CONGO
<ïui lui envoyait en échange des soldats de fortune, de francs capitaines négriers, de douteux trafiquants, des aventuriers altérés d'or.
\e Congo le disputerait en fécondité à la Guinée si les naontagnes ne s'y rapprochaient généralement beaucoup plus du rivage; il donne moins de place à ces alluvions chauffées de soleil qu'on pourrait nommer vivantes, tant elles se transforment avec rapidité en plantes, en fleurs et en fruits. La « Guyane africaine, » où le Blanc meurt, où le Noir végète, cesse à peu de distance de la côte. Un premier gradin de montagnes, qu'entaillent avec fracas des fleuves, conduit sur des plateaux plus tempérés quela côte, plus salubres et où l'homme vit déjà mieux dans un milieu moins puissant. De nouvelles chutes, de nouveaux rapides le long des rivières annoncent d'autres gradins plus élevés que les premiers : ainsi de suite jusqu'à une dernière ascension. On se trouve alors sur les plateaux équatoriaux, réservoir des eaux qui bruissent à la descente des monts. Les Portugais n'ont presque rien fait pour Texploralion du pays. Le peu que nous savons sur l'intérieur, nous le devons à un voyageur hongrois, Ladislas Magyar, devenu le gendre d'un des rois du plateau.
Le Zaïre, le Cuenza, le Counéné sont les principaux fleuves de la région. Le Zaïre se nomme aussi Quango ou Congo. Inconnu dans son cours supérieur et dans son cours moyen, il tombe dans la zone des plaines et des forêts de la côte par une cascade de 5 mètres de hauteur seulement, mais avec une masse énorme et assourdissante. Il se perd en mer près de l'établissement portugais de Porto de Pinda. Le Cuenza roule autant d'eau que le Zaïre; à partir de l'Océan on peut le remonter en bateau pendant près de 230 kilomètres, jusqu'aux rochers de Cambambe, d'où il se précipite par une haute cataracte. Le Counéné, plus faible, appelé aussi Couvo, est le Nourse River des Anglais.
On connaît les Noirs de l'intérieur par Magyar. Les Kimboundasont delà taille, de belles formes, de la vigueur, une intelligence prompte, mais un fétichisme abject les dégrade, et leur vénération pour leurs prêtres-sorciers et leurs rois les livre au môme despotisme que les Nègres de la Guinée. Chez les
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Kimboundas. la vie de l'homme compte pour rien, et le sang des sujets, des captifs, des pauvres y coule sous le fer des sacrificateurs comme d'une source intarissable. La supersiition a pris un tel empire sur ce malheureux peuple qu'elle y déplace constamment les villages : la mort d'un chef, l'apparition d'un lion ou d'un léopard, les conseils d'un sorcier, les prétendues inimitiés des mauvais esprits, font déserter les hameaux ; la solitude succède à la vie, et des groupes de baobabs gigantesques marquent seuls la place des villages disparus.
L'ignominie de l'homme contraste sur ce plateau d'Afrique avec la splendeur de la nalurc. A la lisière de ces bois immenses, où les racines des arbres géants percent peut-îltre plus d'humus pour atteindre le sol primitif que les lianes ne traversent d'air pour s'entrelacer aux plus hautes branches; sur ces lleuves, larges pendant six mois comme des lacs, vit une race que ses lois, ses rois, ses nobles et ses prêtres ont faite plus sauvage que les pakassa de ses prairies et les léopards de ses forôts. Souvent le Kimbounda meurt décapité pour que sa chair, mêlée à celle du chien et du Ixeuf, (ortilie les membres d'un Néron d'Afrique et de ses capitaines. Devant le palais du roi, que ses sujets saluent dans les fOtes du grand nom de « Lion l']nragé » , des pyramides de têtes humaines gardent l'entrée du séjour révéré, et sur des collines d'ossements s'élève un arbre gigantesque dont chaque rameau porte des grappes de crAnes. L'idiome des Kimbounda, le bounda, langue cafre, est l'un des plus répandus de l'Afrique australe; il régne sur Niiigt degrés de latitude et presque autant de longitude.
Des possessions françaises aux terres portugaises, le Loango, traversé par le Zaïre, obéit à un despote résidant à Boally ou Loango. La noble ville de Saô-Salvador a fait place à une bourgade.
Les possessions portugaises s'étendent ofticiellement sur 81 millions d'hectares, renfermant 2 millions d'habitants. Le gouvernement de Lisbonne les a divisées en deux pro\inces: Angola au nord, Henguelaau sud.
Saô Paulo de-Loanda, capitale, en amphithéAtre sur un golfe, ne rivalise point avec les cités lusilanienues situées vis-
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à-vis, de l'autre côté de l'Atlantique. Sur 12,000 habitants, elle renferme environ 2,000 Européens, parmi lesquels beaucoup de condamnés, Loanda étant le lieu de déportation des criminels du Portugal. Les Blancs se trouvent Irés-mal du séjour de cette ville : en toute saison ils s'y étiolent; en lévrier, en mars et en avril ils y meurent en grand nombre sous les atteintes de la terrible carneirada, dyssentcrîe épidémique. — Saô-Felippe-de-Benguela n'est pas moins mortel aux Européens que Loanda; quand deux Blancs s'y rencontrent, leur première parole est habituellement : « Avez-vous la liùvre aujourd'hui? » — Mossamedes, sur le littoral du sud, entre Benguela et le Counéné, est beaucoup plus salubre. Vers 1840, des Portugais de Madère et du Portugal, des colons lusitariiens malheureux au Brésil, des Allemands y ont planté l'arbre de la colonisation européenne; cet arbre grandit et finira peutêtre par couvrir au loin la contrée. Le nombre des Blancs augmente, les cultures s'étendent, et les Portugais, qui possèdent aussi les rivages du iMozambique, espèrent fonder de la sorte dans l'Afrique australe, de mer à mer, un nouveau Brésil.