‹ Géographie (volume 2)Chapitre 31 sur 104 · EGYPTE PROPRE · texte numérisé non relu

EGYPTE PROPRE

L'Égyple propre a les mômes bornes, la môme étendue que l'Egypte antique, 40 millions d'hectares, dont 2,228,000 pour le Délia et 1,100,000, pour la vallée du Nil, seuls espaces cultivables. Le reste du pays, jusqu'à la mer Houge et au grand désert de Libye, n'est que sables et roches. Sur les 3,328,000 hectares labourables, les cullures actuelles en prennent 2,100,000 environ.

L'Egypte est appelée Mesr par les Arabes, ses maitres, Chami par les Coptes, ses aulochthones. Toute l'Egypte est dans le Nil. Llle ne vit que de lui. A lui seul elle doit d'Otre une terre utile, historique, au sein de déserts sans histoire, funestes à l'Afrique par leurs vents desséchants. Hors de la vallée du fleuve, large de 7 à 22 kilomètres, la vie cesse avec l'eau, excepté dans quelques maigres oasis ; les vallons des oueds (ruisseaux) ne roulent que du sable et des rochers vers le Nil, vers le désert, vers la mer Rouge, celle-ci séparée du a pire de l'Kgypte n par des montagnes chauves de 18 à 1,900 mètres aux pics culminant?.

Le Nil, vert s'il n'est trouble, quitte la Nubie pour l'Lgypte un peu au nord du tropique du Cancer, A Assouan, la Syènc antique, au-dessous d'une cataracte entre des rochers de granit, la dernière des chutes et des rapides nombreux du fleuve. En ces lieux, le Nil a 0 ù 700 mètres de large, par 100 mètres d'altitude. Son cours, dirigé au nord, est en l'>gyple d'environ I,t00 kilomètres ; son débit à l'étinge est de 000 mètres cubes par seconde, guère plus que le Rhône; son volume moyen est de 3,082, ou même seulement de2,î)0^ mètres par seconde (Rhône, 6,203 mè 1res); son débit de crue (13,400 mètres) dépasse un peu celui du Rliôiie (12,000 mètres). Ainsi les deux fleuves sont presque d'égale force, or le Rhône draine moins de dix million* d'hectares, tandis que le Nil emporte les eaux de plus de 300 millions d'hectares, six fois la France. Pans sa vallée inférieures lo fleuve se maintient par les apports d'atflueats souterrains,

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maio il ne reçoit pas un seul tributaire visible d'Assouan à la mer, pas môme une source — il n'y a, dit-on, qu'une fontaine en Egypte, à Héliopolis, — et il perd beaucoup en saignées pour l'irrigation des terres, l'alimentation des villes et la fraîcheur des palais.

La vallée ne change pas d'un bout à l'autre de l'Egypte. A chaque détour en aval on retrouve les images d'amont : les mômes eaux, sales ou pures suivant la saison; dans ces eaux, des crocodiles; sur les bords, d'innombrables oiseaux nourris par la graine des moissons et le poisson des débordements; toujours les mômes villages d'argile et de brique grisâtre cuite au soleil; les mêmes marabouts et les mômes cultures, riz, céréales, indigo, coton, prairies; les mômes palmiers dans le même ciel implacablement lumineux. Seules, les roches de la chaîne arabique à droite, de la chaîne libyque à gauche, si elles gardent la môme hauteur, changent de nature et d'aspect : de granit rose près d'Assouan, elles sont ensuite de grès, puis de calcaire. Après avoir erré comme au fond d'un corridor bordé de temples et de palais écroulés, de colonnes, de sphinx, de parois où sont étngces des grottes à momies, après Thèbes aux cent portes, qui couvrait 20,000 hectares de ses monuments gigantesques, après Tentyris, Ptolémaïs, Antinoë, Memphis, les villes d'autrefois,aprcs le Caire, la capitale d'aujourd'hui, presque à l'ombre des Pyramides, le Nil se bifurque pour enserrer son fameux delta.

Le delta du Nil, le premier auquel le nom de delta ait été appliqué, est la Flandre, la Hollande, et mieux encore la Camargue africaine: un domaine d'eaux douces, courantes ou stagnantes, de lacs amers, d'alluvions créatrices, un jardin ; mais ses épis et ses arbres grandissent dans un air paludéen, et sous le dur soleil du 32'' degré la fièvre des marais sort souvent de la bouc échauffée des bras morts. Le Nil tombait jadis par sept branches dans la Méditerranée, où ses eaux vertes ou chargées gardent un instant leur couleur au sein des flols bleu d'azur. De nos jours, deux branches seulement coulent encore, la branche de Rosette, et la branche de Damiette, qui s'ensable et diminue.

Le delta du Nil ne gagne annuellement que 30 hectares sur

la mer, le fleuve de'posant presque tous ses limons dans les campagnes de la vallée, dont le niveau se hausse de 9 centimètres par cent ans. Au-dessus de la fourche du MI, le sol de la vallée fuit des apports du fleuve, et du sable fin, qui souffle du désert, ne le cède pas en fécondité aux terreaux du delta. L'abondance des récoltes dépend de la hauteur de la crue du Nil; entre quinze et vingt pieds de crue, la moisson est magnifique; de dix à quinze, de vingt à vingt-quatre, elle est médiocre, décidément mauvaise au-dessous de dix et au-dessus de vingt-quatre. Le fleuve commence t\ gonfler, il l'entrée de TEgypte, dans la seconde quinzaine du mois de juin, il croit jusqu'au 21 septembre, puis diminue jusqu'en mai; alors il est à l'étiage.

Ainsi le pays chani^e de face incessamment : il est lac dans les grandes eaux, parterre après la décroissance, aire brûlante et poussiéreuse dans les fortes chaleurs. Le ciel, lui, varie peu ; presque toujours serein, avare de flocons de nuées et plus encore d'orages, il verse sur l'Lgypte un éternel été sec auquel on s'accommode mieux qu'aux étés chauds humides et orageux de certaines régions du Tropique et de l'Equateur. La température n'est insupportable en Egypte qu'aux heures où souffle le formidable khainsin (sirocco), dont le nom vient du mot arabe khoms (cinq), parce que ce vent est censé durer cinq jours. Quand il remplit l'air de ses haleines ardentes et de sa fliie poussière, la chaleur étourdit, irrite, suffoque et accable ; dans ces heures terribles, la fournaise est parlout, dehors, dedans, dans l'eau du fleuve : « alors, dit un potUe, les crocodiles, demi-cuits dans leur carapace, se pûment avec des sanglots. » 11 pleut très-peu sur l'Egypte. Alexandrie, voisine de la mer et des étendues d'eau du Delta, ne reçoit par an que 17 centimètres de pluie, presque cent fois moins que certains versants indous.

Ce n'est plus le temps où (0 ;\ 15 millions d'hommes, d'autres disent 20 i\ 27, fourmillaient dans l'étroite vallée, le long d'un fleuve qui coulait dans une avenue de palais, entre deux haies de statues monstrueuses. La population du jour ne dépasse guère .i millions d'hommes, >ivant, il faut se le rappeler, sur un peu plus de 3 millions d'hectares,

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