‹ Géographie (volume 2)Chapitre 66 sur 104 · ETATS-UNIS · texte numérisé non relu

ETATS-UNIS

II y a 2G"i ans, cent Anglais débarquèrent dans une île de la côte qui appartient aujourd'hui à l'État de Virginie, à l'embouchure de la rivière James. Ces premiers colons se renforct^rent, trùs-Ientcment d'abord, puis plus vite, par divers éléments : arrivants volonlail•e^, exilés de la métropole, criminels achetés aux enchères, femmes publiquement vendues pour quelques centaines de livres de tabac, engagés qui étaient de véritables esclaves. Plus tard vinrent des « cavaliers », nobles et riches qui fuyaient devant la nouvelle république anglaise. Entin, la traite des noirs amena des Africains sur ce rivage de l'Atlantique.

Au nord du littoral virginien, à partir de IGlo, les Hollandais, alors dans toute leur puissance sur mer, s'établirent le long du fleuve Hudson. Leur village d'Orange est devenu Albany, et à la place de leur Nouvelle-Amsterdam resplendit naaintenant New-York. Leurs colonies se développèrent très-peu, faute de colons : en 1(13;), elles ne renfermaient encore que 2,000 Néerlandais et ^Vallons, auxquels se joignirent des familles de liugnenots français, après la révocation de l'édit de Nantes. Toutefois, ce fut î-eulement après l'an 1,700 que les Anglais prirent le pas sur les Hollandais à New-York. ^ Au nord de New-York, en iG20, le rocher de NewPlymouth reçut cent deux Anglais, des Puritains, las d'une patrie où leur croyance était persécutée. Ces hommes et ceux qui les suivirent jetèrent la principale semence de la nation dont la force et le bonheur nous élouneut. Les Puritains s'installèrent naturellement sur la côte, à l'orient des Alléghauics, dans un pays boisé, très-arrosé, brumeux, froid en hiver, chaud en été. Ils lui donnèrent le nom de Nouvelle- Angleterre. Hommes étroits, mais solides, ils avaient l'énergie de leur race ;\ côté do rapreté de leur foi; ils défrichèrent et fondèrent à la hûte et se multii)lièrcnt avec rapidité. La contrée de Boston fut celle <ju'ils remplirent de préférence, puis, après elle, la Peu-

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sylvanie, contrée montagneuse dont les courants d'eau se partagent entre l'Allantique, le lac Érié et l'Oliio, qui court vers le lointain Mississipi. Trente ans après l'arrivée des Puritains de New-Plymouth, il y avait déj;i dans la Nouvelle-Angleterre 4,000 familles anglaises, faisant 21,000 individus. De ces 21,000 personnes procèdent, assure-t-on, douze millions des Yankees du jour — Yankee est le nom populaire de l'Américain du Nord.— Dans le peuplement des vallées pennsylvaniennes, les Anglais furent secondés par les Allemands, qui préludaient à leur expatriation en masse vers cette Amérique septentrionale où leur sang est maintenant celui de huit à dix millions d'hommes, sur quarante millions. D'autres enfants du Nord accouraient aussi vers ces parages : des Suédois, reprenant sans le savoir le chemin de leurs ancêtres, vinrent les premiers habiter le New -Jersey et le Delaware, non loin du Vinhmd découvert, en l'an 1000, par l'Islandais Seif, fils d'Eric le Rouge. Ces Suédois avaient avec eux quelques Finlandais.

Les premiers envois notables de colons par la métropole datent de 1640. La Pennsylvanie reçut Penn et ses quakers en 1682. Les Allemands commencèrent à arriver en nombre vers 1709. A celle époque, un grand ban d'Alsaciens, de Souabes, de paysans du Palatinat, plus de dix mille hommes, peut-être vingt mille, abandonnèrent le Neckar et le Rhin? devant la persécution catholique, la guerre et la famine. Ils s'établirent dans la Pennsylvanie, le pays de New-York et les deux Caroline.

En 17o0, il y avait près de 1,200,000 dmes dans la Nouvelle- Angleterre et dans les colonies méridionales, dans la Virginie, les Caroline, li Géorgie, qui se couvraient de Blancs et deNoirs. Tandis que les élal)lissemenls anglais prospéraient, la Nouvelle- France, qui les entourait au nord sous le nom de Canada, à l'ouest, le long de l'Ohio et du Mississipi, sous le nom de Louisiane, végétait dans les mains de la dynastie très-catholique: sans doute par les fautes des gouvernants, mais surtout parce que la France n'envoyait pas un colon au Saint-Laurent, pour vingt que l'Angleterre versait au pied des Alléghanies. L'absence d'immigration fut la principale cause de la notre ruine. Des deux côtés les colons se valaient : les Anglais élaienl plus

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commerçants mais non plus braves, plus résistants et plus féconds. La paix d'illreclit (ITl.'j) signale notre péril, la paix de Paris (1763) acheva notre désastre.

Vers 1792, une question de douane et d'impôts jeta le ferment de l'indépendance sur celte race allicre. La guerre commença en !770 entre la métropole et les treize États ou provinces qui composaient alors les Ktats-Unis. Aidées par la France, les colonies triomphèrent et leur indépendance fui reconnue (1781).

Depuis, rien n'a arrêté l'essor de l'Amérique anglaise libre. D'annexion en annexion, la voilà quatre fois plus grande qu'au jour de sa délivrance. Honaparte lui céda, en 1S03, pour 80 millions, la Louisiane, qu'il désespérait de défendre contre les Anglais : un monde vendu bon marché. Kn i.S21, l'Kspagne abandonna la Floride auxKlats-L'nis. L'année ISiî) leur apporta le Texas, plus grand que la Franco, l'année 18i(i l'Orégon avec son tleuve et ses forcMs superbes. Ln 18"i0, le Mexique vaincu leur abandonne l'LMah, le Nouveau-Mexique et la splendide Californie. Kn )8oi, ils annexent l'Arizona. Fnfin, la Russie leur a récemment livré ses possessions américaines pour quelques millions de dollars. Ll tout cela ne comble pas la mesure des ambitions du Yankee. Les Élals-Unis attendent que le Canada, aussi vaste avec ses dépendances que tout le territoire actuel de l'Union, leur tombe de lui-même dans les mains ; ils désirent le Mexique, que peu à peu ils dépècent, l'Amérique centrale, d(inl ils convoitent les isthmes entre les deux Océans, et ils jettent des regards ardents sur Cuba, la perle des Antilles. Peut-cire leur dé.-ir va-t-il plus loin et l'.Vmériquc du Sud leur semble-t-elle une proie pour l'avenir, car ils ne sont pas de ceux qui prendraient pour devise : tandem voti compos ! « je suis au bout de mes v(eux ! » Mais, s'ils peu\ent s'étendre jusqu'à Panama, le développement très-considérable de l'émigration européenne vers l'Amérique espagnole sauvera de leur domination la plus belle moitié du continent dont les Yankees se sont donné le nom. Les Yankees se traitent , volontiers d'Américains, bien que le sang autoi bibone compte pour trèspeu dans leur race, les Indiens ayant été détruits, non atlivés et assimilés par eux. D'ailleurs, parmi ces Indiens mêmes,

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