‹ Géographie (volume 2)Chapitre 48 sur 104 · COLONIE DU CAP · texte numérisé non relu

COLONIE DU CAP

Il est extrôQiement fâcheux que la montagne ne soit pas assez haute et assez neigeuse au Cap pour entretenir les ruisseaux, car la moindre veinule d'eau y dote superbement le sol de verdure, ce sol fût-il de lui-môme stérile. Au môme degré que tout pays pauvre en eaux, la colonie du Cap, territoire encore indigent, ne sera prospère que lorsqu'elle aura barré pour les saisons arides les masses d'eau d'orage qui tourbillonnent quelquefois dans ses torrents, puis se perdent dans l'Océan sans profit pour les cultures.

Les monts voisins du rivage s'appellent dans l'ancienne colonie hollandaise les Zwarteberg (Montagnes Noires); ils s'élèvent à 1000-2000 mètres; la Montagne de la Table, au-dessus de la ville du Cap, n'atteint pas 1 150 mètres. Derrière les Zwarteberg, le Karrou (800 mètres d'altitude moyenne) étend ses déserts d'argiles rouges fendues par le soleil et privées de pluies par l'interposition de monts qui prennent au passage les vents de la mer. L'autruche, le gnou, la girafe, la gazelle y fuient devant le lion, et souvent le roi des animaux rugit la nuit près des fourgons des Boërs, venus avec leurs troupeaux pour profiter du manteau de verdure dont novembre habille momentanément le steppe. Quand les plateaux de la colonie ont perdu leurs sources, leurs courants et jusqu'à leurs mares opaques et putrides, quand le pAlurage est grillé et que rien encore n'annonce la pluie dans le ciel d'un bleu mat, le Boër attelle plusieurs paires de bœufs k sa charrette de famille ou wagon, et court à la recherche des uilspan^ lieux pourvus d'herbes et d'eau. En hollandais d'Afrique, on appelle trekken celte chasse ;\ la verdure et aux sources.

Au fond du Karrou, l'horizon du nord se heurte à de nouvelles montagne?, les Nieuweveldt, ou Monts de la Neige : Vddt est l'équivalent hollandais du saltus des Latins; il veut dire bois, fourré, montagne forestière. Le pic le plus élevé de celte chaîne, qui preiid en se prolongeant divers noms locaux, le mont Compas, a plus de 3000 mètres. Au pied du revers i«rptr'ntrional, se déroule à perle de vue la plaine de l'Orange (1000-1 000 mètres d'altitude): plaine herbeuse quand il a plu, mais les pluies y tombent très-rarement, car ce n'est plus la seule arèle des Zwarteberg, mais celle aussi des Nicuwe-

veldt qui lui dérobonl l'humidité marine. Hors en septembre et en octobre, saison aux cieu\ moins arides, le ])latoau de rOrangc est uniformément gris et brûlé; la plante y sèche, l'animal y meurt au bord du trou jadis source ou du lit jadis torrent; l'homme échappe aux jours torrides et sans air, aux nuits fatigantes, à la somnolence, à l'épuisement, à la soif, en gagnant les montagnes ou la rive du tleuve, qui baisse beaucoup, mais ne tarit jamais.

L'Orange se forme de deux Cariep — en hotlentot ce mot signifie bruyant : — le Gariep Noir et leGariep Jaune ou Vaal, l'un venu des monts des Hassoutos, l'autre des Drakenberg, qui séparetit l'intérieurdu littoral de la mer des Indes. Bienque jaillissant dans le voisinage de la mer dorienl, l'Orange va se jeter, aprrs 1,800 kilomètres de cours, dans la mer d'occident ou Atlantique. S'il y a plu ou si la neige a fondu sur ses montagnes natales, l'Orange est un large fleuve; en temps sec, c'est un torrent vivace encore, qui coule sans bruit sur le sable ou résonne sur les pierres ^dans un lit cinquante fois plus grand que la lame des eaux. A mesure qu'il s'éloigne du haut pays, il perd plus qu'il reçoit cl il a peu de volume à l'approche de la mer. On ne le naviguera jamais ; en revanche, il pourra transformer partiellement ses plateaux par lirrigalion.

Pour résumer : un littoral sec, le Karrou plus sec encore, les Nieuweveld gelés sur leurs sommets pendant plusieurs mois de l'année, puis le plateau de l'Orange, tour ;\ tour torride ou légèrement froid ; le trait commun est la sécheresse, et celte sécheresse s'aggrave constamment. l.;i dessiccation progressive de l'Afrique australe ne fait pas le moindre doute : les pluies y diminuent, les fontaines y disparaissent, les rivières pérennes s'y fout torrents d'occasion. Le mal vient du déboiï^ement, l'amélioration viendra du reboisement, des barrages-réservoirs et de l'irrigation. Comme les Français au nord do ce même continent, les Anglo-IloUandais ont ici un domaine immense à régénérer. Avec des eaux suffisantes, le climat donnerait, suivant la latitude et suivant les altitudes si diverses des districts, vie et vigueur aux plantes de l'Afriqu^^ (orride, de l'Australie et de l'Kuropc. Kn ce moment, depuis que les fameux vignobles de Constance ont péri presque cnlièrcmcQt

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