I.e Hoyaume-Uni comprend deux grande îles, la Bretagne
ou GRANDK-BnKTAGNE Ct I'IrLANDE.
LA GRANDE-BRETAGNE, qui renferme à son tour trois pays, l'Angleterre, le pays de dalles cl l'Ecosse, est l'île la plus étendue d'Europe : avec son cortège d'îles intiniment plus petites, elle a 23 millions d'hectares, habités par plus de 2G mili(tns d'hommes. Proportionnellement, la France contiendrait 23 millions d'Ames de plus. Allongée, plus large au sud qu'au nord, et au nord qu'au centre, elle est entourée par une mer frangée de tant de baies et d'estuaires que le développement de ses cftles d('passei.;iOO kilomètres, et que même au sud, dans la partie la plus ample, il n'est pas d'endroit situé à 90 kilomù- Ires du rivage marin ou des eaux salées qui remontent les fleuves.
I/ouest, le centre, le nord de l'île, c'est-à-dire la prcfqu'ile de (iornouaille, le pays de Galles, le Uerby, le Cumberland, le Westmoreland et l'Kcosse, sont montagneux. Ine plaine trèsféconde, de sol calcaire, et des collines d'une admirable verdure remplissent l'est et surtout le sud, l'Angleterre proprement dite, où les prairies forment les trois cinquièmes du domaine cultivé. Peu de montagnes s'élèvent au-dessus de 1,000 mètres, aucune n'arrive ;\ 1,500, mais la nature des roches, la haute latitude, le \oisinage d'une mer humide, donnent aux chaînes anglaises, galloises, écossaises, plus de grandeur, d'austérité, de neiges qu'on ne le préjugerait de leur médiocre hauteur. I/aboudance de leurs mines de houille, d'étain, de fer et de plomb est pour beaucoup dans la puissance de l'empire Britannique, et de fortes cités industrielles prospèrent dans des vallées et sur des plateaux qui semblaient devoir toujours rester champs de bruyères, pauvres pAluragcs ou forêts.
Sous d'incessantes nuéi's toujours prêtes î!i se fondre en pluie, les monts du (Uimherland cl du Westmoreland groupent leurs jolis lacs et leurs sommets sauvages le long de la ligne de faîle entre la mer du Nord et la mer d'Irlande; leurs cimes dépassent 1,I00(» mètres, altitude qu'atteignent à peine les monta Pcak ou monts du Derby : celte dernière chaîne aux grottes célèbres, aux vallons ravissants, n'est pas éloignée do
Manchester. Les monts Cambriens hérissent le pays de Galles^ au-dessus des baies de la mer d'Irlande et du canal de Saint- Georges. Les monts Dévoniens (400 met.) se redressent entre le canal de Bristol, ou estuaire de la Severn, et la Manche. Des roches désertes, des bruyères attristent leurs versants. Les torrents de leurs vallons supérieurs courent à des vallées attrayantes ; les petits fleuves de ces vallées finissent en face de la mer violente sur des plages arrondies en baies qu'animent de gros villages de pêcheurs et des villes de bains luxueuses.
Le massif dévonien s'épointe en une péninsule, la Cornouaille, pays de mineurs, de pêcheurs, de marins. La Cornouaille n'a plus de forêts, sa richesse est dans son cuivre, son étain, son plomb et sa terre à porcelaine. Sa côte poissonneuse, cerclée de falaises dont les grottes riveraines usent leurs parois au clapotement des vagues, se termine par les roches de serpentine du cap Lizard et par les granits du cap Land's End. Les falaises comiques sont le plus souvent constituées par de sombres assises d'ardoises dont les écroulements successifs ont laissé tout un rivage de roches diversement fouillées par la mer enragée qui bat ce littoral. De ces roches, les unes émergent, et la vague ne les dérobe que pour un instant sous des cascades assourdissantes où l'eau verddtre se mêle à l'écume blanche; d'autres se cachent sous le flot et ne sont pas moins redoutables.
Une telle mer, à l'entrée de la Manche, grande route de navigation, et du canal de Bristol où se blotissent tant de ports, prend sa grande part des deux mille, naufrages qui éclaircissent tous les ans la prodigieuse flotte de quatre à cinq cent mille vaisseaux partant des havres britanniques ou y rentrant avec les dépouilles du globe. Elle engloutit aussi beaucoup de bateaux de pêche, car la Cornouaille prête ses anses à plusieurs milliers des 175,000 pêcheurs de l'archipel breton. Jadis les riverains de la mer comique pillaient les navires jetés par l'orage sur leur côte, souvent ils achevaient les naufrages ; quelquefois ils attiraient les navigateurs à leur perte par des lumières trompeuses. Aujourd'hui le Royaume-Uni n'a pas de sauveteurs plus intrépides que les hommes de la Cornouaille.
Des lacs, des marais, des brandcs mouillées, sortent des ri-
viôres qui ont peu de chemin à faire pour atteindre la mer> mais constamment renforct^es par les ruisseaux nés des pluies d'un ciel fertile en ondées, elles roulent, mtîme en été, beaucoup d'eau : ainsi la Thames, ou Tamise, large fleuve de Londres, les cours d'eau qui tûMibcnl dans les estuaires du >Vasli et de rilumber, la Severn aux bords ravissants, et les clairs et froids torrents de l'Ecosse
Autant qu'à ses ports sûrs et nombreux, autant qu'à la fécondité de tout ce qui n'est pas versant de montagne ou côte hérissée d'écueils,. autant môme qu'aux minéraux utiles enfouis sous terre, la Grande-Bretagne doit î«a force à sa position insulaire, aux vents de mer, au Courant du Golfe. Grâce aux cflluves océaniques, il y pleut beaucoup, il y neige peu ; il y tombe annuellement une quantité de pluie variant selon les lieux entre iiO centimùtres et prùs de 4 mètres (côte occidentale du Weslmorelandj ; la moyenne est de 89 centimùtres, 12 de plus qu'en France. Sa latitude en ferait une Scandinavie, un Labrador, une solitude de glaces, de marais gelés, de forOts froide?, d'hivers sans terme; au lieu de cela, c'est une terre brumeuse, aux rivières remplies jusqu'au bord, aux prés verts, aux moissons opulentes, aux arbres hauts et pleins de sève, aux campagnes surabondamment peuplées, aux villes qui sont des fourmilières humaines.
Les frimas n'y régnent que sur la montagne; dans les vallées abritées, dans la plaine basse, sur le rivage, principalement au sud-ouest, l'Anglais et l'Lcossais, à côté du désagrément do brumes épaisses et tenaces, jouissent du privilège d'une température presque toujours la mûme. Comme dans le nord-ouest de la France, le myrte et le laurier-rose y bravent les mois d'hiver, et la gloire du midi méditcrrannéen, l'oranger, en espalier il est vrai, porte dos fruits dans los vallons les mieux abrités de la presqu llo qui fait face à notre Bretagne. Plus encore, l'aloës y grandit en allées, et son compagnon d'Afrique, le palmierdallicr lui-mèmo, y narguo l'hiver ; il ne s'y réfugie point dans les serres, il y tlourit et ses fruits mùrissont.
Au long déshonneur de l'Angleterre, il n'est pas de pays où l'homme ait à se* j)laindre autant dos autres hommes. Pe cette ruche trop vanlèe on ne doit célébrer que l'ordonnance, la
discipline et le labeur. En ceci Albion est perfide, elle éblouit par la bonne tenue, le travail la richesse, la fécondité, l'essor de l'émigralion et la multitude des navires; mais derri(>re l'étalage de l'opulence, un formidable déploiement de misère, auparavant inconnu dans le monde, menace d'une catastrophe l'oligarchie des « grandes existences anglaises. » Ses lords, ses grands usiniers, ses commerçants, les premiers du monde, ont élevé des fortunes colossales sur l'écrasement de millions de terrassiers, d'ouvriers, de mineurs et de matelots. Comme un dynaste couleur de suie des bords du Niger, ils ont assis les fondements de leurs palais dans le sang des condamnés. On sait quelle destinée accable l'ouvrier des grandes villes anglaises et le mineur étouffant dans les profondeurs de la houille. Le travailleur des champs ne souffre pas moins, car il n'est pas maître du sol qu'il remue. En Angleterre, le paysan n'existe pas, mais seulement le laboureur et le berger à gages; au-dessus de ces misérables règne le fermier, au-dessus du fermier le landlord, ou grand proprie'taire. 11 paraît qu'une douzaine de landlords possèdent la moitié de l'Ecosse, et cent cinquante la moitié de l'Angleterre.
Sans le pays de Galles, l'Angleterre n'a que treize millions d'hectares, mais elle compte près de vingt-deux millions d'habitants. Avec la principauté de Galles, elle n'en possédait que neuf au début du siècle. Étant donné le chiffre très-considérable de l'émigration annuelle vers presque tous les pays du Globe, on serait surpris d'un tel accroissement si l'on ne savait que pour cent morts il arrive tous les ans cent cinquante-six nouveaux-nés à l'Angleterre (cent quinze seulement en France). Dans les dix années qui viennent de s'écouler l'Angleterre a gagné plus de 2,500^,000 âmes, et maintenant la population y augmente en moyenne de 1,173 individus par jour, sauf la perte par émigration. Si elle était peuplée au mc^me degré, la France aurait 90 millions d'hommes. Plate ou faiblement ondulée, hors en Cornouaille et dans les montagnes voisines de l'Ecosse, elle est le centre minier, agricole, industriel, commercial, politique et social du Royaume-Uni,;lecœur de l'immense empire Britannique.
Les Anglais, qui de là se sont répandus sur l'Ecosse, l'Ir-
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lande et le reste du monde, procèdent du mélange de l'ancienne population celtique avec les Germains, les Scandinaves, les 'Normands de France venus avec et après Guillaume le Conquérant, les très-nombreux Flamands qui s'établirent en Angleterre au ïiv% au iv% au ivi^ siècle, les Wallons qui vinrent à partir du règne d'Fdouard VI, et les 120,000 huguenots français qui cherchèrent un asile dans l'île bretonne, à la suite de la révocation de ledit de Nantes. Fn échange d'un lieu où reposer leur tOle, ils apportèrent aux Anglais diverses industries; les Flamands l'avaient fait avant eux. Presque toutce qui fait aujourd'hui la suprématie de l'Angleterre lui vint du continent, mais elle a tout perfectionné et agrandi.
La race anglaise, qui aujourd'hui se mélange en Angleterre même d'éléments irlandais, allemands, français, italiens» est fort bien Ircmpée. Pour la force du corps, pour la solidité de l'inlelligenco, pour la rectitude du jugement, elle n'a rien à envier aux mieux pourvues. Les Anglais possèdent au plus haut degré l'esprit d'initiative et d'invention, l'ardeur des aventures , l'instinct du commerce, la passion de s'enrichir, la ténacité, le courage réfléchi. Mais ils sont très-personnels et descendent aisément jusqu'à l'égoïsme; froidement violents et tournent souvent à l'injustice, à la grossièreté et à la brutalité ; inquiets, et leur inquiétude devient défaut de sociabilité, aigreur de caractère, habitudes fantasques, dégoût de la vie et suicide.
La langue anglaise, germaine à l'origine, très-fortement mêlée de français et de mots mutilés et défigurés empruntés à tous les idiomes, est simple, fort riche, singulièrement poétique, malheureusement sourde, et laide dès qu'elle n'est pas parlée avec dislitiction ; elle a été l'organe de plusieurs des principaux génies du monde, savants, penseurs, écrivains et poètes, l'ar les colonies que l'Anglolcrre sème sur le Globe, parla prépondérance industrielle et commerciale des Anglais, elle s'élève de jour en jour au rôle de langue générale, comme le fut le latin, comme l'es! pour quelques années encore le français. L'Amérique du nord, l'Australie, l'Afrique du sud, sont ou seront son domaine exclusif; déjà près de 80 millions d'hommes parlent ou comprennent l'anglais, et ce nombre
croît d'un mouvement accéléré, de 1,300,000, et peul-ôtrc de 4,500,000 par an dès aujourd'hui. Les Anglais sont en grande majorité protestants.
L'Angleterre a 15 villes au-dessus de 100,000 habitants.
Londres, en anglais Lonrfon, capitale, loge 3,983,082 individus dans plus de 300,000 demeures. Cette ville, qui n'avait que 35,000 habitants il y a cinq cents ans, renferme donc maintenant plus du soixante-dix-septième de la population de l'Europe, et le trois cent cinquante-cinquième de celle du Globe. C'est la première ville du monde par le mouvement des affaires etl'immensité du commerce. Non cerclée de murs, sans obstacles naturels devant elle, Londres absorbe, à mesure que la mer des maisons s'avance, des hameaux, des bourgs, de grandes cités. De là son accroissement formidable, et l'on a dit d'elle : ce n'est plus une ville, c'est une province couverte de rues. Elle a cinq fois l'étendue de Paris et deux fois seulement sa population : Londres, où les maisons ne sont pas hautes comme à Paris, renferme de longs parcs, de vastes étendues non peuplées, des quartiers aristocratiques dont chaque palais prend de larges espaces pour ses cours, ses écuries et ses jardins. La ville s'allonge sur les deux rives de la Tamise, large de 350 à 450 mètres, soumise à la marée et accessible aux grands vaisseaux. L'humidité du climat, les brouillards du tleuve, les nuages, les pluies fines, la fumée de la houille, créent une atmosphère lourde, opaque, obscure et désagréable à cette énorme cité. Le commerce de Londres, supérieur à lui seul à celui de n'importe quel pay?, hors la France et l'Amérique du Nord, forme les deux cinquièmes du commerce total du Iloyaume-Uni.
Liverpool (500,000 habitants), sur la Mersey, près de la mer, agrandi tout à coup. Elle ne comptait pas 80,000 âmes au commencement de ce siècle. C'est le second port de l'Angleterre, le centre principal des relations avec l'Irlande. Nul port d'Europe ne reçoit autant de coton d'Amérique, nul n'envoie en Amérique autant d emigrants d'Europe : Anglais, Écossais, Irlandais, Allemands, Scandinaves.
Manchester (350,000 hab.), à moins de 50 kilomètres de Liverpool, est à la tôte des villes du Globe pour le nombre et
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l'importance des établissements qui travaillent la laine et le coton. Une petite riviùre la sépare de son faubourg, Salford (125,000 hab.). Pour la croissance rapide, Manchester maiche presque de pair avec Liverpool, Elle n'avait pas plus de 94,000 habitants en i«00.
Birmingham ^3ii,000 hab.) dépasse toutes ses rivales dans l'industrie du fer et des autres métaux; elle produit tout objet métallique en quantités incroyables, des plus grosses machines aux plumes d'acier, des armes de chasse et de guerre aux aiguilles les plus fines, il y a tant de marteaux bruyants, de nuages de fumée, de feux de forge, de visages noircis à Birmingham et dans les environs, que les Anglais appellent la contrée Pays (les Cijrltiijcs ou Terre de l'Enfer,
Leeds (260,000 hab.), tisse plus d'étoffes de laine qu'aucune autre ville du Hoyaume-Uni.
Sheffleld (•J'tO,000 hab.), est comme Birmingham un colossal atelier d'ouvriers en métaux : on y fabrique surtout des couteaux et des ciseaux.
Bristol (183,000 hab.), troisième port de l'Angleterre, s'étend le long de l'Avon, faible fleuve que la marée rend navigable. L'Avon se jette dans l'estuaire de la Sévcrn, qui est l'exlréniité la plus reculée du canal de Bristol, où le flux monte îi 18 mrti'os de hauteur.
Bradford ( 1 i.i.OUO hab.\ non loin de Leeds, a fondé sa prospérité sur la laine, la houille et le fer.
Stoke-sur-Trent (131 ,000 hab,), livre beaucoup de poteries.
Newcastle (I2S,0()0 hab.; 170,000 avec les faubourgs), sur la Tyiic, prùs de la mer du Nord, tient le premier rang pour l'exportation de la houille.
Avec sa banlieue, Huddersfield a 130,000 âmes. Celte ville, située entre Manchester et rocd:^, tisse la laine en grand.
Hull (122,000 hab.), sur lllumbcr, prés de la mer du Nord, ne le cède comme port de commerce qu'i\ Londres, Liverpool et Bristol.
Plymouth, port de guerre, renferme 118,000 habitants, si on lui a[(rii)iit' Devonport, ville continue.
Snnderland (100,000 hab.), sur la \Vear, prés de Newcastle, construit un trés-graud nombre de navires*
Beaucoup d'autres cités de la Grande-Bretagne approchent de cent mille habitants, quand on leur donne leur étendue véritable, c'est-à-dire quand on leur ajoute la population des bourgs, des villages, des hameaux, des grands établissements industriels qui sont leurs dépendances naturelles. En réalité, certains districts de l'Angleterre proprement dite sont devenus d'immenses villes çà et là pénétrées par la campagne, et tel canton presque désert il y a deux cents ans, compte aujourd'hui par milliers ses cheminées d'usines. C'est principalement autour de Londres et dans le comté de Lancashire (pays dcLiverpool et de Manchester) que les rues des commerçants, des industriels et des rentiers empiètent le plus sur le domaine du berger et du laboureur.
Le PAYS DE GALLES n'a guère que 1,900,000 hectares et 12 à 1,300,000 habitants. Les vallées y sont profondes, les torrents rapides, la nature sauvage, les montagnes sëvùres, environnées de nuées, de brumes et de pluies, semées de monuments barbares, de dolmens, de menhirs, de cromlechs, et de ruines énormes de forteresses féodales. Le mont le plus élevé du pays, et en même temps de l'Angleterre, est le Snowdon (1,077 met.). La houille et le fer remplissent les coteaux et les monts gallois, et l'industrie métallurgique y a pris un développement formidable. La fumée noire des usines géantes y monte lourdement en spirales épaisses dans un air brumeux, opaque et mouillé; des vallons jadis abismaux ou d'un calme austère y retentissent du bruit des marteaux, la cheminée des fabriques y salit l'air et le sol, et les rivières, autrefois transparentes, mènent aujourd'hui des flots contaminés à la Severn, au canal de Bristol, à la mer d'Irlande. Dans les prairies que l'humidité du ciel garde en fraîcheur perpétuelle paissent des troupeaux de petits moutons et de bœufs noirs.
Le peuple gallois, appelé welche par les Anglais, a longtemps combattu contre les Saxons avec un courage digne du peuple qui avait pris pour devise : « la vérité contre tout le monde I » Après les défaites de la fin du xni° siècle, les Gallois ïc relran- ( lièrent dans leurs forteresses naturelles, au-dessus du plat
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pays saxon. Ils y ont conservé presque partout leur type, leurs mœurs, leur cymraeg, qui est un vieil idiome celtique, mais déjà beaucoup de Gallois parlent aussi ou comprennent l'anglais. 11 leur arrivera comme à leurs frtrcs de la Cornouaille, qui ont dcTHiitivcraent délaissé l'idiome antique de leur presqu'île, il n'y a pas encore cent ans. Plus bruns, plus petits, plus trapus que les Anglais, les Gallois s'occupent moins de l'agriculture que de la pCclie, du pastorat, du travail des mines et de la mélalluigie. Ainsi que t^u^ les peuples berger?, ils sont généralement tristes, contemplatifs et superstitieux. Aucune \ille du pays de Galles n'oiift'rme 100,000 habitant?, mais Merthyr-Tydvill (S.i,000 Ames) est fort importante par ses forgi's. Mtrlhyr-Tydvill, sur la TalT, est un groupe d'immenses usines éparses ; elle a été surnommée la Capitale du Fer.
i/ÉCOSSE est proverbiale comme la Suisse, l'Italie ou l'Andalousie. Veut-on représenter la rudesse des monts, la solitude des bruyères, la nudité des horizons, on rappelle aussitôt lt>s Tli'jhl'uvh ou montagnes de l'Kcosse. Cette contrée est fière de la cahnc beauté de ses hch (lacs), de l'austérité de ses glen (vallons), de la mcMancoliede ses clichan (hameaux), de la sévérité de st's ruines féodales, car tout site Apre de cet Apre séjour, que Home ne soumit pas, avait son donjon, tout site gracieux ou relire et propre ;\ la méditation, son monastère. Malgré les guerres de seigneur <\ seigneur, malgré la longue lutte nationale sonlenue pnr les Kcossais contre les Anglais, malgré le climat dont les pluies per?évérantes descellent insensiblement les murailles, il reste beaucoup de ces manoirs, depuis le château cerné de pins de Glamis, où Macbeth égorgea Malcolm, jusqu'aux demeures où pissa la belle Marie Stuarl, qui fut reine d^' i'ranre. Il y eut pendant plusieurs siècles de grandes relations entre la France et l'I^cossc; ces deux pays se protégeaient inuiuellement contre l'absorbante Angleterre, et longtemps nous n'cOmcs pas d'alliés plus fidèles que les Kcossais.
Une autre splendeur de l'Hcossc, c'est une mer d'une sombre majesté, brumeuse, orageuse, coupée en /îr//Ks(golfes très-avancés dans les terres), hérissée de caps et de falaises, bardée d'île
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et de traînées d'écueils, et rapide en ses détroits jusqu'à des vitesses de quinze à vingt kilomètres à l'heure. L'Angleterre elle-môme n'a pas un litloral aussi frangé que l'Ecosse, et le flot de l'Océan ne s'y rapproche pas autant des montagnes de l'intérieur. Le pays doit beaucoup à la mer; bien des milliers d'hommes s'y soutiennent par la navigation et la pâche, qui ne trouveraient pas à vivre dans les glens marécageux et sur les croupes ingrates qui enlèvent à l'Ecosse des millions d'hectares. Les vallées vraiment fertiles y sont rares et de peu d'étendue; la population, très-serrée pour le peu de valeur du sol, s'entretient surtout parles troupeaux, l'industrie, le commerce et la marine.
L'Ecosse renferme trois chaînes de montagnes, les Cheviots, sur la frontière anglaise; les Grampians, au centre du pays; les Monis du Nord, en face des Hébrides, des Orcades et de la mer qui va jusqu'à l'Islande. Ainsi, à l'inverse de l'Angleterre, qui est surtout en plaines et en coteaux bas, l'Ecosse est presque toute en montagne. Dans ses chaînes généralement nues, le rustique pin sylvestre domine, et après lui d'autres résineux formant des forêts accrues sans relâche par le reboisement. Le plus élevé des Cheviots dépasse à peine 800 mètres. Dans les Grampians trône le Ben-Nevis (1,33J mètres), sommet principal de tout l'archipel Britannique : il se lève près de la rive d'un firth au fond duquel commence le canal Calédonien. Le canal Calédonien va d'une mer à l'autre, des eaux qui touchent presque l'Irlande au littoral d'où l'on verrait, si la distance était moindre, la citadelle des monts norvégiens s'escarper sur les flols : il a profilé de plusieurs lacs et de quelques rivières, en un mot de la dépression générale qui sépare les Grampians des massifs du Nord.
^ Sous une voûle qu'abandonnent peu les nuages, el où le soleil ne brille en tout que 1,600 à 1,800 heures par an, les sources bien abreuvées et les gouttes qui filtrent dans la trame desbruyères s'unissent en rivières limpides qui aiment à se reposer au sein des lacs, après s'être fatiguées et brisées sans fin dans l'effort des rapides, le travail perdu des remous et le sauvc-qui-peut des cascades. Parmi ces rivières, toutes trèsbien fournies pour la faible étendue de leurs bassins, viennent
au premier rang : la Tweed, qui sert un moment de limite avec l'Angleterre ; la Clyde, renommée pour les eouvenirs de l'histoire, les paysages de sa vallée supOrieiiro, l'immense industrie et le commerce de se^ rives inférieures; le Forth et le Tay, qui finissent par deux grands firt/i; la Dçe, qui débouche à Aberdeen, ville active et populeuse construite en granit; la Ne-s, qu'utilise le canal Calédonien. Parmi le> lacs, le loch Lomond (1 1,000 à 12,000 hect.) passe pour le plus beau : voisin de l'estuaire de la Clyde, où il se verse par la rivii^re Leven, il est dominé par le Ren Lomond (975 métrés). Il a 240 métrés de profondeur.
Les huits millions d'hectares de l'Ecosse renferment ^ H, 360,000 habitants.
La majorité rt'vient aux Lotviandrrs ou gens du pays ba?, <iermains mêlés de Celles en proportions mal connues. Les Lowlanders parlent anglais; ils sont supérieurs%ux Anglais purs par 1 1 taille, la force, la sociabilité, l'amour de l'étude; et ne leur ccdenl en rien pour l'éner^iie el les aptitudes agricoles,industrielleset commerciales; mais souvent l'i-goïsme, la sécheresse, la bigoterie, l'intolérance et l'ctroitcsse d'esprit gâtent ces solides caractères d'hommes. Les Hii/hlanders ou gens de la monlagne sont rc^stés en partie Celles par le sang, par les mo'urs et la langue; on les nomme (îa^ls. Environ 400,000 d'entre eux ont gardé leur antique idiome. Les Highlanders cl les Lowlanders sont protestants. Alliés el non soumis ;\ T.Vnglelerre, sous le même gouvernomeni, mais avec des iraiiilions et des mœurs dilVércntes et un autre esprit national, les Écossais partagent avec elle le sceptre de l'industrie, du commerce, de la colonisation : les éuiigranls les plus intelligents, les plus fermes, les plus travailleurs de ceux que le Uoyaimie-Uni essaime dans le monde sont précisément les Écossais.
Trois \illes écossaises ont 100,000 habilants ou plus.
Glascow {440,(100 habitants; 80,000 en 1800), le Liverpool et le Manchester de TLeoPse, occupe le bord de la Clyde.
Edimbourg (180,000 hab.), capitale, centre social et littéraire, dans une adn(^iral)le position, étend ses vieilles rues et ses beaux quartiers neufs près de la baie du Forth, au pied d'un de-
mi-cercle de hautes roches basaltiques isolées les unes des autres. Dundee (100,000 hab.), sur l'estuaire du Tay, file, trafique
et navigue.
L'IRLANDE, la seconde grande île de l'archipel, est \hi peu plus vaste que l'Ecosse : avec ses 8,225,800 d'hectares, elle est deux fois et demie plus petite que la Grande-Bretagne. Elle ressemble beaucoup à l'Angleterre et à l'Ecosse. Erin ou la terre de l'Ouest, ainsi que l'appelaient les Erses, ses habitants celtes, Erin a comme elles des côtes extrêmement découpées, surtout au couchant.
Comme elles et plus qu'elles encore, elle doit à sa mer tiède et brumeuse, plus chaude en moyenne d'un degré que l'air reposant sur l'île, un climat d'une égalité et d'une douceur proàigieuses pour une contrée située sous la même latitude que la Russie centrale. Dublin, sur la côte orientale, a la même température annuelle (10 degrés) que New-York, qui se trouve à 43 degrés plus au sud, et le rivagt; méridional, supérieur encore au littoral de Dublin, est en moyenne aussi chaud, sous le 52'^ degré, que les plages américaines qui sinuent sous le 38«.
Erin reçoit par tous les vents tant de pluie fines (227 jours par an), que ses riviùres, ses lacs, ses marais restent presque constamment fidèles à leur niveau, et que les gazons et les arbres y gardent en été la merveilleuse fraîcheur qui a valu à l'Irlande les noms d'Ile Verte, de Verte Erin, dllc de VÉmeraude. On eût pu l'appeler aussi la Terre du Lierre, car le « manteau des ruines »> y croît avec une vigueur sans pareille. Le laurier grandit en plein air jusqu'à une hauteur de dix mètres dans le comté de Tippérary, et à Dublin l'un de ces arbres frileux monte à quinze mètres.
L'Irlande est une plaine peu élevée, faite de prairies sèches et de prairies mouillées ou hogs, d'îlots d'alluvions, de lacs, de marais, de champs de tourbe, ceux-ci d'une étendue immense, le septième dit-on, de toute la superficie d'Ériu. Les grands arbres y sont extrêmement rares, et si les Irlandais coupaient toutes leurs forêts et leurs taillis d'un coup, au boui de sept ans ils auraient, dit-on, consume jui^i]u'a leur dernière
branche. Pas de montagnes au centre, où nulle part l'altitude ne dépasse 100 mcMres ; le long des côtes, «les chaînes isolées, tourmentées, nues. Au sud-ouest, dans les monts du Kerry, le Carran-Tual (1,020 mètres) est le géant de lile ; au pied de la chaîne où il est souverain, miroitent des golfes marins allongés en fiords et les lacs charmants du pays de Killarney « la Suisse irlandaise. I) Le lac Neagh, moins beau que les trois lacs de Killarney, mais beaucoup plus grand (3S,000 hectares), s'écoule parle Baun vers le littoral du nord. Le Shannon, fleuve central, a peut-être plus d'eau que (ouïe autre rivière de l'archipel; il traverse des lacs î^rauds et petits et bouillonne en rapides au-dessus de Liracrick et de son entrée dans le long esluaire qui le conduit à la mer de Touest.
L'Irlande renferme près de cinq millions et domidhabitants, les sept dixièmes bruns. Or, les nombreux conquérants de rile^ des premiers en date jusqu'aux Anglo-Saxons des derniers siècles, étaient généralement blonds. Les envahisseurs n'ont donc exercé qu'une action restreinte sur les vieux autochlliones au visage brun, aux yeux et aux chevaux noirs. Vers le milieu du douzième siècle l'Angleterre commença la conquête de cette île, dont la bulle d'un pape venait de lui faire cadeau. L'Irlande, ;\ cette époque, appartenait à des scpts, clans qui se bataillaient ; elle contenait aussi des milliers de guerriers et de colons danois. 11 faut franchir plus de quatre siècles pour trouver Krin complètement soumise aux exacteurs anglais, A la suite des guerres de religion qui tinirent par le protecloral de Cromwell.
Il y a cent ans, l'Irlande ne renfermait que 1,872,000 habitants. Après l'introduction de la pomme de terre, nourrissant plus à champs èf^aux (jue l'avoine, la p(»[)ulation s'accrut à vue d'ceil, concurremment avec la pauvreté, sur les terres fertiles que possédaient quelques milliers de larjdlords d'Angleterre. Il vint tant d'enfants dans les pauvres cabanes en ton his couvert (le chaume, ces enfants résistèrent si hien A l'indigence cl à la saleté, côte à côte avec le cochon de la chaumière, qu'il y avait en 1^22,0, 800,000 âmes dans Lrin, et s millions douze ans plus tard : autant que :iO millions d'hommes en France. Ces 8 millions d'Irlandais ne cultivaient pas un sol qui leur
appartînt. A l'instar do l'Angleterre et de l'Ecosse, l'île étail aux mains d'un pelit nombre do propriétaires anglais, et de nos jours encore, elle se partage entre environ neuf mille possesseurs : sur ces neuf mille seigneurs terriens, moins de la dixième partie tient à elle seule presque tout Erin, et d'immenses estâtes (domaines)^ quelques-uns admirablement soignés, entretiennent de grands troupeaux sur de savoureuses prairies coupées de champs de pommes de terre, de champs de lin, de tréfliôres.
11 y a donc maintenant en Irlande deux millions et demi d'Irlandais de moins qu'il y a trente années. Opprimés par les Anglais, dont les sépare une haine d'origine et de religion ; mourant de faim sur un sol confisqué sur eux par l'ennemi, les fils d'Erin ont émigré, et émigrent en masse vers l'Angleterre, l'Ecosse, le Canada, les États-Unis, l'Australie. Ils modifient ainsi de plus en plus, jusque dans la mère-patrie, par l'apport d'éléments anté-celtiques et par le mélange de familles celtes, vivaces, turbulentes et fécondes, la race dite anglo-saxonne qui formait autrefois le fonds principal de la population de l'Angleterre et des colonies anglaises.
Sur une portion de la côte occidentale, dans quelques districts en face de la grande île et dans plusieurs comtés du nord, répondant à l'ancienne province d'Ulster, prédominent le& Anglais et les Écossais, principalement des descendants de protestants presbytériens immigrés à l'époque des guerres de religion. Partout ailleurs, surtout dans le centre et vers le sudouest, la population est presque exclusivement erse, mais si le caractère national reste le même, si l'Irlandais pur est toujours ardent, tracassier, querelleur, sans souci, mobile, peu maître de lui, poi té aux evtrémes, s'il a gardé toute sa ferveur pour la religion catholique, il oublie de plus en plus sa vieille langue. En 1861, f, 106, 000 Irlandais seulement parlaient erse et pouvaient se rendre compte du cri national de « Erin go bragli ! » a Vive l'Irlande ! » Ils habitaient surtout l'intérieur, par exemple le comté de Tippérary, et les rivages de l'occident et du midi. 165,000 au plus ne connaissaient pas l'anglais. »
Les quatre cinquièmes des Irlandais se rattachent à Home. Los i^roteslants habitent principalement au nord-est, vers Bel-
46 CÉOGRAPUIE.
fust et Londondcrry, dans un pays colonisé par les Anglais, la province d'LUler terminée ç."i et là sur la mer par dt>s falaises de basalte. Les aulres provinces portent les noms Irt'îs-peu employés de Leinster, Munster et Connaught.
L'Irlande, agriiole et surtout pastorale, est peu industrielle. On n'y trouve pas comme en Angleterre et en Lcossc des districts manufacturiers où les grosses villes touchent aux grosses villes, les grandes usines aux grandes usines.
Dublin (30<i,Ono h.\ sur le LilTey, prés delà mer d'Irlande, s'appelle cli(!Z les Celles irlandais Balla-na-Ckujh; c'est la capitale de l'île. Peu d'industrie, vaste commerce. Le quartier riche, ou anglais, n'a guère de rivaux en Lurope ; le quartier pauvre, ou irlandais, fait mal à voir.
Belfast (170, 0(0 h.), ville industrielle et port commerçant à l'embouchure du Lagan, est la cité du lioyaume-Uni dont la population a le plus grandi dans ces derniùres années.
Cork, [lorl excellent de la côte du sud, sur le Lee, a\ ail plus de l(»o,(io<i habitants, mais il a diminué avec toute l'Irlande, hors Dublin et Belfast.
Trois îles relèvent de l'Angleterre, ^Vight, Anglesea, Man, sans compter les îles Normandes, ou îles du Canal, qui sont des dépendances géographiques de la Fiance et n'ont pas encore répudié leur langue et leurs coutumes françaises (V. France, W partie).
'Wight (:.o,<ioo hectares, 51,000 hab.) regarde Porlsraouth, grand port de guerre, et Southampt^n, grand port de commerce. Sa ceinture de flots lui vaut nu climat humide et doux, beaucoup de villas et en été le séjour de nombre de riches, d'oisifs, de baigneurs.
Anglesea (i8,O00 hectares, 45,000 hab.), réunie par deux ponts à la cAle galloise, n'a pas d'arbres mais des chimps, des prés, de la houille, des mines. Il y a deux mille ans, c'était la métropole religieuse des Celles qui, de l'archipel breton, de la (iaule transalpine et de la cisalpine venaient s'instruire des mystères sacrés auprès des druides de cette île.
Man, î\ peu près l'égale de Wight et d'Anclese.i par l'aire et la ]»opulation, se trouve presque exactement à ésale dislance
de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande, qu'on aperçoit, en temps clair, du haut du Snowfell (600 mètres). Gardeurs de brebis, pCcheurs de harengs, les Manks parlent un celtique corrompu.
Les Sorlinguesou îles Scilly, fortnombreuses,nesontguôre que des récifs redoutables. Sur 150, il y en a une dizaine d'habitées. Elles blanchissent à une quarantaine de kilomùtres au large du cap Land's End, dont les sépare un détroit que traverse, tous les étés, l'armée compacte des harengs pilcliards s'avan- ^ant par milliards vers les' côtes de la Cornouaille. Il y a des mines d'étain dans ces îles, qu'on croit être les Cassilérides des Anciens.
Les Hébrides, les Orcades, les Shetland sont des archipels écossais.
Les montagneuses Hébrides surlerivage occidenlal, ont deux grandesîles d'égaleétendue (200,000 hectares) et d'égale population (20 à 23,000 âmes), Shje et Lewis. Slaffa, rocher de basalte, ouvre à la mer orageuse de ce rivage, par un portique de 35 mètres de haut et de 10 mètres de large, une grotte que les parois volcaniques,les jeux de lumière et d'ombre, le seuil de vagues mouvantes, le vent qui murmure, le flot qui clapote font plus sérieuse et plus sublime que les plus sombres basiliques : c'est la grotte de Fingal. Les 300 îles ou îlots de l'archipel, vides, ou temporairement ou toujours habités, donnent asile à 115,000 individus vivant de la pèche, de la chasse aux oiseaux de mer, de la recherche du duvet d'eider, de l'élève des moulons.
Sur la côte septentrionale, les Ork ou Orcades, moins élevées que les Hébrides, ne portent que de petits arbres et des culturcs souffrantes, car malgré l'entour de la mer, l'influence du nord y est déjà considérable : non que l'archipel soit incommodé par la neige ou la glace. Le climat, trôs-variablc,y est plutôt g.lté par les nuages, les vents, les pluies persistantes de l'hiver; la moyenne annuelle est presque de 8°; H 6 jours seulement ont de vraies nuits; les autres journées sont moins suivies d'obscurité nocturne que de longs crépuscules continués par de longues aurores. Les prairies et les champs de l'archipel ne sauraient faire vivre les trente et quelques mille
48 GÉOGHAPIIIE,
Orcadiens qui recourent, ainsi que les insulaires des Hébrides, à la pOclie du hareng et de la morue, et à la capture des oiseauv marins. La plus vaste des Orcades, Pomona, s'étend sur 55,000 hectares. Dans l'île d'IIoy, le NVart-Hill, premier sommet de l'archipel, s'élùve à plus de 450, à moins de 475 mètres.
Au nord-est des Ork, doux fois plus prés do l'Ecosse que de la Norvège, les 90 Shetland ont 25 îles habitées ; le reste n'est que holms et skenics (îlots et écueils). Elles impressionnent par leurs immenses roches riveraines, leurs fiords ou golfes sombres ;\ parois sans verdure, leurs grottes où la mer s'ongoull'rc en tonnant; elles attristent par les nuées de leur voûte, parleurs bruyères, leurs marais, leurs champs de tourbe et l'indigence d'un sol que le septentrion glacerait si ses vents ne se tempéraient sur les flots. Commo dans les Orcades la neige est rare, la glace de mémo, le soleil aussi; la pluie, le vent font rage. Ea température de l'année y est encore en moyenne de T» 1/2. Des chevaux à longs poils, grands comme de petits ânes, des moutons et des vaches le plus souvent sans cornes tirent parti d'une herbe drue dans les vallons, ailleurs rare et courte. Ees .'] 1,000 Shétlandais sont surtout marins, pécheurs, chasseurs d'oiseaux de mer, bergers, gardours de chevaux. Ee poiiit culminant de l'archipel atteint presque 450 mètres.
Héunies sous la même administration, les Orcades et les Shetland ont en tout 400,000 hectares et 63,000 habitants d'origine Scandinave. Ea langue anglaise y a complètement évincé le norsc, dialecte norvégien.
Géographiquement, la Scandinavie est une péninsule de la Hussie. Politiquement, c'est un royaume habité par deux peuples étroitement fédéré.^, et de mOme origine, mais non.
londus l'un dans l'autre. Trois mers la font près qu'île : à l'ouest l'Atlanlique; au sud la mer Danoise, ensemble de détroits; à l'est la mer Baltique, séparée des baies du rivage par les Skœren : ce nom suédois désigne des archipels de rochers. Les Skœren, granit et gneiss, sont de mornes îlots déserts, nus, sombres et toujours les mômes.
La Scandinavie a près de 76 millions d'hectares, deux cinquièmes de plus que la France, mais sa population, qui n'atteint pas 6 millions, n'est pas môme le sixième de la nôtre. Celte grande contrée est donc presque dix fois moins peuplée en comparaison que la France.
C'est qu'elle est extrêmement improductive. Située tout au nord de l'Europe, elle a une partie de ses terres, le Norrland et le Finmark, dans l'intérieur du cercle polaire. Au sud de ce cercle, dans la Suède propre et la Norvège, le climat reste trèsrigoureux; il ne se modère sensiblement que tout près de la côte, dans les vallées basses, et surtout dans le Gotland, sous l'influence de soleils plus chauds, de deux mers, de lacs superbes, le Wener (520,000 hectares), le Wetter (185,000 hectares), le Melar (122,000 hectares), etc. Aussi le Gotland est-il la seule partie de la presqu'île largement cultivée et passablement peuplée.
Partout ailleurs la culture se restreint au rivage de la mer, aux plaines des fleuves, à la marge des lacs. En dépit de son climat, la Scandinavie nourrirait plus d'habitants si d'immenses plateaux incapables de produire n'y couvraient plus de 50 millions d'hectares, presque la grandeur delà France. Ces plateaux ne portent que des forôts de pins, de sapins, de bouleaux, presque partout négligées et ruinées, des déserts où l'on gèle, des espaces nus, des champs de neige presque sans fin, des glaciers dont quelques-uns descendent jusque dans la mer de iNorvègo. Il y a dans le double royaume i ,825,000 hectares de neiges étcrnelle&j la surface de trois départements français, 05 fois l'éten-j due des glaciers du Mont-Blanc. De l'est à l'ouest, à partir de la Baltique, le pa^s s'élève pour s'abaisser ensuite presque \oul d'un coup sur rOc('an, si bien qu'on a pu comparer la Scandinavie à une vague colossale qui se serait subitement fi^-ée au moment Je briser sa volute : le corps ascendant de la vatçue se-
1S0 GÉOGRAPniE.
rait la Sui'de, le sommet de la vague et sa chute, la Norvège. Bcstinde, sommets arrondis, accidentent ces fielde ou plateaux polaires; l'un deux, le Ymosfield, point culminant do la p6ninsuli^a plus de 2.100 mètres d'altitude.
Des rivières bien plus grandes qu'on ne l'attendrait de la brièveté de leur cours et de l'étroitesse de leur bassin, des elf à l'eau souvent noircie par la tourbe des marais et le passage sur des terrains ferrugineux emportent \ers la mer le tribut des glaciers, des névés, des lacs et des marécages. Clles coulent à l'est jusqu'à la nwir Baltique, à l'ouest jusqu'aux fiords, golfes grandioses pratiqués et comme sciés dans la montagne et s'avançîint proCondêment dans les terres. Les fiords de Norvège sont tellement nombreux, quelques-uns pénètrent si loin dans l'intérieur en poussant des deux côtés drs sous-fiords que ledévcb^ppemcnl des rivages norvégiens passe de 1,000 kilomètres sans détours à 13,000 kilomètres golfes compris. Dans plusieurs de ces fissures le soleil ne pénètre jamais, et l'eau des glaciers supi'rimirs tombe de rochers à pic sur des eaux lugubres. ('.es cascades font des sauts de plusieurs centaines de pied^et même de plusieurs centaines de mètres, les montagnes qui étranglent les fiords (^>uvant atteindre des altitudes de 1,000 à 1,000 mètres (fiord d'ilardanger) : les flots sur lesquels (>lles plongent recouvrent souvent des abîmes de plus de .'iO!> mètres de profondeur. Parmi les liords. le Lyscl Mord doit être nommé le premier : nul n'est aussi terrible; il s'ainiinit en détroits obscurs, larges parfois d'un seul jet de fronde ; les deux falaises ont l,OitO mètres de hauteur, et la profondeur des eaux cgnleou dépasse la largeur des défilés.
Les rivières suédoises et norvégiennes descendent vers les deux mers par des escaliers de lacs, de gorges, de rapides, de cascades qui sont les plus imposantes de Tlùiropc par leur masse d'eau, parlas sublimes horreurs de leur site, et souvent par leurhauteur. Telles (Mi Suède, la chute de Niaum'd.-aknssur \v. Lulea-elf (400 pieds); celle d'iillVarleby, .^ur le nalelf(4U pied-^) ; celle de Tennforsen ; les cataractes de Trollhœtla, sur la fiota, beau fleuve sorti du lac ^V^•ll('r et roulant en moyenne n23 mètres cubes deau par seconde; les chutes du Mola!a,qui mellint en mouvement les usines de .Norrkœpiug,
le Manchester de Suôde : le Molala déverse le lac Wetler. Les cascades norvégiennes l'emportent encore sur les suédoises, tantôt pour le cube des eaux tombantes, souvent pour l'élévation, presque toujours par la grandeur etl'auslérilé du paysage. Le Sarpsfos {[os veut dire en norvégien cascade) n'a pas plus de 25 à 30 mètres, mais son fleuve est le Glommen, agrandi du Vormen : celui-ci coule avec limpidité dans le Guldbrandsdal, la plus grande vallée de la Norvège, sous le nom de Lougen, puis traverse le ]\ljœssen, ravissant lac allongé. Le Riukanfos, déversoir du lac de Mjos, s'afTaisse d'une hauteur de 670 pieds, d'un seul bond, dans un gouffre aux parois si Cicarpées et si sauvages qu'il est impossible d'aller contempler d'en bas la sinistre grandeur de la cascade; son torrent, qui se nomme le Maan, se perd plus bas dans le lac de Tyn, sombre et encaissé. Le Leerfos, près de Drontheim, ne tombe pas de haut, mais son volume d'eau est celui d'une rivière très-considérable, tandis que le Bœringfos, formé parla Bjœrœja, saute de 2,000 pieds, et d'autres que lui font une chute aussi profonde.
A l'exception du Gotland et de faibles lambeaux cultivés, tout ce qui, dans les deux pays, n'est pas mont, plateau, neige, glace, fiord, lac, marais ou rivière, appartient à la forût. Avec le fer de leurs montagnes, l'exploitation des bois du- nord est la grande richesse de la Suède et de la Norvège .
LA SUÈDE a plus de 44 millions d'hectares et au delà de 4 millions d'habitants, environ 10 habitants par 100 hectares (il y en a 70 en France). Le dixième du sol appartient aux champs en rapport et aux prairies, un autre dixième aux lacs, vingt-huit centièmes aux forcis, le reste au désert et à la nudité.
Les Suédois, peuple blond de haute taille, parlent une langue parente de l'allemand, le suédois, qui réunit la force et la richesse aux meilleures qualités poétiques. Hors de Suède, le Suédois se parle aussi sur la côte et dans les grandes villes de la Finlande. La Finlande, aujourd'hui russe, appartint
52 GÉOGBAPUIE
longtemps aux Suédois ; sous leur domination les campagnes avaient persisté dans leur vieil idiome finnois:, mais les cités s'étaieLit en partie approprié la langue de leurs maîtres, qui étaient en mOme temps leurs initiateurs dans les sciences, les arts, la littérature, l'industrie et le commerce. Rattachée à son ancienne colonie par les souvenirs d'une vie en commun et par la résistance du langage suédois sur le littoral finlandais, la Suéde lui est réunie en hiver par un lien matériel. Tous les ans la mer peu profonde et peu salée qui sépare les deux pays, la Baltique, gèle d'un bord à l'autre, et la couche de glace est si forte qu'elle porte pondant dos mois les hommes, les traîneaux, les convois, de la Suède aux archipels russes d'Aland et d'Abo, puis de M jusqu'à la côte qui relève du czar de toutes les Hussics.
Les Suédois sont des protestants luthériens stricts.
Une seule ville suédoise a plus de 100,000 habitants; c'est Stockolm,la capitale (i:Jii, 000 hab). Comme Venise, Stockholm est une ville des eaux. 11 lui manque le soleil du sud, les monuments curieux, le renom poétique de Venise, mais elle no ropose pas comme la leine de l'Adriatique, sur de plates lagunes, en vue d'une côte basse. Elle borde le rivage et remplit quelques-unes dos l,2G0îIes charmanlos du .Mœlar, lac limpide, superbe par des centaines de châteaux, des falaises, des rochers nus, des pcairies, des pins et des chênes. Stockholm est la proMiiôro (ité ((immoroialo et maritime du royaume. Gœteborg, ou Gothembourg (.i.i, ()(»(> hab.}, port qui regarde l.i pointe du Jutland, tient le second rang.
La NORVÈGE après de 32 millions d'hectares, sur lesquels six ;\ so|»l coul mille seulement cultivés, ;\ peine l'otendue d'un déparlomofit fraïK.Mis. Elle n'est guère que tiords ot plateaux inhabitables, lacs et fonds marécageux, forêts de frênes, do. sapins, de pins et d'épicéas, gorges où do foudroyantes cascades s'abimont dans dos vallées, dont l'ours, roi du Nord, connatf les bois sévères.
La Norvège, dans ses vallées basses, jouit d'un climat proportionnellement plus doux que la Suède ; ce climat, elle le tient de l'influence du Gulfslream qui lui porte à la fois delachaleur et de l'humidité. 11 tombe annuellement à Bergen deux mètres et demi de pluie, et peut-ôtre pleut-il autant sur certains fiords que dans le Westmoreland môme (près de quatremètres par an : plus que nulle part en Europe). La population, deux fois moins dense qu'en Suède, quatorze fois moins qu'en France, n'est que de 1,700,000 individus, pas autant qu'à Paris .
Les Norvégiens, à peu près les mêmes hommes que les Suédois, sont des coutumiers de la mer, enclins aux lointains voyages, aux aventures, aux découvertes, au commerce Au commencement du moyen âge, sous le nom de Normands, ils piratèrent dans toute l'Europe, mêlèrent partout leur sang à celui des Germains, des Latins, des Celtes, modifièrent et créèrent presque des races (en Normandie, en Angleterre)^ trouvèrent et peuplèrent l'Islande et certainement découvrir rent l'Amérique du nord avant Colomb et ses Espagnols. Aujourd'hui, ils prennent la part principale dans le courant d'expatriation de plus en plus violent qui emporte les Scandinaves vers les régions froides des États-Unis. Les Suédois viennent en seconde ligne, et l'émigration danoise est peu considérable.
Les Norvégiens sont luthériens. Leur langue ne vaut pas le suédois. Elle a été gâtée, quand la Norvège dépendait du Danemark, par l'influence du danois, la moins belle des langues Scandinaves, et elle n'en est plus, à vrai dire, qu'un dialecte peu distinct.
Ghristiana (60,000 hab.), la capitale du pays, occupe l'extrémité d'un fiord allongé, dans la meilleure partie de la Norvège, au sud, à portée du plus grand fleuve national, le (jlommen, et du lac le plus célèbre, le Mjœssen.
Au nord de la Suède, de la Norvège, et aussi de la Finlande, la Laponie renferme des colons Scandinaves de plus en plus nombreux, et des Lapons, peuple de souche finnoise. Les Lapons, olivâtres, malpropres, à cheveux noirs, sont d'une taille
tk GEOGRAPHIE.
trôs-exiguë ; ils forment l'une des races les plus petites du globe. On est chez eux bel homme à peu de frais; il suffît d'avoir l™joO. Quelques-unes de lours indolentes familles pê- • chent dans la mer, les lacs, les riviùres ; les autres vivent avec leurs troupeaux de rennes dans les for«îts de l'intL^rieur presque toujours ensevelies jusqu'à mi-tronc dans la neige. Le bouleau, le gcné\ricr, l'aune, le saule, composent ces tristes bois, bordant des lacs, des champs de lichens jaunes ou rougeAtres, des lourbiùres. Sur tous les bassins bas et humides plane, pendant le brumeux été lapon, unenuée de moustiques, martyrisant les bOtes et les hommes qui viennent d'échapper à la dure 6lreinl(i de l'hiver. Pour éviter leur trompe, les pauvres rennes fuient jusque dans les glaciers, souvent illuminés par les lueurs de la sanglante aurore polaire.
Peut-tMre y a-t-il en tout 10,000 Lapons, les deux cinquièmes en Suède. Lux-mOmes donnent à leur patrie le nom de Same- Eduanij celui do Samegierl ;\ leur langue. Dans ces deux mots se retrouve la racine du nom des Samoyùdes, peuplade à petite taille, cl probablement de même origine, qui habile dans les plaines septentrionales de la Russie et de la Sibérie. Jadis les Lapons, maintenant si près de la fin de leur nation dans les districts qu'ils occupent encore, s'élendaienl sur toute la péninsule, la linlande, le Danemark, et jusque sur le nord de l'Allemagne.
De la Suède relé\ent l'île d'ilHand et l'île de C.olland, dans la mer Haltique ; de la Norvège, les îles Lofodon, dans la mer du Nord.
Œland, en face de la ville de Calmar, donne ;\ 3!),000 Suédois les ressources médiocres de L');i,000 hectares en forcMs, en calcaires rouges couveris de mauvaises herbes, en terres basses labourables. Comme dans toutes les îles du Nord, la mer y aide beaucoup les habitants à vivre.
Gotland , plus éloignée en mer , loge ;iO,000 hommes sur 2:10, 000 heclares de collines calcaires moyennes et de petits plaleaux bas interrompus de marais et de lacs. Son cheflieu, ^Visbijy touche rarement une pierre ;\ ses maisons d'il y a plusieurs siècles et reste un type achevé des cités du Moyeu- Age.
Les îles Lofoden (582,000 hectares, 30,000 hab.\ accompagnent la côte septentrionale de la Norvège. Hautes (jusqu'à plus de i,300 mètres), escarpées ou à pic déchirées, séparées les unes des autres, ou isolées du continent par d'étroits passages aux courants violents, elles sont fidèles au caractère de grandeur que la mer et les rochers font à la plage norvégienne.
Ainsi que le rivage de Norvège, elles ont le privilège d'un climat infiniment supérieur en douceur et en égalité à ce que ferait craindre une latitude voisine du pôle. Leurs habitants s'entretiennent par la pêche et par la chasse des oiseaux de mer plus que par le produit des prés et des sillons de leurs rocheuses patries. La plus vaste de leurs îles est Hindœ (224,000 hectares). Entre Vagœ et Moska, la mer est rude, mais elle ne fait pas danser les grands navires comme des fétus et ne les engloutit point à jamais. « L'affreux » Malstrœm, le Charybde et Scylla du nord^ est un courant rapide, quelquefois dangereux pour les barques; ce n'est point, comme dans la légende, un entonnoir attirant en tournoyant les navires à des profondeurs d'où ils ne reviennent plus. On pèche en grand la morue en hiver dans les passages des Lofoden.
Hammerfest, petite ville de pèche et de négoce, la plus septentrionale de l'Lurope, borde une baie voisine du cap Nord, assiégé de tempêtes. De ce port, des autres fiords de Laponie, on arrive, en gouvernant vers le pôle, à un archipel sans arbres, sans verdure, sans rivières et sans fontaines, sans habitants, sans maîtres.
Le SPITZBERG (Mont-Pointu) tient ce nom allemand des pics aigus qui dentellent ses montagnes. Les plus hauts ne semblent pas dépasser 1,400 mètres. Des glaciers énormes bordent ces rocher ; ils descendent jusqu'à l'Océan, couvrant de leur froide immensité les dépressions qui deviendraient vallées si le soleil d'été du 80'' degré pouvait fondre les glaces accumulées par un presque éternel liiver. Ln jour de quatro mois, une nuit d'égale longueur, une saison où des journéis sans chaleur alternent avec des nuits pâles, des cieux sans sérénité, dos brumes, des vents froids et durs, de sublimes aurores boréales, ainsi se poursuit la morne année du SpUzberg.
56 GÉOGRAPniE.
La moyenne annuelle du climat est de — S'' 6 ; la température la plus chaude observée a été de -— 10".
Le Spit/berg fut découvert par les Ilullandais. Des marins norvégiens ou russes vont pOclier dans ses fiords le phoque, régal de l'ours blanc, le morse, la baleine, fort diminuée par une poursuite à outrance.
Sur les roches littorales, des millions d'uiseaux marins pondent et couvent. Chaque espace occupe en troupes serrées son gradin. On dirait un amphithéâtre, aux spectateurs pressés ; les cris de la foule qui applaudit ou murmure y sont représentés par l'étourdissant fracas des mAles qui plongent pour pûcher le diner des couveuses, qui volent pour le leur porter, qui se disputent, s'efl'arent, s'écrient, se combattent, se rapprochent, se fuient à grand tumulte d'ailes. Sur la terre ferme, le renne vit comme il peut sur la neige, la glace et le rocher; il retrouve ici les lichens de Laponie.