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gounong (pics), six à sepl sont des volcans actifs ou assoupis, sinon éteints. Le Gounong d'Indrapour porte sa lûle à 4,200 mùlres : avant l'annexion de la Savoie, nul mont de France ne s'élevait à pareille altitude. Dans les forêts se promène l'orang-outang, le premier des animaux par l'intelligence après l'homme.
Quelle population forment ensemble les nationalités de Sumatra : Malais musulmans ou païens delà côte et des vallées; Battas ou Malais antîiropophages du plateau deToba, autour de la vasque d'un grand lac; Orang-Koubous velus et abrutis, bêtes autant qu'hommes, esclaves des Malais ou vivant libres dans des huttes de bambous accrochées aux branches des arbres, on ne le sait pas et les uns parlent de trois à quatre, d'autres de six, d'autres de huit millions dTimes. Les Hollandais, qui retirent de l'île du poivre et de l'étain, y régnent sur les trois quarts du territoire et sur 2,430,000 individus. Les Chinois n'affluent pas encore, malgré le voisinage de Singapore, ville d'où beaucoup d'entre eux émigrent vers les différents points de l'archipe!.
Dans la Sumatra hollandaise, la grosse ville se nomme Palembang. Elle est bûtie à l'origine du delta du fleuve Mousi. 70,000 hommes résident ùdiu cette cité commerçante, en majorité Malais, puis Chinois et Arabes, avec quelques Européen^. La plupart de ses maisons de bois, quelquefois vernissées, flottent sur des radeaux de bambous ancrés à la rive et suivent fidèlement le flux et le reflux.
Sur la mer profonde qui se déroule à l'infini vers le sudouest, de petites îles font une chaîne sensiblement parallèle au littoral de Sumatra. Sur ce versant, l'épine montagneuse de la grande île s'approche considérablement du bord de l'Océan, et ses torrents parcourent en quelques heures le chemin de leur source à leur embouchure. Le versant oriental, qui a des plaines amples et de larges rivières dans de longues vallées, possède aussi des îles annexes, plus importantes que celles de la côte occidentale.— Lingen (230,000 hectares) se trouve sur la route de Palembang à Singapore. — Banca, très-voisine de Sumatra, regarde les embouchures du delta du Mousi. -ijjOOO Malais, i:),UOO Chinois peuplent insuffisamment celle ile de
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1,200,000 hectares, dont la capitale se nomme Muntok. Daiib ses montagnes de :?,000 à 2,-J'20 mètres d'altitude, les Chinois exploitent, ponr le com[)te des N'éorlandais, des mines" d'un excellent élain. I.e détroit de (iaspar interpose sa vogue encombrée de petites îles entre Banca et Billiton (050,000 lieclares ; 22.000 habitants) : celle-ci n'est pas plus éloignée de Bornéo que de Sumatra.
Entre Sumatra et Java, dans le détroit de la Sonde, il n'y a que de petites îles. Une tradition javanaise renvoie à mille ans seulement en arriére la scission qui se serait faite entre les deux grandes terres.
Une comparaison fait comprendre la fertilité de JAVA ; «le chef-d'œuvre delà création.» Avec son annexe, Madura, cette île Jiourrit plus do 10 millions d'hommes sur moins de 13 millions et demi d'hectares. Peuplée au mOme degré, la France, où plusieurs millions d'individus demandent leur vieà des industries inconnues à Java, aurait soixante-quatre millions d'habitants, au lieu de trente-huit. Kn 17S0, les Javanais rrétaienl que 2 millions, et en ISjO que 4,800,000. Ce merveilleux accroissement provient du développeaicnt de la culture sous la surintendance des Hollandais.
Java s'étend sur îK'iO kilomètres, avec 200 kilomètres de largeur. i*ar sa situation plus près du dixième degré que de ri-^quatcur , par sa minceur qui la livre enlière aux souftles de l'Océan, elle n'est pas tout à fait aussi torride que la masse de Sumatra. Comme cette dernière, d'ailleurs, elle est faite de montagnes, (juarante-cinq volcans au moins, dont \ingt-huit ou trente sont encore des « cliaudières de i'enler, » se prolilenl dans la longueur de l'île, visibles des deux mers. A l'ouest, ils perdent de leur majesté par l'élévation du plateau où ils s'enracinent. A l'est, beaucoup de ces f/ou' fiongy ay.mt pour piédestal dfs [ilaiiK's basses, ne cèdent :ricn de leur (aille, d'où l'air de gr.mdcur de leur pyramide, beaucoup sont isolés, de là une grâce en même temps qu'une
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fierté sublimes. Précisément de ce côté s'élance le plus haut volcan javanais, le Sémirou (3,800 mùlres). Sur les versants moyens de !a montagne de Java, le tek, arbre au bois défiant presque éternellement la pourriture, s'amasse en vastes forôts. Au-dessus de ces forêts, on marche sur les batou- (ingas (coulées de laves : littéralement rocs brûlés) ou sur des pentes dépouillées, ou bien encore dans des bois où le tek ne domine plus. Au-dessous, régnent les vergers opulents, les champs en terrasses, les plantes vivriùres et les cultures industrielles. Dans les régions occidentales de l'île, la végétation acquiert plus de force et d'éclat, sous un climat plus humide, que dans les vallées orientales, où commence à se faire sentir l'influence du foyer de sécheresse de l'Australie.
Révérés jadis par les Malais non encore musulmans comme les plus terribles serviteurs de Siva, Dieu de la mort, les volcans de Java fumaient alors au-dessus de vallées où des milliers de pèlerins venaient adorer leurs déités dans des temples magnifiques, honneur de l'art javanais. A partir de la fin du xv» siècle, époque du triomphe définitif du Coran dans l'île, les monuments de la civilisation brahmanique s'eiïondrérent, mais toutes leurs ruines n'ont pas disparu, et en maints lieux, dans la profondeur des bois, des restes grandioses témoignent d'une civilisation brillante, fondée sur la foi que l'islamisme a remplacée, mais ses mosquées ne valent pas les demeures des dieux indous. Dans l'est, dans le centre de l'île, le poids des années fait crouler de merveilleux édifices dont l'infatigable végétation du Tropique s'est hâtée de disjoindre les briques et les pierres : des palais, des temples, des forteresses, des aqueducs, des bains, des tombeaux. Chaque heure abat une statue plus grande que nature, chaque seconde aide à l'effacement des bas-reliefs, et des sculptures infinies que des légions d'artistes patients avaient ciselées dans le dur trachyte. Des roules en briques que la forêt n'a pas toutes ensevelies menaient de grand temple à grand temple et de grande ville à graiidt; ville. Le Javanais voit s'en aller ces fortes œuvres avec le fatalisme du musulman.
ï.a nature, elle, reste la même. La végétation de Java ne craint pas de rivales. Nul coin de la Terre n'a tant de ressources.
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C'est bien le jardin, le parc et la plantation par excellence, la gloire du Tropique d'Asie. C'est au?si le trésor des Pays-Bas. La Hollande* lire d'énormes revenus de celte île, dont elle a enrégimenté les cultivateurs et monopolisé les produitï-, riZjCaTé, denrc'cs coloniales. Java est une usine, les Malais et les 2o0,000 Chinois en sont les ouvriers, les 20,000 Européens les contremaîtres, le gouvernement néerlandais le patron qui organise, surveille, tyrannise avec sagesse, et s'enrichit. Les insulaires de Java ont deux langues écrites avec un alphabet original, le Ka\i et le Javanais, dialecte du Malais. Le hollandais est connu dans les villes.
La malsaine Batavia, capitale des Indes Orientales hollandaises, sur des canaux, au bcrd d'un golfe peu profond, fut, au xvn" sii'cle, un des premiers emporium de l'univers. Sa prospérité, son commerce ont baissé. Avec tous ses faubourgs elle compte l^o^doo habitants. Djodjocarta, sur la cote méridionale, Souroucarta, dans les terres, Sourabaya, sur le rivage du nord, en face de l'île de Madura, atteignent ou dépassent 100,000 habitants. Les trois plus fameux sites de ruines javanaises se trouvent dans le pays de Djodjocarta et de Souroucarta. Le temple de Borobodo s'élévc A l'ouest de Djodjocarta : « toute l'industrie, Unil le travail que l'homme a dépensés pour la grande Pyramide d'i'^gypte ne sont qu'un effort insignifiant comparés au labeur qu'exigea ce grand temple sculpté dans l'intérieur de Java. >» Ainsi parle Wallace, l'un des meilleurs explorateurs du siècle. Les restes immenses de Brambanam se voient entre Djodjocarta et Souroucarta. riOunong-Prati, est i\ 00 kilom. an sud-ouest de Samarang. Kediri et Malang se visitent de Sourabaya.
Bali (ri2.'),000 hectares) avoisine de très-pr^s Java, le détroit de Bali n'ayant qu'une petite largeur. Llle ne se serait séparée de la grande» ile qu'en l'JOi, probablement dans une tourmente volcanique. Bali relève des Hollandais, et ses habitants de la branche javanaise des Malais. Le brahmanisijie n'en a point
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été banni par la religion de Mahomet. Peu d'îles peuvent se vanter d'une meilleure culture et d'une irrigation si parfaite. Au-dessus de la capitale, Karangassim, le volcan d'Agoung monte à 2,500 mùtres. Entre Bail et Lomboc, le détroit de Lomboc, profond, à courants rapides, sépare nettement l'archipel indo-malais- des îles que leur végétation et leurs animaux rapportent à l'Australie
A BORNÉO la Hollande a pouvoir nominal sur une étendue presque égale à celle de la France, et sur treize à quatorze cent mille indi\idus.
L'île de Bornéo dispose à peu près également ses terres des deux côtés de l'Equateur. Sa superficie monte à 66 millions d'hectares, un sixième de plus que la Franco, mais sa population s'élève à peine à 2 millions et demi d'habitants. Le monde n'a qu'une île plus grande, la Nouvelle-Guinée. Après Bornéo vient Madagascar.
Si près de Java, parfaitement explorée et toute cultivée,Bornéo reste presque ignorée et déserte. Les côtes seules sont connues. Il n'y a guère d'habitants que sur le rivage de la mer et sur le bord des rivières, sombres ou môme noires à la suite des orages, sans doute à cause des vastes champs de houille affleurant leurs eaux rayées par les crocodiles. A la houille s'ajoutent des richesses de tout genre, des mines d'or exploitées par les Chinois, des diamants, des gîtes d'antimoine et d'autres métaux, tous les produits des plantations de Java, les bois de luxe, d'ébénisterie, de teinture, les épices de celte éblouissante région de la terre. D'interminables forêts où errent l'orangoutang, l'éléphant, le tigre, le rhinocéros, le buffletle petit ours noir, ondulent avec les collines de la zone riveraine; elles vont gravir les montagnes de l'intérieur, ajoutant tous les ans une couche de feuilles pourrissantes, de rameaux et de troncs morts à l'alluvion accumulée sur le sol depuis des siècles de siècles.
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I.es monls borncen?, tels qu'on les connaît, semblent n'avoir rien eu à démêler avec les .forces souterraines qui ont poussé des centaines de volcans hors des mers de l'archipel. Bornéo serait donc comme un petit continent non volcanique entouré de satellites iiérissés de pics de feu. On donne au Kini-lJalou, mont de l'extrême nord, supposé le point culminant de l'île, une hauteur de il.'iOraùtres, altitude un peu supérieure à celle de nos Alpes dauphinoises.
Sous le nom générique de Dayacs vivent dans Bornéo des .Malais païens, trois fois plus nombreux que les Malais musulmans qui les asservissent. Les Dayacs, un peu plus grands que les Malais civilisés, valent mieux qu'eux par le caractère ; ils odt plus d'honnêteté, plus de vivacité, plus de gaieté, plus de tempérance. Les Nègres alfoures remplissent quelques villages reculés et misérables. l.('s Malais, grands seigneurs par le travail forcé des Dayacs, méprisent l'agriculture et les métiers, qui peu à peu deviennent l'oflice du Chinois. \ Bornéo, plus que dans toute autre île de l'archipel indo-chinois, les « fils du Milieu » ont place nette devant eux. (l'est à peine s'ils sont 200,000, mais déjà ils peuplent les districts de l'or et le mouvement d'immigration, prononcé depuis le milieu du siècle dernier, s'accélère tous les jours. Une vie d'homme verra peut-être la majorité se déplacer î\ leur profit dans cette île, évidemment destinée ;\ se transformer en une colonie de la Chine. La langue malaise est d'un usage général ;\ Bornéo.
Aucune ville des nombreux sultanats malais soumis à la Hollande ou tout à fait indépendants de sa suzeraineté ne vaut la peine d'ètic nommée.
Sur la c/Me du nord-ouest, vis-à-vis de la Cochinchine française, Labouan, petite île pourvue de mines de houile, apiiorle à l'empire colonial anglais un contingent de 1 2,000 hectares et de 40,000 individus.
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Au nord-csl delà côte bornéenne, les îles Soulou forment pont entre Dornéo et les Philippines. Nous avons estropié leur vrai nom, qui est Jolo. Nominalement, elles relùvent de l'Kspagne. 100,000 hommes environ habitent c^t archipel montagneux, dont le fond de mer fournit des perles de la plus belle eau. Des Malais musulmans, dangereux pirales, y font la loi à des captifs chrétiens enlevés par les corsaires et à des Guimbas, indigènes asservis qui tendent à disparaître.
Avec les PHILIPPINES, on s'éloigne notablement de l'Equateur pour se rapprocher du Tropique du Cancer, et en mOme temps du rivage méridional de la Chine. De Hong- Kong, port chinois, à Manille, capitale des Philippines, on ne met que trois jours en bateau à vapeur.
Vingt-neuf à trente millions d'hectares, effectivement ou nominalement occupes par l'Kspagne, quatre à cinq millions d'habitants, c'est le lot de cet archipel, volcanique autant que Java, et suivant de près cette île hollandaise en fécondité, mais non pas en richesse. L'indolence de ses maîtres européens et des races soumises laisse le sol de ses îles heureuses prodiguer inutilement des trésors. Les Espagnols de Manille ont bAli de belles églises, ils ont élevé des cloîtres solennels, ils ont beaucoup catéchisé les indigènes, mais hors des pratiques du catholicisme, ils ne leur ont rien appris. Les Philippines regorgent de richesses, depuis les beaux bois de construction, qui ne cachent aucune bète féroce, jusqu'au palmier dont la fibre est l'abaca ou chanvre de Manille. Elles remplaceraient facilement, pour le labac et le sucre de canne, la « toujours fidèle » Cuba, qui tiiiira, malgré ce litre, par échapper à l'Espagne. Sur les 34 provinces de l'Archipel (3u avec les Mariannes), il n'y en a pas une qui ne puisse devenir colonie de grand produit, grdce à l'excellence du sol, aux six mois de pluies de la saison des colhi'i et aux siv mois de soleil de la saison de? norladds.
Les Pliilij)[iinos prirent leur nom du roi qui gouvernait a l'Escurial quand l'Espagne mit le pied, en 1571, sur l'archi-
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pel que Magellan avait découvert cinquante années auparavant. Ce na\iga(eur portugais au serNice de Caslille et Léon aborda, en 1j2J, à Butuan, dans la grande île de Mindanao, sur laquelle les Jésuites curent plus tard des vues dans la seconde moitié du dernier siècle ; ils essayèrent d'y installer le despotisme théocratico-patriarcal qui leur réussit dans les Missions de l'Amérique espagnole: l'esprit de certains peuples doux, inertes, faciles au bonheur, s'y prOte admirablement. Magellan, peu après la découverte, fut tué d'une flèche, tandis qu'embourbé dans un marais, il s'avançait péniblement contre un parti de sau\ages. Là mOme, dans lile de Mactara, il repose aujourd'hui, au milieu de grands palélu\iers. Mindanao, où il avait planté la bannière espagnole, est encore presque indépendante; sa capitale castillane, Samboanga.. se fait obéir à peine de quelques tribus, immense minuri'é sur les 700,000 musulmans fanatiques de cette ile monlueuso de 9 millions d'hectares dont le bois de tek cl le café feraient la fortune. Les indigènes une fois bridés, les colons espagnols n'y auraient d'autres ennemis que de monstrueux boas et la fièvre sur le bord des rivières marécageuses.
Les deux vastes îles de Luçon ou Manille et de Mindanao, des îles moyennes et petites, et beaucoup d'ilols constituent l'archipel, que parcourent des montagnes de 1,000 à 1,300 mètres de hauteur moyenne, avec des pics de 2,000 à 3,000 mètres. Luçon (13 millions d'hectares) a pasté sous le joug e?pagnol par la patience des missionnaires plus encoro que par la supériorité des armes. On y trouve douze \olcans. Le plus fameux est le \olcan de Taal, baigné par le limpide lac de Hongbong et servant lui-même de coupe à des eaui vertes, car le fond de son cratère est rempli par un lac. Le Taal fut terrible, sa violence s'est amortie, mais des ébauches d'éruption et une épaisse colonne de fumée font craindre qu'il sorte de sa léthargie. Dans une presqu'île du midi, se dressent côte à côte les huit volcans de Camarincs. Mindanao ne compte que trois monts à cratères : ei. tout, pour 1 archipel, quinze bouches de flamme , sans compter les cheminées de quelques petites iles.
Dans les campagnes de Lui^'jn, tellement fécondes que les
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villages de dix à vingt et trente mille habitants n'y sont point rares, dans Mindanao, dans les îles de second et de troisième ordre, on trouve des Tagales, des Negrilos, des Malais, des Chinois, les premiers chrélien?, les seconds païens, les troisièmes sous la loi de l'Islam. Les Negritos sont des sauvages noirs, lippus, aux cheveux laineux, au nez écrasé, à la taille minime. Ils n'ont pas été sans influence sur la formation de la race tagale, provenue sans doute du mélange des indigènes avec les Musulmans qui envahirent l'archipel il y a déjà dix siècles. Depuis que les Tagales ont reçu le christianisme, ils n'ont cessé de lutter contre les Malais, pirates qui considèrent comme œuvre pie une razzia sur les infidèle?.
L'agilité plus que la force distingue les Tagales, pourtant la vigueur ne manque pas à leur corps souple et bien pris. Ainsi que beaucoup de peuples orientaux, ils endurent le mal avec ténacité et regardent la mort en face. Pour leurs maîtres ils se battent avec héroïsme, mais ils travaillent sans énergie.
Parbonheur, le Chinois est là qui s'emploie comme jardinier, agriculteur, ouvrier, commerçant. Il combine, il essaye, il brocante, il s'enrichit; il s'empare de l'industrie, du commerce, déji un peu du sol, et il n'est point d'humeur à lâcher dans l'avenir ce qu'il aura pris. De l'alliance des Chinois avec les femmes Tagales proviennent les Sangleys, supérieurs aux Malais, et destinés peut-ûtre à dominer un jour dans l'archipel.
Il faut que le Chinois soit doué d'une persistance singulière. 11 envahit les Philippines, il y fait fortune, il y crée une race de métis vigoureux malgré le mépris qui le poursuit, malgré la haine que lui voue l'indigène, malgré le mauvais vouloir du gouvernement qui essaye de le repousser par des capilalion?, des impôt.- disproportionnés, des droits de yatenla exorbitants. ^
Manille, dans l'ile de Luçon, se comiose de deux villes séparées par le fleuve Pasig: sur une rive, la Manille officielle et gue^rièr^, place murée; sur l'autre rivo, six faubourgs cummerçanls, dont le plus chinois, en d'autres termes le plus actif, se nomme Binondo. Manille, à moitié effondrée par le tremblement de terre de 18t'3, est aussi connue par ses cigares
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que la Havane. La Pasig débouche dans un des grands golfes de la Terre, le golfe de Manille, qui a loO kilomùtres de circonférence.
L'EMPIRE CHINOIS se déploie entre l'Asie russe, le Turkcslan, l'Iran, l'Inde, rindo-Chine et l'océan Pacilique. Même aprùs les cessions considérables de lerriloire faites dans ces derniers temps à la Russie, son étendue monte encore à I, '21(5 millions d'hectares, en y comprenant loulefois le Tliian- Chan-Nan-Lou et le Thia[i-Chan-l'é-Lou,qui viennent de se séparer à l'instant de l'empire et qui ne lui reviendront pas. Déjà même la Russie a mis la main sur le Tluan-Clian-Pé-lou ou Dzoungarie. 1,21 G millions d'hectares, c'est bien plus que l'Europe, c'est plus du quart et pics du tiers de l'Asie, c'est vingt-deux à vingt- trois fois la France. Sa population s'élève à 475 ou oOO millions d'habitants, douze à treize fois la France. Seuls dans le monde l'empire anglais (2 milliards 08 millions d'hectares) cl l'empire russe (2 milliards Si- millions) occupent plus d'espace. Viennent ensuite, après la Chine, les Étals- L'nis('.i3;) million^ d'hectares) et le Hrésil (S;n millions;. Si l'on considère les deux Thian-Chan comme définitivement sépares, la surface de l'empire chinois n'est que de l milliard 02 millions d'hectares. Pour le nombre d'hommes, aucun Ltat du globe n'approche de la Chine, reinpirc Hrilannique ayant à peine 200 millions d'habitants, lempiie Russe 80 millions, les Llalsllnis 40,1e Brésil 12.
Un pays aus>i vaste qu'un continent, touclianl au nord le 113°, au sud le IS'' degré de latitude, à l'ouest le fiO", à l'est le 134" degré de longitude, assis d'un cùlé sur les plus hauts plateaux de la Terre, baigné de l'autre pendant des milliers de kilomètres par la plus grande mer, un tel pays ne peut avoir l)arlout le même climat, le même sol, la même nature, les
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m(?mes produi(?,lem(5me peuple. L'empire chinois se divise en quatre grandns régions au moins : la Chine projirc, la Corôe, la Mantchourie, les Ilaiils-Plateaux. Politiquement, on y distingue la Chine, la Corée, la Mantchourie, la Mongolie, le Tibet. La Chine propre n'absorbe en surface que le tiers de l'empire, mais elle renferme les 18/19 de la population. A elle la grande agriculture, l'industrie, le commerce, la science, la domination ; les autres pays lui obéissent immédiatement, ou lui payent tribut, ou reconnaissent simplement sa prépondérance.
La CHINE compte un peu plus de 400 millions d'hectares et 4o0 millions d'habitants; elle soutient donc 112 à 113 individus par kilomètre carré, tandis que la France n'en nourrit que 70.
C'est que les Chinois, les maîtres en agriculture, font produire à leur sol très- fécond, sous leur climat très-heureux, tout ce que la terre et l'eau peuvent faire naître, et tout ce que le soleil peut mûrir.
La Chine s'ouvre A l'Orient sur le Pacifique. Au nord, la mer Jaune, qui se comble de plus en plus d'alluvions fluviales, s'avance profondément entre la Corée et la côte chinoise, jusqu'à une petite distance de Pékin. Au sud de la mer Jaune, les grandes découpures sont rares, mais non les bons ports, les estuaires, les anses. De ce côté, la Chine est bien pourvue. Fllo a sur son littoral tous les abris qu'il faut aux navires exigés parle commerce du plus riche pays du monde. La houille, qui fait que les vaisseaux courent au lieu de flotter, ne manque pas non plus : rien que dans la Chine septentrionale leâ terrains houillers reconnus à ce jour couvrent six l'ois i'es- Dare de tons les districts à charbon d'Angleierre.
A l'ouest, versleshau tes terres, les frontières de l'empire sont peu (.onnues. Au nord, la Chine s'arrête à la Grande-Muraille, ca monument élonnant de la patience et de la niaiserie chinoises. Voilà prOs de deux mille ans qu'elle fut hAlic. Les Chinois no
craignirent pas d'élévor ce ridicule onvrape contre un peuple indigent cent fois plus petit par le ncmlr''. Des millions de vies s'y cnnsumùrent poiit-cMre, puis la firandc-Miiraille fut enjambi'c par les envahisseurs, au grand ébahissement des eunuques laborieux qui se croyaient en sûreté pour le reste des Ages à l'omltre d'un parapet de brique et de chaux. Sa longueur dépnsse 2,000 kilom^'lres; elle frrim[ie avec les montagnes jusqu'à des altitudes de l,(iOO mètre-, elle descend dans les ravins, coupe les torrents, fait des zigzags dans les plaines, et, commençant aux montagnes mongoles, va finir sur le Soungari, brandie d«3 l'Amour. Klle consiste en deux murs de 8 mètres de haut, dont la cunstnicliun a demandé « plus de briques que n'en contiennent à la fois toutes les maisons d'Angleterre et d'ICcosse.» Kntre les deux murs, séparés par quatre mètre:; d'inleivalle, se tas?e un remblai de terre. De mille en mille pas, quelquefois do cent en cent, veillent des tours armées de cauDUS. An nord, la (irande-Muraille se termine par une forte barrière de pieux.
La (^liine est parcourue par des chaînes encore presque i^'uorécs des t^uropcens, chaînes qui se détachent des bastions de l'Asie Centrale, particulièrement du Kouen-I.oun. Elles vont en s'abaissant peu i\ peu dans la direction du Pacifique et seiïacent enfin sur les plaines du rivage, après avoir été d'abord sommets neigeux, puis montagnes moyennes cultivées ou boisées, enfin coteaux plantureux. les .Nan-Ij'ng ou monts du Sud séparent d»* la Chine tropicale le double bassin du lleuve Jaune et du tleuNC lileu, ces deuv éiiormes veines d'eau qui, voisines vers leurs sources, infiniment éloignées ensuite, se rapprochent de nouveau de détour en détour, pour aller ( (^îifondre leurs deltas dans les plages les plus tièdes, les plus fertiles et les plus jtopuleuï^es de l'Kini>ire. Ces Nan-Cing, où s'escarpenl des i)ics à neiges persistantes, l'emportent en altitude sur les Pé-Cing ou monts du Nord, allongés entre les deux neuves.
Le lleuve Jaune, en chinois Hoang-llo, tire ses eaux d'origine de l'Asie Centrale. Du pays des Mongols, il passe dans la Chine, qu'il quitte» pour faire un énorme méandre vers le nord. Hentré en Chine, il roule des eaux très-caprii ieuses dans un
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lit d'une grande largeur, qui parfois se rétrécit à 330 ou 400 métrés, mais alors la profondeur est grande et le courant trèsrapide. Après avoir franchi et refranclii La Grande-Muraille, il féconde une ample vallée et finit dans un delta de plus de 2o millions d'hectares qui a rattaché à la côte ferme des monts isolés jadis en mer : les monts du Chan-ïoung, au pied desquels naquirent avant notre ère deux des grands sages de la Chine, Confucius et Mencius. Cinquante mille années suffiront, paraît-il, au delta du IIoang-Ho, qui marche sans relûche en avant, pour remblayer la mer Jaune tout entière, tant ce fleuve violent, qui doit son nom à des eaux jaunies par les particules terreuses, porte d'alluvions aux rivages de la Chine centrale. On évalue à 188 millions d'hectares l'aire du bassin du Hoang-Ho. Le débit moyen du fleuve ne serait que de 4,100 mètres cubes par seconde, moins que le Rhône et le Rhin réunis. Le volume d'étiage, alors, serait peu considérable, car les crues ont une très-grande puissance; elles causent tant de ravages que les fils de Ilan, ainsi se nomment eux-mêmes volontiers les Chinois, ont donné au Hoang-llo le surnom de « Crève-cœur de la Chine. »
Le Yang-ïsé-Kiang entraîne moins de troubles que son frère jumeau, et s'il mérite aussi le nom de fleuve Jaune, ce n'est que dans son cours inférieur, quand il s'est sali aux affluents impurs et aux berges terreuses de la plaine.
La Irimonosyllabe Yang-Tsé-Kiang veut dire en chinois fleuve Bleu, et ce titre porte à faux. En amont de son entrée d;ins la grande plaine de Chine, le Yang-Tsé roule des eaux claires et rapides d'un vert magnifique. 11 se constitue, dans la montagneuse province du Yu-i\an, au sein d'une gorge à grandiose allure, par la réunion de deux torrents énormes, portant chacun un nom fait de trois monosyllabes : l'un s'appelle Rivière au Sable d'Or, l'autre Rivière à l'Eau Dlanche. Ils sont d'égale force. Le Sable-d'Or et l'Eau-lilanche naissent tous deux au loin dans la Haute-Asie, aux pieds des monts Kouen-Loun. L'un des deux bras doit passer,' déjà considérable, à peu de distance des sources du fleuve Jaune, et l'autre serpenter au fond de défilés séparés par la haute montagne des gorges de notre Mékong cochinchinois. Des
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monts à la mer, le fleuve Bleu arrose une vallée d'une fertilité rare, même en Cliinc : on en tire trois, quatre, cinq récoltes par an ; la terre, parfaitement arrosée et drainée, soigneusement fumée, jamais lasse, y produit le riz, le tabac, le colon jaune dont se fait le nankin, la canne, des fruits, des épices, du thé, l'assoupissant et morti'l pavot, qui tend à remplacer en beaucoup d'endroits les rizières depuis un traité imposé par les Anglais, entin tout ce que l'on demande à ses fonds privilégiés. Le mîirier y forme des' forêts, les villes de cent à cinq cent mille, et même de cinq cent mille à un million d'habitants s'y entassent dans la plaine du fleuve, sur ses Lords, sur ses eaux ; des centaines de milliers d'individus vivent dans des bateaux, de la pêche ou des légumes de leurs jardins, et ces jardins ne sont eux-mêmes que des radeaux de bambous portant quelques pelletées de vase arrachées au Vang-Tsé-Kiang. Sur le chemin des montagnes à la mer, le lleuve recueille les émissaires de deux grands lacs voisins de sa rive droite, le Toung-Ting et le Po-Vang. Vers Nankin, à 3.J0 kilomètres de lamer, le flux et le reflux commencent c\ se faire sentir, puis le fleuve entre dans son delta, qui touche à celui du Iloang-Ho. A son embouchure, il a sept lieues de large entre des rives effacées. Le Vang-Tsé-Kiang coule pendant l),0UO kilomi'-tres. Pour la longueur, c'est le quatrième cours d'eau de la Terre, le sixième pour l'étendue du bassin. Pour le débit, il vient peutêtre au second ou au troisième rang, après le lli;u\e des Amazones, avant ou après le ilio de la Plata. A l,iiOO kilomètres du Pacifique, au-dessus du confluent de lari\icre sorlie du lac Toung-Ting, il roulerait aux basses eaux près de lii, 000 mètres cubes d'eau par seconde, plus que le (iange ou le Ithône et autant que le Nil en grande crue. A l'embouchure, ce débit serait doublé {?). Ses inondations sont aussi formidables que celles du Iloang-IIo. A llan-Caou, où pourtant il s'étale dans un large lit. il monte fréquemment à div mètres au-dessus des eaux d'étiage. Les Chinois sont (iiTs de leur fleuve, ils rappellent l-ils de l' Océan et Ceinture de la Chine, Comme le lloangHo, h' Vang-Tsé-Kiang coupe le Canal Impérial, premier canal du monde ; sa longueur approche de '2,000 kilomètres, il a de GO à 300 mètres de large, il porte des milliers de jonques
(vaisseaux <.:hinois), des canots sans nombre, des hameaux de balcau.v, (ic5 villes (lol(anles,ct sur ses deux rives se déploient quelques-unes des principales cités de l'emitire. 11 ratlafhe VCk'm aux deux fleuves. Les canaux sont très-communs en Chine. Avec les rivières navigables, ils remplacent les chaussées, bien plus rares qu'en Europe.
Le climat de la Chine varie à l'infini, comme ses altitudes et ses latitudes. Très-froid au nord, il se tempère sur le Hoang-Ho et le Yang-Tsé-Kiang et devient lorride au midi des Nan-Ling. A latitude égale, il ne vaut pas le climat de l'Europe, l'ékin, située plus au sud que Naples, passe, après de très-fortes chaleurs, par des froids aussi vifs que ceux de l'Allemagne. La moyenne annuelle y est de 12°(j ; celle de Canton est de 21 °6.
Riches par ce que prélève sur une terre généreuse une agriculture modèle, les Chinois ont eu le mérite de mettre en œuvre leurs produits par des procédés de leur invention. L'Europe a inventé de son côté, et poussé plus loin leurs découvertes, mais les Chinois l'ont de beaucoup précédée dans les méliers. Le Chinois passe pour inimitable dans les travaux qui demandent une assiduité minutieuse. De lui plus que de tout autre on peut dire que le géiiie est une longue patience, mais encore faut-il que ce génie s'appuie sur une méditation vaste, imposable cl l'esprit chinois. Nul peuple ne doil élever la prétention d'égaler le « (ils du ciel » pour la conduite de toute la vie vers un seul but, l'argent, avec un seul moyen, le patient labeur. Seuls l'opium qui enivre, le jeu qui serre à la gorge et qui entraîne, peuvent jeter le Chinois hors du sentier de la fortune.
Demander aux riverains du fleuve Jaune et du fleuve Bleu les aptitudes supérieures qui ont grandi l'Européen, la passion de la science, l'amour du vrai, l'avidité du beau, c'est trop exiger d'une race sans idéal et satis goût. Vivre commodément, s'il se peut, au besoin soulfrir sans plainte et mourir sans murmure, le Chinois ne va point au delà. 11 n'a pas l'impatience d'esprit qui fait qu'en tout temps, en tout lieu, en tout niélier, en toulc théorie, l'Européen veut aller plus loin, ce plus loin fût-il hors d'atteinte ou n'en approchât-on que par des sentiers finissant contre un goulfre.
/.es Chinois rcmplaconl la science et rentho!isia?mc par le culte des aiicèlres. Ilsonl unee-pècede passion pour la mort. Leur premier souci, c'est d'épargner l'argent d'une biùre confortable et capitonnée ; chez eux le cercueil, meuble de luxe, s'étale à tous les yeux dans la maison, atîendant celui qu'il doit dévorer, lin Cliiiie, on ne trouble pas l'asile des morts ; les cimetières empiùtenl à l'infini sur la terre des vivants, jusqu;\ s'étendre quelquefois à porte de vue, de montagne à montagne. Que la guerre civile, les lièvres ravageuses arrêtent pendant quelques semaines les rites funèbres, les routes se bordent de cercueils, le mort dedans, jusqu'à des temps plus calmes. Hors de Chine, lémigré qui s'enrichit ne se laisse point dompter par la civilisation étrangère ; mais il a une faiblesse, une seule : il tii'ul à Cire ramené comme cadavre en (iliine, dans une bonne bière, s'il n'a pas eu le bonheur de rentrer Nivanl dans la patrie.
Au tendre respect de la mort s'allie une immense vénération pour les parents ascendants. La ville où s'est commis un parricide est rasée, et ne se rebAtit pas; les habitants se transportent autre part. On obéit strictement au père, comme celui-ci obéissait au grand-père, et en remontant toujours, on voue aux antiques générations la seule obéissance possible visà-vis des morts, le respect pour leurs idées, leurs erreurs et leurs lois.
Vdv suite de cette vénération pour le jadis, le convenu, l'ofliriel, le Chinois n'ose loucher h l'héritage des ancêtre?, il n'augmente pas ses découvertes, il ne i)erfectioime pas ses méthodes Nieilles de plusieurs milliers d'années. Le fils du Ciel est comme le castor, il travaille méthodiquement et se répète toujours. Ses facultés d'imitation sont grandes, ses lacultés d'iinention semblent éteintes.
Le commerce de la Chine avec le Japon, l'Indo-Chintî, les iles de la Sonde, l'Australie, les Ltats-Lnis et l'Lurope, déjà immense, grandit sans trêve. L'importation, opium, fourrures, labac, etc., est bien moins consiilérable que l'evp )rtali')n, cl l'emi)ire s'emplit d'or et d'argent au détriment du reste de la Ferre. Les échanges avec l'Kurope et l'Amérique se font dan; une quinzaine do ports désignés : les plusioiportants, du n )rd •
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au sud, sont Tien-Tsin, pori de Pékin, Chang-IIaï, débouché dn Hoang-Ho et du Yang-ïsé-Kiang, Han-Caou sur ce dernier fleuve, Fou-Tchou, Amoy, Canton,
A l'enriploi parfait de son sol et de ses eaux, à son industrie, à son commerce, la Chine doit son immense population, dont la croissance ne s'arrête pas, en dépit des maladies, des famines, de rémigration grandissante, de l'infanticide en masse. L'empire n'avait, dit-on, que 177 millions d'habitants en 17'i9 ; en 1812 on en comptait déjà 361 millions, et en i8i2 414 millions. Aujourd'hui on peut évaluer la population de cette fourmilière humaine à 450 millions d'individus. Les missionnaires russes l'évaluaient, il y" a quinze ans, à plus de 500 miUions.
Ce ne sont point là les seuls Chinois à considérer. De la ruche travailleuse s'échappent tous les ans, malgré les lois, malgré l'opinion, des essaims d'cmigranls, principalement fournis parles deux provinces méridionales, Fo-Kien et Canton. Ces expatriés se jettent sur le Tonquin, dont ils finiront par faire une colonie, sur la Cochinchine et le royaume de Siam, où des villes sont moins siamoises que chinoises, sur les Philippines, où ils ont donné naissance à une importante population mixte. A Java, à Sumatra, à Bornéo, dans les îles de la Sonde et les Moluques, ils s'emparent de tout, de l'agriculture, des mines, de l'industrie, de la banque, du commerce. Singapore n'est ni anglaise ni malaise, elle est cliinoise. Ils fondent sur la Californie, où ils triomphent des Américains dans le petit commerce et la culture maraîchère; ils y produisent à moins, vendent moins cher, se contentent de moins ; ils sont plus persévérants, plus travailleurs; l'Américain, l'Anglais, l'Irlandais, l'Allemand, le Canadien, le Français donnent, a-t-on dit, de plus grands coups de pioche, mais à la fin de la journée, le Cliinois a plus pioché et enlevé plus de terre. Dans les mines d'or abandonnées par le Blanc, l'homme jaune à tresse trouve encore la fortune. De même en Australie, où, comme anx Etats-Unis, on a parlé souvent d'expulser les Chitiois, tant on craint de voir fléchir, à concurrence libre, le génie des Luropéens devant l'indomptable médiocrité des fils du Céleste Lmpire. Lnfin, on les engage par masses comme travailleurs agri-
culcs dans les colonies où les Nl'JjTcs se reposent, parl:i paresse, de trois cents uns de colonisation rurcée, à Cuba, dans touks les Antilles, dans les Guyanes, dans d'autres contrées de l'Anit;riqne méridionale, dans les archipels de la mer du Sud. Rien n'arrête l'envahissement. L'n Clùnoi- accourt; il meurt, ou repaît chargé d'or, deux Chinois, dix Chinois le remplacent. Lu Chinois fait faillite, très-rarement, cent Chinuis arrivent à laisance. L'intérêt de leur commerce veut-il qu'ils soient mahométans, ou chrétiens comme dans l'intolérante .Manille? Ils le deviennent, en attendant le retour en Chine avec l'argent du catholique ou du musulman. Maintenant que les Chinoises émigrenl aussi — récemment encore l'expatriation était interdite aux lemmes — des nations chinoises \ont se créer dans la Malaisie, dans l'Amérique, dans les mers du Sud et les tils du Ciel raviront de vastes territoires à la barbarie des Malais, à l'indolence des Noirs et à la somnolence des Indiens, des Castillans et des l'ortugais.
Ca Chine tient donc à la lois son importance colossale, de sa population, qui est le tiers de celle du globe, et de la masse démigranis qu'elle répand sur le monde torride. VAhi tire aussi une grande puissance de son unité dans la race, dans la langue, dans les idées ; toute la Chine est chiiioise ; ses provinces tout presque unilormément habitées par les mêmes hommes ayant à peu près le même type, les mêmes mœurs, les mêmes aptitudes, le même respect pour les traùitiuns des ancêtres, la même vénération pour l'empereur de Pékin, l'no même littérature très-conventionnelle nourrit leur es^irit, une même sc'.enco fausse leur e;t enseignée par les mêmes faux savants ; ils se pavanent des souvenirs de la même lli^tl•ire. Celte histoire se meut tellement er dehors de la vie générale du monde, elle est tellenu'ut concentrée dans lOrienl chinois, tellement adultérée [lar l'emphase, tellement hérii«sée de monosyllabes qui nous [laraissenl toujours les mêmes, qu'elle reste sans intérêt pour nous.
L'idiome chitiois, parlé par près de iiOO millions d'hommes, se divise en plusieurs dialectes voisiris les uns des autres, comme par exemple le français de l'espagnol ou de l'italien, Dejour eiijour ces dialectes reculent devant l'idiome ofHcie-
du nord, la plus misérable des langues ; elle est sans flexions^ faite de monosyllabes, et si pauvre qu'un seul et mOme mot acquiert cinq, dix et jusqu'à vingt significations selon le geste, le ton, l'accent et la position. Souvent deux Chinois, ne se comprenant plus, se voient forcés de recourir à leurs pinceaux et à leurs tablettes pour fixer par l'écriture l'idée qui échappe au pouvoir de la parole. Ce triste langage a le malheur d'ctre enchaîné par une écriture soi-disant figurative, qui ne figure plus rien. Les signes, d'abord grossiùrement représentatifs, se sont corrompus avec le temps et les voici transformés en échevcaux de lignes rebelles à la mémoire, il y a 80,000 à 100,000 de ces signes, mais un certain nombre, 214, ceux-ci indispensables, peuvent cHre considérés comme faisant la base du systùme et servant de racines. Avec quelques milliers de signes on se fait comprendre partout, mais vécût-on deux vies, on n'épuiserait pas en Chine la science de la lecture et de l'écriture.
Les Chinois écrivent au pinceau — c'est le cas de dire qu'ils peignent — de haut en bas, le long de lignes verticales tracées de droite à gauche. Malgré les diflicultés de l'écriture et l'indigence affreuse de 1 idiome, la patience chinoise a élevé l'édifice littéraire le plus vaste de l'Asie, poésie, éloquence, philosophie, histoire, plus un trésor fort mélangé de connaissances concentrées dans une encyclopédie de 6109 gros volumes.
La vraie religion de la Chine est une morale pratique empruntée aux ouvrages de Confucius, philosophe que les Chinois révèrent comme le plus grand des hommes. Dans les classes élevées cette morale régne sans partage ; dans les classes inférieures, le bouddhisme s'y allie, en qualité de religion positive, sous le nom de religion de Fo. Une morale terre à terre, sagement raisonnée, et quelques superstitions, voilà, au fond, toute la foi de ce peuple profondément ralioualisic. Chez les gens de loisir la religion du philosophe Lao-Tscu possède beaucoup d'adhérents : elle est faite pour plaire à l'esprit chinois, car elle n'enseigne qu'un épicuréisme tempéré par la uiodération.
Dans l'ouest et le sud-ouest, en i)aiticulier, dans les Alpes du Yu-Nam fendues par le Vang-Tsé-Kiang et le Mékong, les
2<5fi GÉOGRAPHIE.
Musulmans flomoiirenl fidiMos i\ leur révélation. Ce ne sont point des Chinois; hnirs traits plus nobles témoicrnont d'une antre origine. 11? des' ondnnt de guerriers islamites appelés, an vin*^ siècle, par un empereur qui r^'sidait à Si Ngnn-Fou, alors capitale. Ces Arabes se payèrent de leurs services en reslant dans le pays. Ils reçurent dans leur sein beaucoup de négociants de leur race, et voici douze cents ans qu'ils cardent leurreligion et conservent, malgré des mélanges, nn type saillant bien éloigné de la platitude du visage chinois. Ils viennent de se séparer de l'empire. Leur capitale, Tali, envoie les eaux de son lac au Mt'kong.
Les Chrétiens, les Juif^ les adorateurs du feu persistent aussi dans leur culte. Au xvi" siècle, an commencement du xv!!*", les père? Jé?uite«, les plu? h 'biles des hommes, étaient en voie de conquérir la Chine au catholicisme. Ils avaient converti des millions d'hommes quand leurs missions tombèrent, à la suite de débats avec les Dominicains, les premiers des moines pour l'intoléranc '. Home donna raison aux Hominicains. et maintenant il n'y a dans l'empire que quelques centaines de mill'crs de chrétiens.
Le gouvernement chinois est un despotisme légal complet, fortifié par une véritable idolAlrie pour l'empereur, atténué par l'influence d'une aristocratie littéraire et bureaucratique dont les membres s'appellent mandarins. Pressée de nos jours par la !\ussie au nord et sur ses rivage? par les grandes nations maritimes, la Chine s'ouvre en ce moment î\ l'Kuropc», mais elle ne craint rien pour son avenir, car elle est trop inerte pour être vaincue, trop peuplée pour l'être dénationalisée, trop active pour s'appauvrir. Klle est indestructible au d(^dan?. Elle continuerai gramlir au dehors par l'essaimage, remplaçant toujours les vertus suj^érieures parle travail, l'impassibilité, la ruse et le nombre. « La goutte, dit le vers latin, perce le roc, non de vive force, mais en tombant souvent. »
La Chine se partage en 18 provinces, subdivisées en fou:
les fou se divisent en tchim^ les tchou en hicn. Les villes sont
aussi fou, tcbou, bien, selon qu'elles sont capitales d'un fou,
d'un tcbou, d'un bien.
L'empire a pour ch(>f-licn Pékin (Conr du Nord), ville sans
beauté malgré des ponts de marbre et d'amples édifices. Pékin borde un sous-affluent de la mer Jaune, à IbO kilomètres du rivage. Cette capitale en décadence, à laquelle on a tour à tour donné deux, trois, quatre, cinq et jusqu'à dix millions d'habitants, n'en compte que 000,000 à 1,000,000, vivant moitié dans la ville impériale ou tatare, moitié dans la ville chinoise. Si les appréciations variaient tant, c'est que l'intérieur de Pékin renferme de grands jardins, des espaces vagues, des palais énormes et de vastes temples décorés avec bizarrerie. Les maisons, de bois, à toits de tuiles, n'ont qu'un étage. — Toung-Tchou, voisine de Pékin, et Tien-Tsin, port animé, sur le Pei Ho, contiennent 200^000 à 300,000 habitants. — Nankin (Cour du Sud), capitale de la Chine jusqu'en 1303, occupe le bord du fleuve Bleu. C'était encore, il y a moins de vingt ans, l'une des premières cités de l'empire par ses manufactures, son commerce et sa population. Pur sa position, par ses souvenirs surtout, elle était le centre national de la Chine. Une armée de rebelles l'a renversée de fond en comble en 1853. — Sou Tchou-Fou, « la Venise chinoise, » sur des îlots et sur le Canal Impérial, au milieu d'une mer de rizières, se qualifie de ville du bon ton, du luxe, de l'élégance, des amusements raffinés, des meilleurs théâtres, du plus fin langage, du plus pur accent, des dames au plus petit pied; « Le ciel là-haut, sur terre Sou-Tchou- Fou, » dit le proverbe. 11 y avait 400,000 âmes, d'autres disent deux à trois millions, dans ce « Paris et Athènes » de la Chine, saccagé aussi par les rebelles. — Chang-Haï, port de mer profond, sur le jaune et sale NVhampou, près de l'embouchure du fleuve Bleu, devient rapidement une des premières places de commerce de l'univers, ce qu'elle doit à la proximité des grands dislricls à thé et à soie. Elle n'a pas moins de \ ,o00,000 âmes. — Hang-Tchou, qui compte, dit-on, un million d'habitants, est un port très-actif, à l'extrémité méridionale du Canal Impérial. En renom elle égale presque Nankin, pour Ijs plaisirs c'e^t une seconde Sou-Tchou-Fou. — Ning-Po (oOOjOOO âmes) fait un grand commerce; la nu>r qui borde son rivage bat les quatre cents îles de l'Archipel des Chousan. — Fou Tchou-Fou, sur un alllucnt d'un golfe du dé-
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troit de Formose. n*a pas moins de SO0,O0vO liabitants. Klîe vend lo meilleur tlié noir connu cl expédie des masses d'éniigranls. Après Chang-Ilaï, c'est le port le plus anim:i de l'Empiro. — Amoy, port trùs-commeiçant, est aussi le lieu d'embarciuemcnl d'une multitude d'émigraats. l'allé occupe une île [)roche du rivage. — A iOO kilomètres de la mer, sur la rivière des Perle?, qui se jette dans h golfe où s'élèvent les îles de Hong-Kong et de Macao, Cantpn compte un million d'habitants avec la population de dixMnille bateaux à l'ancre sur le fleuve, ('elte ville de commercejle Cliang-Ilaï, le Pékin, le Sou-ïcliou-Fou de la Chine du midi, perd de son animation depuis que diJing-II-iï a pris un grand essor. De môme que la capitale de l'emjjire, elle comprend une ville tatare et une ville chinoise, (lomme Fou-Tchou et Amoy, Caiiton embarque beaucoup d'émigrants pour les mers du Sud, les Antilles et les deux Amérique. Jusqu'à nos jours l'exode chinoise s'est presque entièrement circonscrite aux habitants des deux provinces surpeuplées où commandent Fou-Tchou et Canton. Les Chinois du nord quittent peu le territoire national, et c'est dans la dirccliou de l'Amour qu'ils émiLTent , transformant ainsi graduellement la Mongolie et la Manlcliourie en provinces du Royaume des Fleurs. A cinq ou six lieues de Canton, le mont Lofau, montagne sacrée, a l,;iOO mètres de haut; les Chinois lui donnent 30,000 pieds.
Dans l'intérieur de l'Kmpire, Sl-Ngan-Fou (300,000 bab.), sur un tributaire du lloang-llo, se compose aussi d'une ville chinoii^e et d'une \ille tatare. Les empereurs y résidèrent autrefois. — Thai-Yuan-Fou, au sud-ouest de Pékin, sur un affluent du lloang-llo, s'élève dans la province où naquit probablement la nationalité chinoise. — KaY-Foung, sur le lloang-llo, refait la province appelée par les Chinois le Jardin de l'Empire. — Pans le centre de la Chine, sur le Meuve Hleu, au sein d'une vallée qui est plus que celle de Kaï-Foung le jardin de la Terre des Fleurs, Ou-Tchang (000,000 hab.), fait face à Han-Caou ((U)O.OOO rime?),s(''parée par une étroite rivière d'une autie grande cité Han-Yang. (!es trois \illes font un seul cl même énorme centre de commerce, j\ 1000 kilom., environ au-dessi:s de l'embouchure du fleuve . Avant Icf
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guerres civiles récentes, elles avaient ensemble (rois à quatre millions d'hommes, huit millions d'aprùs le missionnaire Hue. — Nan-Tchang-Fou (300,000 hab.), en Ire le fleuve Bleu et les monts Nan-Ling, sur le lac Poyang, vend les porcelaines fameuses que fabriquent les 500 fours de King-Te-Ching (1,000,000 d'hab.?)— ATchon-King, en amphithéâtre sur le fleuve Bleu, il y aurait un million d'âmes.
La Chine possède encore d'autres cités renfermant plus de cent mille âmes. Malgré leur importance, malgré leurs monuments bizarres, ces villes sont indignes d'être décrites. Toutes se ressemblent et leurs noms baroques se fixent mal dans la mémoire.
Vis-à-vis des rivages d'Amoy, Formose, qu'isole de la côte ferme un canal de 150 à 200 kilomètres d'ampleur, s'appelle en chinois Tai-Ouang. Elle s'étend sur trois millions et demi d'hectares, avec une longueur d'environ 4(j0 kilomètres, sur une largeur près de quatre fois moindre. Pour la beauté de son climat, de son aspect et de sa végétation, cette île reçut des marins lusitaniens qui la reconnurent le nom portugais, en môme temps que latin, de Formosa, la Belle j et elle le garde encore avec justice.
Des montagnes volcaniques dont les pics supérieurs s'élanceraient à plus de 3,500 mètres divisent Formose en deux penchants: à l'ouest, le long d'un rivage bas, semé d'écueils et gâté de sables, vivent des Chinois venus du littoral d'en face et de la province de Canton. A l'est, sur la grande mer, les eaux sont très-profondes dès le rivage, les monts surgissent abrupfcment du Ilot, souvent avec une rare grandeur ; de ce côté, il n'y a pas de place pour des plaines, pas d'espace pour des rivières développées. Ce versant et l'intérieur appartiennent aux Igorrotes, tribus sauvages qui semblent parentes des indigènes de Luçon (Philippines). On estime qu'il y a quatre millions d'haoitants à Formose, et dans ce nombre les Chinois comptent pour les millions, les indigènes pour quelques dizaines de milliers seulement. La capitale, Tai-Ouang, renfermerait 100,000 îmes.
Tout à fait au midi de la Chine, à l'entrée du golfe de Ton-
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quin, vis-à-vis des côtes de rAiinam, Hai.nan ressemble à Formose par sa population, chinoise sur la rive et sauvage dans les monts. Dans le sud de l'île, ces moûts sont granitiques et portent quclquescimcsà 2,000,2,500 niùlres d'altitude ; ailleurs on rencontre des cimes volcaniques dont les foyers sont éteints. Sur les chaînes de l'intérieur, lu pin chinois forme des for(ît<, en compagnie du cocotier qui ombrage aussi, avec le banian, tous k's vallons du littoral. Haï-Nan ne vaut pas Formose : il y fait plus chaud, principalement dans le sud, garanti du nord par des bastions montagneux; le climat y est moins salubre, surtout dans ce m(}me midi; les typhons y sévissent. Lnfin, sur u[)e étendue à i)eu près égale à l'aire de Formose, elle ne renferme guère que deux millions dhommcs, presque tous chinois.
Dans le golfe de Canton, les Anulais possèdent, depuis 1852, l'île montueuse de Hong Kong, trùs-pelite (7,500 hectares), très-chaude, insalubre en élé. U^and l'Angleterre y a pris pied, llotig-Kong ne donnai! asile qu'à de pauvres familles de pécheurs chinois, et, en 18()7, il y avait déjà H7 à 118,000 habitants, dont 2,151 blancs. Victoria, (jui renferme à elle seule [)resque toute la population de l'Ile, est une place fort commerçante, sur une rade sOre. File a définitivement ruiné le tralic de l'Ile voisine, Macao, colonie portugaise de 3,100 hectares et 100,000 habitants.
Le voyageur qui vn de Pékin vers le nord n'a fait que peu de chemin depuis cette capitale quand il nrrivc à la Grande-Muraille ou à la harrière de pieux à demi détruite qui lontiuue le mur flanqué de tours. Fn fr;.ucliis-anl cette barrière, on passe de la Chine propre dans la Mongolie chinoise.
La MONGOLIE CHINOISE diffère de la Mongolie propre
en ce que les vieux maîlres du sol, les Mongols, y reculent continuellement devant l'invasion d'agriculteurs cliiiiois. Us se divisent en quarante-neuf bannières ou clans dont les princes se glorifient d'avoir le conquérant Gengis-Klian pour aïeul. Tous ne sont plus nomades comme autrefois, beaucoup d'entre eux cultivent le sol et peu à peu la mer des herbes diminue pour faire place aux cultures des Mongols et aux champs soigneusement ordonnés des Chinois. La vie errante est à la veille de disparaître chez eux devant la civilisation des fils de Ilan, dont le mouvement colonisateur prend tous les jours un plus grand essor dans ces régions. Les Mongols e'tant bouddhistes, le pays est rempli de couvents, de chapelles, de lieux de pèlerinages ; les prêtres et les moines y fourmillent. La capitale, Ché-Hol, s'élève dans le midi de la contrée, près de lu Chine, loin du fleuve principal de la Mongolie chinoise, le Sira- Mouren,qui prend le nom de Liau-Hodans son cours inférieur.
A l'ouest de la Mongolie chinoise, la Grande-Palissade sert de limite officielle à la Mantchourie.
La MANTCHOURIE s'étend sur 127 millions d'hectares, très-insuffisamment occupés par dix ou douze millions d'habitants, car le sol est fertile, l'eau très-abondante, le climat des plus salutaires. Pays qui n'est pas encore apprécié à la valeur de son avenir, il tient sa renommée parmi nous de l'importance politique qu'eut autrefois son peuple. Les Manlchoux franchirent, il y a '22'ô ans, la Grande-Muraille et imposèrent à la Chine sa dynastie actuelle. A leur tour, les Chinois, plus redoutables dans la paix que dans la guerre, prirent, d'abord par familles, puis par bandes, la route de la Mantchourie, en qualité d'agriculteurs et de marchands, et presque tous ayant pour première patrie le Clian-Toung, l'une des provinces septentrionales de l'Iunpire du Milieu. A mesure que les Chinois arrivent par le sud, les Mantchoux se déplacent insensiblement vers le nord.
Aujourd'hui les Chinois prépondèrent dans la Mantchourie,
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non pas seulement par la supériorité de leuis ambitions, de leur activité, de leur travail, mais aussi par le nombre. L'immigration croissant, ils ne tarderont pas à absorber complètement les Maiitchoux, dont déjà l'idiome s'eiïace rapidement devant la grande langue littéraire de la Chine. Dans ces régions du Soungari et de l'Amour, glaciales en hiver, mais parfaitement cultivables et trùs-saines, il y a place pour de nombreux millions d'hommes, et la colonisation chinoise y marche infiniment plus vite que la colonisation russe. La Manlchourie est; avec la Dzoungarie, le pays d'Asie où se rencontreront le plus près la civilisation blanche et la civilisation jaune. Là, les paysans des deux maîtresses branches de l'humanité se trouveront en contact; partout ailleurs en Chine l'Lurope n'oppose que spéculateur à spéculateur, acheteur à marchand.
La Mantchourie méridionale, celle qu'a le plus envahie l'élément nouveau, relève pour la plusgrande part du bassin du Sira-Mouren ou Liau-Ho, tributaire du golfe de l*é-Tchi-Li. Sa grande ville, Moukden (loO à 200,000 hab.), la Chin-Yan des Chinois, borde un affluent de. ce fleuve. C'est le Saint-Denis des empereurs delà dynastie régnante.
La Mantchourie septentrionale incline ses nombreuses rivières vers le Soungari, très grand cours d'eau que les Man- Iclioux tiennent pour la branche mère de l'Amour. Quand ces deux rivaux s'atteignent, l'Amour est limpide, le Soungari sale, mais en apparence plus fort. Le Soungari descend de montagnes trop hautes sous ce climat très-froid pour que la neigt! abandonne tous leurs sommets en été, aussi leur lièro chaîne se nomnie-t-elle Chan-A-Lin, les Longs Monts Blancs ; leurs forêts qui dérobent les cavernes du tigre, de la panthère et de l'ours noir envoient torrent sur torrent au Soungari, cl celui-ci, bien que peu éloigné encore de ses source.-, a déjà 250 à 300 mètres de largeur devant le chef-lieu de la contrée, Grhirin, ville bAtic dans une des plus admirables situations que l'on connaisse.
Les Chinois ont aussi la majorité dans la Mantchourie du nord; leur nombre y augmente avec vitesse et leur langue y éloulVe la langue des Mantchoux, idiome bien supérieur au chinois et remarquable par sa douceur; il n'admet jamais
deux consonnes de suile, l'une fût-elle môme une liquide. Les Mantchoux ont un tempérament robuste, un caractère honnête et pais'îble. Ils professent le bouddhisme.
La CORÉE (23,000 millions d'hectares : 37 départements français) nourrirait à peu près 9 millions d'habitants. Les Russes, et l'on dit aussi les Allemands, convoitent cette presqu'île attachée à la Mantchourie comme un bec d'oiseau de proie.
La Corée se recourbe entre la mer Jaune et la mer du Japon. Si elle ne s'allongeait pas sous des climats plus froids que le ferait supposer une latitude égale au nord à celle de la Provence, au sud à celle de l'Algérie, tout en elle rappellerait l'Italie sans la Corse, la Sardaigne et la Sicile : sa forme, sa direction, son prolongement dans une mer intérieure; sa latitude, sa séparation en deux bassins hachés par de petits fleu« ves côliers, relui de l'ouest le plus large; l'élévation sur son axe longitudinal d'une haute chaîne de montagnes analogue aux Apennins. Le voisinage des frimas de la Sibérie orientale, plus puissants que toutes les glaces des Alpes, en abaisse notablement la température et la Corée n'a pas le ciel de la bell^ côte ligurienne, de Naples et de Palcrme. Le climat, d'aitleurs, y est plus doux que dans la Mantchourie et la Chine sep- .etilrion;ile. L'hiver n'y a pas la môme brutalité et la mousson du sud-ouest apporte des pluies fertilisantes.
Sur le littoral d'occident, qui regarde la mer Jaune, et le long duquel la marée s'élève à une grande hauteur, il y a moins de bons ports que sur le littoral d'orient, tourné vers la mer du Japon. En avant de ce rivage, les archipels de petites îles sont si toullus que le despote coréen, tributaire de la Chine, s'appelle complaisamment le Roi des Dix Mille Iles. La seule montagne dont on sache exactement l'altitude n'a pas tout à fait 2,500 mètres, mais on présume que des pics sensiblement supérieurs s'élèvent entre le 40° et le 42«= degré. Le Va-Lou- Kiang, fleuve princi^'al, vient du revers méridional de la chaîne dont le penchant septentrional épanche ses eaux dans
le Soungari; c'est une riviùrc fort abondante, ainsi que le Tou-Moun, qui a trois cents mùlros de largeur.
Les Coréens forment une nation à part, qui a reçu dans son sein beaucoup d'ulômonts chinois, japonais et manichoux. Ils professent le bouddhisme et usent d'une langue différente de la langue de Pékin, mais écrite avec les mûmes caractères et fortement influencée par elle. La capitale a deux noms, un nom coréen : Séoul, et un nom chinois : King-I-Tao.
La MONGOLIE (338 millions d'hectares, 3 millions d'habitaiilj) n'est point soumise à la Chine, mais seulement alliée. Redoutés par le peuple du Céleste Empire, les Mongols, descendants des terribles compagnons de Cengis-Khan, considèrent, il est vrai, l'empereur chinois comme leur chef et lui envoient des tributs annuels, mais ces tributs sont loin de valoir les cadeaux que le Fils du Ciel leur fait en échange. Avec le temps, grâce au bouddhisme, grâce aussi à la modération de la Chine et à l'exemple des Chinois, cette race de cavaliers, qui eut un moment le monde pour domaine, qui couvrit l'Asie de mares de sang et reçut les ambassadeurs des plus grands rois dans Karakoroura, a fait place à une nation de bergers liaciliquos. Les Mongols n'ont gardé du passé que leur organisation militaire, leurs khans ou chefs, leurs aïmaks ou tribus, divisées en bannières.
Les Mongols, qui sont des bouddhistes fervents, ont pour langue sacrée le tibétain. Leur langue nationale ne se rapporte pas au chinois. Dans le fond du passé, ces pasteurs logés sous des tentes de feutre ne tirent peul-«?tre qu'un seul et mi'^me peuple avec lesanccHresdes hommes qui labourent maintenant les rives du lleuve Bleu, car le type physique du Chiuois est bien avec quelques modifications le type du Mongol.
Les Mongols Khalkhas habitent le nord, les hautes vallées où riénisei, les tributaires du lac n.iïk.il et l'Amour roulent leurs premières eaux. L;\ végète Oiirga (7,000 hab.), bien petite, bien pauvre et bien tranquille, comparée à ce que fut, il y a 000 ans, Karakoroum, la résidence aujourd'hui ruinée de
CniNE. 295
Gengis-Khan.Ourga, qui n'estqu'à 250 kilomètres delà frontière russBjOccupe la berge d'un affluent de la Sélenga, et celle-ci se perd dans le lac Baïkal.
Les Mongols Tcharras errentdans l'horrible Gobi, ou Ghamo, l'un des saliaras de l'Asie, mais un sahara où il gèle pendant une partie de l'année, le plateau se trouvant à 800-1300 mètres de hauteurau-dessus desmers, aux latitudes de la France. Des vents violents y secouent le sable des dunes, ils y glacent l'eau de ruisseaux traînants et de lacs sans beauté. Sous un soleil sans vertu, sous un ciel sans pluie, le sol, même généreux, devient ingrat comme la roche ; par places, le chameau à deux bosses du Mongol, son cheval, sa vache y broutent un mi^-érable gazon, mais la grande végétation manque. Dans toute la traversée de ce désert, sur la route du Baïkal à Pékin, il n'y a que cinq arbres, pour une largeur de 800 kilomètres.
Des aïmaks mongoles parcourent aussi les plateaux tourmentés du'lac salé de Koukou (350,000 hectares) et ceux où le l!oang-Ho et le Yang-Tsé-Kiang se constituent au pied des Kouen-Loun.
Le Tibet (169 millions d'hectares, H millions d'habitants) est resserré entre le Kouen-Loun, l'Himalaya et le Karakoroum. Ayant dans l'intérieur ou à la frontière les plus hautes chaînes du mo.nde, il possède aussi les plus hautes vallées (;<,200 à 4,800 mètres) : celle de l'Indus naissant et celle du Yarou- Dzang-Bo, qu'cD croit être le Brahmapoutre supérieur. Nés dans le voisinage l'un de l'autre, ces deux fleuves se fuient: l'un descend vers l'ouest, l'autre vers l'est; tous deux débouchent dans l'Inde, aussi brûlanle que sont glaces les hauts bassins du Tibet/ L'habitation la plus élevée de la terre es le couvent tibétain de Ilanlé,à 4,o0o mètres. Des trois vertèbres montagneuses la moins élevée semble le Kouen-Loun, où l'on n'a pas vu de pic au-dessus de 0,710 mètres; la plus élevée en moyenne est le Karakoroum, mais les premiers pics du globe s'élancent de l'Himalaya. Le Dapsang, dans le Karakoroum, a 8,0)0 mètres, le Diamar et le Machabroum en ont 8,000.
29G (.iLUGUAPUIE.
Sur les deux fleuves, sur les bordsdu lac Tengri (800,000 hectares), autour du lac sacré de PaItt',aniioaud"eaux bleues avec une grande île au centre, le climat est également glacial, par suite de l'altitude, et désaslreuscment sec parce que les monts du sud arrêtent la course des pluies. Aussi y a-t-il peu de régions aussi arides que le Tibet. Heureusement, le soleil du trentième degré de latitude brille avec chaleur, il fait revivre un sol mort sous la neige et la glace de six mois d'hiver, et par lui le Tibet a des grains, des fruits, des pAlurages pour ses animaux domestiques à longs poils.
Les Tibétains, qui se donnent le nom de Hothias, font un peuple à part, ni indou ni chinois, mais plus rapproché des Chinois que des Indous par le type, les mœurs et la langue. Conveilis au bouddhisme, il y a 12IJ0 ans, ils demeurèrent les plus lernics adhérents de celte doctrine, qui, de chez eux, lit la conquête de la Haute-Asie. Aujourd'hui le Tibet est le centre de la religion du Bouddha et sa langue en est l'idiome sacré. Trois mille temples et cloîtres couvrent le pays, autels et séjours d'une centaine de milliers de lamas ou prêtres composant l'aristocratie et le gouvernement. A la t(Me des Calottes Jaunes, prêtres non mariés, règne un roi-pontife, incarnation du Houddha, le Dalaï-Lama, « Mer de la Sagesse ». Les Calottes Bouges, prêtres mariés, dépendent du Hogdo-Lama, autre Bouddha incarné qui, tout dieu qu'il est, n'est pas aussi dieu que le Dalaï-Lama. 11 y a un grand Lama féminin dans une ile du lac Tengri.
Lhassa (S0,000 hab.), capitale du Tibet, Home du bouddliisme, esî bâtie à plus de 3,000 mètres d'altitude, sur un af- (luent du Yarou-I)zant,'-I>ù. Là réside le pape oriental, dans une colossale demeure, ensemble de temples et de palais dont l'ordonnance manque d'harmonie.
En face du delta du Hoang-Ho et du Yang-Tsé-Kiang, de la Corée, du littoral mantchoux que la Chine a cédé à la Russie, cinq grandes îles et 3500 à 4000 petites constituent l'archipel Japonais ou Japon.
Des cinq grandes îles, celle du nord, montueuse, fort étroite et fort allongée, Krafto, qui est aussi appelée, suivant les langues, Tchoka,Saghalien, Tarakaï, fait depuis peu d'années partie intégrante de l'empire Russe.
Depuis que le Japon a perdu les huit millions d'hectares de Tarakaï, il n'a plus que 3G raillions d'hectares, i'étendue de 60 déparlements, et une population tour à tour évaluée à 18, à 2o, à 30 et môme à 40 millions d'hommes.
Les îles japonaises, disposées en arc de cercle, enferment la mer intérieure du Japon, dangereuse au navigateur par ses tourmentes et par les écucils, les bancs, les coraux du bord. On en sort, au sud, par le détroit de Corée, encombré d'îles: Tsou-Sima, l'une d'elles, a déjà tenlé l'ambition des Russes par sa position favorable et ses ports, mais ils ont dû l'abandonner. L'issue septentrionale est la passe de Tarakaï, ou Manche de Tatarie, si étroite qu'on en nia longtemps l'existence. A l'est, on débouche sur la haute mer par les canaux ouverts entre les grandes îles.
A partir du midi, par où la civilisation chinoise entra dans l'archipel, les îles du Japon se suivent ainsi : archipel des Liou-Khiou (700,000 hectares; 500,000 habitants. Japonais bouddhistes avec mélange de Chinois); Kiousiou (3,80i>,000 hectares); Sikok (1,800,000 hectares); Nippon, Niphon ou Japon (22,500,000 hectares) et Yéso ou Matsmaï (7 millions d'hectares).
Toutes, des plus grosses aux plus minces, portent des montagnes qui souvent se couronnent de neiges persistantes malgré les fournaises qui brûlent dans leurs entrailles, car les pics du Japon, pays à tremblements de terre, soni des volcans
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refroidis, li(>clcs ou flambant encore. De ces 5/7717 ou yama^ le plus haut se noname Fousi- Varna. Il se dresse dans lîle de Niphon, sur le rivage de la baie d'Vedo et sa Itîte porte à 3,800 mètres. Ce merveilleux cône, mont sacré des Japonais, renferme un cralùre de 4 à u kilomètres de profondeur, qui n'a rien vomi depuis fort longtemps. Dans l'ile de Kiousiou, l'Unsen,dont le cratùre dévora, il y a trois cents ans, les chrétiens précipités dans son gouffre, s'est rendu terrible, à la tin du siècle dernier, par une alfreuse éruption. Peu de temps après, son voisin le Miyi-Yama engloutit u3,000 Japonais sous des niagaras d'eau et de boue.
Un climat insulaire, liumide, tempéré, salubre, étend sur l'archipel entier son influence qui adoucit et modère. Ainsi que l'Europe occidenlale, le Japon a le bonheur d'être frôlé par un « courant du golfe », le Kuro-Sivo, que nous appelons Courant de Tessan, du nom du marin qui en a constaté l'existence.
Kuro-Sivo signifie en japonais Fleuve-Noir. Ses eaux sont, en effet, d'un bleu sombre. Venu des régions équatoriales du Pacifique, il l'emporte en chaleur de G à 7 degrés sur la mer dans laquelle il coule au travers de Védo. Quand il a quitté les parages du Japon, il incline à lesf, frappe la Californie, puis i)rend le ciieinin de sud pour aller s'abimer dans la cuve tropicale dont il est sorti.
Sous la latitude de l'Europe méridionale et du nord do l'Afrique, le Japon n'est point (rès-chaud, mais la température y a bien plus de douceur et d'égalilé que dans la Maiilcliourie et laCliiiie du nord. D'ailleurs, le Japon, s allongeant extrêmement dans la direction du septentrion au mitli, change de climat sous ses diverses latitudes. Le nord d'Véso rappelle l'Écosse pour le climat, les bois d'arbres résineux, les rivières à saumons, la mer poissonneuse. Dans Niphon, terre privilégiée où les pluies estivales créent une végétation brillante et robuste, le thé, le colon réussissent ; Kiousiou produit l'orange et la banane, l'archipel des IJou-Khion, la canne à sucre.
Lo sol, issu en maints cantons de la décomposition des matières volcaniques, exubère partout où le Japonais en prend soin, or ces insulaires, agriculteurs entendus, ne laibscnt
perdre aucun pouce de terrain et travaillent ieurs montagnes en terrasses aussi haut qu'ils peuvent monter. La terre prodigue les arbres, les fruits, le riz, les légumes, le sous-sol les richesses métalliques. La bonté du climat, les pluies fréquentes, l'eau d'arrosage prise aux torrents viennent en aide à la fécondité naturelle, et le Japon semble un immense vergerparterre en terrasse, accidenté de forôts, de lacs et de roches rougeûtres. Les officiers de marine, les soldats et les mar chands européens qui ont fait le tour de ses îles, qui ont vu leurs plages frangées, leurs ravissantes campagnes et dans le fond le sévùre profil des monts et des bois et les gracieuses pyramides des volcans, ont voué au Japon un souvenir enthousiaste. C'est bien là, disent-ils, que tout s'arrange à souhait pour le plaisir des yeux, principalement sur les rivages du Souvo-Nada. Le Souvo-Nada, ou mer Intérieure, est le grand lac marin à trois passes compris entre Niphon, Sikok et Kiousiou.
Les Japonais se disent descendus du croisement d'un peuple autochlhone, parent des indigènes de Formose,et d'immigrants des îles Kouriles. Ils repoussent ardemment toute idée de filiation chinoise; ils semblent pourtant provenir du mélange de colons chinois avec des indigènes qui n'auront été qu'en partie détruits. Celte invasion de l'élément chinois aurait eu lieu mille à douze cents ans avant notre ère. Les Japonais ont certainement du sang de Chine; leur type le prouve. Plus grands que les fils de l'empire du Milieu, mais tout aussi glabres, ils ne sont pas plus beaux de visage, et la ressemblance du costume aidant, on les eu distingue à peine.
Comparés à leurs innombrables voisins du grand Empire, les Japonais ont droit au premier rang. Ils sont au moins aussi habiles à tirer parti de leur mer, de leur soi, de leurs plantes industrielles, de leurs métaux; ils sont aussi patients et aussi ingénieux, et à coup sûr plus virils, plus ouverts, plus aimables. On les croit plus capables que les riverains du fleuve Bleu de passer de leur civilisation A la civilisation de l'Lurope. De tous les peuples non aryas, nul n'est si près de nous, et si préparé à nous suivre.
La langue japonaise, différente de la langue de Chine,
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paraît en relalion avec les idiomes manlchoux et mongols; elle a eu, comme le chinois, le malheur de s'emprisonner dans des caractères figuratifs compliqués à linfini. tlle a beaucoup pris à l'idiome de l'Empire, qui est jusqu'à un certain point la langue savante et littéraire de l'arciiipel. De temps immémorial, Yédo et Miako se sont conformées au goût de Nankin, de Sou-Tchou-Fou et de l'ékin.
La religion la plus répandue, le bouddhisme, n'a pas évincé la vieille religion de Sinio, elle s"est plutôt entée sur elle ; les deux cultes ont mêlé leurs dieux, leurs saints, leurs rites, leurs absurdités, leurs légendes; ils vivent fraternellement côte à côte et souvent le même temple sert aux deux confessions. Au fond, malgré cent cinquante mille temples et couvents, les Japonais sont fort indillerents en religion. Il y a environ cinq fois plus de tcras (temples bouddbisles) que de rjiias (temples sintistcs). La doctrine do Conlucius a peu d'adhérents.
11 n'y a pas longtemps, le Japon était encore plus fermé que la Chine aux étrangers, plus replié sur lui-mOme. La peine de mort menaçait tout Japonais quittant le pays, cl le bourreau tranchait la tête au marin ou au pOcheur qui remettait le pied dans la patrie après avoir été sauvé du naufrage par des étrangers. De nos jours, tout change, même le Japon. Le gouvernement a ouvert aux nations maritimes des ports de plus en plus nombreux ; avant longtemps nous les verrons tous libres, et bientôt ce peuple sera entraîné dans le tourbillon général. Déj;\ les Japonais émigrent en -qualité de travailleurs vers les lies de la mer du Sud.
A la veille d'événements actuels qui transformeront le Japon dans tout son être, le pouvoir suprême appartenait au daïri ou mikado, en résidence à Miako. Protéf^étour à ttxir par chacun des grands vassaux, le mikado avait pour lieutenant charge du pouvoir exécutif le taïkoun, résidant à Yédo. Depuis les dernières années du xvi" siècle, le taïkoun, tout en continuant ;\ obéir an mikado, était reconnu comme le suzerain des dix-huit grands daunios ou gokchis, princes feudataires, ayant chez eux droit de haute et de basse justice, et assez indépendants de la puissance centrale. \\cc les 3U petits daïmios, Us
JAl'OiN. 30 1
18 grands daïmios formaient une féodalité robuste, semblable à celle qui mena l'Europe au moyen Age.
Les deux capitales, assez voisines, ont leur si(e dans l'île de Niphon.
Miako s'appelle aussi Kioto, ce qui veut dire capitale ; son fleuve a nom Yédagava. Miako est à la fois la Rome (les pèlerins du Japon, le Paris de ses artistes, le Manchester de ses industriels. Sur 6 à 700,000 habitants, elle compterait plus de oO,000 prOlres, avec '600 temples, dont un paré, prétendent les Japonais, ou enlaidi par 333,333 statues de dieux. — En descendant le Yédagava, à 50 kilom. de Miako, on trouve Osaka (100 à 250,000 hab. ; on lui donne môme un million d'ûmes). C'est la cité delà villégiature, le rendez-vous de l'aristocratie. Le fleuve, qui gagne la mer à quelques kilomùlres en aval, se heurte, à son embouchure, contre une barre dangereuse. — 11 y aurait 150,000 âmes à Hiogo, port d'Osaka.
Yédo (1,700,000 habitants?), sur les bras de rOkava,se baigne aux bords d'une baie profonde et magnifique, à 75 kilom. du Fousi-Yama, à portée de la chaîne élevée de Hankoui. Sur les 8,500 hectares de la ville, qui a 38 kilomètres de pourtour, s'entremêlent les rues de maisons à un étage, 1,500 temples, des couvents, des palais de daïmios, des jardins, des champs, des bouquets d'arbres. Le palais-forteresse du Taïkoun, isolé par un fossé profond, n'a pas moins de 8 kilom. de circonférence. En suivant la baie d'Yédo, dans la direction du sud, on atteint, à 24 kilomètres de la grande cité, le port de Yokohama (100,000 hab.), récemment encore simple hameau de pécheurs.
Dans l'île de Kiousiou, Nagasaki (100,000 ûmes) avoisinc des volcans. Sa position en fait un avant-poste du Japon du côté de la Corée et de la Chine. L'excellent climat de cette ville lui a procuré le surnom de Sanatorium de Chang-ilaï. Une petite île de ce port. Décima, resta longtemps le seul point de l'archipel où les Hollandais pussent s'établir, et il n'y avait alors, parmi les Européens, que les Hollandais qui eussent le droit de toucher le sol du Japon.
Dans l'île de Yéso, Hacodade (25,000 hab.) borde le détroit de Tsongar, creusé entre Yéso et Mphon. Peu de rades n aient
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celle d'Hacodade, encadrée par des montagnes où se distinguent un volcan actif et le mont de la Selle (1,000 mût.). La neige y tombe en moyenne 48 jours dans l'année.
Dans le nord de Véso, dans le sud de Tarakaï, dans les Kouriles, arc de cercle d"îles volcaniques allant des fournaises du Japon à celles du Kamlschatka, vivent encore quelques milliers d'AïDOS.
Les Aïnos dominrTont jadis sur de plus vastes domaines; iL^ possédèrent une partie de la Sibérie orientale, le Kamtscbalka, presque tout Niphon. Les Mantchoux les resserrèrent sur le continent, les Japonais dans les îles. 11 n'y a pas d'humains si chevelus, si barbus, si velus; on les pourrait appeler des hommes ù fourrure. l^ux-mOmcs se disent issus d'un chien et d'une déesse. On ne sait à quelle race les joindre, bruns comme ils le sont au milieu de peuples jaunes, velus au milieu de nations sans barbe, ayant les yeux droits quand leurs voisins les ont obliques. Us sont petits, avec de forts membres; ils chassent, ils pGchent et ne cultivent point. Ils adorent l'ours et vont si loin dans leur sympathie pour cet animal qu'ils font allaiter les oursons par leurs femmes. Les Aïnos ont sans doute contribué ù la formation de la nation japonaise.
OCEANIE.
A part un continent, le plus petit d'ailleurs de la terre, cette cinquième partie du globe ne se compose que d'îles disséminées sur des espaces marins immenses : par là elle a mérité son nom d'Océanie. Elle s'appellerait aussi le Nouveau- Monde à meilleur titre que l'Amérique, sa découverte étant poEtérieure.
L'Océanic comprend : 1° un continent, l'Australie, formant à elle seule, sans son annexe de Tasmanie, les sept huitièmes de la surface totale de la partie du monde, évaluée à 927 millions d'hectares, 17 fois la France; 2° les îles de l'archipel Indoaustralien que leur proximité, leur flore, leur faune rattachent à l'Australie plus qu'à l'Asie : les petites îles de la Sonde, la Nouvelle- Guinée, les Moluques, Célèbcs; 3^ la double île de la Nouvelle-Zélande ; 4° une multitude d'écueils, de bancs, d'îles, d'archipels ('grenés au loin sur le Pacifique, dans la direction des Étals-Unis et de l'Amérique espagnole. 290 de ces îles^ sans tenir compte des îlots, ont été lentement bâties sur des plateaux sous-marins très-voisins de la surface de l'Océan par des iuFectes madréporiques, qui ont ajouté de la sorte cinq millions d'hectares à la terre habitable. Les îles madréporiques s'élèvent avec le secours des temps immenses, par couches d'une imperceptible minceur. Ce travail cyclopéen de nains innombrables se fait encore sous nos yeux, et sur les assises que cachent des eaux n'ayant pas plus de 50 mètres de profondmir^ avec une chaleur d'au moins \0 degrés, surgissent int^essamment dos écueils ignorés par les navigateurs. A peine hors du flot, l'ilol madréporique se couvre de végétations tropicales; l'homme vient ensuite. Presque tous ces archipels se trouvant au midi de l'Kquateur ont reçu le nom d'Iles des mers du
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Sud. La population de l'Océanie cntit^re monte à plus de 7 millions d'habitants, dont 2 raillions au moins sont d'origine européenne. Les Blancs croissent avec une rapidité extraordinaire dans l'Australie et la Nouvelle-Zélande; dans quelques années l'Océanie, antipode de l'Europe, sera presque européenne.
L'Australie, seul continent tout à fait austral, relève en entier de l'Antïleterre. Dans son enceinte de quatorze ;\ quinze mille kilomètres de côtes maigrement découpées, elle enferme 760 ù. 7(lo millions d'hectares, quatorze fois la France, avec i, 600,000 habitants.
Il y a des raisons de croire qu'elle fut jadis une Asie méridionale, nouée à l'Asie actuelle par un isthme que les volcans et la mer transformèrent en une chaîne d'îles.
Différente de l'Asie par la situation, l'étendue, la disposition du sol, le climat, les habitants, elle lui ressemble en un point. Comme l'Asie, TAusIralie dérobe un intérieur stérile et répulsif derrière un rivage souvent paré de séduclions. L'Asie cache par de fières montagnes littorales les néfoud de son Arabie et les steppes de son plateau d'Iran; du sud, de l'est on arrive aux atroces plateaux gelés du centre par des vallées merveilleuses et les seules rives affreuses de l'Asie sont comme invisibles, car leurs toundras sans peuple bordent une mer sans navires. Kt pourtant que de déserts, que de sols d'airain au nord de l'Inde resplendissante, j\ l'ouest des jardins de lu Chine, ;\ l'orient des vallées qui furent l'un des premiers séjours de noire race !
De même en Australie. A la rive de la mer des Indes, les baies brillantes, les ravins touffus, les charmantes ouvertures de vallées, les forêts, les hauteurs grandioses, les pluies, le climat tempéré par le vent marin ; derrière la montagne, les
étendues plates, les vallées effacées, les rivières sans eau, le? marais, les herbes sèches, les épines, les solitudes, les chaleurs terribles, les vents sahariens. Le centre de l'Australie rappelle de près le Sahara par l'aridité, le ciel torride et l'immensité des déserts.
En vain l'Australie occupe autant d'espace que 1250 départements français, elle ne sera jamais très-peuplée. La nature, si prodigue pour l'Europe, le bassin de la Méditerranée et les deux Amérique, l'a positivement maltraitée : elle ne vaut pas l'Afrique où les plateaux frais équilibrent au moins les aires brûlées et les côtes malsaines, elle ne vaut pas l'Asie où l'opulence de l'Inde fait oublier l'indigence de la Sibérie.
En Australie, la plaine l'emporte sur la montagne, la région torride ou chaude sur la région tempérée ; le désert prime la terre habitable, la zone sans eau l'emporte sur la zone arrosée. A peine si quelques pics entrent dans la région du ciel où la neige ne fond pas ; les plus grands fleuves y sont des chapelets d'étangs, les lacs des marais de six pouces de profondeur. A l'arrivée des Européens, la solitude australienne appartenait à des animaux misérables : son plus grand quadrupède, le kangourou, n'eût pas résisté aux moindres bOtes de proie du vieux monde, et si le peuple des oiseaux était largement représenté dans l'air et les mammifères marins dans l'eau salée des côteSj tout le reste de la création vivante pouvait surprendre par l'originalité de ses formes, mais la taille, la force, l'élégance et l'instinct développé lui faisaient défaut. Quant à l'homme, il 5tait au-dessous de ce que les voyageurs avaient vu jusqu'alors. L'Européen et les animaux qu'il mène avec lui ont remplacé le nègre austral et les animaux à poche ou à bec de caaard, ils semblent prospérer sur ce sol, mais ils n'en sont pas originaires. L'Australie les souffre, et probablement les Énerve, mais elle ne les a pas crées.
Seule, la flore australienne, originale comme tous les produits du continent, se présente avec grandeur. Elle a peu de variété : tel district n'offre jusqu'à l'horizon qu'une plante, et la moitié, sinon le plus grand nombre des arbres appartient à deux genres seulement, les acacias et les gommiers, mais quelques espèces atteignent des dimensions formidables. Certains eu-
calypfus montent à plus de cinq cents pieds anglais (1 30 mùtre? de liant); la (lèche de Strasbourg et la pyramide de Chéops cacheraient leur sommet dans les dernières branches de ces colosses. Si l'eucalyptus australien ne l'emporte pas en diamètre sur les sapins de la Californie, il dépasse en hauteur les plus ailiers de ces séquoia wcllinglonia dont il faut pourtant chercher la tète à plus de 130 mètres enl'air.
Malgré l'élévation de ses eucalyptus au tronc odoriférant, malgré d'autres arbres hauts et élancés, la forèi d'Australie vient bien après nos bois et les bois d'Amérique. Klle n'a ni la grandeur sobre et sévère des forêts du nord de l'Europe et du Canada, ni les teintes automnales des forcMs des États- Unis, ni la grAce des palmiers oasiens, ni la fuuguo des selvas de l'Amazone. Des branches rares d'où ne descend aucun chant d'oiseau ; sur ces rameaux, un feuillage terne et sans abondUncc laissant tomber plus de soleil que d'ombre sur un gazon sec et grisâtre ; peu de sous-bois, point de lianes entre les troncs droits et espacés d'où s'exhale une odeur aromatique. Qu'il y a loin de ces espèces de clairières à balivaux à nos portiques de sapins, j\ la nef de nos chênes, i\ nos ténèbres fraîches et à la grande ombre opaque de nos rameaux toujours verts 1 Sur le rivage queenslandais et dans les régions du nord tournées vers l'Equateur, la forêt australienne se renforce; elle a ses palmiers, ses enlacements de lianes, ses parois serréeiî, ses voûtes obscures. Elle devient :\ sa façon « forêt vierge. «
La disposition du territoire colonisé à l'origine par les Anglais le fait ressembler, toutes proportions gardées, ;\ la côte espagnole du l'acilique : une fertile et riante lisière maritime, région mamelonnée de 45 à 50 kilomètres de largeur, s'y appuie à des chaînes bien humbles j\ côté des Andes, même par leurs fronts les plus fiers. A l'angle sud-est du continent, dans les montagnes Bleues et les Alpes d'Australie, le mont llotham, le mont Kosciusko et cinq ou six autres s'élèvent i\ 2()oO-.î2(iO mètres, plus que les monts d'Auvergne, mais bien moins que les Pyrénées, et pas la moitié des Alpes. Si le continent austral, encore inconnu dans tout l'intérieur et même assez près des rivages, n'a pas de sommets plus élevés^
il ne peut rien opposer, fût-ce de loin, aux cliaînes sublimes de l'ancien et du nouveau monde. Grand malheur pour une contrée tropicale par la moitié de ses terres, et chaude par l'autre moitié, sous un ciel sans pluies pendant de longs mois.
Arrivé au sommet des chaînes littorales, on trouve de petits plateaux, puis on descend comme dans l'Amérique du Sud vers des plaines intérieures, généralement d'une telle horizontalité qu'on y voit, sur certains points, les rivières remonter en temps d'inondation dans le sens de leurs sources. En Amérique, ces plaines, Uanos, selvas ou pampas, visitées presque constamment ou à intervalles réguliers par des pluies abondantes, forment sur d'immenses districts une région d'avenir qui n'attend que l'homme ; en Australie, la pluie tombe rarement et par caprices et les terres plates de Tintérieur en souffrent doublement : la sécheresse les rôtit, puis quand les abats d'eau se prolongent, elles deviennent marais et les bras morts des rivières se changent en fleuves sans rives entraînant dans leurs flots les bœufs et les moutons morts de soif à côté des sources taries. Un pareil pays se prête à l'élevage des bestiaux; si l'année est humide, les bétes à laine et les botes à cornes croissent merveilleusement en nombre ; leurs peaux, leur suif, leur toison font la fortune du squatter ; si le soleil brûle l'herbe, s'il boit la fontaine, les troupeaux dépérissent, mais sur des milhers de têtes, des centaines échappent à la mort, et quand les nuages reviennent, les pertes se réparent. Aussi l'Australie passe-t-elle pour la terre promise des éleveurs. A ses pAturages sans bornes autant qu'à ses mines d'or elle a dû le prodigieux développement de sa richesse. Cette prospérité tend à se ralentir. L'intermittence des pluies est très-grande, les sources sont trop faibles et trop peu constantes, les montagnes trop avares d'eau, le soleil trop accablant pour que l'agriculture fonde en Australie des communautés puissantes comme celles qu'une même colonisation anglaise a établies dans l'Amérique du NorJ. Les Australiens sont complaisants pour leur patrie quand ils se la représentent faisant avant longtemps la loi au monde à l'égal des États-L'nis.
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On ne peut pas dire que ce continent n'a point de ressources. L'agriculture sur les rivage?, la pAture dans l'intérieur, le mines dans la montagne occupent des centaines de millier: d'hommes, bientôt des millions, mais ces ressources ne soni point proportionnées à la grandeur du territoire, et dans di^ vastes cantons l'homme blanc devra lutter contre un clima' assoupissant.
l'^st-cc parce que le soleil leur enlevait le ressort et 1? volonté, est ce parce que leur terre natale ne leur offrai' pas « l'épi d'où naissent les cités, » les plantes et les animaux domestiques sans lesquels il n'y a pas de culture, est-ce pour foute autre raison, les Kuropéens se trouvèrent A leur arrivée en Australie vis-à-vis d'une race nùgre hideuse, faible, sans intelligence, insouciante et paresseuse; avec cela, fanatique d'espace et de liberté nomade, incapable de se pliei à une occupation, à une idée, à une demeure. Comme toujours les blancs ont plus songé à détruire qu'à gagrier l'indigène ; là aussi ils ont piétiné dans le sang de l'innocent avec la brutalité propre aux colons anglais. Sans doute le sauvage australien n'était pas domptable, mais qu'avait-il donc fait pour Otrc chassé au chien comme une béte enragée?
Les sauvages d'Australie se distinguent par leurs cheveux lisses des nègres i\ cheveux laineux que les Malais rencontrèrent dans l'archipel jeté entr(>. les pointes méridionales de l'Asie et le continent austral. Leurs hommes grands ont à peu prés la taille de nos hommes moyens, leurs hommes moyens celle de nos honmics petits. Comme ils vont à peu prés nus, ils ne voilent aucune de leurs laideurs, depuis leur ventre bombé jusqu'à leurvisagesimiesque sur lequel proéminent des lèvres jetées en avant par l'inclinaison en dehors des màchoifcs. Sous leur chevelure toulTue et noire, leur crAne enferme une intelligence lellemcnl peu développée que ces pauvres « frères » n'ont pas inventé de nom de nombre au delà de trois : quatre, c'est deux et deu\ ; cinq se dit deux, deux et un; six. sept, huit, se traduisent par « beaucoup. « Le nègre australien chasse et pOche à l'aventure; très philosophe en gastronomie, il mange de tout, volontiers des vers, au besoin des cadavres déterrés. La plus rudimentaire des cinq parties
du monde a donné la naissance, ou fourni l'asile à la moins relevée des familles humaines.
Les balles, l'eau-de-vie, la misère, les maladies, la surprise douloureuse et comme l'arrachement du gond que ressent le sauvage à la vue des inventions du blanc ont déjà réduit à quelques dizaines de milliers le nombre des indigènes australiens dans les cinq colonies anglaises du continent et dans les districts qui les avoisinent. Quanta ceux qui se promènent dans les contrées encore mystérieuses du nord, de l'ouest et du centre, on n'en sait pas le nombre, mais par analogie, par ouïdire, et aussi en concluant du peu de ressources probables de ces cantons, on les suppose très-clair-semés. En admettant 50,000 sauvages pour le territoire parcouru, et autant pour l'inexploré, on exagère sûrement.
L'Australie, reconnue depuis 182 ans par les Hollandais, et certainement entrevue auparavant par les Portugais vers 1530, n'avait pas un seul habitant européen lorsque débarquèrent, en 1788, sur la côte orientale, devenue depuis les Nouvelles-Galles du Sud, quelques centaines de galériens, avec des soldats de garde et un gouverneur de la future colonie. Ainsi commença l'empire anglais austral. Sidriey en fut long!emps la seule ville, le gouvernement britannique dirigeant sur ce seul point les condamnés, ou convicts. De 1788 à nos jours l'Angleterre a introduit dans le continent austral et son annexe, la Tasmanie, 12o,000 galériens environ.
En 1828, il y avait 36 à 37,000 blancs dans les Nouvelles-Galles du Sud, alors tout le territoire colonial. En 1833, le nombre des Européens dépassait 00,000, et déjà le recrutement de l'Australie ne se bornait plus aux seuls criminels; l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande envoyaient des familles d'émigrants libres. Ce mouvement, faible à l'origine, a grandi, d'abord insensiblement, puis s'est accéléré tout à coup par la découverte de mines d'or d'une fabuleuse richesse. De 18i8 à 18G7, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont reçu annuellement plus de 40,000 colons (88,000 en 18o'2). Le climat, trèssain, quoique chaud, venant en aide par le petit nombre de décès à l'accroissement provenant de l'immigration et des naissances, la population se développe avec une r.ipidité que
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les Étals-Unis eux-mômes n'ont pas connue. Les tiO, 000 Blancs de 1<S33 avaient atteint, par les nouveaux venus des familles et l'arrivée de colons métropolitains et allemands, le chiffre de 400,000 au moins lors de la découverte des mines d'or. En 1857, ce dernier nombre avait plus que doublé; en 1861, on comptait iioO A ^200,000 Blancs. Aujourd'hui l'Australie, divisée en cinq provinces, renferme l"j à 1000,000 Kuropéens. Avec la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande, l'Océanie Anglaise n'a pas moins de 1UOO,000 à 2 millions d'hommes de descendance européenne.
Les États-Unis et l'Amérique Anglaise du nord deviennent la patrie nouxcllede tant d'Irlandais, — sans tenir compte desGallois, des Highlanders d'Lcosse et de ce qu'il y a de sang celle dans les Français, les Franco-Canadiens, les Jer^éyais, etc., — que, chaque année, d'importants éléments celtiques s'y ajoutent, pour la modifier, A la race ;\ tort nommée anglo-saxonne. Ceci a moins lieu pour l'Australie, dont les diverses provinces sont les colonies les plus anglaises de sang et d'allures. Les Anglo-Écossais y ont toujours formé la masse de l'immigration ; les colons irlandais ne manquent point, mai^ leur influence ne contre-balance pas celle des nombreux arrivants anglais et germai[is.
L'immigration latine a peu d'importance. Il y a à peine en Australie quelques milliers de Français, d'Espagnols, de Portugais, d'Italiens. Autrement se comporte l'immigration chinoise. Venus, ainsi que presque tous les Jaunes qui semblent vouloir couvrir le m^nde, de la Chine méridionale, les Chinois furent attirés en Australie par l'or; en vain prit-on, de même qu'en Californie, des mesures fiscales pour éloigner ces rivaux anlipatliiques, ils ne se rebutèrent point. Il cet dans leur caractère de vaincre par la patience, le travail, la sobriété. Les champs d'or abandonnés comme épuisés par les mineurs blancs sont précisément ccuv que les Chinois attaquent; et ils y font fortune, ceux du moins qui ne se ruinent pas jour à jour par le jeu et l'opium, les deux passions mortelles des disciples du sage Confucius.
L'exploitation des placer s n'esi plus leur unique travail. Les Chinois australiens ?e livrentà la culture maraîchère, au corn-
mercc, au brocanlage, à la grande banque ou à la petite semaine, auxDQétiers. En tout cela ils excellent, grâce à un soin tenace. Depuis quelque temps leur nombre diminue, en môme temps que les mines d'or s'appauvrissent, mais l'entraînement qui les jetait par milliers, il y a dix ou quinze ans, sur les plages victoriennes pourrait bien renaître, et le sang chinois couler encore dans les placers sous le couteau des Européens. L'incompatibilité d'humeur est terrible entre John C/dnaman et les Anglo-Australiens.
Dans le nord du continent, frappé par un soleil qui épuise les Blancs, le Chinois prendra peut-être une place que les colons lui disputeront moins que dans les districts tempérés du sud, Dans la colonie deQueensland,les grands propriétaires ont commencé à introduire des insulaires des mers du Sud pour cultiver leurs champs de coton et de canne à sucre. Queensland ne couvre pas la région du continent la plus torride, DMiis déjà le climat n'y permet guère à la race blanche la continuité du travail en plein champ, et môme, dit-on, l'influence du milieu y fait poindre dans la population anglo-européenne une dégénérescence dont on ne prévoit pas le terme. Il semble que les coulies chinois sont par leur résistance au soleil, leur amour du travail, le fonds immense de peuple où l'on peut puiser, les colons prédestinés de l'Australie septentrionale ; celle-ci touche d'ailleurs, à un grand archipel de plus en plus envahi par la Chine.
Les Nouvelles-Galles du Sud sont en date la première colonie anglo-australienne; Victoria s'en est détachée en 1851, Queensland en 1859. L'Australie Méridionale reçoit des immigrants depuis 1836. L'Australie Occidentale remonte à 1829. L'Australie du Nord, dépendance officielle de celle du Sud, voit venir, en ce moment, des colons, après plusieurs tentatives manquées. La Tasmanie, séparée du continent par un détroit,, fait une colonie à part.
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nouvi:lles-galles du sud.
Ainsi que les quatre autres provinces australiennes, les Nouvelles-Galles du Sud (en anglais NEW SOUTH ^V AL- LES) s'administrent à leur gré par des assemblées élues.
80 millions d'hectares, un peu plus du dixième du continent, oUOjOOO habitants, moins du tiers et plus du quart de la population de l'Australie entière, c'est aujourd'hui la part de la plus ancienne colonie anglo-australienne, mais les limites changent souvent dans cette région neuve où la marée de l'immigration se porte tantôt bur un point, tantôt sur un autre, et fait naître en quelques années de vivaces nations ayant soif d'autonomie. Les Nouvelles-Galles du Sud furent toute l'Australie, de 1788 à 1829, époque où se fonda la colonie de Perlh (Australie Occidentale). En 18ol, elles perdirent le territoire de Victoria, en 1851) l'immense Queensland et elles pourraient se voir encore dimiimées par l'ère clion en colonie indépendante des districts intérieurs appelés la Rive rin a.
La chaîne de monts voisins du rivage qui portent du nord iu midi les noms de monts de la Nouvelle-Angleterre, monts de Liverpool, montagties Bleues, chaînes de Cullarin , de Gourock, de .Manero, de Muniong, divise les Nouvelles-Galles du Sud en deux régions, l'une petite, l'autre grande et monotone.
A l'est de la montagne, jusqu'au bord de la mer, s'allonge la charmante zone côtière, premier Ihéiltre de la colonisation inglaise. A l'ouest s'ouvrent les plaines à pAture, où se dressent de loin en loin des coteaux peu élevés au-dessus de leur oase. Dans ces plaines coulent paresseusement la Macquarie, le Darling, le Murrumbidgi, le Lachlan, le Murray, les plus grandes rivières connues de l'Australie. Toutes cinq roulent de belles eaux à la sortie des gorges où sourdent leurs premières fontaines, mais, arrivées dans les terres sans pmte, elles s'y amoindrissent par l'imbibilion, l'évaporation, la nourriture des plantes riveraines, la stagnancc des canaux
latéraux qui se transforment en bras morts. Le Murray, qui reçoit tout, est le fleuve des Amazones du continent. 11 naît sur les flancs du Kosciusko (2,190 mètres), dont le sommet plane sur 1,800,000 hectares, sépare les Nouvelles- Galles de Victoria, arrose les bonnes plaines de la Riverina, tombe dans le lac d'Alexandrina et en ressort pour se jeter dans la mer, à la côte du sud, par un chenal sans profondeur. Le Murray, navigable pendant une partie de l'année, porte, dans la saison, des bateauxù vapeur. Avec le Murrumbidgi, c'est la seule rivière du territoire colonisé qui coule toujours.
Comme l'eût dit Sully, l'agriculture et la pâture sont les deux mamelles des Nouvelles-Galles. 11 y a dans la colonie •vingt-sept moutons pour un homme : d'où une exportation de laines très-considérable. De nombreux mineurs européens ou chinois s'occupent dans les champs d'or. La transportation n'ayant cessé qu'en 1843, une portion notable de la nation descend des criminels du Royaume-Uni. Est-ce au ferment laissé par de pareils ancêtres qu'il faut attribuer la fréquence des crimes dans la colonie? L'influence des familles honnêtes de l'immigration libre amortira peut-être ce levain dangereux.
En 1794-, les Nouvelles-Galles avaient 4,400 habitants; en 1828, 36,500; en 1833, 61,000 ; en 1863, 379,000 ; aujourd'hui près de 500,000. L'excédant des naissances (43 pour 1000) sur les décès (18 pour 1000) a dès maintenant plus d'action sur l'accroissement que l'excédant des arrivées sur les départs . L'assiette des communautés est encore peu stable en Australie; chaque colonie reçoit des immigrants de la métropole, de l'Irlande, de l'Allemagne, des autres provinces australiennes, mais elle se draine en même temps par une contre-émigration. Ainsi les Nouvelles-Galles perdent des habitants par une tiltration continuelle au nord vers Queensland, mais, au sud, beaucoup de Victoriens se portent. sur les districts pastoraux de la Riverina. La langue anglaise est la seule parlée. La religion anglicane et les sectes protestantes réunissent la très-grande majorité des Néo-Gallois.
Sidney (75,000 hab., 100,000 avec les faubourgs), sur une des baies les plus vastes, les plus sûres, les mieux découpées du monde, est la première ville anglo-australe par
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la date de sa fondalion, l'importance des fabriques, la culture de l'esprit, l'agrément de la vie. Pour le commerce elle ne vient qu'après Melbourne.