‹ Géographie (volume 2)Chapitre 26 sur 104 · NOUVELLE-ZÉLANDE · texte numérisé non relu

NOUVELLE-ZÉLANDE

Si les noms donnt's par los navigateurs aux contrées qu'ils découvrent avaient une valeur, la Nouvelle-Zélande nous apparaîtrait comme un pays de plates alluvioiis, de marais, df golfes et d'îles à l'embouchure d'un grand (leuve. Au conlraire, c'est un amas de liaules montagnes, de glaciers, de volcans, mais le premier capitaine européen qui en vit le rivage, Abel Jenscn Tasman, était liollundais, et l'île inconnue fut honorée par lui du i)remier nom venu rappelant les Puys-Ras (1642). Nous disons l'ile, car on crut longtemps que la Nouvelle- Zélande formait une seule et même terre. Ciook reconnut le premier lapasse séparant l'Ile du nord de l'île du sud, passe à laquelle s'applique depuis le nom mérité de détroit de Cook.

Dans les dernières années du premier quart de ce siècle, des pécheurs de baleines, des matelots dégoûtés de la mer, de5 aventuriers, des scélérats échappés des pénitenciers de Sidney, se fixèrent un à un sur le pourtour de la Haie des lies, dans l'île du Nord. La Nouvelle-Zélande avait alors pour seuls habitants des Maoris.

Les Maoris sont des sauvages appartenant à la race polynésienne qui s'élcnd .sans interruption delà Nouvclle-Zi'lande aux îles Sandwich sur (i,700 kilomètres en ligne droite, dcE Sandwich à l'île de P.lques sur G, 800, de l'île de Pâques à la terre des Maoris sur r<,.'iOO. l'Jnergiques, grands, beaux de corps et souvent même de figure, les Polynésiens néo-zélandais n'abdiquèrent j)oint devant les Anglais comme les misérables indigènes de l'Australie et de la Tasmanic. A une époque inconnue, 1 ,.H 0 ans avant notre ère d'après les uns, \ ,300 ou l,iOO ans après suivant les aulr^'s, une llotillc de canots avait amené >1 iiis l'île du .Nord quelques centaines de guerriers, ancêtres (1- l;i race. Ces guerriers ne rencontrèrent que de rares aut<u:hlhones, sans doute des nègres australiens qui ont laissé des traces de leur être dans le type de nombreux Maoris, principalement dans les classes iiiféi"ieurcï>. Ib venaient, d'après

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leurs traditions mûmes, de l'île d'Hawaïki, dont l'idenlificatioD est douteuse. Pour plusieurs c'est l'Hawaïki des îles Sandwich, pour beaucoup d'autres c'est la Sawaï de l'Archipel de Samoa ou des Navigateurs. Quand les Pakeha — c'est le nom maori des Blancs, des étrangers — abordèrent sur ces rivages, il y avait donc des centaines, peut-être des milliers d'années que les Maoris étaient fixés dans la Nouvelle-Zélande, presque tous dans rîle septentrionale.

En partie convertis par les missionnaires anglais, les Maoris renoncèrent à l'anthropophagie où ils étaient passés maîtres. Leurs éternelles guerres de tribu à tribu s'assoupirent. Ce peuple a tant de force virile, tant d'aptitude à comprendre qu'on espérait infiniment de lui, et les Maoris semblaient devoir être les seuls sauvages qui auraient vu la civilisation sans mourir.

Dès que les colons anglais furent en nombre, les relations d'une race à l'autre revirèrent; d'amicales elles devinrent hostiles. Or, de toute guerre entre les lilancs et les Barbares, l'issue se connaît d'avance. Les Anglais avaient pour eux le nombre grandissant, les armes supérieures, la discipline européenne, la science des assauts, des défenses, derrière eux la puissance de l'Angleterre qui, après de longues hésitations, avait ajouté la Nouvelle-Zélande à son empire. N'y eût-il pas eu de guerres, les Maoris auraient décliné, quand même, décimés par les maladies, par les vices empruntés aux colons et par cette espèce de stupeur mêlée de réBignation, et même de désespoir, qui saisit les sauvages à la vue des merveilles de la science pratique. D'ailleurs, la fécondité de leur race est singulièrement inférieure à celle des milliers de colons attirés tous les ans vers la Nouvelle-Zélande par les mines d'or, l'agriculture, le pastoral, la beauté du climat, l'appel des européens déjà installés, les promesses des compagnies d'émigration. Les Maoris laifaient peut-être 200,000 hommes du temps de Cook ; ils étaient dil-on, 140,000 en t84i ; [5(1,000 en 1800 ; ;]S,500 seulement en 1807, dont 37,000 dans l'ile du Nord, l,:j('0 dans l'île du Sud. Lesliuropéens montent plus vile quclesMaoris ne dcscondenL Au nombre de 27,000 en 1851, de 99,000 en 1861, ils étaient près de 220,000 a la fin de 1807 et formaient

l'une des colonies les plus anglaises par le sang : l'Allemngne et les autres pays à émigration n'y ont envoyé que trùs peu de colons comparalivemenl à la Grande-Hretagne. c

Ainsi la Nouvelle-Zélande contenait, en 1867, environ 260,000 individus, Hlancs ou Maoris, prùs de 120,000 dans l'île du Nord, 1 10,000 dans l'Ile du Sud, le tout sur un territoire de 27 millions et demi dhectares, ainsi décomposé : île du Nord, 12,o00,(»00 hectares; île du Sud, 14,700,000; île Sicwart et petites îles riveraines, 300,000.

L'île du Nord s'a^ipelle en langue maorie Te-lka-A- Maoui, autrement dit le Poisson de Maoui. Maoui, grand dieu polynésien, Hercule ou Samson incomparable, pûclia un jour à la ligue celte île dans les Ilots de la mer australe. Le nom officiel de New-Llsler, emprunté -i une pro\ince irlandaise, n'a jamais prévalu. La Nouvelle-Zélande émergeant de l'Océan au sud de l'Lquateur, l'île du Nord, plus proche du tropique, est en réalité l'île du Sud par le climat et les plantes. Sa pointe seplenlrio!iale finit à peu près sous le parallèle de Biskara (Sahara de Constantine), sa pointe méridionale sous la latitude de Home, mais le climat, tempéré par l'immensité des plaines marines d'où sort l'archipel, n'y brûle nulle part autant qu'à Biskara, cl partout il a l'avantage sur celui de Home en douceur. La phlhisie, paraît-il, s'y guérit plus sûrement qu'à Madère. D'au Ires maladies ont un remède dans d'innumbrahks sources minérales et thermales, jaillissant dans un district de volcans éteints, de coulées, de lacs cnchAssés dans de vieux cratères, de ngahous et de pouias, de fontaines bouillantes, de fumerolles, de solfatares, de grands jets intermillents comme les geysers d'Islande. Près du point (entrai de l'Ile, au-dessus du lac Taupo, qui est le réservoir du Waikato, principal lleuve de l'île, le Tongariro (l,Uo0 mètres) entretient encore deux solfatares; il vient d'avoir une éruption. Son voisin le Huapehu (:»,7('.0 mètres^ définitivement éteint, porte à. son sonjmet, le plus élevé de l'île, des créneaux de neige éternelle. Ces deux montagnes contemplent de haut des groupes de petits volcans satellites que les Maoris appellent les « femmes et les cnlants des deux géants Tongariro et Ilunpehu.» La légende raconte qu'un Iroisièuie géant, Taranaki, battu par

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les deux autres, s'enfuit vers la côte occidentale, où il se dresse aujourd'hui, grand par son isolement, élégant par sa forme pyramidale, beau par sa cime neigeuse : c'est le mont Egmont (2,480 mètres).

L'île du Sud, la Te-Wahi-Pounamou (île du Jade) des indigènes, n'a pas plus gardé son nom officiel de New-Munster que l'île du Nord le nom de New-Ulster. Son cap septentrional se trouve à peu près à la hauteur de Naples, son cap le plus méridional ù la latitude de la Suisse centrale. En somme, l'archipel Néo-Zélandais, considéré comme ayant sa racine vers le lac de Constance, traverserait la Suisse, couvrirait toute la longueur de l'Italie et n'irait se terminer que dans le Sahara tunisien. Quelle échelle de climats si la Nouvelle-Zélande n'était pas étroite et immergée dans un si vaste Océan! L'île du Sud, s'avançant sur le pôle antarctique beaucoup plus que l'île sœur, parcourue en outre par des montagnes plus hautes, jouit d'une température aussi douce que l'île du Nord dans le seul voisinage du détroit de Cook, vrai site d'élection pour des villes d'hiver; du centre au sud les climats s'y suivent comme ceux de la France du nord-ouest, de l'Angleterre et de l'Ecosse, et même sur les montagnes régnent dos froids polaires, car les Alpes Australes montent à une altitude considérable, intermédiaire entre les Pyrénées et les Alpes; le mont Cook atteint 3,900 mètres ; on le croit le Mont-Blanc des Alpes Australe?, mais la chaîne n'a pas été explorée encore dans toutes ses profondeurs; il n'est guère probable, toutefois, qu'elle cache des maîtres ou des rivaux du pic si heureusement nommé d'après le plus grand navigateur des mers du Sud.

Les Alpes Australes plongent du côté de l'ouest dans les flots d'un océan presque insondable, sur une côte exceptionnellement pluvieuse. L'humidité de l'air entretient dans leurs gorges des glaciers comparables à ceux du mont Blanc, (]u mont Rose, de l'Oberland bernois, de la Bernina, du Pelvou.v. L'un d'pux. le glacier de AVaiau, sur le versant occideulal, laisse ecnapper à son extrémité inférieure un gros torrent d'une caverne azurée semblable à la grotte de l'Arveyron. Celle caverne ne s'ouvre point dans la sublime région de la mort par le froid, mais dans une charmante lorèt de fougères arbo-

rescenles et d'arbres résineux; c'est qu'elle se trouve à 212 mètres seulement d'altitude, et cela sous u!ic latitude qui >oit en France le palmier grandir en plein air. Il faut aller dans les pays polaires pour rencontrer des glaciers descendant aussi bas. Sur le \ersant orienlal des Alpes Aui^lrales, il pleut quatre fois moins; les glaciers s'en ressentent : celui de Tasman, sous le même parallèle que le glacier de Waiau, s'arrôte à 832 mètres ; il est cepcndadt plus grand et beaucoup plus pesant, et par là plus puissant pour descendre.

Si la côte occidentale s'approche beaucoup de la haute montagne, la côte orientale s'en éloigne. Des plages de Lyttleton et de Duncdin nu\ glaciers, aux cascades^ aux lacs, aux fonHs de grands pins kauri de la chaîne, bc déroulent des plaines à fond d'alluvions, sillons de l'avenir, des plateaux ondulés, des montagnes moyennes arrondies. Par l'étendue des terres arables, par un climat assez froid pour maintenir en humeur de travail, les deux provinces de ce versant, Canterbury et Otago paraissent destinées à porter les populations qui commanderont à la double île.

De la Nouvelle-Zélande, les deux tiers sont cultivables, l'autre tiers app;irtient à la montagne inutilisable, aux lacs, aux marais, aux cours d'eau, aux fonds sans humus, aux sols absolument stériles. Même ce tiers n'est point absolument perdu pour la colonie. Nombre de rivières roulent avec leurs eaux le métal noble ou vil suivant la main dont il tombe ; de longues chaînes de roches nues cachent les veines d'or qui ont donné dans ces dernières années au peuplement de la Nouvelle-Zélande une impulsion extraordinaire. .Malgré tous ses dons naturels, l'archipel recevait peu de monde, l'Ile du Sud pricipalement était en retard quand la découverte des champs d'or d'Olago y jota des dizaines de milliers d'aventuriers bientôt suivis d'un banc de colons sérieux. Depuis, les placers se sont multipliés et l'île du Nord a aussi sa Californie, le long de la rivière Thames.

Des géographes anglais, las d'entendre appeler ce superbe pays d'un nom qui lui va si mal, ont, à divtîrses reprises, proposé de nommer la Nouvelle-Zélande South-Albion (Albion du Sud), ou Soutli-Dritain ((irande-llrctagne méridionale), ou

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Great-Britain of the South (Grande-Bretagne du Sud). Il s'est trouvé quelques royalistes pour insinuer le nom de Victoria Island (île de Victoria). De fait, la situation de la Nouvelle- Zélande aux antipodes de l'Europe occidentale, sa division en deux îles, son étendue presque égale à celle de la Grande-Bretagne, le développement de ses côtes, ses richesses minérales, son climat humide et égal, sa population où les Anglais et les Écossais prédominent, rapprochent beaucoup l'archipel Néo- Zélandais de l'archipel Breton, mais le nom qui lui conviendrait le mieux devrait rappeler à la fois l'Angleterre, la Suisse et l'Italie. La Nouvelle-Zélande représente ces trois pays dans les mers australes, tout en étant fort originale et ne ressemblant qu'à elle-même. La prairie verte et serrée d'Erin et d'Helvétie lui manque, et sa flore et sa faune lui appartiennent en propre jusqu'à faire croire à des géologues que la double île est le reste visible d'un continent qui a sombré dans les flots. Récemment elle a perdu un oiseau gigantesque, le moa, mais sous nos yeux verdissent encore de grandes fougères et des forêts rappelant une autre ère de la plantée.

"Wellington (7,000 hab.), siège du parlement colonial, est riveraine du détroit de Cook, dans un air fatigué par les vents violents de la mer. Elle porte sur un sol fréquemment mis en branle par les tremblements de terre. Son port, Port-Nicholson, vaste, sûr et profond, ne le cède en excellence à aucun autre de l'archipel.

Située dans l'île du Nord, Wellington, comme importance commerciale et comme population, vient après Auckland (18,000 hab.), ville assise sur un isthme boursouflé de volcans éteints. Dans un espace égal à peine à celui de trois cantons français, soixante montagnes au moins ont vomi des flammes. Des eaux de la baie s'élance, à quelques kilomètres du port, le Hangitoto, au nom éloquent. En langue maorie, Il.mgitoto signifie ciel sanglant.

Auckland, Taranaki, Ilawke's Bay, Wellington, ainsi s'appellent les quatre Étals ou provinces de Tîle du Nord. Dans l'île du Sud, il y a cinq États: Nelson, Marlborougli, Canlerbury, Olago, Southland. La plus grosse cité, Dunedin (13,000 ûmes), est un port de la côte orientale, dans la pro-

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\ince d'Olago, parcourue par le Molyncux, le fleuve le plus abondant de l'archipel.

L'île Stewart, Rakiua chez les Maoris, New-Lcinster d'après ranciciiiie division officielle, regarde la province de Sonlhland par-dessus le dulroit de Foveaux. tlle n'a que peu d'habitants.

L'île Chatham, à l'est, sur la route du détroit de Cook à l'isthme de l*anama, ne compte encore que cent et quelques citovens.

Au nord-est de l'île septentrionale, à (f'gale dislance entre la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie, à 1,300 kilomètres de Sidney, la [)etile île isolée de Norfolk dépond des Nouvelles- Gallosdu Sud, et a servi de colonie pénitentiaire. Maintenant 300 hommes environ vivent i l'ombre de ses magnifiques pins, sur une côte sans abri. Les 300 Norfolkiens sont des sangsmûlés, transportés dans l'Ile en 18o0. Auparavant ils habitaient l'île polynésienne de Pitcairn, où leur race naquit, à la tin du biècle dernier, du mélange de malelols anglais et de femmes laïtiennes.

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