonl le nombre des habitants du Haul- Tuikeslan. Seulement, on sait que le pays n'est point, comme le bruit on courait, une plaiuo aride avec des troupeaux gardes par des hommes à cheval, un désert, et, dans ce désert, quelques oasis et des jardins le long des torrents et des v^anaux. Le sol, au contraire, y est admirablement cultivé, il nourrit de belles récoltes, des vignobles, des vergers magnifiques, de vraies huorlas comme à Valence, et l'irrigation est parfaite chez ces barbares d'hier, restés nomades, paraît-il, jusqu'à une époque voisine de la nôtre. Les races sont les miîmes que dans le Bas- Turke-tnn : dos Turcs impatients de tout joug et parlant le plus pur dialecte de leur langue au loin répandue, des Tadjiks, plus industrieux, mais moins énergiques. Les uns et les autres font profession d'islamisme. Il n'y a de nomades et de bouddhistes qno quelques Mongols, Manlchoux et Chinois.

Kachgar(iJO,000 hab.),;\ 1,250 mùtres d'altitude, est la cité la plus importante de l'Altéchar, con fédération de six villes. A 1,150 mùtres, Yarkand ouvre ICO mosquées 'à ses 120,000 citadins.

380 millions d'hectares, 200 millions d'habitants, au nord les plus hautes montagnes du globe, au sud la mer des Indes, d'un bout à l'autre une végétation superbe, sous ces grands traits so présente l'Inde, berceau do civilisations trc>s-antiquos, de beaucoup do philosophies, de plusieurs religions, d'une poésie épique et lyrique grandiose.

Presqu'île triangulaire, quasi équilatéralo, l'Inde, vue de haut, est un plaloan moyennomont élevé, bordé sur deux côtés par l'océan Indien, sur le troisième par dos plaines chaudes et des déserts au delà desquels so lèvent ;\ l'ouest les monts d'Iran, an nord les (haines sublime? qui portent l'Asie Contralo. Peu d îles sur une cAlo d'un dévoloppemenl d'au moins 10,000

kilomètres. Le rivage occidental voit blanchir au loin les écueils des Laquedives et des Maldives, près de la poinle ter- ?ninale du triangle. A l'est, Ceylan, la perle de l'Inde et saforieresse maritime, est séparée du continent par le détroit de Palk. Peu de vrais ports, si ce n'est dans quelques parages de la côte occidentale, peu de bonnes anses d'abri sur des plages tantôt vaseuses, tantôt sablonneuses, tantôt rocheuses, le long d'une mer tourmentée par les cyclones.

L'Himalaya fait l'Inde. Sans lui les vents du nord glaceraient l'air de la presqu'île et y arrêteraient l'essor de la sève ; dès lors plus de végétation fougueuse, de plaines exubérantes, de jardins magnifiques, et par sa latitude la moitié de ce grand pays serait une région tempérée au lieu d'une région tropicale. Les flancs noirs de forêts, les sommets d'argent de l'Himalaya arrêtent les nuages emportés vers le septentrion, et les forcent à retomber en frimas et en pluies sur les gorges où grandissent les fleuves qui vont arroser la plaine. Que l'Himalaya et les chaînes presque aussi puissantes qui se dressent deri-ière lui s'affaissent, et l'Inde perdra ses journées de feu, le soleil et l'eau : elle ne sera plus l'Inde. Le talus himalayen coupe si bien la route du nord aux immenses provisions de nuées fournies par la cuve de la mer des Indes et amenées par les vents réguliers do la mousson qu'il reçoit plus de pluies que tout autre versant du globe. A Cherra Ponji, sur une chaîne au nord de laquelle s'étale le majestueux Brahmapoutre, il tombe par an près de 15 mètres d'eau du ciel, sept fois la quantité observée dans les montagnes exceptionnellement pluvieuses de France, près de vingt fois notre moyenne annuelle, quatre-vingt cinq fois plus que sur Alexandrie d'Egypte! Ainsi va le monde. Au Bengale et à l'Arracan le déluge sans fin, aux Saharas l'aridité sans espoir!

Himalaya veut dire demeure de la neige. La limite inférieure des neiges qui ne fondent jamais s'y trouve, sur le versant septentrional, ou versant tibétain, à 5,254 mètres, et sur le versant méridional, ou versant indou, à 4,892 mètres d'allilude. Quelle immense quantité de frimas persistants, neiges et glaces, doivent s'accumuler sur les têtes de cette chaîne, puisque des centaines de sommets s'y dressent au-dessus de 5,000 mè-

très! On y a déjà mesuré 216 pics: 17 ont plus de 7,500 mût., 40 plus de 7,000, 120 plus de G,00(K Le premier parmi sesjrùres est le Mont Everest, ou Gaurisankar, appelé aussi Tchingo-Pamari (8,840 met.). I.e Snowy-Poak (Pic Neigeux), à .'io lieues à vol d'oiseau au noi;i-esl de Cachemire, a 8,619 mètres. Le Kincliinjiinga monte presque à 8,600; le Dhawalagiri (8,175 met.) groupe aulour de ses cinq pics un cortège de sommcls neigeux. Le ïchamalari ne dépasse pas 7,300 métrés.

Le versant méridional, exposé à de plus chauds soleils, devrait garder moins de neiges que les pentes septentrionales, tournées vers d'aulres monlagnes glaciales assises cUes-mOmes sur de froids plateaux. Or, le contraire a lieu : parce que l'Himalaya, première et plus haute barrière du côté du sud, fait faire halle à l'humidilé d'où procèdent les chi:tes de neiges. Les bassins creusés derrière la chaîne, entre elle et le Karakoroiim, entre le Karakoroum et le Kouen-loun, les plateaux du Tibet, en un mot, sont d'une sécheresse prodigieuse ; l'air, pauvre en molécules aqueuses, n'y peut fournir que peu de frimas aux versants sur lesquels il repose. De là l'infériorité du Tibet, l'immense supériorité de l'Inde : pour l'un les vallées sèches, arides, gelées, venteuses à 3500-4500 mètres d'altitude; pour l'autre, la pluie, le soleil, l'irrigation, la fécondité, la richesse. Pourquoi faut-il ajouter la lièvre, le choléra, l'énervement ?

Et que dire des famines et des cyclones? Souvent des sécheresses persistantes tuent les récolles surdc grands districts; des millions d'hommes périssent. Non pas des milliers, des milliom, et des provinces indoues contemplent le spectacle misérable que vit maintefois l'Europe au moyen âge : un peuple entier mourant dans la torture, les uns alTolés, les autres rési-'iiés et silencieux, avec le typhus, la lièvre et la' peste pour les survivants. Les cyclones tuent ccni fois moins, mais leur rapide fureur montre aux vermisseaux humains quel mince accident ils sont sur la croAle du globe microscopique dont ils se disent les rois. En quelques minutes, le ciel noircit, le vent souffle comme pour ébrécher la planète, il arrive de partout, fl monte, il descend, il phmge. il tourne et remplit en criant tout l'air jusqu'aux lourdes nuées. La mer s'enllc,

les rivières se tourmentent, elles montent à cinq et dix mètres et leurs flots s'écroulent sur la plaine, portant des vaisseaux de haut bord dans les champs rasés avec leurs moissons, leurs fermes, leurs villes et leurs hommes. Dans un seul cyclone, l'Hougli, bras du Gange, a détruit ou avarié 155 vaisseaux à Calcutta et, l'ouragan fini, vingt mille individus étaient morts.

Au pied mOme de l'Himalaya s'étend le Teraï, lisière marécageuse, terre à brouillard malsaine et fatale, en vue des jardins mêlés de forêts où les Anglais ont bâti leurs sanatorium. Les sanatorium sont des stations élevées où les européens cherchent à se guérir par l'air frais d'en haut des miasmes puisés dans l'atmosphère étouffante d'en bas.

A l'extrémité nord-ouest, l'Indus contourne l'Himalaya pour entrer dans l'Inde ; à 1,400 ou 1,500 kilomètres de là, à l'extrémité opposée de l'arc de cercle décrit par la chaîne (la convexité regardant le sud), le Brahmapoutre en fait autant. Entre les deux fleuves court le Gange, qui n'est pas né comme eux de l'autre côté du grand mur des monts.

L'Indus ou Sind, avant d'entrer dans l'Inde, a coulé derrière l'Himalaya, sur un haut plateau et au fond dégorges sinistres, juste assez larges pour qu'il passe en grondant. Il a déjà plus de 200 mètres de largeur quand le Caboul lui amène les eaux d'une partie de l'Afghanistan. Plus bas, à mi-chemin du Caboul à l'Océan, une rivière considérable, le Tchinab, lui porte, avec son propre tribut, le tribut du Djélam, l'ancien Hydaspe, venu du merveilleux bassin de Cachemire, celui du Ravi, qui passe à Lahore, celui du Soutledje, qui commence derrière l'Himalaya, dans le lac sacré de Rawana Hrad (3,575 mètres d'altitude), puis fend la chaîrie par de grandioses défilés. Ces quatre rivières et l'Indus arrosent le Pendjab, qui fut le terme, non de l'ambition d'Alexandre, mais de la patience et du courage de ses Macédoniens. Pleinement constitué dans sa grandeur par l'arrivée de ces eaux, l'Indus serpente au pied des monts hido-persiques, laissant i\ gauche les vastes sables du Désert de Thour. Son delta, que forment onze bras, dont un seul persiste toujours, est un triste bas-fond de marais et de sable. De sa source au golfe d'Oman, l'hidus par-

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court pri'3 de .?,000 kilom.; l'aire de son bassin {WO millions d'hectares) contiendrait denx France, et le fleuve verse en moyenne 5,550 mètres cubes d'eau par seconde à la mer, 17,500 dans les crues. Comparé au RhOne, il roule un volume double pour la moyenne de l'année, mais le fleuve français ne le code môme pas d'un tiers au fleuve indou quand tous deux sont en grande crue.

Le Gange est moins long que Ihidus de quelques centaines de kilomètres, et il roule un peu moins d'eau, ne recueillant pas comme lui les émissaires de glaciers du versant septentrional de l'Himalaya. Les Indous en ont fait leur fleuve sacré. Le torrent initial, le Bagliirali, s'élance, à 4,000 mètres d'altitude, d'une grotte de glace voisine du fameux pèlerinage de (iangotri. 11 prend le nom de Gange à l'accession de l'Alacananda. Kn quelques lieues d'une course furieuse dans les précipices, il descend des frimas éternels dans des plaines où l'été ne fuit que devant le printemps, et le printemps que devant l'été, dans le jardin, le verger et le grenier de l'Inde. A l'issue des monts, à Ilardvar, son altitude n'est plus que de 'VôO mètres environ, pour plus de 2,000 kilomètres de circuits jusqu'au golfe du Bengale ; il est déjà fort considérable, mais un grand canal lui enlève les six septièmes de ses eaux, pour l'arrosement des plaines du Doab. La Djumna, au-dessous d'Alialiabad, mêle aux Ilots turbides du fleuve, moins abondant qu'elle, les flols clairs qui ont serpenté dans la vallée où resplendirent les palais de Delhi et d'Agra.

I es lors le (lange est un grand fleuve, même à l'éliage, en dépit des saignées énormes faites par lirrigalion à ses branches supérieures. Son débit moyen est de 5,009 mètres cubes par seconde, son débit do crue de ll,i08, pas tout à fait le volume des inondations du I\hône. Il côtoie des champs de riz, d'indigo, de canne j\ sucre, de coton, auxquels ses inondations et SCS canaux d'ai rosagc rendent perpéluellemeut la fécondité; il passe à Bénarès, la cité sainte où des centaines de milliers (!e pèlerins viennent tous les ans se baigner dans ses ondes, il haigue Patna, puis il entre dans les marais d'un délia où il se joint au Brahmapoutre. La surface de son bassin est de 'J-^ millions d'hectares.

I.e Brahmapoutre réunit les eaux d'un bassin peu connu, mais sûrement trôs-vaste, peut-être de 1.^0 millions dlie( tares; son débit, 11,000 mètres cubes par seconde en moyenne, In fait l'égal de l'Indus et du Gange réunis. C'est que le Rrabmapoutre reçoit les torrents presque toujours gonflés de quelques-unes des vallées de la terre les plus constammem fouettées par la pluie. On croit que ce fleuve continue le Yarou- Dzang-Bô du Tibet. Malgré la supériorité de son volume d'eau sur le Gange, il a beaucoup moins d'importance que son rival: le Gange fit toujours plus grande figure dans le monde; des empires sont nés et sont morts sur ses rives, des villes fameuses y ont lui, puis se sont éteintes, d'autres y brillent encore; les événements accomplis sur ses bords ont souvent déc dé du sort de la presqu'île ; c'est le fleuve saint d'un peuple religieux de plus de 120 millions d'hommes; sa plaine est large et d'un sol généreux; il est navigable; il irrigue. Le Brahmjiponlre, lui, n'est qu'une rivière sur d'affreux plateaux froids et vides, et plus bas un gigantesque torrent au fond d'obscurs détilés.

Le delta des deux fleuves jumeaux, le Banga des ludous, — nous en avons fait le mot Hengale, — est arrêté depuis longtemps dans son développement vers l'ouest et vers le sud par une fosse marine de 4,000 métrés de profondeur, le Gouffre-Sans-Fond, situé à 50 kilomètres en avant des embouchures. Là s'engloutissent les vases, les détritus, et dans les inondations des îles de boue tout entières. Cette cuvette sous-marine, qui ne sera comblée que dans le lointain des Ages, reçoit les bras du double fleuve. Le Gange propre, dont l'embouchure embarrassée d'îles et de vases se mêle à la grande branche du Brahmapoutre, est le bras le plus oriental; le plus occidental est l'ilougli, chenal large el profond que les navires de 600 tonneaux remontent jusqu'à Calcutta, la capitale opulente des Anglo-Indiens. L'Hougli, Gange commercial, restera tel jusqu'à un bouleversement des vasos du delta.

Le delta du Gange, un des plus vastes du globe, est un inextricable entre-croisement de fleuves silencieux, qu'un \iolentmascarel parfois soulève et fait bruire,etque bordent d'impénétrables fouillis où veillent le tigre, l'éléphant, le rhinocéro»

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et la pantlu'TC ; un chaos de lacs amci'j, do flaques vaseuses, d'îles inconsistantes, faites par une inondation, d^lruitos par une autre, de champs incultes, de champs de riz ; c'est un fœtus de la terre et des eaux. Sous une chaleur lourde et humide des poisons rampent dans l'air des lagunes corrompues : de là surgit le choléra, qui a fait le tour du monde, k\ s'élabore pcut-Otre quelque grande épidémi»; de l'avenir. La partie la plus marécageuse du delta la plus voisine de la mer, porte le nom de Sunder-Hunds. A l'orient du Hrahmapoutrc, qui entraîne deux fois plus de limon que le Gange, la terre gagne rapidement^urlamer par l'empiiMement des alluvions.

La région parcourue par les trois grands lleuves, entre l'Himalaya presque infranchissable au nord (cols rares, à 5,200 — 5,800 mùtres d'altitude) et les monts Vindhya, faciles à franchir, au sud, prend environ la moitié du pays et forme l'Inde ciiande, l'Inde véritable, i'our l'abondance, la force, léclat de la végélalion, ses terrains inclinent vers deux pôles: le pôle de l'infécondité, le Sahara indou, c'est le désert de Thour, prùs <lu delta de l'indus. Qu'on y arrive du nord, du sud, de l'est, le jardin devient désert, et la forêt avec ses clairières à l'horizon borné se change en sables sans limites, éparpillés au loin parle vent. Le pôle de la fécondité, le delta électrique, humide, orageux du Bengale, louche aux faubourgs de C ilcutla.

L'Inde méridionale, le triangle baigné de flots, s'étale en ^ain sons les Tropiques et même se rapproche beaucoup de l'Lquateur par sa pointe terminale; il y fait moins chaud que dans l'Inde septenirionale. Comparée i\ colle-ci, c'est l'Inde tempérée, excepté sur la zone restreinte des côtes. Le long du ri\age, sur la mer d'orient comme sur la mer d'occident, les venis du large diminuent peu la chaleur tropicale, souvent mémo ils l'augmentenl, quand de l'Océan s'élèvent d'épais nuages électriques.

l.Indo triangulaire, le Pécan, sur ses plateaux élevés de fi:)(»à 800 mètres, et mémo de 1,000 mètres vers le midi, atténue 1* influence de la latitude par rinlluencc plus grande de l'altitude. Le marchand, le siddal de l'I'airopc, qui meurt de chaleur humide sur la côte, chemine pendant quchiues heures sur le Jlanc bienfaisant des monts du littoral, e(, dis qu'il en afranrhi

l'arôte, il revit à l'air frais, sec et revigorant du plateau. Sur le rivage de Malabar il tombe annuellement jusqu'à sept ou huit mètres de pluies ot 597 millimùtres seulement a Pounah, ville du Décan protégée contre les nuées marines par Je rideau d'une chaîne côtière.

Au nord, le Décan s'assiedsur les monts Vindhya (2,000 — 2,300 mètres), que côtoie la vallée de la Nerbudda, profonde, étranglée, insalubre. A l'ouest, très-près de la rive océanique, s'échelonnent en terrasses les Gates occidentales (mont Taddiamdamala, 1,73.) mètres), aux versants chargés de bois de tek, de sandal et d'ébène. A l'est sinuent les Gates orientales plus basses que les occidentales et plus éloignées de la mer : derrière la côte sablonneuse et malsaine de Coromandel, leurs flancs s'ouvrent pour laisser passer trois fleuves, le Godavéry, la Kristna, le Cavéry qui ont traversé le plateau dans toute sa largeur, étant nés dans les Gates d'occident, à une faible distance de la mer de Dombay. Au sud de la presqu'île, dans le massif où s'enracinent à la fois les deux Gates, le mont Dodabetta (2,080 mètres) s'élance au-dessus d'une dépression curieuse, le Gap, de Tautre côté duquel se massent lesAlighiri, ou monts de Travancoro, groupe très-élevé où les Anglais ont installé des sanatorium. Le Gap n'a que 130 mètres d'altitude; il établit un passage entre la côte de Coromandel et la côte de Malabar, malheureusement trop au sud. Son importance serait Dien autre s'il ouvrait une communication entre les deux mers îOus la lalitudo de Goa ou de Dombay.

Le Décan, que vivifient ù la fois le soleil et d'abondantes rivières, ne peut pourtant pas entrer en lutte pour la fécondité avec l'Inde septentrionale, mais il l'emporte de beaucoup par àa salubrité, ell'Luropéen ne s'y étiole pas comme sur les alluvions du Bengale. Lu certains districts, ce plateau est un des rares pays du monde embellis par le soi-disant printemps perpétuel de tant de climats trop célèbres.

L'Inde possède tous les climats, celui du pôle dans le liaut Himalaya, celui de l'bluropc chaude ou tempérée dans lamonliigne moyenne, celui du tropique dans le Bengale, le long du (^laïK^e^ aux bords de 1 Indus et sur les littoraux. Ayant loua les 'limats, clli! a tous les iiroduils: les compter, ce serait faire le

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catalogue delà création. Sa mer a les perles, ses montagnes ont le diamant, tous les métaux, la houille. Au riz, sensiblement inférieur ;\ celui d'Amérique, aux diverses espèces de bananes, donnant à égale étendue de terrain cent trente-trois fois autant de substance nutritive que le blé, à la canne à sucre, au coton, au cafier, aux plantes qui portent les épices ouïes arômes, au pavot d'où sort l'abrutissant opium, au tabac « opium de l'Occident, » à l'indigo, se sont ajoutés, dans ces derniers temps, le thé et le quinquina. Ce dernier se cultive maintenant dans l'Himalaya, dans le Décan, à Ceylan, entre 300 et 2,000 métre< d'altitude, surtout vers 900.

Ces produits bruts sont transformés par les Indous avec une dextérité parfaite. Les cliAles, les indiennes, les tapis, les étoffes de soie, les olijcts d'(jrfévrerie de Tinde valent ce que nous produisons de plus beau. Naturelles ou industrielles, les richesses de la péninsule alimentent un commerce déj;\ immense, croissant avec rapidité d'année en année; il a surtout lieu avec l'Angleterre, l'Allemagne, la France, les États-Unis et la Chine.

Avant l'ère historique, l'Inde appartint ;\ des peuplades noires ou négroïdes, aux Dasyous et aux Mletchas, aulochthones se rapprochant sans doute du pnuvre type australien. Quelquesunes de ces tribus primitives exi>tent encore dans des cantons reculés du Uécan. A ces indigènes succédèrent des nations plus puissantes, probablement venues de l'Asie centrale, les Dravidas (Tamouls, Malabars, Telingas, Toulouvas, Carnates, etc.), encore debout de nos jours dans le Décan, et ayant gardé leurs langues apparentées aux idiomes tibétains.

A leur tour, ces conquérants furent soumis, détruits, absorbés ou modelés par des envahisseurs blancs, les Aryas. Arrivant on ne sait trop de quelle partie de l'Asie du centre, les Aryas qui peuplèrent l'Inde se séparèrent, peut-être vers le xv° siècle avant notre ère, de leurs frères les Iianiens, puis par la grande i)orte de l'Occident, la vallée du Caboul, ils pénétrèrent dans le pays de l'Indus et du Ciange. Knsuite ils gravirent le Décan, chassant devant eux lesautochlhones méprisés, flétris du nom (hr Soiidras, et les Dravidas.

Les vaincus se mêlèrent aux vainqueurs, non du fait des fem-

mes aryanes et des hommes soudras, mais du fait des hommes aryas et des femmes soudras. Ainsi s'alléra la noblesse et la blancheur du visage blanc, au dommage de l'orgueil de race. En revanche, ainsi s'acclimata, sans trop de perte, le conquérant du nord sous un climat qui l'aurait détruit à la longue : l'infusion du sang méridional donna un point d'appui solide à l'acclimatement des aventuriers aryas dans l'Aryavarta, l'Aryabumi, l'Aryadeça. Ces trois noms se rapportent aux bassins de l'Indus et du Gange. Le Décan fut ravagé, disloqué, soumis, mais il maintint son originalité de races et de langues.

La conquête de ce grand territoire assurée, les Aryas indous se développèrent normalement, comme ils ne le firent pluf depuis, suivant leur génie, sans influences étrangères. Les temps qui précédèrent la conquête d'Alexandre nous montrent sur les deuv fleuves une race douce, intelligente, poétique, passionnée pour les rêveries de la philosophie, parlant la plus belle langue de la terre, le sanscrit, plus riche, plus fort, plus élégant, [ilus ample, plus sonore que le grec même. Alors florissait dans sa jeunesse, la religion de Bralima, qui tremble aujourd'hui dans la décrépitude. Les castes qui divisent encore si misérablement la nation étaient déjà constituées depuis longtemps. Le peuple, façonné à une servilité dont il se consolait par la religion, les systèmes, la poésie et le soleil, obéissait à l'aristocratie théocralique des brahmines et à l'aristocratie militaire des princes ou rajahs. A celte époque, la philosophie indienne, si fameuse dans l'antiquité, créait, modifiait, reprenait sans cesse des conceptions, ingénieuses ou puériles, mais le triomphe de cette race d'élite fut la poésie. Aucune langue n'a produit d'épopées pareilles au .Mahabliarata, au Ramayana, et à ces poèmes de cent mille vers, aussi bien sonnants que les chants du divin aveugle. Ln même temp-, l'architecture et la sculpture évidaiLUit dans la profondeur «les rochers ces temples souterrains, où vit encore un peuple de statues mutilées. Sur le Décan, à Ellora, toute une montagne a été fouillée, les temples y suivent les temples et toujours les statues des dieux succèdent aux statues, et les bas-reliefs à d'autres bas-reliefs taillés dans un basalte noir.

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fj50 ans environ avant l'ùre clirûtionno, Cautama, fils d'un roi (les munlugnes du nord, prêche, à rencontre du brahmanisme, une doctrine nouvelle qui déclare tous les hommes frères et repousse le système des castes. Cette doctrine devin! plus tard une religion conipkMe qui absorba tous les dieux indous. Llle prit de son fondateur, que la reconnaissance des néophytes avait appelé Bouddha (Sagesse, en langue pâli), le nom de bouddiiismc, sous lequel elle est aujourd'hui fort répandue, et aussi fort corrompue et tout à fait détournée de sa simplicité originaire par l'exégùse de ses docteurs et les rites de ses innombrables prêtres. C'est maintenant un ensemble de pratiques, et les hommes qui cherchent à s'aflVanchir de la tyrannie de ses cérémonies et de ses formules se perdent dans le Nirvana ou Nirenpan, théorie de l'anéantissement personnel.

La doctrine de Çikya-Mouni, autre nom de Gautama, péril sous la force, millt; ans après sa naissance, dans le pays où avait prêché le révélateur. Le bouddliisme n'a plus son centre dans l'Inde. Son lama, sorte de pape, réside dans le Tibet, et des centaines de millions d'hommes le révèrent dans le i\cpaul, il Ceylan, en Indo-Chine, en Chine, en Mongolie, dans l'Asie Centrale, et jusque dans les toundras de la Sibérie.

Après ra{)paritiou du Bouddha, à j)artird'Alexandre le (îrand, l'Arya indoii .^cmhlt^ énervé par 'e climat. Il dit avec le proverbe arabe; «Mieux vaut être assis que debout, couché qu'assis, mort que couché. » Au huitième siècle arrivent les cavaliers arabe.^ déjà maîlres d'une partie du monde ancien; ils chercheiil à imposer A l'Inde leur religion, et avec elle leur esprit écourté, emphatique et sans profondeur. Ils ne réussirent pas comme dans l'Asie occidentale et dans le nord de rAl'rifjue, et la péninsule resta polythéiste. .\u xvi* siècle, un descendant de Tamerlan fonda le célèbre empire mahométan de Delhi dont l'Lurope se faisait conter avidement les merveilles. <Vempire du Crand Mogol disparut à son tour, et après les Portugais, les Hollandais, les rrancais, l'Angleterre prit la prépondérance dans l'Inde, puis s'empara détlnilivement du pays. De nos jours, tout ce que les Anglais n'y possèdent pas

directement leur appartient réellement sous une vaine apparence d'autonomie.

Dans riiide anglaise (255 millions d'hectares; 148 à 149 millions d'habitants, en y comprenant les possessions indo-chinoises), les États Feudataires et Ceylan mis en dehors, on compte près de 1 10 millions d'Indous et de 25 millions de Musulmans, 10 à 12 millions d'indigènes de race non aryane, 3 millions de Bouddhistes, 1,100,000 d'Asiatiques chi étions. Les États Feudataires (176 millions d'hectares) renferment environ 3o millions d'habitants. Cela fait pour l'Inde européenne, l'Indo- Chine anglaise comprise, 184 millions d'habitanls, et avec Ceylan 187 millions. Les Anglais ne sont point nombreux, 130,000 au plus ; ils commandent, dirigent des plantations ou de grandes usines, font le commerce. Les Eurasiens, métis anglo-indous méprisés par leurs pères, comptent environ 800,000 individus. Les Topassi, bCitards des Portugais et des femmes indigènes, arrivent à un demi-million. Les Européens résistent mal au climat de rinde, hors les Portugais, qui auraient fait souche dans la presqu'île si leurs émigrants avaient été plus nombreux et leur domination plus longue. Les Anglais perdent annuellement en moyenne 94 des leurs sur 1 ,000 dans le plat pays ; dans leurs sanatorium de l'Himalaya et des monts du Décan, il n'y a plus que 20 décès sur 1,000. L'Européen vit sans trop de peine sur la grande chaîne et sur les plateaux du Décan, et il a été longtemps question de coloniser l'Himalaya avec des émigrants de la Grande-Bretagne.

Les Indous parlent surtout l'indoustani, qui descend pour une part du sanscrit, langue morte comme le pracril elle pâli. Le sanscrit subsiste encore, ainsi que chez nous le latin, comme langue religieuse du brahmanisme. Le pâli est la langue sacrée de Ceylan et de l'Inde bouddhiste. Du pracrit et du pâli, filles du sanscrit, l'influence du persan et de l'arabe a fait naître Tindoustani, autrement dit l'ourdou, et ses 80 dialectes, l/ourdou, langue du gouvernement et du commerce, se comprend d'un bout de l'Inde à l'autre; c'est, en délinitive, ridionie général, et il tend à restreindre dans les hautes classes l'usage du persan qui, de même que le fiançais en Europe, était resté jusqu'à notre époque l'idiome du bon ton dans la péninsule. L'indi sert à.

40 millions d'agricullcurs ; il descend du sansciif. Dans le Bengale on parle bengali ; dans la présidence de Bombay, le guziiraleel le maliralU". DansluDécan régnent des langues absolument étrangères au sanscrit et à ses dérivés : ce sont le téliiiga, le lamil, le canara, le loulou, le malayalam, à côté desquels commence à s'introduire aussi l'ourdou. L'anglais, fort répandu, prend tous les jours plus di[ifluence comme idion^e de la haute société, de la politique, des principaux journaux, mais il ne peut prétendre à remplacer l'ourdou, parlé par plus d'hommes qu'il n'y d'Anglais dans le monde. Les 23 millions de Musulmans, fils des conquérants mcuigols mêlés de l'ersans, de Turcs, d'indous, ont maintenant l'ourdou pour langue maternelle.

Exce[)lé les Musulmans, les Houddhistes et les Chrétiens, formanl ensemble Irenle millions dhommes, l'Inde professe le brahmanisme, la religion de ses \ieux hymnes et de ses grands poëmes. Lllc adore Hralinia, l'être préexistant dont le trùne couronne la fabuleuse montagne de Mérou, soi-disant centre de la terre et prétendue source de l'indus etdu (îange. Bralima crée, Vichnou conserve, Siva détruit ; les petits dieux et démons fourmillent. Les animaux dans le corps desquels la divinité s'incarne sou\ent, et où s'installent souvent par métempsycose les esprits des morts, sont plus respectes, plus aimés, mieux traités par les Indous que les humains leurs frères. La vache, par exemple, est extrêmement révérée. Il y a, ou il y a eu, da[is ce pays sympathique à nos muets compagnons dans la vie, des hôpitaux pour les bêtes blessées, vieilles ou malades, comme nous asons nos hôtels-Dieu, nos hospices d'incurables, et nos Invalides. Les prêtres s'appellent brahmines: ils forment une caste, celle qui s'est le moiiis mêlée et représente le mieux les anciens Aryas. Au-dessous de cette caste suprême, les kcliatryas (guerriers) sont, à leur tour, i)lus élevés que les va'isyas (cultivateurs, itidustriels, commerçants). Les brahmines, les kchalr^as, les vaïsyas constituent les trois ca^te^ nobles et pures. Les vaïsvas ne cultivent point et ne fabriquent point par eux-mêmes, mais i)ar le bras des impurs soudras ^ ouvriers, domestiques). .\près les soudras >iennent les gfns sans caste : tels les parias, si dédaignés, si abhorrés, si maltraités que leur

nom a passé dans nos langues modernes pour désigner le misérable par excellence.

Si les brahmines seuls font une caste à peu près pure, si, audessous d'eux, les kchatryas et les vaisyas ont admis beaucoup de sang hétérogùne, il se trouve dans l'Inde quelques nationalités qui, en masse, ont conservé plus intégralement que d'autres l'ancien dépôt dont les Aryas étaient si fiers, eux qui parlaient avec tant de mépris- du sang des tribus inférieures. En tête arrivent les Radjpoutes et les Sikhs, les plus Aryas des Aryas indous : les Radjpoutes occupent la plus grande étendue du pays compris entre Tlndus, la mer, le Décan et le bassin du Gange. Les Sikhs se tiennent sur l'indus moyen et sur ses tributaires et sous-tributaires du Pendjab. De la rive droite de rindus aux monts Soliman, et dans le Rohilcund, qui affleure le Gange au sud-est de Delhi, vivent des tribus d'Afghans.

L'Inde anglaise se divise en quatre présidences : la présidence du Bengale, celle d'Agra, celle de Bombay, celle de Madras.

Calcutta est la capitale de la présidence du Bengale, et en niCme temps de toute l'Inde, la résidence du vice-roi anglais. Bûtie sur l'IIougli, bras du Delta du Gange, elle doit sa haute fortune à l'Angleterre. Avant la conquête il y avait là un marais désert, qu'a remplacé une ville de 400,000 habitant? [\ 2,000 Européens, autant d'Eurasiens), de plus de 600,000 avec les faubourgs. La Ville Blanche « ou Ville des Palais » brille de magnificence, la Ville Noire, ou ville des indigènes, est ignoble. Pcssoleils terribles (moyenne annuelle ÎC'S), le défaut de pente du sol, la mauvaise qualité de eaux y « engraissent » la mort. A certains mois, le séjour en est pernicieux à l'Européen. L'administration, les hauts personnages, les riches Anglais se réfugient alors à Simla, cliarmant sanatorium de l'Himalaya.

L'ancienne capitale du Bengale, Mourchidabad, sur un bras du Deltn, en pleine décadence, a gardé l.iOjOOO habit.uits.

Dacca, jadis trùs-importanle, n'a plus que 100,000 hab. Elle se trouve aussi dans le Delta, entre le (iange et le Brahmapoulre.

Ganda, l'antique métropole du Bengale, était encore une

ville du Delta, enlre les deux fleuves : ses ruines couvrent \\ à 12,000 hectares. Paris n'a pas niOme 8,000 hectares.

Patna, sur le Gange, approche de 300,000 Times.

Bénarès, la ville sacrée, s'enorgueillit de ses mille pngodes (temples indous), de ses quarante mille brahmines et fakirs (prCtreselmoines),deson Gange, où se plongent pour se purifier des pùlerins sans nombre. — 150 à 200,000 hab., d'autres disent 600,000. Comme à Calcutta, beaucoup de palais et encore plus de chaumières, avec des singes sur les toits.

Lucknow (300,000 hab.) groupe ses vieux et riches palais, ses belles maisons européennes, ses huttes d'argile sur un affluent du (iange.

Cawnpore (1 10,000 hab.) borde le rivnge du Gange.

Au pied de l'Himalaya, dans le Hohilcund, Rampour et Bareilly, sur des (rihulaires du G;mge, renferment l'une of l'autre plus de i00,0(i0 personnes.

Dans la mtîme contrée, sur le fleuve, au point où il émerge des défilés himalnyiens, Hardvar a bien souvent plus de 100,000 Indous dans ses murs, le « bain d'absolution » dans le Gange y menant annuellement jusqu'à deux millions de [)èlerins.

Sur la Djumna,Agra (12:5,000 hah.) fut, au temps du grand Abbas, une di-s plus brillaules villes du monde. Kilo a conservé quelques-uns des plus beaux monuments de l'Indo, forteresses, palais, mosquées, arcs-de-lriomphe, mausolées, et su loin d'immenses débris autour de l'enceinte actuelle.

Sur la même rivière Djmnnn, on amont d'.Xgra, non loin dos sables du désert de Thour, Delhi a gardé 200,000 habitants à peine. Klle vu avait dix fois plus quand elle s'appelait Séjour du Grand Mogul et I>romii'ro Ville de la terre. On ne sait pas de cités qui ait été plus souvent anéanlio, et qui se soit plus souvent renouvelée. l)éj;i, dans une antiquité reculée, elle fut sous le nom d'Indrapastha la ville maîtresse de l'Inde. Comme aux murs d'Ispahan, TanuM-lan éleva devant ses portos de hautes pvramidos de lotos séparées du tronc par le sabre. Umbella, prés de Delhi, est une résidence d'été de la cour et des grands personnages.

Dans le Pendjab, chez los Sikh? difliciles à dompter, mal

LNDE. 23 1

aisés à lenir^ Lahore, sur le Ravi, contient 100,000 habitants: autant qu'Amritsir, qui fabrique le cachemire en grand.

Dans le Sinde, près du Delta de l'indus, Kouratchi (100,000 hab.), sur la côte, devient l'un des ports les plus actifs de l'Inde.

De l'autre côté du Delta, à l'origine de la presqu'île de Guzarate, très-féconde, mais très-malsaine, Ahmedabad, bien que fort déchue depuis le dix-septième siècle, loge encore 130,000 individus. Non loin d'Ahmedabad, il y a doOjOOO personnes ù Barûda, sur la Viclivamilra.

Entre le Décan et le cours du Gange, cinq villes passent pour avoir à peu près cent mille âmes ; Indour, au pied des monts Vindhya ; Oudjen; Adjmir ou Merwar; Bhourtpour; Gwalior, dont la forteresse, élevée de plus de 100 mètres audessus de la plaine, a reçu des Anglais le surnom de Gibraltar de l'Inde.

Sur la côte occidentale du Décan, Surate, sur le Tapti, a grandement perdu de son commerce et de ses 500,000 âmes.

Bombay (820,000 hab., dont 10,000 Européens et Eurasiens et beaucoup de descendants des Portugais) est la \ille la plus peuplée de l'Inde et l'une des plus rapprochées de l'isthme de Suez. Un jour elle tiendra le premier rang parmi les ports de la Péninsule. Elle occupe une île voisine du continent et de deux autres îles, Salcette et Elephanta . fameuses par leurs temples souterrains, qui sont pourtant moins beaux que ceux d'Ellora.

Cochin (100,000 hab.) vaut beaucoup moins qu'au temps de la splendeur portugaise. C'est un bon port, au nord du cap Comorin.

Sur la côte orientale du Décan, Madras compte IG à 17,000 individus de race européenne sur 400,000 habitants. Ainsi que Calculta elle a sa belle « Ville Blanche » et sa « Ville Noire. » On ne connaît guère d'aussi mauvais port. La moyenne annuelle de Madras atteint presque 28 degrés.

Sur le plateau, le plus grand centre est Haïderabad (luo à 200,00!) hab.), à peu de distance des mines de diamant de Golconde. — Pounah (Io0,000 hab.) est bâtie à 543 mètres d'altitude, au pied des Gates occidentales. — Nagpour contient i 20,000 âmes.

25Î GÉOGRArniE.

Les États en apparence indépendants occupent les pentes \ de rilimalaya :

Le BOUTAN, au nord du Delta du Gange, sur le versant himalayen dont le Tcbamalari est le pic principal, contient environ 7 millions d'iieclares. Ses 500,000 habitants, de souche mongole, reconnaissent la doctrine du Bouddha. La capitale se nomme Tassisoudon.

Le NÉPAL ou NÉPAUL, prùs de deu\ fois grand comme le lioutan, possède les plus hauts monts de la terre. On lui donne 2,i)00, 000, habitants, les unsindous, les autres Tibétains ou métis des deux races. Les indous soiit brahmanistes fervents, le reste bouddhiste. L'ourdou tend à y devenir la langue générale. La capitale est Khatmaudou.

Le pays de CACHEMIRE est coimu dans le monde par son doux climat, sa ceinture de montagnes neigeuses, hautes de 5 à 6,000 métrés, ses lacs bleus et la fraîcheur de sa vallée. Lo Djélam y serpente avant de devenir l'une des cinq rivières du Pendjab. Cette contrée a pour habitants des Indous mêlés d'Afghans et parlant l'ourdou, les uns musulmans, les autres brahmanistes. La capitale Srinagar, ou Cachemire, à 1,750 mùtri i d'altitude, a dil aux nombreux canaux du Djélam sou surnom de Venise Orientale. Dans la campagne d'alentour, des platanes gigantesques ombragent des villas d'où la vue est sublime quand on regarde en haut les sommets cuirassés de glaciers, ravissante quand on contemple en bas la vallée que les poêles indous, persans et arabes ont nommée le chef-d'œuvre de la nature. Cachemire (00,000 hab.) ser\ait de résidence d'été au Grand Mogol.

Le LADAKH, traversé par l'Indu?, est comme étoulTé entre l'Himalaya cl le Kurakoroura ; il a Leh pour capitale.

Malheureux reste des conqucMcs du grand Albuqucrque, riNDE PORTUGAISE ne s'étend plus que sur4j;i,000 hec-

tares, avec 525,000 habitants. — Villa Nova de Goa (20,000 hab.),'sur la côte, au sud de Bombay, a remplacé l'ancienne Goa, aujourd'hui village perdu dans les décombres de demeures où vivaient 200,000 hommes. — Diu (10,000 âmes) se trouve surlacôtedu Guzarate. - - ^ nord de Bombay, dans les ruines de Bassein, qui fut une grande cité portugaise, le héros lusitanien, Albuqucrque, dort dans une tombe abandonnée sous la ronce. Du temps de ce hardi capitaine, le Portugal faisait la loi dans tout l'Orient, et surtout le long de la « célèbre côte de l'Inde, où la gent lusitanienne a remporté des victoires, pris des terres et des cités où elle vivra pendant de longs siècles, au milieu de nations variées, de provinces infinies, les unes mahométanes, les autres païennes avec des lois écrites par le démon. » (Camoëns.)

Pour riNDE FRANÇAISE, V. France : Colonies asiatiques.

CEYLAN (6,350,000 hectares, l'étendue de dix à onze départements) regarde le Décan méridional par-dessus le détroit de Palk et le golfe de Manaar, l'un et l'autre fonds de perles exploités au printemps. La lame de mer qui sépare cette île du continent n'a qu'une faible profondeur, et encore est-elle sillonnée par des traînées d'écueils et des bancs de sable, le tout faisant comme une espèce d'isthme déchiqueté appelé le Pont de Uama. Malgré la proximité de l'Inde, malgré la maigreur du détroit, Gcylan, par sa tlore et sa faune, s'écarte visiblement du Décan. On a même pu prétendre, tant s'impose la difl'érence,' que l'île est le reste d'un continent recouvert maintenant par la mer des Indes, et dont Madagascar et les Seychelles firent partie.

Comme l'Inde, la féconde Ceylan se distingue par une flore puissante et magi»ilique. Dans le nord de l'île l'empire des arbres est au palmier; dans le sud, il y a vingt millions de cocotiers. La cannelle, qui fut si profitable aux Hollandais, quand

ils possédaient Ceylan,a presque entiùrement disparu : le café a pris sa place et fait la fortune des nouveaux maître?, les Anglais. Ainsi que la cannelle, la pctlio des perles est en décadence et le commerce d'éléphants diminue de jour en jour: l'élépliant de Ceylan n'a pas de défi" i!S.

Dans les basses terres, le climat ..^landais énerve ; à partir de 1,000 à Ij.'jOO mètres d'allitude, on trouve le printemps sans tin. La plus haute nionljigne est le Pedro TalkUlalhi(-2,:)iOmèt.). Moins élevé de 250 mètres, le Famanala, ou Pic d'Adam, se termine en un roc ohéliscal qu'on gravit par des échelles et des chaînes. Les Douddhistes, les Hrahmanistes, les Mahométans, les Chinois eux-mOmes s'y hissent en pèlerinage. Ils y viennent adorer une empreinte dans la roche ; dans celte empreinte les |{ouddhi>tes voient le pied du lîouddah, les Brahmanistes le pied de Siva, les Mahomètans le pit'd d'Adam, les Chinois le pied de Fo. De leur temps, les Portugais y virent le pied de saint Thomas. Pendant les ioO ans que le Portugal domina dans 1 île, jusqu'il la prise de Colombo par les Hollandais en Ki.iC), la race lusitanienne marqua fortement le pays à son empreinte ; aujourd'hui encore on parle un portugais corrompu dans les villes et dans quelques districts, et ily a liiO à 200,000 catholiques, beaucoup plus que de protestants. La religion de la très-grande majorité est le bouddhisme. On dit que le tiers des champs en rapport de Ceylan appartient aux couvents bouddhistes, et, sous le nom de Lanka, l'île est révérée au loin par les pt'uples qui ont gardé la doctrine de Çikya Mouni.

(jiiand Ceylan ne faisait pas encore partie de l'empire de Lisbonne, elle obéissait à des princes indous, descendants do conquérants qui avaient assujetti le pays 'M>\ ans avant notre ère. Vers le xu** siècle, sous ces rois indigènes, resplendit une civilisation dont les modernes ne peuvent se gloritier d'avoir égalé tous les monunienl?. Le temps n'a pas réduit encore ii néant les édilices, les siiili)tures et les statues de Pollanarua, la capitale du grand l'hrakrama. Au milieu de bois A la végétation violente, Anuradliapoura, sans parler de son figuier flgé de plus de "JjnoOans, montre toujours son immense temple souterrain de Miliintala et les ruines d'une pagode en briques tellement colossale qu'on en pourrait faire une mu-

INDE. 2o5

raille « de dix pieds de haut;, d'un pied d'épaisseur, allant de Londres à Edimbourg. » Mais ce qui fait honte à nos piètres œuvres, ce sont les immenses barrages-réservoirs de la région septentrionale de l'île. Les grandes montagnes se tenant dans le sud, le nord n'a pas de grandes rivières, il n'est pas non plus visité par les pluies de la mousson; les anciens Ceylandais avaient corrigé la nature par la création d'une trentaine de lacs et de près de sept cents petits bassins. Le barrage de Padivil avait 25 mètres de hauteur et iS kilomètres de longueur. Son épaisseur à la racine était de 70 mètres, de 10 mètres au sommet! Que sont en comparaison nos travaux?

Surles2,3;)0,000insulaires, il y a, dans le sud, 1,450,000 Cingalais descendant du mélange des autochthones avec les Indous, les Malais et les Arabes. Au nord vivent 750,000 Tamils, originaires du Décan. 130,000 hommes sont de souche arabe; 3,000 sont des Européens; 5,000 sont issus de relations entre les Portugais et les indigènes ; il y a, d'ailleurs, dans le type de beaucoup de Cingalais des traces de sang lusitanien. Dans les districts du centre rôdent encore les sauvages Vaïdas, qui vont nus, et, dit-on, comptent à peine jusqu'à cinq. Ils passent pour les anciens possesseurs de l'île.

Le seul bon port de Ceylan s'ouvre sur la côte orientale, Trinquemalé, où la flottte du bailli de Suffrcn battit les navires anglais. Pourtant le grand rendez-vous des couri iers à vapeur se trouve dans le sud, à Pointe-de-Galle, et la capitale anglaise sur la rive occidentale, à Colombo. Colombo (100,000 h.) a succédé à Kondy, ville de l'intérieur, boulevard de la nationalité cingalaise jusqu'à la fin du siècle dernier.

En face delà côte de Malabar, les Laquedives forment un archipel de coraux, émergeant avec leurs palmiers et leurs bananiers d'une mer excessivement profonde. Leurs 10,000 habilanls, marins et pirates, sont des Arabes musulmans mêlés d'indous.

Au sud des Laquedives, et semblables à elles, les innombrables Maldives sont aussi peuplées de mahométans, Indous croisés d'Arabes, écumeurs de mer quand on oublie de les

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surveiller. On donne aux Maldives, avec trop de générosilô peut-Olre, deoO,OOOà 2U0,0u0 habitants.

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