GROENLAND
LpCroonland est aussi près de l'Islande' que de l'Amériquo. Fst-cc une île, une presqu'île, une traînée d'archipels cimentés par des glaciers immenses? On l'ignore encore.
Le cap Farcwell, sa pointe méridionale, effleure le 00*^ degr»'
de latitude; au nord, le Groenland se prolonge, avec une largeur grandissante, vers des mers de glace qui n'ont encore vu ni le navire ni le traîneau attelé de chiens d'un explorateur. Le rivage d'orient, siège autrefois delacolonie Scandinave d'où partirent les premiers découvreurs de l'Amérique, est bien découpé, et l'on en a relevé le détail jusqu'au 76« degré : ses glaces riveraines s'attachent, pendant les mois froids qui font presque toute l'année groënlandaise, à une banquise immense, et cette banquise, aucun été depuis quatre cents ans n'a versé assez de rayons pour la fondre ; elle s'étend vers l'Islande, le Spitzberg et l'île de Jean-Mayen.
La côte occidentale, seule habitée de nos jours, donne par des fiords sur une mer intérieure : le détroit de Davis et la baie de Baffîn, profonds de 3 à 4,000 mètres. Ces fiords se changent, dans le rigide hiver, en aires de glace et de neige, et les cascades qui s'y abîment deviennent des stalactites prodigieuses; dans le court été, l'eau se dégèle et porte des glaçons plus grands que les plus hauts monuments, et souvent que les collines, et pourtant ces glaçons cachent la majeure partie d'euxmCmes au-dessous de la ligne des flots. Ils ont 80, 100, 120, jusqu'à toO mètres de haut, quelquefois un volume de plusieurs milliards de mètres cubes ; un tel poids les fait si profondément enfoncer dans l'eau que la masse invisible a de huit à quinze fois l'élévation de la masse émergée : un bloc de 100 à 150 mètres de hauteur apparente prendrait donc une altitude de montagne, si l'Océan séchait sans que la glace fondît.
Ces glaçons polaires, tours carrées, obélisques, aiguilles, arches flottantes, ou masses irrégulièrement percées de grottes, prennent processionncllement la roule du sud ; ils entrent dans l'océan Atlantique; lu, ils voguent; hors des flots, la chaleur de l'air fond les parois émergées; sous les flots, la chaleur de l'eau fond les parois englouties.
Les fiords sont les seules parties peuplées du Groenland. Le contact de la mer, le peu d'élévation du sol, l'abri, leur garantissent une température bien plus douce que celle de l'intérieur. Il y a des européens jusque sous le 72" degré, des Esquimaux jusqu'au 82'. Au nord du 82« degré commence l'inconnu.
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Les parois de montagnes qui barrent l'horizon des fiords supportent un plateau intérieur d'une élévation minima de (;jO métrés. A cette altitude autant qu'à la latitude, le Groenland reproche le froid terrible qui lui mériterait d'Otre proverbial comme la Sibérie. Le plateau groenlandais, les monts riverains, hauts de plu^ de 4,.>00 métros vers le nord-est, ne tentent que le savant; le trafiquant et l'iiiduslriel les fuient, aussi ne les connaîtrons-nous que tard si nous les connaissons jamais. Ils sont couverts de glaciers indéfinis, les plus vastes sans doute du globe, descendant d'une perite uniforme ou en escaliers du haut des montagnes jusque dans l'asile tranquille des fiords. Ces champs de frimas font plus de cent millions d'hectares perdus, deux France, peut-être trois.
li!st-ce bien là le pays que ses premiers explorateurs, des Scandinaves d'Islande, appelèrent du beau nom de Terre- Verte? Nom qu'il a gardé toujours, car en danois Groenland ne veut pas dire autre chose. Furent-ils séduits, eux qui vivaient déjà dans une nature cruelle, par l'éclat d'un jour de beau temps, dans un été exceptionnel par sa chaleur et sa verdure? I.e climat de ces terres boréales a-l-il empiré, comme celui de l'Islande elle-même, comme ( elui de l'Ile de Jean-Mayen, dont une immuable banquise écarte maintenant les vaisseaux, comme celui du Spilzberg, plus inhabitable, aujourd'hui que lors de sa découverte par l'Anglais WiKougby et de son exploration par les Hollandais. Jusque datis le nord du Groenland, dans les plus rudes cantons, au milieu des neiges, on tiouve <Micore des tioncs couchés, des (roncs debout, des souches fossiles, des feuilles conservées parla pénétration de substances salaires ou ferrugineuses, il y eut donc des forêts dans la Terre- Verte à des époques pins opulentes.
^ l)(^s marins islandais avaient fondé, il y a prés de mille ans, fur le littoral groenlanduis des établissements qui policérent en partie les indigènes et inaugurèrent la découverte du nouveau continent par d'aventureuses expéditions dans le ^Vi^land (bords du Saint-I.aurenI, Nouvelle-Angleterre?) I. a guerre, ou le froid, ou la faim, ou la pesle, le tout ensemble poul-étre détruisit le nouveau peuple, dont les restes durent se fondre dans le sang des naturels. Hicn n'en était demeuré quand les
Danois parurent dans ce pays, en 1729, non comme conquérants et colons, — qu'auraien(-ils conquis et cultivé ? — mais comme patrons des Frères Moravcs, missionnaires luthériens d'un beau dévouement. Les faibles stations de mission groupèrent à la longue les indigènes autour d'elles; beaucoup de naturels embrassèrent le chiislianisme, et le Danemark devint tuteur et maître de ce grand pays. Il y règne en paix; il s'est annexé l'empire des glaces sans verser une goutte de sang, il n'en perdra pas une goutte pour le défendre, personne ne songe à le li]i ravir. Tout ce que le Groenland rapporte aux Danois, c'est un exct'dant de dépenses, sans aucun espoir dans l'avenir de la contrée.
Sur les 12 millions d'hectares libres de glace en été que le Danemar-k possède sur la côte occidentale du Groenland vivent moins de 10,000 chrétiens : Esquimaux, métis d'Esquimaux et de Danois. Ees Blancs purs, peu nombreux,sont négociants, administrateurs, missionnaires, aides-missionnaires et maîtres d'école, la pauvre capitale de l'inspectorat du nord est Christîaushaab. Celle de l'inspectorat du sud est Julianshaab, sous le climat le moins déplorable de la contrée, puisque les bœufs peuvent y vivre.
Les établissements danois compris, le Groenland ne nourrit peul-élre pas 30,000 habitants, tous appartenant ù la race des Esquimaux, moins les métis et les Danois. Les Esquimaux, peuple à part, ont rempli toute l'Amérique polaire de leurs stations de chasse et de pèche. Ils dominèrent même sur le Canada et la Nouvelle-Angleterre, d'où les chassèrent les Hurons, les Iroquois et les Algonquins. Les Esquimaux sont heureux dans leur patrie, qu'ils ne changeraient pas pour les Tropiques. Rabougris et gras à la fois, petits avec de grosses tètes et des membres menus, ils ont dans les traits du visage de grands rapports avec les Chinois et les nomades de la Sibérie septentrionale. La propreté n'est pas leur vertu, ni la sobriété, et leur nom veut dire mangeurs de poisson cru; mais s'ils déploient une gloutonnerie bestiale quand la provision s'y prête, ils supportent héroïquement l'abstinence. Ils se vêtent de peaux. On ne connaît pas de canotiers plus experts et plus intrépides. Dans leurs voyages, ils habitent la lente, et une
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hutte de terre quand ils ont trouvé un fiord riche en poisson* et en oiseaux pOcheurs. Leur langue, le karalil, est une des plub répandues du globe, mais en surface seulement, la région circompolaire étant quasi déserte. Hors des clublissemouls danois, ils n'ont pas abandonné le paganisme.