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EUROPE, ASIE, OCÉANIE ET AUSTRALIE, AFRIQUE

L'Europe est presque cinq fois moins grande que l'Asie, quatre fois moins que l'Amériquo, presque exactement trois fois moins que l'Alrique ; elle l'emporle sur l'Australie, qui est plus petite d'environ 100 millions d'hectares.

L'Europe n'a que 080 millions d'hectares, le treizième ou le quatorzième seulement des terres, mais elle nourrit plus du cinquième de la population du dîohe, et le tiers occidental de son territoire fournit les savants qui changent la face du monde, les inventeurs, les grands poètes et les grands artistes; d'elle partent les centaines de milliers de colons qui vont tous les ans porter les langues civilisées et les découvertes modernes aux deux Amériques, à l'Afrique du nord et du sud, à l'Australie, j\ la Polynésie, A l'Asie septentrionale et i\ l'Asie centrale. Bientôt la grandissante Amérique sera plus riche d'hommes et d'argent que sa métropole, mais le sceptre du génie, de l'art et de la science ne tombera pas facilement des mains de la vieille l'urope.

l'ar rapport ;\ la France, l'Europe q^I dix-huit fois plus vaste, mais elle ne renferme pas tout X fait iiuit fois notre popula-

(1) Moins la Franco, rciivoyce A la lin du volume.

tion. L'ouest el le centre, anciennement colonisés, ont presque tous leurs districts bien peuplés et souvent trop pleins; ils font le tiers de l'Europe. Les deux autres tiers renferment la Scandinavie, dont la race énergique et féconde ne trouve pas à s'épandre sur un domaine restreint par les froids du nord et les froids des monts, la Turquie et la Grèce déchues, enfin l'immense Russie encore semi-barbare. A elle seule, la Russie comprend autant de terrain que le reste de l'Europe, sans avoir plus du cinquième des habitants de la partie du monde.

L'Europe tient à l'Asie par la Russie, et elle en forme aujourd'hui une presqu'île. Dans le lointain des vieux âges, l'Europe occidentale et centrale (la véritable Europe, celle qui réfléchit et invente) était séparée du vieux continent par une mer allant de l'océan Glacial arctique à la mer Noire et à la mer Caspienne; les lacs, les marais, les rivières molles de la Russie polonaise et ruthène et des dépressions au nord du Caucase indiquent le fond de ce détroit disparu.

L'Oural, chaîne peu élevée, indentée par des cols faciles, n'est pas considéré par les Russes comme la limite orientale de leur territoire européen; les Moscovites regardent leurempire comme un tout, ils ne distinguent pas la Russie d'Europe de la Russie d'Asie, et les gouvernements de Perm et d'Ofenbourg empiètent par des millions d'hectares sur le bassin de l'Obi, fleuve sibérien. Mais puisqu'il faut donner à l'Europe une borne à l'orient, l'Oural est l'unique frontière naturelle entre les plates étendues de la Sibérie et de la Russie.

Au sud de l'Oural, et jusqu'au Caucase, dans les steppes des Kirghizes, aux bouches de l'Oural et de la Volga, sur la mer Caspienne, aucun obstacle ne marque distinctement le divorce de ces deux parties du monde. Dans les parages orientaux attribués par l'usage à l'Asie, la nature du sol, l'aspect des lieux, la végétation, la population, le climat, sont identique à ce que montre à l'occident la terre dite européenne. Par cette large porte naturelle, grande ouverte entre les dernières collines ouraliennes et les premières aiguilles du Caucase, ont de tout temps passé des hordes d'invasion. Jusqu'aux Mongols, les mariées humaines de l'Asie ont débordé sur l'Europe

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par cette échancrure. C'était le flux, maintenant c'est le reflux ; les Européens, à leur tour, se déversent par là sur l'Asie centrale en qualité de soldai:;, de marchands, d'industriels, de colons : tout cela russe, il est vrai, c'est-à-dire appartenant à l'une des nations européennes les plus mélangées d'éléments asiatiques.

De l'Oural au Caucase, on accepte liabituolloment pour frontière le cours moyen et inférieur de l'Oural, affluent de la mer Caspienne ; puis, à partir de l'embouchure de l'Oural, le lac Caspien jusqu'à la presqu'île d'Apchéron ou de Bakou, fameuse au loin dan? l'Orient par ses sources de naphle et ses langues de flamme qu'adorent les Guébres ou Parsis sectateurs du feu.

De la presqu'île d'Apchéron à la lame d'eau où se mêlent la mer d'Azow et In mer Noire, le Caucase, de plus en plus envahi par la coloiii>aliûn russe, perce de ses pointes argentées lanlôt rélher lucide, tantôt des nuées rampantes appartenant au nord ;\ l'Kurope, au sud X l'Asie ; son pic majeur, l'Elbrouz, a li,C)iC) mètres, 830 de plus que le mont Blanc.

Après le Caucase, l'Europe n'a plus devant elle que des eaux : la mer Noire, le Bosphore, la mer de Marmara, les Dardanelles, l'Archipel, grands lac?, élroils ou larges chenaux de l'ûulre côté desquels se découpent dans le ciel du Levant les monlagnes de l'Asie Mineuro. L'Archipel débouche dans la Méditerranée, qui fait la séparation entre l'Europe et l'Afrique et va s'allier A l'océan Allunlique par le détroit de Gibraltar.

Si du point où le l'osphore prend les eaux de la mer Noire on lire une ligne sur Kœnigsberg (Prusse), puis une autre de Kœnigsberg h la petite ville Scandinave d'Ilammerfest, assez avancée vers le nord pour qu'il y ail des jnurs et des nuits de deux mois, on di\ise l'Europe en deux portions qui ont peu de traits communs : A l'oritMit, la région continentale; à l'occidenl, la région péninsulaire.

La région continentale, Russie el ancienne Pologne, ressemble à l'Asie du nord par ses proportions massives, l'immensité el le peu de pente des plaines, la longueur et la masse d'eau des ris ières, la nature excessive du climat. Les profondes forOts du nord ne peuvent abriter la Russie des vents mal-

faisants du Pôle qu'arrêteraient à peine des montagnes ; le voisinage de l'océan Glacial Arctique, celui de la Sibérie, bouche de glace dont l'Oural n'est pas assez haut pour arrôler le souffle, Téloignement des étendues marines qui adoucissent et égalisent ies températures, livrent cette grande plaine, môme dans le sud, à des froids extraordinaires que suivent, jusque dans le haut nord, des chaleurs quasi-tropicales. N'ayant de mers qu'au maximum de distance du centre, sans montagnes pour créer des climats locaux et des régions naturelles, cette contrée d'une excessive monotonie a peu de districts qui ne partagent l'uniformité de l'ensemble .

Ainsi de l'est à l'ouest et du nord au sud, avec amélioration dans ces deux sens, la plaine russe s'étend, en se ressemblant toujours, sur la moitié de notre partie du monde. L'homme n'y varie guère plus que la nature. A part des tribus sédentaires ou nomades appartenant à la race dite mongole ou à la grande nation turque, les habitants sont tous les mêmes : des Slaves, d'autant plus purs qu'ils s'éloignent plus de l'Asie, c'est-à-dire de la patrie de peuples hétérogènes qui ont souvent remplacé par un sang étranger le sang slave qu'ils versaient dans les invasions. La domination de la terre slave appartint d'abord aux Polonais, auxquels les Ruthènes ou Petits Russes obéirent longtemps. Mais peu à peu se fondait vers l'est, au centre de la plaine, une nationalité féconde, qui, trouvant devant elle des horizons indéfinis de terres vierges, devint la plus nombreuse et la plus forte parmi ses sœurs. Dès qu'elle fut la première, elle se mit à conquérir au loin, tant sur les Slaves que sur les tribus asiatiques. Aujourd'hui les Russes sont loin delà France comme Paris de Barcelone; de la Suède à la Chine, de la mer Glaciale aux monts d'Arménie, du fleuve qui porta le radeau de Tilsit aux deux fleuves qui descendent du Toit du Monde (Asie centrale), ils commandent à plus du septième et presque au sixième des terres du Globe.

Une province de la Russie, la Finlande, large isthme aux lacs sans nombre, sert de pont entre la grande plaine et la Scandinavie, presqu'île aux côtes découpées, au climat plus tempéré dans les vallées que ne le voudrait la latitude. Parce double caractère, par la valeur considérable en toutes choses

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fie SOS siv millions d'habitants, par la place qu'elle eut dans l'histoire, par les éléments sains et solides que ses émigrants portent A l'Amérique du Nord, la Scandinavie fait bien partie de l'Europe occider.tale pt^niiisulaire. Ce qui distingue, en effet, essentiellement riùiropc occidentale du reste de la terre, c'est la merveilleuse série d'indentations de ses rivages; aucun lambeau du filobe n'est en communication aussi intime avec l'eau marine, grande route du commerce, foyer des températures molles, mûre des climats sans contraste barbare entre le froid et la chaleur, il n'y a pas un point de l'Europe péninsulaire qui so trouve ;\ une dislance de la mer plus longue que le trajet de l^aris ;\ Marseille.

Aussi l'Europe occidentale prime tout autre région du monde par la douceur comparative de son climat. Qui croirait que les m(}mes latitudes boréales passent sur le rivage humide de la Norvège et sur la côte groëalandaise, assaillie par les glaçons flottants ou emprisonnée dans les glaces fixes; sur l'Islande, où la différence entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid est de 15 degrés, et sur la Sibérie d'Irkoutsk, où ce mt^mc écart est de 57 A 58 degrés? Quel contraste entre l'Irlande et l'abominable I.abrador, entre Paris et Québec, où le mercure peut geler, entre Cannes et le rivage de la Mantchourie, cntn» Naples et New-York, entre la rive andalousc et le littoral de NVashington ou la plage de la mer intérieure sur laquelle s'ouvre le fleuve de Pékin!

Des deux mers qui ?errent dans leurs bras l'Europe occidentale, celle de l'ouest et du nord, l'Atlantique, se réchauffe à l'eau du (iulf-Stream, courant marin considérable, d'une température de plusieurs degrés supérieure à la température des couches d'eau qu'il fend. Venu du golfe du Mexique, l'une des étuves de la plaucMe, le (iulf-Stream baigne les rivages de l'Europe péninsulaire, du Portugal à la Laponie. La mer du midi, la Méditerranée, n'a point part au Courant du Golfe, mais les Alpes cl des chaînes cOti(''res la protègent des vents du nord; elle s'étale à ceux du sud, éclos sous le ciel ardent, sur le sol de braise du Sahara; son bassin s'abrile presque constamment au pied de montagnf^s abruptes réverbérant le soleil; par tout cela c'est la vasque du globe qui échappe le mieux aux in-

fluences refroidissantes d'une latitude plus rapprochée de la zone froide que de la zone torride; pas de mer aussi cliaude à une telle dislance de l'Equateur, à Texception du fond septentrional de la mer Rouge et du golfe Persique.

La tiédeur des mers où baignent le tronc et les presqu'îles de l'Europe occidentale améliore encore un climat déjà remarquable par la douceur qu'il doit à la pénétration réciproque des terres et des eaux. Par un autre privilège, le sol est harmonieusement mouvementé; tout s'y fait é,quilibre, les plaines, les vallées, les plateaux et les montagnes. Par le gouffre salé, nous avons ce qu'il nous faut d'air fortifiant d'humidité, de pluie, de chaleur égale, sans parler des centaines de milliers de matelots qui rapprochent les tronçons épars de l'humanité; par la nature du sol, nous avons tous les terrains; la montagne, qui en moyenne reçoit ici deux fois plus d'eau du ciel que le plat pays, \ ,300 millimètres par an au lieu de 575, nous donne ses neiges éternelles, réservoirs des torrents, ses vents rafraîchissants, ses hommes bien trempés qui réparent les pertes de la plaine, ses alluvions qui reconstituent les couches arables épuisées.

Les montagnes les plus chères à l'Europe sont les Alpes, parce qu'elles sont les plus belles et qu'elles nous envoient le plus d'eaux vivifiantes. L'Oural ne darde aucun pic hardi dans les cieux; au nord, il s'affaisse obscurément sur des plaines semi-polaires où vont et viennent des hommes nains ; au sud, il se perd sur des steppes malheureux où des cavaliers sauvages promènent leurs tentes de feutre, où le froid noir, la chaleur obsédante et les vents violents ont tour à tour l'empire et ne laissent point de place à des mois sereins dans le cycle éternellement renouvelé des années. De ses forêts coulent des torrents pleins en toute saison, mais les rivières où ces torrents vont mourir fuient à l'infini dans les bois déserts vers les landes méridionales ou les plaines gelées du nord.

Le Caucase est sublime. Plus haut que les Alpes, il les défie pour la grandeur et ne leur cède que la grâce et la variété; mais est-ce bien une montagne européenne? Il a beau s'allonger entre l'Europe et l'Asie officielles, c'est à l'Asie seule qu'il tient; il s'y enchaîne par les monts et les plateaux qui

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d'Arménie passent en Asie Mineure et en I^ersc. De l'Kurope il ne voit que des plaines qui furent une mer entre les deux parties du monde; ces plaines ont vu défiler les Barbares qui sont devenus les grands peuples modernes, mais elles n'ont été entraînées dans notre orbite que par une récente coaquéte.

Les collines de Russie n'ont rien de la vraie montagne, ni 1 altitude, ni les glaciers, ni les pans fiers, ni les gorges effrayantes. D'énormes fleuves y naissent, la Volga, le Don, le Dnieper, la Dwina, la Neva, la Duna, fleuves côtoyés encore par des solitudes, mais la flamme et la cognée font reculer incessamment la furtît, et des sillons la remplacent où le vent du nord le permet.

Aux monts Scandinaves les grandes cascades, les glaciers dépassant l'horizon, les lacs cristallins avec des sapins et des roches. Sur les flords norvégiens il y a peut-Cire des sites plus grandioses que dans les Alpes, mais il faudrait presque mettre l'un sur l'autre les deux premiers sommets de la Scandinavie pour arriver à tenir lOte au monarque des Alpes. Puis ces montagnes, jotées dans une presqu'île, sont la vie de cette presqu'île seule et non pas celle de l'Europe.

Les peuples nombreux qui s'appuient aux monts Carpathes ont laissé jusqu'à ce jour i\ la nature vierge bien des vallées et bien des forOts de cette grande chaîne en demi-cercle. Les Polonais, les Allemands, les Tchèques, les Slovaques, les Hongrois, les Roumains transylvains, moldaves et valaqucs, les Kuthènes, y boivent les sources de dix mille torrents, p^res du Dniesler, de la Vistule, de l'Oder, des rivières magyares et rouQiaines. Mais, malgré leur longueur et leur étendue, malgré leur partage entre dix nations appartenant à quatre race?, malgré leur richesse en bois et en eaux, malgré l'escarpement de leurs flancs et la hauteur de leur fronton au-dessus des plaines de l'est et du sud, les Carpalhcs, seconde montagne de l'Europe en imporlance, ne peuvent lutter avec les Alpes; il leur manque les glaciers et l'altitude. Comme en Scandinavie, on ne pourrait dresser un pic égal au mont Blanc qu'en superposant deux des géants de la chaîne.

Les monts de l'Allemagne occidentale et centrale, les Vosges»

le Jura, les Monts Français, les massifs de l'Ecosse, du pays de Galles et de l'Irlande n'ont qu'une influence locale; ils font le ïèlief de quelques provinces, ils abreuvent des rivières moyennes, ils servent d'asile à de vieilles peuplades qui gardent l'antique rusticité pleine de sève, les idées et parfois les langues de jadis. Nul de leur massif ne resplendit de neiges assez hautes pour braver l'été, nul pic n'y monte à 2,000 mètres.

Les Français de six départements, les Basques, les Espagnols de la Catalogne, de l'Aragon, de la Navarre, des Asturies, de la Vieille-Caslille et de la Galice sont fiers de la grandeur et du profil de leurs Pyrénées. Mais c'est en vain que ce magnifique mur de montagnes hérisse l'horizon de pyramides bleues et de cimes toujours blanches de neige ; il porte en vain des glaciers, en vain ses cols s'échancrent à des altitudes tout à fait supérieures, en vain ses cirques défient ce que les Alpes montrent de plus solennel, les Pyrénées n'ont qu'une importance internationale: elles font à l'Espagne et à la France une immuable frontière, autrement vraie que celle du Rhin; elles séparent deux natures et deux climats; elles jettent de verts torrents à deux peuples, et trois fleuves, l'Adour, la Garonne et l'Ébre, mais tous ces torrents réunis ne feraient qu'un ruisseau à côté de la rivière qui boirait toutes les eaux des Alpes.

Les sierras d'Espagne et de Portugal, circonscrites à leur péninsule, n'ont que faire dans l'économie générale de TEurope, même la Sierra-Nevada, plus élevée que les Pyrénées; on a détruit leurs forêts, elles n'ont plus assez de sources pour remplir le Douro, le Tage, le Guadiana, le Guadalquivir, et elles stérilisent les plateaux du centre en les sevrant des venl? de la mer. Les Apennins d'Italie sont plus longs que les Alpes, mais ils naissent et meurent dans une étroite presqu'île, et leurs tètes les plus orgueilleuses se tiennent à d'humbles altitudes, comparées aux grandes cimes de la Savoie, de la Suisse et du '1 yrol. Le volcan de l'Etna, l'une des superbes montagnes de la Terre, ne couvre qu'un lambeau de rivage dans une île; enfin les chaînes de la Turquie et de la Grèce ne sortent point de leur péninsule, il n'y a point de glaciers dans leurs régions élevées et si leur Olympe fut pris par les Anciens pour le sé-

jour des Dieux, c'est que les Hellènes ne connaissaient pas l'Occident.

Les Alpes, elles, s'épanouissent sur 2 i millions d'hectares, et leurs douze cents glaciers, répartis sur la Suisse, l'Autriche, la France et l'Italie, couvrent des centaines de milliers d'hectares. Du pied de ces glaciers s'échappent violemment des flots <reau\ troubles qui vont se clarifier dans les lacs dont elles ressortenl bleues ou vertes. Ainsi se forment les plus fameux fleuves de l'Kurope : le Hliiii des Suisses, des Allemands et des Hollandais, le Rhône des Français, le Pô et ses beaux affluents ilaliens, l'isar, l'Inn, la Drave et la Save, branches considérables du Danube. \oilà comment les Alpes étendent leurs bienfaits aux extrémités de l'Europe, jusqu'à la mer du Nord, jusqu'à la iMéditerranée. jusqu'à la mer Noire; c'est dans leurs vallées que les Occidentaux germains ou latins vont se retremper à l'air le plus pur ; c'est au rivage de leurs lacs qu'ils cherchent les plus glorieux spectacles que l'homme puisse contempler, c'est dans leurs déserts suprêmes qu'ils vont fouler les neiges les plus immaculées.

Le quart environ des eaux courantes de l'Europe descend de CCS montagnes centrales, dont la cime culminante, le mont lUanc, qui appartient à la France, atteint 'i,810 mètres. A lui seul, le massif du mont lUanc porte prés de trente mille hectares de glaces éternelles. Sans quitter la Savoie, où il se dresse, les chaînes de la Tarentaise et de la Maurienne sont rhnrpées de glaciers qui renforcent l'Isère; dans le Dauphiné, le mont Pelvoux partage d'immenses tranches de glace entre l'Isère et la Durance. lui Suisse, le mont Hose, rival du mont Rlanc, incline ses névés et ses glaciers entre le Rhône et la plaine italienne; l'Oberland bernois entre le Hhône cl le Itliin; le Saint-tiolhard entre le Hhin, le llhône et le Tô ; la Hernina fournit l'Inn. En Autriche, l'Œlzthal et le Stubaior, rOrtIer, les llauts-Tauern, ont aussi des o mers de gîace » d'une grande étendue.

« Voyez, dit un Allemand, à propos d'une des merveilleuses montagnes de l'Obcrland suisse, la Vierge (Juiigfrau), voyez celte reine, dans lair clair et sublime, sur untrône impérissable; à son front brille une couronne de diamant magique;

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le soleil y lance les flèches de la lumière, mais ces flèches la dorent et ne la réchauffent pas ! » Des pics alpins sans nombre ont droit à ce chant du poëte. La limite inférieure des neiges persévérantes se tient dans les Alpes entre 2,500 et 3,000 mètres; or on n'y compte pas les monts qui s'élancent au-dessus de cette limite; beaucoup dépassent même 4,000 mètre», c'està-dire une altitude supérieure de 600 mètres à celle de la Maladetta (3,404 mètres), qui commande aux Pyrénées. Il y a une différence de J, 400 mètres entre la tête de la Maladetta et la tète du mont Blanc, c'est-à-dire presque toute la hauteur du Puy-de-Dôme, volcan français qui passe chez les Auvergnats pour le sommet du monde : « Si Dôme était sur Dôme, prétendent-ils, on verrait les portes de Rome. » Malgré l'écrasante prédominance des titans de l'Europe centrale sur les géants des Pyrénées, la hauteur moyenne des Alpes ne serait que de 2,350 mètres, tandis que l'altitude des Pyrénées monterait à 2,450. Huit millions d'hommes environ vivent dans les Alpes : les Allemands y font la majorité, puis les Français, que suivent les Italiens; en dernier lieu viennent les Slaves.

Dans les conditions physiques où se trouve l'Europe péninsulaire, comment s'étonner que, ne faisant pas môme le trentième du Globe, elle ait fourni et fournisse encore les peuples et les hommes les plus distingués? Après la Grèce au langage sonore, aux républiques artistes, aux essaims colonisateurs, Rome mit à la place d'une infinité de nationalités détruites le droit, la civilisation, la langue et le sang du Lalium : elle devint ainsi la mère ou la tutrice de nations encore debout en Europe et grandissant en Afrique et en Amérique sous le nom de nations néo-latines. Pendant la nuit du Moyen-Age, deux de ces peuples, les Italiens et les Français, ceux-ci moins que ceux-là, représentèrent dans le monde la science, l'art, la poésie; ils étaient l'espoir de l'avenir, tandis que les théologiens et les sophistes du Bas-Empire versaient le ridicule à flot sur l'illustre nom grec.

A l'aurore de l'ère moderne, deux peuples de TEurope latine, les Portugais, puis les Espagnols, accomplirent comme explorateurs des mers, des forêts, des savanes, des montagnes inconnues, une immensité de travaux héroïques telle que nul

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rameau de l'humanité n'a fourni dans si peu d'années autanl de navigateurs, de découvreurs de pays, de traceurs de sentiers, d'hommes de coups de main, de conquérants (et aussi de bourreaux): de leur prodigieux labeur tout n'a pas disparu avec les aventuriers du quinzième et du seizième siècle; Icui trace est peu visible en Afrique, en Asie, en Océanie, mais la plus belle et la plus féconde portion de la Terre s'est façonnée à la langue et à la civilisation des I.usilaniens et des Espagnols Tandis que les Portugais, les Galliciens, les Castillans, les Andalous, les Catalans, parcouraient le monde nouveau, l'Italie renouvelait l'esprit humain par les grands hommes de la Re naissance.

Dans l'ère moderne, la prépondérance intellectuelle, la supériorité dans les arts et dans l'élégance des mœurs, n'ont jamais, fût-ce un instant, abandonne l'Kuropc péninsulaire. Depuis des centaines d'années c'est elle qui invente, chante, écril, peint, sculpte et bdlit pour le reste du monde; c'est elle aussi qui remplit de communautés envahissantes tous les pays de l'univers que ne lui interdisent pas l'excès de chaleur et les poissons paludéens. Dans l'Asie du nord, dans l'Afrique de l'Atlas, dans l'Afrique australe, dans la double Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande, elle a posé les bases d'empires qui deviendront aussi des Kurope, dans le cas douteux où les nouveaux milieux auraient la puissance de développer le germe européen sans l'abiltardir.

Dans celte tAchc l'I-^urope latine, jadis à la tétc deil'humanilé, prend une part moindre que l'Kurope dite germanique et anglo-saxonne. Les Italiens n'ont point perdu leurs dons artistiques et leur intelligence aigu(', mais ils sont en masse ignorants cl corrompus. I/Kspa^nnl a toujours sa sobriété, sa résistance physique, sa grandeur d'Ame, sa « caballerosidad » et son patriotisme, mais l'Kspagne n'a pas conservé sa prépondérance politique et coloniale. Le Portugal a, pour ainsi dire, cessé de vivre après son prodigieux ciïorl de découvcrlcsV de conquête et de colonisation. La France se maintient en tête avec l'Angleterre et l'Allemagne; elle invente, elle essaie, elle perfectionne, mais il lui manque les vastes colonies qui donneraient A sa langue, à sa lilléralure, à ses idées, à ses sys-

tèmes, l'autorité que l'Angleterre tire des innombrables rejetons dont sa souche hérisse Tunivers. Par nos départements de l'Est, du Rhône, de la Méditerranée, de la Garonne et des Pyrénées, nous contribuons largement <à la colonisation de l'Amérique latine et nous fondons péniblement une nation néo-française dans l'Afrique du nord. Les Portugais soutiennent plus que tout le reste de l'Europe ensemble la race blanche au Brésil. Les Espagnols et les Italiens partagent leurs colons entre l'Amérique espagnole et l'Afrique française.

L'Angleterre déborde sur le monde tempéré et sur le monde austral autre que l'Amérique du Sud .Premiers hommes du monde par l'invention et le calcul, les Anglais le sont aussi par la multitude de pays qu'ils arrachent à la virginité. Comme ils ont pris pied sur beaucoup des meilleures terres du Globe et sur les plus salubres, ils sont aidés par tous dans leur œuvre, mais leurs principaux servants viennent de l'Allemagne et de la Scandinavie. Les émigrants qui contribuent le' plus à développer les nouvelles Angleterre descendent précisément de ces Angles, de ces Saxons, de ces Normands, de ces Erisons, de ces Danois qui fournirent à la vieille Albion l'un des deux éléments du sang anglais. L'autre élément fut le celtique, qui se trouve aussi à la base du peuple français : les prétendus Anglo-Saxons ne sont que des Celtes germanisés, ou, si l'on veut, des Germains influencés de sang celtique.

Les Allemands n'aident pas seulement les Anglais. Ce peuple grand par la patience dans le travail, par le don de la poésie et de la musique, n'est pas moins important par l'instinct qui le pousse à planter partout sa tente. S'ils affluent en masse chez les nouveaux Anglais, les Germains versent aussi des colons dans tous les autres coins du monde où la forêt vierge, les prairies, les savanes, les llanos et les Pampas attendent la venue des envahisseurs blancs. Agriculteurs, ouvriers, mineurs, fondateurs de maisons de commerce, chefs d'industrie, professeurs, maîtres d'école, musiciens, brasseurs, on retrouve partout leurs yeux le plus souvent bleus, leur chevelure le plus souvent blonde, et leur tigure pleine de santé mais béate et rarement belle, sur un corps de taille haute et de forte encolure plus vigoureux qu'élégant et léger. Ils sont

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laborieux, économes, amis des nombreuses familles. Sans trop d'épreuves s'ils se sont fixés dans les logions tempérées, après ia lutte contre l'acclimatenaent s'ils ont émigré vers le sud, ils réussissent, et plus d'une fois c'est par leurs villages qu'a commencé la colonisation des provinces désertes.

I^uisque l'Angleterre répand le plus l'Kurope hors de l'Europe, il faut commencer par elle la description de la patrie des Visages-I'Alcs dont la (Jrande-Hrelagne est Tavant-garde dans le monde. Viendront ensuite la ScandinaNie, l'une des principales sources du sang ani^lais, puis la Russie, masse continentale où s'attache la prcscju'île suédo-norvégienne. Après la Russie, l'Allemagne, l'Autriche, conquise et en partie colonisée par les Allemantls, la lioliande, Allemagne alluviale, la Belgique et la Suisse, terrains mixtes où le Germain fait face aux Français.

Ainsi l'on traitera d'abord le nord, puis l'est et le centre. La France, type de l'Occident, sera renvoyée à la fin du livre, avec ses colonies, comme faisant un tout beaucoup plus développé. Suivront les péninsules méridionales, l'Fspagne et le Portugal, l'Italie, enfin la Turquie et la Grèce, qui sont vis-àvis de l'Asie.

Le Royaume-Uni, on lîoyaume Britannique, l'archipel le plus grand d'Europe, est séparé de la France par la Manche, de la Belgique, de la Hollande, de l'AlIenoagne, du Danemark et de la Norvège par la mer du Nord. A l'ouest se prolonge indéfiniment l'Atlantique, route de l'Amérique du Nord, tandis que dans la direction du Pôle s'étend une mer d'abord semée d'archipels, puis dénuée dites jusqu'à l'Islande et à la solitaire Jean Mayen. La Manche, mère des naufrages, arrache annuellement de longues tranches de falaises à la côte qui regarde nos départements de la Seine-inférieure, de la Somme et du Pas-de-Calais, puis le flot traîne ces débris à la plage de Hollande et au rivage oriental de l'Angleterre. Ainsi s'agrandissent deux plaines d'alluvions inépuisablement fertiles : en Hollande les polders^ en Angleterre les fens du Wash et de l'Humber. La Manche est peu profonde : si elle baissait de 00 mètres, l'Angleterre aurait un pont vers la France ; si de son côté, la mer du Nord baissait de 200 mètres, l'archipel Britannique tiendrait à l'Allemagne, non à la Norvège, qui est bordée par une fosse de 800 mètres de profondeur.

L'étendue des îles Brilanniques, sensiblement égale à celle de la Norvège, n'est guère que de 31 millions d'hectares, moins des trois cinquièmes de la France, mais leur population de 31,817,108 habitant?, dix-huit fois plus forte quecellode la Nor. vége, atteint les cinq sixièmes de la nôtre. C'est qu'il n'y a pas au monde un pavs mieux cultivé; il n'en est guère de si riche en raines; il n'en existe pas qui extraie autant de houille, qui forge autant de fer (les deux tiers du fer fabriqué sur le Clobf), qui tisse autant de laine et de colon. Son peuple est le premier 8ur terre pour l'activité, l'industrie et le commerce.

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