‹ Géographie (volume 2)Chapitre 68 sur 104 · ETATS-UNIS. 4 9S · texte numérisé non relu

ETATS-UNIS. 4 9S

équivaut presque exaclement à l'aire de la France avec la Corso. Prùs du Caire, — les Américains ont la passion de donner aux plus minces bourgades les noms retentissants de l'histoire, — prùs du Caire, par 92 mètres d'altitude, l'Ohio tombe dans le boueux Mississipi. Il y garde quelque temps, sur la rive par laquelle il entredans le fleuve, la clarté de ses eaux, mais son débit est bien faible en face du déluge qu'amùne le Mississipi, grossi du Missouri, et à quelques kilomèlres en aval de la rencontre, lamOme leintesale règne d'un bord à l'autre du fleuve. Les crues de l'Ohio sont trôs-considérables, elles peuvent monter jusqu'.à vingt mètres. Sans compter Pittsbourg, celte rivière baigne Cincinnati, puis Louisville,cité voisine des seuls rapides qui interrompent la navigation de ce cours d'eau paisible.

Le nom de Mississipi résonne à notre oreille comme celui du plus grand fleuve du monde avec les Amazones. Il y a pourtant plusieurs rivières, polaires ou non, qui doivent rouler plus d'eau que lui dans la saison déliage. Son débit moyen, 17/tlo mètres cubes par seconde, est à peu près le même que le débiÊ minimum des Amazones au défilé d'Obydos (17,644 mètres cubes); cela ne fait pas le quart des 6'J,400 mètres cubes auxquels les calculs les plus modestes évaluent le volume à la seconde fourni en moyenne par le fleuve brésilien.

Le premier Européen qui contempla le Mississipi (1539), un aventurier espagnol, Hernandez de Soto, ne cherchait ni fleuve, ni lac, ni montagne; il était en quête de la Fontaine de Jouvence, dont nul voyageur ne verra le merveilleux cristal. Le Mississipi, qui s'appela Colborl lorsqu'il appartenait à la France, sorl d'un lac de l'État du Minnesota, le lac Ilasca ou lac de la Biche, situé îl 508.-) kilomètres du golfe du Mexique ensuivant le fil de rivière. Fn prenant le Missouri pour le maître fleuve du bassin, la longueur du cours d'eau arrive à 7,G00 kilomètres, sept à huit Loire, dix Seine ou dix Uhôno. Le lac de la Riche occupe, à lilO mètres d'altitude, un creux de plaine, au milieu de prairies que nul relief appréciable ne sépare du lac Supérieur et du bassin de la Hivière Uouge du nord, dont les eaux descendent à la baie d'iludson.

Aprèsavoir passé à moins de 100 kilomètres du lac Supérieur, élroit encore, lui qui sera ?i large, ruisseau, puis rivière, lui

4y$ GEUGUAPIIIE.

qui deviendra le « Pure des Faux,» il sinue dans les « Prairies, » ?avanes herbeuses qui sont en partie l'ancien fond du lac iMicliigan. Là, dans le Minnesota, le \Visconsin, l'Iowa, llllinois, se porte surtout l'eiïort de la colonisation ; là se jettent avec une sorte de rage los Yar.kees des Étals de l'est, les Anglais, les écossais, les Irlandais, les Allemands, les Suédois, les Norvégiens, les Canadiens anglais ou français. I.a noer de hautes herbes, avec ses élangs et ses canaux naturels ou créés par les caslois, ses bouquets de bois pour îles et çà et là de grandes forêts faisant elVet de rivages, perd rapidement le charme qu'elle tenait de la solitude, du silence, de tout ce qu'on peut comprendre sous le nom de nature libre, l-llle se transforme c[i une plaine vulgaire, en une Beauce, mais en une Beauce humide, vivifiée par des lacs, des ruisseaux, de belles rivières. Si la Prairie, dépouillée de sa beauté, ne garde d autrefois que l'infini de l'horizon, elle porte les sillons qui nourrissent une partie du monde et qui font de Chicago le premier dépôt de céréales de l'univers.

A Saint-Anlhony et à Minnéapolis, le Mississipi, large <?« 575 mO'tres, tombe par une cascade de 7 ;\ 8 mètres de hac teur, au-dessous de laquelle il n'y a plus que 180 mètres d'un bord iX l'auire. Des établissements industriels gâtent cette cascade, menacée comme le Niagara et les autres chutes des Ktats- Unis, de devenir un chapelet d'uî>ines étalées. Avec les rapides qui accumpagnoiit la cataracte, le Mississipi descend ici de 23 mètres.

Crossi par des rivières plus abondantes que bien des (leuves, le Minnesota, le ^Visconsin, la Hivière des Moines, llllinois, il rencontre, en amont de Saint-Louis, le Missouri, cours d'eau énorme, que les Américains surnomment Mud Biver, rivière de la Boue. \.v. Mississipi étant beaucoup moins considérable que le Missouri, ses eaux claires ir'onl point le dessus dans leur lutte contre les eaux ^aies de la Mud Bivcr ; chaque lleuve garde longtemps sur sa live la couleur d'amont, mais peu à peu le mélange >e fait, cl, au dessous de Saint-I.ouis, les flots troubles ont dévoré les Ilots purs.

(Juand le Missouri se trouve en face du Mississipi, il a parcouru deux fois et demi aulant do chemin que son rival. Il ne

se forme pas comme lui des déversoirs d'un archipel d'étangs; il naît dansles puissantes montagnes Rocheuses, de la réunion de trois torrents : le JefTerson, le Madison et le Gallalin. Avant de quitter les gorges pour la plaine, il se plie et se replie pendant neuf kilomètres au fond d'un canon (fissure) de 400 mètres environ de profondeur, avec une largeur de 550 mètres, et tombe de 110 mètres en 26 kilomètres de chutes et de rapides. A 40 kilomètres au-dessous des Grandes Chutes, à Fort-Benton, par 900 mètres d'altitude, la rivière devient navigable : de ce point à la mer, le long du fil de l'eau, il y a 6985 kilomètres ouverts aux transports : c'est plus de cinq fois la longueur du Rhin, près de sept fois celle de la Loire, et neuf fois celle de la Seine.

En plaine, le Missouri traverse une région où la colonisation ne se porte que depuis peu d'années; il y reçoit de fortes rivières, moins considérables toutefois, à bassins égaux, que les tributaires du haut Mississipi, sur lesquels il pleut beaucoup plus. Aussi, au confluent, le débit des deux fleuves n'est point proportionnel aux aires drainées, et le Missouri ne l'emporte en volume qu'en vertu d'un bassin beaucoup plus étendu. Les principaux tributaires du Missouri, bordés ainsi que lui de bouquets de noyers, d'érables, de chênes, de vergues, sont la Snake-River, la Yellow-Stone, dont la vallée est remplie de merveilles, de sources chaudes, de geysers, de jets de vapeur; le Ncbraska ou Platte, très-large et sans profondeur, et le Kansas. Deux de ces rivières, le Nébraska et le Kansns, donnent leur nom à un État.

Bien que violent, déposant du sable et des vases, formant des bancs et des îles, rongeant ses bords, changeant son lit, le Missouri est suffisamment navigable à partir de Fort-Benton, et en amont des Grandes Chutes, il possède des trajets canotables séparés par des cascades et de^^ rapides.

"" C'est en vue des monts d'Ozark, exhaussés par leur isolement dans des plaines indéfiiiie?, que le Missouri s'allie au Mississipi, après un voyage de près de 6,000 kilomètres, plus long que le cours entier du Père des Faux de son lac initial au golfe du Mexique. D'indolent qu'il était devenu très-rapide, le Mississipi continue à couler du nord au sud dans une large vallée

qui perd insensiblement la physionomie du septentrion pour prendre les teinles du midi, il baigne Saint-Louis, l'une des cités du monde auxquelles l'avenir promet le plus de splendeur. A mi-themin de Saint-houis au confluent de l'Ohio, des rochers de 90 nn^'lres de hauteur se lèveril sur ses deux rives ; jadis ces rochers, qui appartiennent aux monts d'Ozark, n'avaient point encore été sciés par le fleuve, ils formaient digue. De leur crête sautait une cascade plus puissant que le Niagara; derrière eux le fleuve refoulé était un lac immense commu ■ niquant avec la mer douce du Canada.

l'n aval de la bouche de l'Ohio, le fleuve, gorgé d'alluvions, roule en grande crue 3o,000 à 40,000 mètres cubes d'eau, et à l'éliage S,500 mètres par seconde. 11 traîne des arbres, fait et défait des îles, attaque ses bords, détruit ses défours par des percées directes. Il a maintenant do 1,800 à 2,300 mètres de largeur; sa profondeur à l'ètiage est do S à 10 mètres au-dessus du confluent de i'Arkansas, de l'J à U) de l'Arkansas à la Nouvelle-Orléans, de 70 au pied de la colline de Giand-Gulf, ville de l'État du Wissis>ipi. En revanche, sur un point, en aval de l'embouchure de l'Arkansas, il n'y a que frois mètres en eau basse. Des levées latérales l'empêchent d"inonder au loin le pays par-dessus ses berges plates, bordées de prairies et de forêts, rarement de collines. Quand il baigne le pied d'un morne, ce qui se produit plusieurs fois sur la rive gauche, la cime de ces collines ou\re sur le fleuve aux grandes eaux, la prairie et la forêt des horizons d'une superbe grandeur. .>

La dernière de ces collines riveraines est celle de B.ltonr»ouge, petite capitale de IKtat de Louisiane. A la Nouvelle- Orléans, le Mississipi n'a guère que 1,000 mètres de largeur avec une profondeur d'une quarantaine de mètres. La \ille s'étale enlte le fleuve vl le lac Pontcharirain (23*^,000 hectares), qui s'ouvre sur la mer. .Vu lieu d'arriver X son terme par cette courte voie, le Miî^sissipi, se tenant entre deux levées d'alluvions, . fait encore cent kilomètres avant d'atteindre la Fourche des Passes, où il se di\ise en trois courants écartés comme les doigts d'une patte doiscau. Ces courants sont séparés des flots du golfe du Mexique par de minces plaques de vases couvertes de roseaux, i>ni- hs roseaux cessent, la boue

délayée n'ayant plus assez de fermeté pour composer un sol. Peu à peu les levées se changent en les sôparces par des chenaux d'eau trouble ; la vase humide devient à la fin flot jaune. Le Mississipi n'est plus, mais ses alluvions, s'épandant dans la mer, travaillent incessamment sous l'onde à l'agrandissement de l'Amérique. Annuellement, le delta s'avimce de 79 à JOl mètres dans le golfe. Kn moyenne, le fleuve apporte à l'Océan six mètres cubes de boue par seconde.

Avec ses 7,000 kilomètres de développement, le Missouri- Mississipi est le fleuve le plus long du globe, sauf peut-être le i\il, ce que l'avenir nous dira. La surface de son bassin approche de 3oO millions d'hectares, environ sept France, sous un climat salubre et tempéré, excepté dans les plaines mouillées du bas fleuve, et principalement aux alentours delà Nouvelle-Orléans, qui est une des demeures de la fièvre jaune.

Le dernier grand affluent du Mississipi, la Hivière-ltouge du sud, se versait autrefois directement dans la mer. La Hivière- Houge est fameuse par son Great Baft, embarras de bois de dérive qui, de proche en proche, a remonté à 050 kilomètres au-dessus du confluent, à raison de deux ù trois kilomètres par an. A mesure que le radeau se déforme en aval, il se forme en amont. Après 22 ans de travaux, on a renoncé à démolir ce que la nature reconstruisait toujours, et le radeau, tourbe pour l'avenir, a été laissé à lui-même.

En remontant la Ilivière-Hougf, l'Arkansas, les tributaires de droite du Missouri, on pénètre dans des plaines où le sol ne vaut pas la terre des affluents de gauclie du Mississipi et du bassin de l'Ohio. De terre nourricière portant toutes les moissons que le climat comporte, il se change, faute d'assez de pluie, en un terrain médiocre, quelquefois très-mauvais, destiné à rester longtemps en friche en dehors de ce que les rivières pourront féconder, et naturellement, ces rivières souffrent du manque de pluie comme les territoires qui les environnent. On a vu la Canadienne, le grand tributaire de l'Arkansas, sans une seule goutte d'eau à i,200 kilomètres de ses sources. Dans certains districts de cette région, les nuées du ciel, arrêtées à l'ouest par les Hocheuses, versent ;\ peine cinq centimètres de pluie par an. On pourrait étendre à ce

désert db peu d'arbres, de peu d'herbes, de peu d'eau, le nom de Mauvaises Terres, donné par les Canadiens à une contrée située entre le Missouri et les Rocheuses.

Mais insensiblement le sol s'élève, il se mouvementé. On approche des Montagnes Rocheuses, mères des milliers de clairs torrents à cascade? qui, fuyant vers l'est, vont passer, tous réunis, en eaux jaunes, devant les quais de la superbe « Crescent-City » (Nouvelle-Orléans). D'autres bornent leur carrière sur les plateaux où ils sont nés : ils s'y dessèchent ou finissent dans des lacs sans écoulement ; d'autres enfin de>cendent à l'ouest ^ers le Pacifique par la puissante Colombie, les fleuves côliers de la Californie et le Rio Colorado, rivière indigente [K.rtant la peine des cieux d'airain sous lesquels elle se lord au fond des c.iùons les plus grandioses qu'on connaisse encore sur le globe. Le mot espagnol canon (qu'il faut prononcer cagtion), emprunté par les Yankees aux Hispano-Américains, a la mcme valeur que le mot cluse dans notre Jura et le terme de dus dans nos Alpes Maritimes : il désigne un défilé extrêmement resserré, entre des roches ;\ pic d'une vertigineuse hauteur. Le canon du Colorado, qu'on dit long de près de 500 kilomèlres, est dix fois plus profond que la plupart des dus et cluses de France. Ses roches droites montent quelquefois ;\ 1 ,"200, et même à 1 ,S00 mètres au-dessus des eaux rares du fleuve, obscurci par les deux murailles et large en certains endroits de -TO mètres à peine; la hauteur moyenne des doux parois du canon est de 900 mètre>. Le bassin du Colorado a presque exactement l'étendue de la France, 53 à o4 millions d'hectares.

Conlpo^ées, i-ur le territoire des l'^lats-Lnis, de plusieurs chaînes qui tantôt s'éloignent, tantôt se rapprochent pour se fondre ou s'écarter de nouveau, les Montagnes Rocheuses portent de va>te^ plateaux. Les premières arêtes en venant de l'est, du pays anciennement colonisé, se franchissent par un grand nombre de cols.

Les cols du nord mènent dans le bassin de la Colombie : ce fleuve d'un bassin de 00 millions d'hectares roule, à l'inverse du Colorado, plus d'eau qu'(Mi ne Tattcndrait de l'étendue des terres qu'il draine. La Colombie s'appelle aussi Orégon, L'An-

gleterre cl l'Union s'en partagent le cours. Sa vallée est d'une beauté saisissante, et ses dales, gorges ou carions avec de puissants rapides, sont un des beaux spectacles de TAmérique et du inonde.

Avant de se perdre en mer, la Colombie passe, par un défilé sublime, entre le mont Hood et le mont Saint-Helens. Trônant tous deux au-dessus des nuages, d'un élan, sans aides et sans contreforts, ces deux vieux volcan? neigeux semblent éleints. Au moins le mont Ilood, dont la hauteur flotte, suivant les évaluations, entre 4,000 et o,500 (?) mètres : avec cette dernière altitude, ce serait sans doute le pic culminant des États- Unis. Le Saint-Helens (4,200 mètres) a, dit-on, rejeté des cendres en 18o3. Il a pour proche voisin le mont Rainier (3,761 mètres), autre volcan qui porte les derniers glaciers connus de l'Amérique septentrionale sur la route du midi. Au nord du mont Rainier, le Baker, sur la frontière de la Colombie anglaise, dresse à 3,100 mètres son cône volcanique. La chaîne où flambèrent ces cratères se nomme Cascades Range, Chaîne des Cascades. Malheureusement pour la région qui confie ses eaux à la Colombie, le fleuve, malgré son volume, est fort embarrassé dans sa navigation par les rapides et les cataractes. Par ses mines, ses bonnes vallées, ses bois, les premiers peut-être du monde pour l'étendue des massifs et la valeur dos troncs, le bîissin de l'Orégon sera le siège d'un peuple puissant. Il pleut tellement sur la basse Colombie que les habitants de cette partie du versant du Pacifique, les Porllandais entre autres, ont reçu le surnom de Webfeet (Palmipèdes).

D:ms l'ensemble de massifs qu'on peut réunir sous le nom de Wonlagnes Rocheuses, les cols du centre mènent sur le haut plateau d'Utah ou des Mormons, ceux du midi sur les plateaux du Nouveau-Mexique et de l'Arizona.

Le Platenu d'Utah a pris son renom d'une communauté de fanatiques qui en a commencé le dofriclicment après avoir gagné le bord de son lac par des émigrations héroïques. J.es Mormon^, officiellement polygames, suivent la doctrine (l'un révélateur moderne, auquel des besicles dites Urim-Tliumini pcrmirentde comprcii.'; ;• un livre divin, spécialement écrit

500 GEOGRAPniE.

pour l'Amérique dans la soi-disant langue égyptienne réformée. II s'est trouvé aux États-Unis, dans les îles Britanniques, dans les pays Scandinaves, en Finlande, en Allemagne tiùs-pcu ailleurs, de nombreux milliers d'hommes et de femmes pour donner leur foi et toute leur vie ù cette révélation. Les Mormons sont aujourd'hui 130,000.

C'est un pauvre pays que le plateau d'Ulah, qui chez les Mormons a pour nom sacré Désent; c'e^tune lerre d'argile sans végétation et sans fontaines. Les pluies nepou^a^t franchir les chaînes californiennes, il appartient à la stérilité dans tous les cantons où les canaux ne font pas couler les eaux vives de la haute montagne. Des loulVes d'herbes de la Saint-Jean, des nappes de sel, au loin l'iiorizon des sierras; un climat que l'altitude du sol fait rude et extrême, un grand lac salé, des lacs plus petits, tel se piésentait le plateau Mormon aux voyageurs en roule pour la Californie, avant que le chemin de fer de New-Yoïk à San-Krancisco leur prètAt les pas géants de la vapeur. Le froid ou la chaleur, la faim, la soif surtout, y ont plusieurs fois décimé de grands convois d'émigrants ou détruit de petits groupes; bien des colon?, bien des mineurs ont été dévorés par ce désert.

Le Grand Lac Salé reçoit le Jourdain, riviCre qui sort d'un autre lac, le lac d'I'tah, et baigne (ireat-Salt-Lake City, la ca- [jitale des « Saints des Derniers Jours. » Ainsi s'appellent volontiers entre eux les Mormons. Par sa salure, bien supérieure à celle de l'Océan, le Grand Lac reproduit la mer Morte ; les poissons que les torrents y traînent y périssent, et la pesanteur de l'eau y est telle que le nageur peut dormir en sécurilé sur ses flots, quand le \ent ne lui jette pas à la face une eau que ni l'ceil ni la gorge ne peuvent souffrir. Jadis beaucoup plus va^lc, le Lac Salé a encore 400 kilomètres de tour; sa profondeur, qui peut descendre jusqu'à 10 mùtres, ne va qu'à deux en moyenne. Des oiseaux sans nombre, oies et canards sauvages, cygnes, mouettes, pélicans, nagent sur la i)lainc des eaux ou se posent sur les roches de l.i rive et des îles.

Le plateau d'Utali est d'une altitude fort considérable, 1,500 métrés en moyenne, et fort vaste, car l'Llal dont il fait une grande partie n'a pas moins de 28 à 29 millions d'hecta-

les, plus de la moitié de la France. A l'est, au midi, a l'ouest, il confine à d'autres plateaux, à d'autres déserts.

A l'est s'étend le Colorado, coupé de hautes montagnes, élevé, frais, argileux, bien pourvu de rivières. Celte région est en UxCsure de livrer de vastes terrains au soc, de larges prairies aux troupeaux. Dans TArizona et le Nouveau-Mexique, situés sous un soleil plus vertical, aux portes de l'empire de Montézuma, le désert change de physionomie. Les espaces cultivables, rares et restreints, s'y borneront à ce qu'arrosera le faible trésor des eaux pérennes. Et encore ces eaux coulentelles souvent au fond de caîions d'une profondeur affreuse. 11 y fait déjà chaud, et le pitahaya ou cactus gigantesque, produit tout méridional, forme des forêts dans l'Arizona. C'est une plante singulière ; sa tige droite et ses quelques branches correctement horizontales imitent de loin un candélabre de \0 à i2, et même de lo à 20 mètres de haut ; elle aurait donné son nom à la contrée, car dans la langue des Indiens du pays, Arizona signifierait la Terre des cactus. Dans cet État, dans le Nouveau-Mexique, on ne retrouve guère le double aspect septentrional et yankee. L'Arizona montre çà et là des ruines des monuments bâtis par la race qui dominait à Mexico quand les Espagnols y arrivèrent, le Nouveau-Mexique est on partie peujilé de catholiques parlant la langue castillane. Ce dernier pays a pour artère le Hio-Grande del Norle, tributaire du golfe du Mexique. Ce fleuve, long de 3,000 kilomètres, mais d'un bassin étroit, sous un climat qui marchande les pluies, ressemble au Colorado par ses canons, sa faible masse d'eau, sa navigation très-diflicile. L'aire c'gouttée par le Rio-Grande (o4 à 55 millons d'hectare>) dépasse d'un million d'hectares à peine retendue du bassin du Colorado.

Le Rio-Grande del Norte sépare le Mexique du Texas, ancienne province mexicaine, détachée de la métropole depuis trente-cinq • ans, liée aux Étals-Unis depuis vingt-cinq. Le Texas couvre seize millions d'hectares de plus que la France ; il s'espar-.e au loin, le long du golfe du Mexique, jusqu'aux basfonds et aux cyprièies de la Louisiane. Son étendue, la fécondité de son territoire font augurer un bel avenir. Dans le nord, les TJanos Estacados , où galopent les Indiens Comanches, sau-

vagcs belliqueux el mauvais voisins, participent X l'aridité du Nouvoau-Mcxique. Haioment il y pleut. Les Llanos Eslacados(700à 1,200 mètres d'altitude) ont dû leur nom, qui veut dire en espagnol Plaines jalonnéeSy au\ pieux plantés dans ces déserts pour indiquer la roule. Excepté dans la plaie zone riveraine du Golfe, et dans les Llanos, le Texas est accidenté. Des rivières aux noms castillans y courent directement k la mer, ou à des lagunes séparées du flot par des cordons de sable. Le clim.it Y est chaud, favorable au coton et à la canne à sucre, par endroits malsain dans les terres basses.

Ce que Limpropriété du sol el la dureté du climat enlèvent d'habitants possibles aux États des Hocheuses, ces Ktats le regagneront à un certain degré par les ressources du sous-sol, par les mines d'argent, d'or, de presque tous les mélaux. Li\ se trouve la région minière par excellence : le Mexique et les Andes, qui sont aussi riches, obéissent à des hommes sans travail et sans volonté, il leui faut des étrangers pour exploiter leurs gîtes. L'Australie, prodigue d'or, n'a pas un si vaste choix de métaux. Les premières ville? des Rocheuses furent des campeftients de mineurs, dans l'avenir leurs plus fortes cilés seront sûrement des groupes d'usines métallurgiques élablies t^ur quelque grand pouvoir d'eau de ces contrées si vastes qu'il y a dans leur sein, rien que dans les districts méridionaux, plus de cent millions d'hectares voués i\ la siérililé.

Les déserts qui continuent à l'ouest le idateau des Mormons appartiennent au Grand Bassin (72 millions d'hectares). On appelle ainsi un ensemble de vallées sans écoulement vers la mer, vallées de toutes grandeurs, au nombre de plu>ieurs centaines. Leurs lacs, où se perdent les torrents fournis par des chaînes de 300 A 1,200 mèircs de hauteur relative, sont permanents ou temporaires. 11 yen a de très-beaux, tels que le lac de la Pyramide, le lac Carson et le lac Ihimboldl, qui recuit la plus forte rivière du Grand-IUissin, le Huniboldt (S0(» kilomètres). Dans le nord, les plalcaux du Grand-IVissin se tiennent à une très-grande altitude, 1,000 à t,POO mètres; dans le sud, au contraire, se trouvent des plaines peu élevées et même inférieures au niveau des mers. La Vallée de la mort (Death V.illcy), grande comme douze de nos départements, s'élcnd à 53 mètres en

moyenne au-dessous du niveau marin, et sans la Sierra-Nevada, le Pacifique TeDgloutirait. Celte immense dépression est creusée à 500 kilomètres environ au nord de la pointe septentrionale du golfe de Californie.

A l'orient du Grand liassin et de la région lacustre de l'État de Nevada, aux monts faits de métaux, on gravit des chaînes à pentes roides, avec le fameux chemin de fer du Pacifique. Cette voie ferrée traverse l'Amérique, de New- York à San-Francisco : elle rapproche ainsi les deux océans l'un de l'autre, et l'Europe de l'extrême Orient. Elle franchit toutes les murailles des Rocheuses par des rampes excessives, suivies de descentes d'une inclinaison presque périlleuse. Sur les trajets les plus élevés des paraneiges essayent de défendre les rails contre l'accumulation des neiges de l'hiver. Une des stations, Shermann, à 2,569 mètres, sera la gare la plus haut située du globe jusqu'à l'achèvement de quelques lignes péruviennes.

Ces montagnjs cachant au Grand-Bassin les horizons du Pacifique *e nomment la Sierra-Nevada. I:^lles forment un faîte que les pluies du Pacifique surmontent malaisément, et ainsi elles nuisent aux plateaux de l'orient, mais à l'occident crèvent les nues auxquelles leur arôle a barré le chemin de l'est. Avec la plastique puissante du sol, partout hérissé de chaînes, l'abondance des pluies est le principe de la richesse et de la beauté de la Californie. Cette terre exceptionnelle a tout : à sa porte le plus grand Océan du globe avec un port merveilleux; derrière elle, une rangée de hauts sommets qui empêchent l'humidité de la mer de s'enfuir au loin; de celte rangée à la plage du Pacifique un lacis magique de pics, de défilés, de bassins, de cascades, de lacs, de forêts où les séquoia sempcr virens, premiers sapins du monde, s'élancent à 250 pieds, quelquefois à 400. Les Californiens abattent ces beaux arbres avec brutalité : bientôt il restera seulement ceux que le gouvernement fédéral a donnés à l'Élat de Californie pour les garder de toute injure, comme une merveille de l'unis ero.

Les monts Californiens sont encore noir de forêts et regorgeront longtemps de métaux. Leurs torrents sont abondants. Lxceplé dans les hautes chaînes, nulle part le climat ne mord,

nulle part il n'amollif, même sur le rivage, et voilà comment la Californie est le joyau des ttats-Unis, et sans doute un des pays do la terre qui ont le droit de prétendre au laurier de la beauté. Peut-Cire n'est-il rien de plus grandiose dans les deux mondes que le bassiri supérieur de la Merced et ses cascades d'Yosemilé, hautes de quatre à huit cents mètres. La palme de la fécondité pourrait revenir à quelques-unes de ses vallées, celle de la richesse appartient aux raines d'or qui ont fait le nom de Californie proverbial d'un bout du globe à l'autre.

La Sierra-Xcvada s'élève fort haut. Ses cols s'échancrenl à la même altitude que les ports des Pyrénées, mais l'arête surpasse en élévation la crête des monts hispano-français. Plusieurspics montent au-dessus de 4,bOO mètres, un peu moins que le mont lîianc, un peu plus que les cimes culminantes connues desMontagnes Hoclieuses, qui se tienneiil entre 4,000 et 4,300 mètres (pic Frémont, 4,1 39 mètres; pic de Pike, 4,0'<4; pic de Santa-Fé, 4,270 ; pics de Gray ; mont d'Harvard, etc). Près des frontières Orégoniennes, là où la Sierra-iNevada s'allie à la Chaîne des cascades, le cône du volcan Shaste atteint 4,3.10 mètres. Le pic de Lassen (3,107 mètre?), autre vieux volcan, se reconnaît de loin à sa cuuleur ronge.

La Californie pluvieuse et fertile ne s'étend point sur les 1,200 kilomètres de littoral de ri>tat et sur ses 4'J millions d'hectares. Presque la moitié de cette surface quasi égale à la France dépend d'un rivage j»lus méridional et plus sec et, derrière les montagne? côtières du sud, de plaines aride? allant finir aux parois occidentales du caùon du Colorado. Au recensement de 1870, l'ICtat navait que liG0,00 ) habitants, mais la population s'accroît rapidement, aujourd'hui que le chemin de fer da New- York à San-FranLisro met ses vallées h port('e (lu gi'and courinl de rémigi-alion.

Au nord de la Californie vient l'Oré^on qui a le bonheur d'être longé, comme la Californie, par le Kuro-Sivo, le courant chaud qui nait dans le Paciquc torrid(\ \a toucher le Japon, se rafraîchit par l'alliance du courant dOcliotzk et vient sillonner les flots californiens, en enserrant dans son orbite un<î grande mer de sargasses ou de varech. Il y a quelques années, les Ltals-l'nis finissaient avec l'Orégon, que borne au scplen-

trion la Colombie anglaise. Mais aujourd'hui l'Union possède, au nord de ce dernier pays, les ioO millions d'hectares d'Aliaska, l'ancienne Amérique russe.

Aliaska proiite de sa situation sur l'océan Pacifique; elle lui doit d'ûlre encore, malgré sa haute latitude, habitable sur la côte, dans les îles de la côte, et dans la vallée inférieure de quelques fleuves. Des montagnes de premier ordre font descendre leurs glaciers jusqu'à frôler le rivage. Tels les gla-, ciersdumontdu Beau-Temps (Fairweather, 4,150 mètres), et du Saint-Elie (3,000 métrés) : de ce dernier pic part une mer de glace de 63 kilomètres de longueur. En tirant au nord, les glaciers se multiplient et s'étendent, mais la montagne est moins haute.

Certes, ces pics rivaux du mont Blanc, avec des glaciers supérieurs à ceux des Alpes, donnent au littoral d'Aliaska un caractère de grandeur écrasante. Par malheur, on les voit rarement. Sur nulle plage de l'Amérique du Nord il ne pleut aussi constamment que sur ce rivage, pays des ondées fixes et persistantes, des nuages sans éclaircie, des soleils lami-cs, et des houes à se perdre. A part cela, quelque désagréable qu'il soit, le climat est supportable jusqu'à la presqu'île où le grand Océan se termine pour faire place à la mer de Behring, entrée de la mer Glaciale. A Sitka, l'ancienne capitale russe, dans l'île Baranoff, le thermomètre va de 28 degrés au-dessous de zéro à 20 degrés au-dessus; dans l'intérieur, la température est plus chaude en été, mais au fort de l'hiver elle peut des cendre à plus de 50 degrés au-dessous de zéro.

Dans la mer de Behring débouche le Kvikhpack des Russes, le Youcon des Américains, long de 3,500 kilomètres. Dans son cours inférieur, ce fleuve énorme, navigable pendant 2,900 kilomètres, a de 1,000 à 2,i00 mètres de large, avec un courant de 8 à 10 kilomètres par heure. Pourquoi faut-il que ce Mis sissipi s'égare dans une vallée durcie par le froid, puis s'ou- \rcsur une mer glacée?

Les pêcheries de la côte et des fleuves, les mines de la montagne, les beaux sapins, les pins, les cèdres, les liouleaux, les peupliers, les saules, les aunes des vallées empêcheront AUa?ka de dcmcuriT dé=ert. Les Américains en tireront tout ce qu'on

o06 GÉOGKAPlllE.

en peut tirer, des fourrures de renard noir et de renard argenlé, des bois de construction et de mAture; ils piocheront la baleine, le plioqura, le saumon, la morue, mais toute leur iuduslrie n'y décuple peut-Otrc pas la population actuelle, qui s'élève à7(>,0i>0 hommes environ, et qui est c-niiposée d'indien.-, 'esquimaux, d'Aléoutiens, de Russes, de métis des Russes et des indigincs, d'Anglo-Américains. Les Blancs comptent pour un trentième.

Ainsi les États-Unis comprennent h ce jour :

La côte de la Nouvelle-Angleterre, sur l'Allanlique, jusqu'aux Allé^hanies, première étape de la colonisation. I e climal humide, l'aspect du pays, les forints faites des mômes arbref, avec des teintes plus riches en automne, le développement [)ris par la population, l'agrieulture, l'industrie, le commerce, le luxe, font ressembler cette rf^'giou à l'turope occidentale, et principalement à la vieille métropole anglaise.

A l'ouest des Alléghanies, le bassin de 1 Ohio, seconde étape de la colonisation, région charmante par ses sites, tempérée, féconde et d'un grand avenir.

Sur le haut Mi>sissip), au bord des Grands Lacs et sur le bas Missouri, les Prairies, région plaie, d'une ferlililé infatigable, dans le passé mer d'herbes, et déjà nier de moissons.

Sur le Mississipi inférieur, des terres Irès-fécondcs, mais très-basses, en trop d'endioils paludifi- es parle fleuve et alors insalubres, sous un soleil qui favorise le colon et la canne à sucre. A l'ouest, iiar l'Alabama, que parcourt un fleuve de douze cenis kilomètres de long, par la Kloiide, presqu'île basse et jtlale que mîiçoniièrent les po1y[»es et que couvrent en partie des mariiis et des dunes, par la Géorgie, les deux Caroline et la Virginie, l.t.its que borde un littoral marécigeiix, les terres à coton se prolongent jusqu'il >>ashingi«)n, capitale fédérale, et jusqu'aux ftoides prairies de la Nouvelle-Angleterre. A l'est, le Texas continue jusqu'aux montagnes le domaine des cultues méridionales, qui furent la richesst^ des planteurs et lelourment «les esclaves.

A l'ouest du bas Missouri et qu bas Mississipi, jusqu'aux R9

clicuscs, une région comparativement très-indigen!c, par sécheresse, et à laquelle conviendrait le nom de MauvaisesTerrcs, porté par un de ses districts. Les Mauvaiïcs Terres, disait un Yankee, sont semblables ùla mer : les champs et les prairies s'avancent jusqu'à la vague, mais on ne cullive ni le flot, ni les Bad Grounds. »

Les montagnes Rocheuses, avec leurs plateaux froids e^ secS; leurs lacs sans écoulement, leurs canons, leurs mines de tous les métaux, leurs vallées qui sont fécondes quand elles disposent d'un torrent d'irrigation.

La Californie, en tête de toute l'Union pour la beauté du relief, le charme du ciel, la richesse des sierras.

Le bassin de la (>olombie, presque aussi favorisé que la Californie : s'il y a plus de rudesse dans son climat, ses montagnes sont aussi grandioses, et il l'emporte par son étendue et par la grandeur de son fleuve.

Aliaska, terre aux monts superbes, presque frappée de stérilité par le voisinage du Pôle.

Voili le tliéâlre du développement le plus rapide, de l'activité matérielle la plus soutenue, de la création de richesses la plus colossale que connaisse encore l'histoire. En 1701, le territoire colonisé renfermait 262,000 habitants; en 1740 plus d'un million ; trois millions en 1775; quatre millions en 1790; plus de cinq millions en 1800; plus de sept en 1810; près de dix en 1820; prés de treize en 1830; dix-sept en 1840; vingltroisen i8oO,* prés de trente-deux en 1860; trente-huit millions et demi en 1870. Et maintenant la population des États-Unis s'accroît de onze cent mille personnes par année.

Ainsi qu'en tout pays jeune, cette augmentation tient à deux causes : à la prépondérance considérable des naissances sur les décès, et à l'immigration. Le climat Irès-salubre des Étals- Unis convient parfaitement aux Européens dans presque tous les districts ; les colons ont devant eux des terres vides quelquefois jusqu'à riiorizon, et les familles nombreuses sont une ricesse du ns les contrées où l'espace ne manque pas à l'homme.

L'umiigr.'.lion, d'tibord restreinte, et composée seulement d'Anglais, d'Écossais, d'Irlandais cl d'Allemand>, a fort grandi

5 08 GEOGnAPDIE.

depuis 1820, cl plus encore à parlir de la famine d'Irlande et de 1848. De nouveaux éléments y prennent part : maintenant tous les peuples du monde envoient chaque année leur contingent aux l-llals-Unis. I^n 1820, ITuion reçut 8,385 immigrants; en 1830, elle en vit venir 23,322; en 1840, elle en accueillit 84,000; 370,000 en 1850, 390,000 en 1869. Le mouvement inverse, c'est-à-dire l'expatriation des liabitanls des Ktats-Unis vers le Canada, le Mexique, l'Amérique centrale, l'Amérique du Sufl, les Antilles, la Polynésie, et le relour en Europe des colons enrichis ou dégoûtés, enlève en moyenne 28,000 individus par an à l'Union. De 1820 ;\ 1809, la République a absorbé plus de sept millions et demi d'immigrants. De la première année de l'indépendance à 1520, elle n'avait reçu que 250,000 personnes.

En tète de l'exode aux Élals-rnismarchent les îles Britanniques, malgré l'immensité de l'empire colonial anglais, le climat sain du Canada, la chaleur salubre et les diamants du Cap, les attraits de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. La République américaine prend la part du lion dans l'émigration du Royaume-L'ni. Sur les six à sept millions d'hommes (parmi lesquels beaucoup d'étrangers) qui ont quitté les ports anglais depuis lf>!.i, limmense m.ijorité a pris la route de New-York. Des émigrants britanniques, les Calloi? sont les moins nombreux, puis les Ecossais; viennent ensuite les Anglais et entin les Irlandais : depuis 2:) à 30 ans, la Verte Erin se saigne aux quatre veines pour l'Américiue du Nord. De I8i7 à ce jour elle a expédié deux à trois millions de colons au delà des mers, si bien qu'en dépit delà prédominance des naissancessur les morts dans l'île, la population, qui se montait, en 1841, à huit millions d'Ames, est descendue à cinq millions et demi. L'émigration britannique ne se porte pas aux Etats-I'nis sur des sites déterminés; elle se répand partout; les Irlandais se lixent volontiers dans les villes.

Après les fils de l'archipel anglais les Allemands contribuent plus que tout autre peuple à la colonisation dos Etats-I'nis. Pendant la période qui a vu débarquer sept a huit millions d'hommes dans ITnion, l'Allemagne a fourni A la République deux millions et demi d'immigrants, le Royaume-Uni près de

quiilrc millions, la France 250,000 à peine, dix fois moins que la Germanie, seize à dix-sept fois moins que l'Anglelerre, l'Ecosse et l'Irlande ensemble.

Tous les ans 100,000 Allemands, quelquefois plus, généralement moins que le contingent britannique, viennent s'installer sans esprit de retour dans les États anglo-américains, et de préférence dans le Grand-Ouest. Ce sont d'excellents colons, et s'ils avaient plus de ténacité nationale, ils maintiendraient leur langue et leur originalité dans de vastes districts où certainement leur sang domine. Mais ils se fondent aisément dans la grande masse dite anglo-saxonne.

En troisième lieu se présentent les Canadiens, tant d'origine anglaise que d'origine française. Un très-grand nombre d'habitants des provinces de Québec et d'Ontario et des Étals du golfe du Saint-Laurent passent la frontière, attirés par le midi, par les salaires, par le renom des Étals-Unis. Beaucoup regagnent plus tard leur patrie du nord, mais dans ce va-etvient, les campagnes des Étals gagnent annuellement des milliers de vigoureux colons, leurs villes manufacturières des bandes d'ouvriers.

L^nsuite arrivent les Scandinaves emportés à flots vers les prairies du Grand-Ouest;, par un mouvement qui n'est pas d'ancienne date. Par milliers ou dix milliers chaque année, les Norvégiens, les Suédois, les Danois prennent le chemin de la République. De 1820 à 1870, l'Union a reçu 600,000 Scandinaves. Après les Scandinaves viennent les Français.

Anglais, Écossais, Irlandais, Allemands, Canadiens, Scandinaves, Français, forment le grand ban de l'immigration aux États-Unis. L'arrière-ban se compose de Suisses, de Belges, de Hollandais. L'Lspagne, le Portugal et l'Italie semblent dédaigner l'Amérique du Nord et expédient la masse de leurs colons à l'Amérique du Sud ou à l'Algérie. Il en est de même de la France, qui n'envoie à l'Union que la plus faible partie de son expatriation annuelle ; l'élément français aux Étals-Unis est plutôt représenté par les Franco-Canadiens que par les fils directs de la France. L'Furope slave, les îles espagnoles et portugaises d'Afrique, les Antilles, toutes les autres nations continentales ou insulaires du monde disséminent aussi chaque année

510 GÉOGRAPUIE.

quelques-uns de leurs enfants sur le territoire de la République.

Récemment entrée dans le mouvement, la Chine menace d'y prendre une grande part. Le Chinois est antipathique aux Blancs par sa figure, sa tournure cl son caractùre, mais il rend tant de services à si bon marché qu'on le soutire d'abord, puis qu'on l'atlire: il est si actif, si fin, si patient qu'il réussit. Déjà John Chinaman, l'homme à tresse, se trouve partout en Californie comme mineur, brocanteur, banquier, domestique, maraîcher, cuisinier, il a grandement contribué à poser les rails du chemin de fer du Pacifique, on pense à lui pour exploiter la Basse Califoruic et pour remplacer le travail servilo dans les États cotoimiers. 11 y a tant de place en Amérique, tant de millions d'hommes en Chine que les Ktats de l'Ouest et du Sud pourraient bien devenir un domaine aussi chinois qu'européen. De jour eu jour les « fils du Milieu » débarquent en plus grand nombre aux Elals-lnis (13,000 du 1" juillet 1808 au 30 juin ^SG9).

Souvent le nom vit quand la chose est morte. Les Anglais sont faussement traités de race anglo-saxonne. Cette expression ne tient pas compte des éléments celtes, Scandinaves, llamauds, français, wallons entrés dans le sang anglais. Les premiers colons des Ltals Uuis étant venus d'Angleterre, on a pris la coutume d'attribuer le nom d'Anglo-saxons aux Blancs de l'Amérique du Nord.

Qui pourra dire à quel degré ce nom ment aujourd'hui, après les millions d'Allemands, d'Irlandais, de Scandinaves, de Français et de Franco-Canadiens, de Néo-Latins, de Slaves, de gens de tout type et de toute latitude dont le dépOt n'a cessé de recouvrir et de modifier les premii'res alluvions anglaises? Sur quatre navires abordant aux Ktits-Unis, ilen est trois pour y augmenter l'anarchie anthropologique.

On peut admettre qu'aujouid'hui le sang irlandais coule seul chez quatre millions d'Anglo-Américains, et qu'il s'associe au sang du licrs des habitants de la fédération. Le sang celtique anime donc pour sa part plus du tiers des citoyens des États-Unis, si l'on joint aux Irlandais, les Gallois, les liighlanders écossais, les Français, etc., qui sont des Celtes pursoumOlés.

On compte, sur cent habitants, 17 étrangers à Washington, 24 à Baltimore, 25 à Providence, 28 à Philadelphie, 33 à Louisville, 34 à Albany, 3o à Boston, 37 à Newark, 38 à la Nouvelle- Orléans, 30 à Brooklyn, 45 à Cincinnati, 46 à BufTalo, 50 à Chicago, 50 àSan-Francisco, 59 à Saint-Louis. Qu'on ajoute à ceux des étrangers qui ne sont ni Anglais ni Ecossais, tous les fils, petits-fils, arriére-petits-iils des millions d'Irlandais, de llighlanders, de Gallois, de Hollandais, de Français, de Suédoi.^, de Norvégiens, d'Allemands qui ont cherché, dans le si(kle dernier ou dans ce siùcle-ci, les Éîats pour patrie nouvelle, on verra ce qu'il faut réellement penser de la prétendue race anglo-saxonne américaine.

De quelque nom qu'on l'appelle, cette race venue du mélange de toutes les nationalités de l'Europe occidentale se distingue entre les autres peuples par son esprit pratique, sa rapidité d'exécution, son activité dévorante. Nulle part dans le monde l'idée n'est plus plus près de sa réalisation, mais cette idée n'est presque toujours qu'une des formes de Tégoïsme et de la soif de l'or. Les Yankees sont les spéculateurs par excellence, dans le sens le plus grossier du mot. L'l:]uropc leur doit beaucoup, des inventions dans la mécanique et dans les arts pratiques, inventions remarquables par leur simplicité et leur précision, des améliorations dans tous les procédés, l'exemple de la ténacité quand il faut être tenace, delà promptitude de détermination quand il faut changer de voie. Elle attend surtout beaucoup d'eux. Presque tous les écrivains et les politiques tournent leurs regards vers les États-Unis comme vers la Terre Promise de l'avenir, le siège de la meilleure humanité future. Sans doute ce pays qui nourrira des centaines de millions d'hommes armés de toutes pièces par l'industrie agitera beaucoup de questions, mais qui sait comment il les résoudra. Le milieu qui fit les Indiens laissera-t-il au\ desceudanis «les Européens autant de valeur qu'en avaient leurs pères? L'Europe perdra-t-elle'sa suprématie, elle qui est la mieux douée, puisqu'elle a fourni les peuples supérieurs? Déjà on a cru remarquer des changements graves dans la cimsiilution physique d(>s Yankees : les Américains du Nord i)ei liraient peu À peu le puissant type anglais; la maigreur, la sécheresse du

512 GKOCHAIMIin.

corps, la stature plus liante, la face et le front pins étroit?, la nervosité, une aclivilé exagérée, une soif de déplacement lié-vreuse, par tous ces caractères, par d'autres encore, tels que les dents tombant do bonne heure et la voix nasonnante, ils se diflerencieraient maintenant de leurs cousins d'Furope.

Pendant que les Yankees et les doux à quatre cent mille colons qui leur arrivent tous les ans donnent le spectacle de grandes forêts coupées en quelques jours, de grandes villes faites en quelques mois, les anciens maîtres du sol, les Indiens s'eflacent. excepté quelques tribus qui se maintiennent dans les territoires colonisés, ils reculent devant le défricliement. I-es champs remplacent le bois et la prairie, le gibier disparaît, les rivières se dépoissonnent, et l'Indien suit dans leur fuile les bêles dont la chair l'entretient. Quelquefois di's tribus s'indignent d'être dépossédées sans droit, elles tiennent tête, scalpent des Blancs, une guerre inexpiable commence ; elle dure longtemps : les Indiens combattent comme les Parthes, ils détruisent une ferme, un village, un convoi, fuient, reviennent, mais que peuvent quelques centaines de guerriers rouges contre des Visagcs-PAIos ayant denière eux quarante millions de frères, et toute la force brutale de la civilisation?

On ne suit combien d'Indiens vivaient, il y a 250 ans, sur le territoire des Ktats-l'nis, Aliaska non compris : les estimations varient outre ISO, 000 et ;J niillions. I.e nombre des Indiens chasseurs pou\ait ôlre de 500,000, celui dos Indiens agriculteurs, les Séminoles, les Alibamons, etc., n'est point tixé par les documents espagnols de la première conquête, {•-n ISCtO, les hidiens de la Ui'publique montaient, tous réunis, au nombre de 204,500; en 1803, ils n'étaient plus que 2GO,OOo, sans Alia-ka. Péclin rapide, mais il lo paraît moins quand ou songe à combien d'ennemis résiste cette race qui s'en va : la misère, la faim, la rage d'êlre dépouillée, le désespoir, l'Apre sentinio'jt do sa f.iiblesse, le fusil des spoliateurs, l'eau-de-vie, la petite vérole, la syphilis et l'épuisement conslitulionnel qui la suit. I-os Klats qui renferment le plus d'Indiens sont l'Arkansas, le Nouveau-Mexique, l'Aliaska, le Dacobi, le Washington, l'ilali, le .Miniiosola, la Californie. I.a nation la

AMÉlîIQUE. — ETATS UNIS. 513

plus nombreuse, celle des Sioux, ne comprend guère que 25,000 hommes en beaucoup de tribus. Les Indiens les plus terribles, les Apaches, les Comanches et les iNavajos, massacrent beaucoup de Blancs dans le Texas, l'Arizona, et sur toute la marche du Mexique.

Tous ces sauvages, condamnés parce qu'ils sont plus faibles, — Dura lex — ne réalisent pas le type héroïque des romans qui Ont charmé notre enfance. Parmi les tribus, la plupart sans doute s'occupent, depuis l'apparition de leurs plus vieilles légendes, de chasse, de pèche et de guerre. Courir le bison, scalper, être scalpé, souffrir les tourments sans baisser le regard, sans changer de voix et sans diminuer d'attitude, ces quatre choses, et la sagesse dans le conseil, faisaient chez elles l'Indien parfait. D'autres tribus montrèrent de tout temps des goûts plus pacifiques et préférèrent la culture aux embuscades et aux batailles. Les Nahuatl, qui portèrent au Mexique la civilisation trouvée par Cortès, étaient précisément des Indiens de la Floride. Les premiers Espagnols qui explorèrent le sud des États-Unis, y rencontrèrent des Indiens fixés à la glèbe. Et aujourd'hui même, sans les massacres delà dernière guerre civile, il y aurait, dans l'Union, près de 50,000 Peaux-Rouges sédentaires, des Osages, des Creeks, des Choctaws, des Cherokees, des Séminoles, ayant leurs écoles et leurs journaux dans leurs langues. Malheureusement, plusieurs de leurs tribus ont pris parti pour le Nord, d'autres pour le Sud et les Peaux-Rouges paysans se sont entre-détruits.

Les iNègrcs^ importés d'Afrique pour cultiver le coton et la canne à sucre dans le midi de l'Union, sont devenus libres de nos jours, à la suite de cette même terrible guerre civile, où les Étals sans esclaves du Nord ont lini par ruiner les Etals à esclaves du Sud. Aux Noirs de prouver, maintenant que les voici dans le droit commun, qu'ils ont en eux la force, sinon de s'élever au niveau des Blancs, au moins de vivre à côté d'eux sans tomber en masse dans les métiers serviles. Leurs ennemis, aussi nombreux que leurs partisans, les attendent à 1 œuvre. Le pays e.4 superbe; le climat leur convient. Ils résistent beaucoup mieux que le Blanc aux miasmes paluxîéensqui empestent les terrains bas et ils bravent à peu près

impunément la fiùvre jaune, ce « roi des épouvanlements »> pour l'Européf^n du Mississipi inférieur. Sur celle lerre libre, ils ont foule liberté de dire, d'écrire, de l'aire, et nul milieu ne semble aussi favorable à un grand effort.

Cet eflbrl le feront-ils, et le continueront-ils s'ils le commencent? S'ils essaient et s'ils persistent, iiendront-ils contre la race blanche, i^ce^samment revigorée par des envois d'Kurope, el contre les Chinois, dont les premiers éclaireurs apparaissent en ce moment dans le sud des Llats-L'nis. Le Noir est indolent d'esprit, passionné pour le repos, le clinquant, les futilités, la parure, l'ivrognerie, la danse et les vains bruits; il est mal trempé jiour lutter contre des hommes avides.

Sur les trente-huit millions et demi d'individus recensés en 4870, il y avait 33,o82,000 Blancs, el 4,S89,00O NC-gres et mulâtres, soit les douze à treize centièmes de la population. Les Noirs, qu'on disait diminuer, augmentent. Ils sont presque tous groupés dans le pays compris entre l'Atlanlique, ^Vashington, Saint-Louis du Missouri el l'embouchure du Rio-Grande del Xorte. Ils tendent à se concentrer dans le sud, dan^la Louisiane, le iMissitisipi, l'Alabama el la Floride. Les Yankees ont une Irés-grande répulsion pour les Nègres el de l'horreur pour leur alliance : il y a pourtant plus de oOO,000 mulâtres aux l'^lafs-Unis. i00,000 Africains, vendus comme esclaves jusqu'en 1808, armée où l'importation cessa, ont donné naissance à toutes les familles noires de la Hépublique.

L'Anglais est la langue nationale sur ce territoire immense; les Noirs le parlent exclusivement, beaucoup d'Indiens le connaissent cl presque tous les Blancs s'en servent, exclusivement ou concurremment avec leurs idiomes maternels. L'allemand règne provisoirement dans de nombreux cantons occupés par des colons germain?, el, i\ défaut de l'allemand, des jargons où l'allemand se mêle comiquemenl à l'anglais, par exemple dans les disiricis les plus anciennement colonisés de la Peniiï-ylvanie. De même, les langues Scandinaves résonnent momentanément dans les colonies norvégiennes, suédoises et danoises. On dit que le hollandais persiste dans quelquesunes des vieilles colonies fondées par les Néerlandais sur le territoire de la Nouvelle-Angleterre. Le français se parle dan»

les nombreuses communautés franco-canadiennes voisines de la province de Québec, dans les villages canadiens' français ou suisses de l'illinois et du Grand-Ouest, enfin dans la Louisiane, qui fut nôtre. 50,000 Louisianais, dont 20,000 à la Nouvelle-Orléans, ont encore le français pour langue maternelle. L'espagnol s'emploie dans la plus grande portion du Nouveau- Mexique et dans quelques districts de l'Arizona et du Texas. Le russe est l'idiome d'une portion des Blancs de l'Aliaska, et il y est connu de quelques indigènes. Aucune de ces langues ne paraît capable de résister définitivement à la terrible pression de l'anglais, qui est l'idiome de la très-grande majorité, le lien du commerce et des affaires, dans un pays où les alTaires et le commerce sont tout.

Le protestantisme domine de beaucoup au\ États-Unis, sous une centaine de formes, et très-vivace : souvetit le pays assiste à des revivais, ou réveils, conversions en masse à la doctrine chrétienne littérale, et souvent, on doit le dire, à une vie plus simple et plus saine. Par les Irlandais, les Fianco-Canadiens, les habitants des anciennes provinces mexicaines et le faible contingent annuel des autres peuples catholiques, la religion romaine est le lot d'au moins cinq millions d'hommes.

Les États-Unis sont, pour l'instant, composas de '.H Klats souverains, qui relèvent du Congrès, pouvoir central, et de 10 territoires, qui attendent d'avoir assez d'habitants pour être admis au rang d'ICtat. Le Congrès comprend un sénat auquel chaque État fournit deux membres, et une clii^mbrc de représentants envoyés par toute l'Union. Un présideiit esta la tète de la République.

Seize Ltats ont plus d'un million d'habitants : New- York, 4,364,000; — Pennsylvanie, 3,510,080; — Ohio, 'J,.-;î)lt,000 ; — Illinois, 2, o40,0(i0;— Missouri, 1,715, 000; — Indiana, 1,07^, 000; — Massachussetls, 1 ,475,000;— Vermont, i ,330,000; — Kentucky, 1,321,000; —Tennessee, l,2:i8,000;— Vir-inie Orientale,' 1,225,000; — f.éorgie, 1,201,000 ; — lovva, 1,191,000;— Michigan, 1,184,000;— Nouvelle-Caroline, l,00(),OU0 ; — Wisconsin, 1,055,000.

Au-dessous de cent mille habitants, il y a deux Étals : Nevada, 42,000 — Orégon, î) 1,000

516 GÉOGRAPniE.

Washington, siège du Congrès, n'a que 109,000 habilanls. Ce n'est donc pas une des Irùs-grandes villes des Ktat>-l'ni?. Celte disproportion entre le rang et l'importance réelle se retrouve dans beaucoup d'Klats de Union : Albany est la capitale de l'État où domine New-York; llarrisburg, Annapoli?, Springfield, Madison, JcfTerson, Hâton Houge, Sacranncnto, toutes chefs-lieux d'Etats, s'eiïaccnt dans une ombre obscure, comparées aux fortes cités de leur territoire, Philadelphie, Baltimore, Chicago, Mihvaukee, Saint-Louis, la Nouvelle- Orléans, San-Francisco. NVashinglon est spacieuse et régulière; elle borde le Polomac, fleuve qui finit dans \ii baie de Chesapeake, très-profonde échancrure du littoral.

Sur la côte de l'Atlantique, six villes ont plus de cent mille habilanls : du nord au sud elles se iionimcnl Hoston, New- Yoik, Ihnokiyn, Newark, Piuladelphie et Ualliinore.

Boston (2.)i,uoo liab.), sur la baie de Massachusst^lls, dans l'État de Massai hussells, se nomma dans l'origine Trimounlain (les Trois Collines). Elle se vante d'èlre l'Athènes des Etats- Unis. On l'appelle aussi la Ville l^uritainc et c'est à Boston que se conservent le mieux la vieille physionomie, les vieilles idées, les vieilles mœurs de celle Nouvelle-Angleterre fondée par des fanatique?.

Ne^v-York est bAtio à l'embouchure du pittoresque lleuve Hudson, sur une île de 22 kilomètres de longueur et de 8,800 hectares de surface, l'Ile Manhattan. La largeur de l'IIudson est ici de 2 kilomètres, trois ou quatre fi)is la Caronne à Bordeaux. New-York se donne répilhète d"i">jj'//T City (ville prépondérante).IHIe y a droit par son immense commerce, et sa population croît avec une telle rapidité qu'une ou deux vies d'homme pourront voir New-York atteindre Londres même. Elle ne renfi'rme encore que 02.'i,0U() personnes, do!it plus d'un tiers d'Allemands, et plus d'un second tiers d'Irlandais; mais dans les environs immédiats s'élèvent des villes envahissantes (jui sont de simples faubourgs de l'Empire City : Brooklyn (405,000 hab.), sur l'ile de Long-Islam^, que sépare de New-York le bras de mer d'Easl Uiver, large de I,o00 mètres ; Asioria, ^V^st^.•hester, ^Villiamburg. lludson Cily, lloboken. Jersey Cily, Newark (120, out) hab.)» Cela l'ail en tout

1,000,000 âmes. New-York est la premiùre ville de commerce des Ktals-Unis, et par son port rUnion reçoit la très-grande majorité des Européens qui s'engouffrent sur son territoire.

Philadelphie (750,000 hab.), en Pennsylvanie, fut la capitale de l'Union depuis la déclaration de l'indépendance jusqu'en 1800. En 1810 encore, elle était plus peuplée que New-York. Ville de briques aux amples rues, aux grands squares, elle a son port à i 90 kilomètres de la mer, sur le Delaware, fleuve de iyjQO mètres de large, navigable pour les grands vaisseaux. Philadelphie est le premier centre industriel des États-Unis.

Baltimore (277,000 hab.), dans l'État de Maryland, ressemble à Philadelphie par ses rues spacieuses et ses maisons en briques. Elle est assise au bord du Patapsco, qui forme un bon port, à 20 kilomètres de la baie de Chesapeake.

Dans le bassin de l'Ohio, deux villes, Pittsbourg et Cincinnati, dépassent cent mille habitants.

Pittsbourg, à la tète de l'industrie du fer en Amérique, contient 140,000 individus, si on lui ajoute son faubourg d'Al- Icghany City.

Cincinnati (219,000 hab.), sur l'Ohio, dans l'Étal de lOhio, n'avait que 508 ûmes en 1805, 0,500 en 1815, 25,000 en 1830. Ainsi grandissent les villes aux États-Unis. Cincinnati aurait un nombre de résidents sensiblement plus élevé si on englobait en même temps Covington et New-Port, deux cités du Kentucky séparées d'elle par la rivière. Toute grande ville des Étals- Unis a son surnom ; celui de Cincinnati est PorcopoUsj à cause des centaines de milliers de cochons qu'on y égorge et qu'on y sale chaque année. Une autre épitliète plus flatteuse est : Qucen of the West (Iteine de l'Ouest).

Sur les lacs, trois grandes villes :

BufTalo (1 14,000 h:ib.), dans l'État de New-York, à 173 mètres d'altitude, s'élève au déversoir du lac Erié, à 25 kilomètres en amont de la cataracte du Niagara.

Chicago ne désespère pas de lutter avant longtemps avec New-York. On l'a surnommée Mushroom Ci/y, la ville champignon, parce qu'elle a crû, pour ainsi dire, du soir au matin. Située à 101 mètres d'altitude, dans rillinois,à l'extrémité méridionale du lac Michigan, elle n'a qu'un liers de siècle d'exis-

518 GÉOGRAPUIE.

tence. Il s'y trouve cependant plus de 300,000 individus, dont 100,000 Allemands, 50,000 Irlandais, 30,000 Franco-Canadiens et Français, 12,000 Scandinaves. Le nombre des habitants s'y accroît proportionnellement plus vi!e que dans la plupart des autres villes de l'Union, et ces habitants passent pour les plus entreprenants des Yankees. Ils viennent de se mettre en relation directe avec l'Océan : la cascade du Niagara lesgtînait dans leur route vers l'Atlantique, ils ont alors projeté de s'ouvrir un chemin vers le Missisîipi, et ils ont creusé un canal accessible aux grands vaisseaux et drainant en partie le lac Michigun. Chicago est la premiCre place du monde pour le commerce des céréales. File se titre de «lirenierdu Monde » et de « Cité des Jardins. »

Sur le rivage du même lac Michigan, dans le \Visconsin, Milwaukec ^ 100,000 liab.), quatrième port des Ktats-l-nis pour le mouvement, se qualifie de « l'otite Heine des (îrands Lacs ». La Grande Heine est Chicago.

Sur le Mississipi moyen, à 141 mùtres d'altitude, ;\ 30 kilom. au-dessous du confluent du Missouri, Saint Louis (313,000 hab.) marche à pas de géant comme ChicaL-o. Les Français la fondèrenten ITOO; en 1802, elle avait à peine 1800 habitants, vivant du conmierce des pelleteries et du trafic avec les Indiens ; 1820 donna },(i00 Ames; [S:\0, 0,700; ISiO, lOj.^OO. Les Allemands comptent [tour un tiers dans la population.

Comme Sainl-Louis, la Nouvelle Orléans (I8."l,000 hab.) sort de fondation française. 11 faut qu'elle î^oit située comme elle l'est, au débouché du bas>in du Mississipi, p«)ur prospérer sur un sol de boue, dans un climat meurtrier. Sins le voisinage du lac l*oiicharlrain, qui s'ouvre sur la m.M', si le terrain était plus ferme et si le ciel du trentième degré de latitude ne laissait pas grandir l'oranger, la NouNclle-Orléans ressemblerait à Hnnlraux par sa disposition en fer à cheval sur la rive d'un large fleuve aux eaux troubles couvert de navires. Seulement, la courbure par laquelle la vill.' accompagne le fleuNe ()(Muiaut douze kilomètres est double, et au lieu de Cité du (.'.roi-saut (CresctMil-City), la iNouvelle-Cnlénns devrait se nommer (^ité du Double-Croissant. C'est le pr micr port des Étals-Unis après New-York. Les balles de coton s'empileut à

rinfini sur ses quais, à côté d'autres produils des féconds Étals mississipiens, et en particulier de cette Louisiane où il y a des alluvionsde 300 mèlres de puissance.

Pas de grande ville encore sur les plateaux des Rocheuses» Great Sait Lake City, la capitale des Mornaons, à 1320 mètres d'altitude, renferme au plus 20,000 habitants.

Sur le Pacifique domine San-Francisco (loO,000 hab.)^ qui compte sur l'avenir avec autant de raison que New-Yorlv, Saint-Louis et Chicago. Ln 1847, c'était Yerba-Buena, misérable village mexicain de 459 habitants dans un pays sableux, venteux et stérile. Aujourd'hui, la voici devenue la première cité commerçante du Pacifique occidental, et mémo l'un des ports les plus actifs de l'Univers, Sa baie vaut les plus célèbres comme sûreté et comme étendue : San-Francisco ferait tout le commerce maritime de la Terre qu'elle logerait sans embarras tous ses navires à l'abri de la tempête. On entre dans cette mer intérieure, qui reçoit le principal fleuve de la Californie, le Sacramento, par le goulet de la Porte-d'Or, défilé qui a 1620 mètres de plus petite largeur, avec un courant de flux et de reflux Je 10 kilouiètres à l'heure. Malgré la chaleur du ciel,— car San-Francisco s'élève sous la latitude d'Alger, — malgré la proximité de marais salants et d'étendues paludéennes, la capitale de la Californie jouit d'un climat très-sain.

Avec le Mexique, on entre dans l'Amérique espagnole ou latine, ainsi appelée non de ce que le sang latin y domine, — c'est le sang indien— mais de ce que la langue espagnole y est l'idiome officiel. Dans cette Amérique, le castilhin est, en mOme femp.s que la langue des Hlancs, celle d'un nombre très-considérable d'indiens chrétiens et soumis.

Tenue pendant trois siècles en esclavage par les Fspagnob et les l^ortiigais, la vaste et belle AniTriquc latine s'éman-

cipa,ily a une cinquantaine d'années, et s'émiella en Républiques. Ces Répul)liquës sont conaposées d'Élats remuants, mal cimentés entre eux, mal liés au pouvoir central, travaillés par des antipathies de races. De là àas pronunci'uncntos ou révoltes, des coups d'Étal sans nombre, des guerres civiles, et l'émigration européenne hésite à se répandre dans les tierras tewiiladas. On nomme ainsi les pays tempérés de l'Amérique espagnole, contrées en tout point merveilleuses où se trouvent la liberté, le bonheur et la fortune autant qu'aux Ktats-Unis et qu'en Australie. Costa-Rica, le Chili et la République Argentine, terres où la race blanche est tout à fait prépondérante, sont presque tranquilles, trùs-prospùres et les émigrants de l'Europe méridionale, les Ilaliens, les Espagnols, les Basques, les Béarnais et les Casions se portent maintenant avec une espèce de fanalisme sur les deux rivos de la i'iata.

I-e Bréïil se tient à part. C'est un empire où l'on parle portugais, et la population y est à la fois fortement mélangée de sang noir et de sang indien.

Avant ses funestes dém<!llés avec les États-Unis, le Mexique avait au moins deux fois l'étendue d'aujourd'hui, il possédait les territoires, alors trés-faiblcment peuplés, qui sont devenus la Californie, le C )lorado, l'Arizona, le Nouvcau-Moxique, le Texas. Ce qui lui appartient encore, les plateaux que colonisèrent les Aztèques et que les Conquistadores arrachèrent aux empereurs iiulit»ns, le vrai Mexique a encore 17"» millions d'hectares, plus de trois fois la France, avec huit à noul millions d'habitants.

Presque tout le pays reste en friche; il est moins cultivé peut-tMre que lorsque les 000 compagnons de l'Ei^traniadurien Hernando Corlès renversèrent le llorissant empire des Aztèques. I>es Aztèques n'étaient point les aulochthones du Mexique, ils avaient succédé, trois ou quatre cents ans auparavant, A des tribus originaires comme eux de la Floride, et appartenant comme eux à la famdle des ^ahuall. Ecs Toltèques,

venus vers le septième siècle, avaient ouvert la période des invasions nahuatl, que fermèrent les Aztèques.

Que se passait-il au Mexique dans l'ère avant-toltèque ? Plusieurs croient que la Chine y envoya jadis des marchands ou des colons. Le Mexique et l'Ame'rique centrale seraient alors le Fousang des légendes chinoises, et les immigrants y auraient été apportés par les flots du Kuro-sivo, qui mène en ligne courbe des eaux japonaises au littoral américain. En fait, les Indiens de ces plateaux ressemblent assez aux hommes jaunes d'Asie, et leurs édifices ont quelque rapport avec les monuments bouddhiques.

Deuxcents ans avant la fin de leur domination, les Aztèques fondèrent Ténochlitlan (Mexico), qui devint la tâte de leur empire : Ténochtillan, ville de prûlres sanglants qui officiaient dans deux mille maisons d'idoles, élevées à divers dieux destrucleurs, de celui des batailles à celui de la syphilis. Les conquérants trouvèrent 136,000 crânes de victimes dans le seul temple d'Huitzipochtli, dieu de la guerre. Dans les jours de fête, le peuple s'arrachait les miettes d'une statue géante, faite de fruits et de farine cimentée parlesang d'enfants égorgés suivant les rites. Le Dahomey et les autres royaumes nègres de la fiuinée, du Niger et du Congo avaient un rival « civilisé » sur le rivage du Grand Océan. Civilisé, car en dciiit de la théocratie, du despotisme, des lois de sang, des sacrifices humains, l'Anahuac, ou plateau de Ténochtillan, était une terre riche et bien ordonnée. Des obélisques, des temples et des palais sculptés, aussi grandioses qu'en Egypte et qu'en Bahylonie, témoignent encore du génie des Nahuatl. Ces Indiens connaissaient l'astronomie, l'écriture, ils avaient des peintres, des artistes, .ils mettaient les métaux en œuvre, ils cultivaierU et irriguaient avec intelligence, et si telle vallée a de nos jours plus de laboureurs qu'il y a trois cent cinquante ans, dans d'autres s'est fuit le désert depuis que Ténochlitlan se nomme Mexico.

Que du golfe du Mexique à l'est, de l'océan Pacitique à l'ouest, des terres basses de rislhme de Téhuanlépec au sud, on marche sur Mexico, Pucbla, Guadalàjara, Guanajuato ou n'importe quelle grande ville mexicaine, on se trouve toujours au pied

52 2 GEOGRAPUIE.

de liaules montagnes à gravir, car le Mexique se compose de plateaux de 1,(100 à plus de 2,000 mcHres d'altitude, plateaux de plus on plus étroits à mesure qu'ils se rapprochent de l'istlime de Téhuantépec. Cet isthme, large de deux cent et quelques kilomc'lros d'une mer à l'autre, est un aiVaissemenl considérable des montagnes qui font l'cpine dorsale des deux Amérique : le fossé qu'il forme, et dont prolUera peut-Otre un canal de grande navigation entre le Pacifique et l'Atlantique, sépare nettement les hautes plaines mexicaines des plateaux de l'Amérique centrale.

Sur le Pacifique aux cieux secs, sur le golfe du Mexique, où il pleut beaucoup, la côte, serrée de prôs parla monlagnc, est brûlée par le soleil, malsaine, souvent mortelle. Ainsi, Acapulco, port du Pacifique, passe pour une des résidences les plus lorridcs de l'Amérique tropicale. Les habitants racontent qu'un des leurs élant mi»rt prit le chemin de l'enfer, mais que, la nuit \enue, il remonta sur terre : habitué aux chaleurs de fournaise d'Acapulco, il avait froid chez Satan et venait chercher une couverture. Sur le versant opposé, le rivage de la Vcra-Cruz, qui reçoit plus de 4 mètres de pluie par an, est périlleux en été pour le Mexicain du bas pays luimOme, et presque constamment fatal àlTluropéen ou à l'Américain du iNorJ qui vient y chercher la fortune. Le Hlauc y meurt, ou s'il résiste à l'am'mie, aux coups de soleil, aux poisons de l'air, il retourne dans sa patrie énervé et cassé. Celte lisière de rives dangereuses, que l'immigration a raison d'éviter, s'appelle en espagnol tierras calicntcs (terres brûlanio) : la température moyenne annuelle s'y élève i\ vingt-cinq degrés ccntigrailes; la \égétalion y revêt toute la brillante parure du Trojjique; elle en a les beaux arbres, les plantes folles, les tiges flexibles reliant les troncs, les parasites, les fleurs prestigieuses, les senteurs aromatiques. Ou retrouve celte zone sous le même nom dans les républiques de l'Amérique centrale, dans la Nouvelle-Grenade, le Venezuela, ri'j]uateur, les deux Pérou, on un mot dans toutes les anciennes colonies espagnoles établies sur des plateaux commandanl de haut dos rivages chauffés à outrance. Vc même on y rencontre les deux autres zones parfaitement lujmmées tierras templadas et tierras frias.

Aux ticrras calienfes succèdent, sur les flancs des montagnes ou sur leurs plateaux, les iierras templadas (terres tempérées), qui commencent ici à 1 ,000, \ ,200 et 1 ,300 mètres et montent jusqu'à 2,000 environ. Si les tierras calicntes sont incendiées par un été sans fin, les tierras templadas sont éga^ée3 par un printemps perpétuel. La moyenne de l'année y atteint vingt degrés, quatre de plus qu'à Nice ; les arbres et les fleurs du Tropique s'y mêlent, dans d'admirables forêts ou dans de riantes campagnes,, aux plantes et aux fleurs de l'Europe.

Au-dessus de 2,000 mètres, les tierras frias (terres froides, ou plutôt fraîches) ont encore, le plus souvent, une moyenne annuelle de quatorze degrés, égale à celle de Marseille. Une notable partie du plateau mexicain appartient à cette zone. Passé 2,500 mètres, la végétation tropicale ne peut lutter contre le climat, et déjà se montre, en nombreuses variétés, le sapin, l'un des arbres caractéristiques du X(Jrd et des hautes régions.

I>e plateau d'Anahuac est donc un ensemble de plaines situées à diverses altitudes, généralement au-dessus de l,i;00 mètres, et par conséquent plus haut que les tierras calicntes et leur fièvre jaune, qui monte rarement à 1,000 mètres d'élévation. Sur CCS plaines, s'élancent des montagnes d'une richesse fabuleuse en métaux, principalement en argent et en soufre. Un peuple plus entreprenant que les Mexicains en tirerait autant de trésors que les Californiens, les Victoriens ou les Néo- Zélandais en arrachent à leurs veines de quartz et à leurs alluvions.

Dans le nord de la République, dans les États de Sonora, de Chihuahua, de Sinaloa, de Cohahuila, etc., les hautes plaines sont attristées par des lacs ?alés et des solitudes où ne se lève pas un seul arbre : les Estramaduriens et les Castillans de la conquête espagnole purent s'y croire dans leur jialric. Les eaux qui ne s'arrêtent pas dans les lagunes de l'intérieur, que chaque siècle amoindrit, roulent vers le golfe de l'est ou l'océan de l'ouest, en petits fleuves très-rapidiîs bondissant dans des lits tourmentés, au fond de barrancos (gorges) et de canon. Les vallées pourraient alimenter de populeux villages.

mais les sillons et les plantalions y sont rares, rares aussi les haciendas, à la Ibis fermes en temps de paix et forteresses en temps de pronuriciamenios. I.es villes sont vastes, mais vides pour leur étendue, et leurs édifices sont de lourdes bâtisses d'un style écœurant.

Les plus fiers sommets de la République ne se dressent pas sur les sierras qui supportent ou sillonnent les plateaux et remontent au nord pour aller se continuer dans les Ktals-lnis. Ils s'exhaussent isolément, entre Mexico et la dépression de Téliuantépec. Le Cillaltepetl (Mont Etoile), ou volcan d'Orizaba, et le Popocatépetl (Montagne Fumante) ont environ 5,1)00 métrés, et peut-Otre qu'aucun autre pic de l'Amérique du Nord ne s'élève aussi haut qu'eux. Les noms de ces géants mexicains semblent longs et barbares, mais ils paraissent courts quand on sait l'idiome des Aztùques fertile en mots de douze à dix-huit syllabes. Viennent ensuite riztaccihuatl (Femme Blanche, 4,786 métrés), le Nevado de Toluca, le volcan de Colima, le Cofre de Pérofe. Ces pics, et autant d'autres, tous situés au sud du vingtième degré de latitude, sont des volcans éteints en apparence; ils épargnent les villes qu'ils dominent, mais ils les menacent toujours. Les plus hauts d'entre eux firent une grande splendeur de leur isolement sur le plateau, de leur forme pyramidale, de leurs forêts et de leurs neiges presque éternelles.

Fn admettant, avec le dernier recensement, 8,711,000 habitants dans le Mexique, les Indiens non mélangés montent \ cinq millions. Ils parlent des langages difl'érenfs, parmi lesquels l'azféque, idiome qui dominait dans le pays à l'arrivée des Conquistadores. Tous les Indiens soumis connaissent l'espagnol. D'un caractère doux, mais devenant féroces quand la passion les jette hors de leur apathie, honnêtes, laborieux, persévérants, résignés, ils restent malgré la conquélc européenne l'éh'meiit pr('pon(lérant du pays, et ils le demeureront tant que liinmigration de l'Furope et des Klats-l'nis n'aura pas plus d'acti\ilé. Le président actuel de la République est un Indien pur.

Les Rlancs sans mélange ne dépassent guère 300.000; avec les Rlancs par à peu près ils font un peu plus d'un million.

I.es uns descendent des Espagnols venus au Mexique pendant les trois derniers siècles, les autres sont des Chupetones (Espagnols de naissance) ou des Européens ; parmi ces derniers il y a beaucoup de Français gascons. Les métis à tous les degrés formenlj avec quelques milliers de Nègres, les deux à trois millions qui parfont le total; si peu qu'Usaient une gouttelette de 5a7i^re nzul dans les veines, les métis se font valoir comme Blancs purs. — Sanfjre azul signifie littéralement en espagnol sang bleu, et dans l'Amérique latine on appelle la race blanche raza de sangre azul. — Sans compter les Indiens rebelles, nomades endurcis, cavaliers parfaits, ennemis dangereux du Blanc et du laboureur indigène, le Mexique renferme donc trois peuples distincts par leurs traditions et leurs caractères, les Indiens, les Blancs, les Métis, que peu de chose suffît à jeter dans des camps opposés. Ils ont pourtant le lien d'une religion commune, le catholicisme, et celui d'une langue civilisée, l'espagnol, qui est l'idiome général des villes, le langage officiel et policé.

Mexico (225,000 hab.), en espagnol Mejico, dans les tierras frias, après de 2,:i00 mètres d'altitude, est établie sur un plateau de l'intérieur, entre le lac salé de Tezcuco et le lac doux de Xochimilco. Elle est un peu plus près du golfe du Mexique, où elle a son port de la Véra-Cruz (37,000 hab.), que du Pacifique, où sa ville de mer est Acapulco. Mexico passe pour la plus belle ville de l'Amérique espagnole, c'est aussi la plus populeuse, mais au train dont va Buenos-Ayres, elle ne le restera pas longtemps. — Puebla, plus industrielle que Mexico, renferme 75,000 habitants; Guadalajara, 70,000; Guanajuato, 03,000.

La Vieille Californie, presqu'île très-allongée, entre l'océan l'acilique et la mer Vermeille, ou golfe de la Californie, a 1,100 kilomètres de long, 15 millions d'hectares, des montngries moyennes, et seulement quelques milliers d'habitants.

A l'est de l'isthme de Téhuanlépec le Yucatan (25 millions d'hectares), avec les provinces de Tabasco et de Chiapas, re-

lève politiquement du Mexique, mais fait en r(îalité partie de l'Amérique centrale. Dans ce pays, moins élevé que le Mexique, les ruines immenses d'Izmal, de Chichen llza, de Tekax, de Tilioo, de Mayapan, d'Cxmal, de Mani, d'Occzingo, d'Utlatan, de Palenque, furent les temples, les palais, les murailles de grandes cités bAties probablement par les Mayas, peuple que les Naliuatl cliassùrent du Mexique. Une partie seulement des eaux yucatèques coule sur le sol : le reste alimente des lacs souterrain?, mis en communication avec les vallées supérieures par l'orifice des cenotes (puits naturels). Ces réservoirs cachés i^e déversent dans le golfe du Mexique par des sources conddcrables jaillissant au fond de la mer même.

Page 1