DZOUNGARIE
La Russie vient d'englober la Dzoungniie, qui relevait, il y a quelques moi?, de la Chine, sous le nom de Thian-chan-Pé-Lou. (les quatre syllabes chinoises veulent dire le pays au nord des monts Célestes. Cette contrée n'appartenait au grand Empire d'Asie que depuis une centaine d'années.
I/Altaï ferme la Dzoungarie au nord; au midi, ce sont les monts Ct'ieslCî. Beaucoup de lacs, des nour comme les appellent les iMon^ols, accidentent cette froide région. La plus grande rivière, rili, gagne le lac Balkach.
Les conquérants cbiuois du sic'cle dernier détruisirent presque tous les anciens habitants, les Lizuuugares ou Kalmouk^ branche des nomades Mongols. On dit qu'ils égorgèrent un million d'hommes. Le pays se repeupla, peu i\ peu, d'éléments disparates : Turcs, Kirghises.Mantchoux, Chinois, clc.Cesdernier^, déporlés, soldats, colons ou (ils de colons, ont élé massacrés presque tous dans la révolte qui vient d'enlever le Thian-Chanl'é-Lou à l'empereur de Pékin. La >illc principale, Ili ouKouldja, est située sur l'ili.
On nomme Trnnscaucasie l'ensemble des pays conquis par les llusses au del;\ du Caucase ou cédés au c/.ar par la Perse cl la Turquie. Sur une étendue de '2{ à '2'J. millions d'hectare :=, ou y compte une population d'un peu plus de 4 niillions dh bitants.
De célèhres voyagiMirs anglais, giands connai?SMirs de nicuagnes, — iU ont gravi tous les pics sublimes ou dangereux des
Alpes, — viennent de faire une longue exploration du Caucase. Ils ne savent s'ils le préfèrent ou non aux Alpes. Celles-ci triomphent de la beauté de leurs lacs, le Caucase n'a pas de lacs; elles on! plus de frimats, beaucoup plus d'eau, plus de grands glaciers, de névés, de hautes cascades; elles sont plus étendues, plus diverses, plus charmantes, et pour ainsi dire plus jeunes. Le Caucase est plus sévùre, plus grandiose; ses monts ont plus de roideur, plus d'élévation et des formes plus nobles, ses gorges plus de profondeur. Beaucoup de ses vallées perdent toute grûce par leur affreuse nudité, mais celles qui n'ont pas été dépouillées étalent une végétation supérieure à celle des Alpes en puissance et en variété. L'Elbrouz a 5,646 mot. ; le Kochtantau, o,2i0 met.; le Dychtau, 5,100; le Tau- Tœtœnal, 4,875; le Basardchousi, 4,487; l'Ouchba, terminée par deux pics superbes, brille d'une beauté indescriptible.
L'Elbrouz et le Kasbek sont manifestement deux anciens volcans. Il n'y a plus de cratères fumants dans la chaîne, mais des sources chaudes abonJantes, les puits de naphte et de bitume, les volcans de boucî, et les fusées de flamme de la presqu'île d'Apchéron (mer Caspienne), prouvent que les fournaises intérieures ne sont pas éteintes.-
Au sud du Caucase, des chaînes, qu'on a fort bien appelées l'Anticaucase, vont se nouer aux mailles montagneuses de l'Arménie, et par elle aux monts de la Perse et de l'Asie Minegre. Le Grand Ararat (5,219 mètres) trône sur les frontières de l'Arménie russe, de la Turquie d'Asie et de la Perse. L'Arche de Noë n'y a sûrement pas abordé, comme les Arméniens le proclament avec orgueil, mais l'Ararat n'a pas besoin de souvenirs pour être magnifique. Peu de montagnes dominent avec une pareille majesté. Le petit Ararat, son voisin, ne s'élève qu'à 3,900 mètres.
De l'Anticaucase et du Caucase découlent à milliers les veines qui forment la Kour, rivière violente. Du plateau d'Arménie descend l'Araxe, torrent rapide à la vallée rude, nue, morne ; il se verse dans la Kour au milieu des landes de Mougan qui fourmillent de serpents dangereux. Autrelois il eut son embouchure à lui dans la mer, jusqu'au moment où la masse des eaux suivit des canaux d'irrigation tirés de son sein
dans le voisinage et dans la direction de la Kour. La Kour est un affluent de la mer Caspienne.
- Le climat de laTranscaucasie et de l'Arménie russe varie à chaque pas selon l'altitude et l'exposition des lieux habités. Tiflis, à 428 môtres au-dessus des mers, a la moyenne annuelle de Home ou de Valence, mais les chaleurs y sont plus fortes, les froids plus durs.
Il y a dans le Caucase plus de 4 50 pics dépassant 3,000 métrés. Si Pline disait vrai, on y comptait de son temps presque autant de tribus et de sous-tribus, de langues et de dialectes. Il raconte qu'à Dioscurias, ville de la Colchide (Géorgie actuelle), il fallait 130 interprètes pour se tirer d'affaire. Kncore aujourd'hui le Caucase est une des stations ethnographiques les plus curieuses du globe. C'est bien i\ tort qu'on a donné à la race blanche le nom de race Caucasique, pui^que les types les plus divers se rencontrent sur les deu.v versants de la chaîne. Dés l'ère demi-fabuleuse, au temps de Prométhée enchaîné prés de la mer Noire, des peuples nombreux semblaient s'y être donné rendez-vous, et, depuis, ces peuples, du sommet de leurs rochers, ont vu les vagues humaines qui ont changé la face de l'Europe et de l'Asie, passer cl repasser dans les steppes du nord sans noyer leurs nationalités, trop hautes pour être atteintes. Ces migrations, qui ne détruisirent aucune des tribus du Caucase, y augmentèrent l'anarchie des races. Parmi tant de peuplades qui longèrent ces monts, plusieurs tenlèrent de les franchir malgré l'aspérité des sentiers perdus sur l'abîme, malgré les cols encombrés de neige, malgré les 300 tours et le rempart do terre élevés par Juslinien de Derbend à Apchéron (225 kilomètres), et détruits par le.s Mongols au douzième siècle. Tous ces envahisseurs furent attaqués par les montagnards, mais jamais si bien exterminés qu'il n'en restât quelques débris, sources de nouvelles tribus ou ferments qui purent modifier les anciennes.
Depuis que les Russes ont soumis le Caucase, après une guerre des deux côtés héroïque et tenace, le vide se fait dans la montagne. Ce que tant de siècles avaient laissé immuable aura changé dans quelques années. En haine des Moscovites chrétiens, quelques-unes des peuplades musulmanes vaincues
émigrent en masse sur les terres du Grand Seigneur et sont remplacées par des stanitza, villages russes ou cosaques. Aujourd'hui 92;j,000 Slaves occupent, sur les deux- versants, des territoires jadis ennemis. Au Caucase aussi l'uniformité prévaudra, comme dans le reste de l'empire russe. Deux cent mille Circassiens au moins ont fui vers l'Asie Mineure et la Turquie d'iiurope ; les deux tiers sont morts de fatigue, de nostalgie, d'épidémies, de fièvres; d'autres ont repris la route des sommets paternels. Ces Circassiens passent pour le plus beau peuple de la race blanche, et leurs femmes sont la parure des harems de l'Orient.
C'est le versant européen du Caucase qui héberge le plus de nationalités. Sur le versant asiatique, la prépondérance est aux 852,000 Géorgiens, chrétiens de religion grecque, qui se nomment eux-mômes Iron et parlent une langue originale. Ils partagent le renom de beauté des Circassiens, et leurs filles ornent aussi les sérails de Turquie et d'Orient.
Sur la Kour, qui bruit dans les rochers, Tiflis (72,000 hab.), ancienne capitale de la Géorgie et chef-lieu de la Transcaucasie, s'cppellc de son nom indigène Mtkwari; les palais et les belles maisons y cèdent le pas diux saklisy huttes en terre à demi enfouies dans le sol. On parle, dit-on, 70 langues dans celte ville peuplée de Géorgiens, de Tatars, d'Arméniens, de Turcs, de Persans, de Juifs, de Russes^ de Français et d'Allemands.
Au sud des Géorgiens, 562,000 Arméniens habitent le bassin de l'Araxe, erjsemble de plateaux froids, de vallées sévères, de montagnes dépouillées si hautes que beaucoup portent des neiges éternelles. Les Arméniens parlent une langue à part, ils sont chrétiens. Comme trafiquants déliés et tenaces, ils tiennent tête aux Juifs et aux Grecs, et on les retrouve en nombre dans toutes les villes de commerce de l'Orient et de l'Europe.
Èrivan (1 15,000 hab.), principale cité de l'Arménie russe, gèle pendant de longs mois, à 1,075 mètres d'altitude, entre l'Araxe et les hauteurs qui enserrent le morne lac de Gogtcha, dont les eaux d'un beau bleu dorment à 1,500 mètres au-dessus de la mer. Plusieurs colonies russes entourent déj;\ ce lac; la jeune Russie rappelle Rome par la persistance et la
sùrelé de ses envahissemonts. Amas 4e ruelles ignobles, sur un plaieau sans arbres où les vents sont rudes, trivar.^a le spectacle magique des deux pyramides du Grand et du Petit Araral. Elle soutire dos deux extrêmes de son climat. On y a vu un froid de — 32 degrés, une chaleur, à l'ombre, de près de 44.