ARCHIPEL INDO-CHINOIS
De rindo-Chine et de la Chine à l'Australie sortent du flot des traînées d'îles de toutes grandeurs, semblables à une flotte de gros navireS; de bricks, de barques à l'ancre dans la mer des Indes.
Ces îles ont apparence d'avoir été jadis réunies aux doux continents qu'elles rapprochent. Elles formaient alors une sorte d'Asie centrale entre l'Asie du nord et l'Australie ou Asie du sud, comme l'Amérique centrale entre les deux demi-continents du nouveau-monde.
Par la magnificence de leur végétation, elles égalent au moins les plus étonnantes vallées de l'Inde et du Brésil ; elles les distancent par une plus constante égalité de climat et par l'admirable harmonie du relief du sol. Tout Tarchipel se découpe en montagnes; à presque tous les paysages de ses îles généralement allongées les volcans prêtent la noblesse de leur forme, ou la mer la grûce de ses baies, les franges de sa vague 3t l'inlini de son horizon.
L'archipel a beau être situé tout entier dans la même mer, aux deux côtés de la ligne équatoriale, en vain ses îles ont à peu prés le même climat chaud humide, elles ne constituent pas un tout compacte, mais deux groupes, le groupe indo-chinois ou indo-malais et le groupe australien : le premier rattaché à l'Asie et le second à l'AuUralie par une mer sans profondeur. Au groupe de l'ouest, une civilisation et des religions venues de l'Asie, des forêts exubérantes rappelant l'Inde et l'indo-Chine, l'éléphant, le rhinocéros, le tigre royal, les bêtes à cornes, les graEids animaux sauvages, les singes de l'Asie et du vieux monde, el,chose étrange! le tapir du nouveau, mais rien de l'Australie. Au groupe de l'est, rien de l'ancien continent, ni bêles énormes, ni félins, ni singes ; des eucalyptus, des acacias, le kangourou, l'opossum, l'ornylhorinque, le casoar, la flore et la faune de l'Auslralie.
L'archipel indo-chinois comprend les grande? îles de la
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Sonde, Dali, Bornéo ci les IMiilippines. Les petites îles de I.t Sonde,' Célèbes, les Moluques, la Nouvelle-Guinée forment le groupe australien.
La portion ai^ialique du piand groupe s'appelle généralement archipel iudu-malai?, du voisinage de l'Inde et de la race prépondérante des Malais. On peut le nommer aussi bien l'archipel indo-chinois de ce qu'il continue pour ainsi dire l'Indo-Cliine, et aussi de ce que le rôle des Malais étant terminé, celui des Chinois y commence.
Les premiers habitants à nous connus de ces jardins de l'Lquatcur furent les Alfoures ou Ilaraforas, nùgres de petite taille. Aune époque reculée, ils se trouvèrent en face d'une race envahiîsante. De leurs pauvres peuplades les unes furent exterminées, d'autres s'effacèrent dans le sang vainqueur, quelques-unes se maintinrent à demi; on les rencontre, toujours païennes et barbares, ç.\ et là dans l'intérieur des îles, en particulier dans le nord de Luçon, l'une des Philippines.
Les hommes qui anéantirent, absorbèrent ou refoulèrent les Alfoures s'appellent Malais. Ils font la très-grande majorité de la population de l'archipel. Leur nation la plus brillante, la javanaise, se civilisa, voici près de deux mille ans, au contact de rinde ; elle devint brahmaniste et conquit, convertit, coloiiisa autour d'elle. Ses entreprises la menèrent aussi dans la pres(iu'i!c de Malacca : là, les Malais tournèrent à l'islam, et, propagandistes fanatiques de cette nouvelle religion, l'imposèrent à leur île d'origine et à l'archipel.
Les Malais parlent, en beaucoup de dialectes, une langue riche et sonore, l'n savant qui les a mis à leur vraie place les divise en quatre grands groupes civilisés, avec nombre de peuplades demi-civilisées ou sauvages : les groupes civilisés sont les Malais de Malacca, de Sumatra, de lîornéo; les Javanais, dans Java, Sumatra, Madura, Uali, Lomboc; les Hougis de Célèbcs et de Soumbava; les Malais des Philippines. Les Malais demi-ci\ilisés vi\ent dans les Moluques. Les Jakouns, dans la presqu'île de Malacca, les Patlas dans Sumatra, les Dayacs dans llornéo sont les principales peuplades malaises sauvages.
Les Malais ne sont pas beaux. Leur face Lirge et plate porte
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l'emproinle mongole. Ils ont le nez petit et écrasé, les pommelles saillantes, des yeux noirs très-légèrement obliques, une chevelure noire, une peau brun rougeâtre, pas de barbe, peu de poils, ils sont pelits, trapus et robustes. Leur intelligence a peu de force et d'ampleur; ils ne se sont pas civilisés d'euxmOmes : ce qu'ils produisirent de supérieur à la barbarie, ils le firent sous l'influence indoue ou sous l'influence arabe, ou sous la chinoise, après avoir été convertis à des doctrines étrangères, au brahmanisme, à l'islam. Maintenant ils prospèrent sous le patronat soigneux de la Hollande. Le Malais n'a aucun goût pour l'étude. Au moral, il ne vaut guère. La cruauté lui est facile; il a de l'impassibilité, mais cette impassibilité vient de la paresse d'esprit et de l'indigence de sensibilité. Il est aussi peu communicatiCque sont expansifs et bruyants les sauvages Papouas sur lesquels la race malaise gagne incessamment du côté de l'Orient.
Cultivateurs, négociants, pirates, les Malais dominaient quand arrivèrent les Européens : d'abord les Portugais, puis Je? Hollandais. Les Malais perdirent alors l'empire, mais la nature des Blancs se plie mal à un climat chaud humide dont la moyenne annuelle est accablante ; les fils de l'Europe commandent dans ces îles, ils n'y font point souche. Les Chinois bont tout autres; ils ne commandent point, mais ils arrivent par milliers où les Blancs ne viennent pas par dizaines; leur industrie, leur patience, leur résignation, leur sobriété, leur économie ont raison de tout; enfin le climat leur va. Aujourd'hui que les Chinoises émigrent, que par elles des familles jaunes s'accroissent sur un sol où les gens à tresses vivaient en célibataires ou ne créaient que des métis, la puissance réelle, celle de la race qui travaille le plus, passe insensiblement des Malais aux Chinois. Avec le temps, a-t-on dit, l'archipel aura pour les prolétaires chinois une importance aussi grande que l'Amérique pour les prolétaires européens. C'est par les marchands, les ouvriers et les paysans de l'Empire des Fleurs que la Sonde, Bornéo, les Philippines, les Moluques, la ISouvelle-Guinéc prodigueront enfin leurs richesses,' l'or, l'élain, les métaux, les bois fins, tek, ébrne, acajou, santal, le camphre, le poivre, la girolle, la muscade.
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la cannelle, le riz, la canne à sucre, l'indigo, le cacao, le café, ils fouilleront el cnlliveront sans lr«}ve la plaine, les versants ,' et jusqu'à la gueule des cent vingt volcans sifflants, fumants el flambants de l'archipel. ICn ce moment leur chiffre se tient encore entre deu\ cl trois millions. Toute grande ville a son quartier chinois, toute mine, toute carrière, ses mineurs ou ses carriers de Chine.
Les Kuropéens, presque tous Hollandais, sont soixante à quatre-viiigls fois moins nombreux. On ne compte dans les INDES ORIENTALES HOLLANDAISES — elles s'étendent à la luis sur l'archipel indo-chiuuis el l'archipel auslralien — que 3G,OûO lùimpéens, dont 29,000 nés dans le pays mOme : lj,000 en Hollande el2,000 dans divers pays d'Europe. Ces chiffres laissent en dehors I-.',uno soldais hollandais, force qui sul'lit aux habiles exploiteurs de ces îles pour tenir en laisse plus de Ji millions d'hommes, sur un territoire de tOO millions d'hectares, trois fois la France. S'il n'y a pas 40,000 iùiropécns dans un archipel qui en a tant vu venir depuis des siùele-, il faut en imputer la cause, non-seulement au climat, mais à ce que les Hollandais ne se fixent pas dans ces îles sans esprit de relour. Dès qu'ils ont une fortune, la plupart regagnent la Hollande, principalement la proNince éc Cucldrc.
SUMATRA fait face à la presqu'île indo-chinoise de Malacca ; le di (roil de peu de largeur et de peu de profondeur qui l'en sépare, el quamoiiidrissent encore des groupes d'îles, recouvre sons doule les terres effondrées par lesquelles l'isthrae indo-australien se soudait à la masse de l'Asie.
I-a FraiK e l'emjtorle à peine en étendue sur celte île. Sumatra n'a pas moins de '61 millions d'hectares, moitié au nord de Tl-iqualeur, moitié au sud. Ce que les rayons à pic du soleil lui versent de trop en chaleur, en sécheresse et en épuisement cA heureusement contre-balancé par des pluies abondantes cl par riulluencc de hautes montagnes. Parmi les