PARAGUAY
Si le Paraguay est devenu la Pologne américaine, s'il risque d'être partagé entre ses grands voisins, il lui reste encore ce que ne pourront lui ravir facilement la République et l'Empire coalisés contre lui : une race, une langue, des souvenirs nationaux, et sans doute l'espoir ou au moins le vtru de la vengeance.
Avant la guerre qui l'a écrasé, le Paraguay, soit-disant République maîtrisée par un despote, s'étendait réellement sur 23 millions d'hectares, de la rivière Paraguay au tleuve I^arana. Avec ce qu'il réclamait dans le (iran-(.haco et entre le Parana et l'Uruguay, sa superlicie montait à 92 millions d'hectares. (Vêlait le seul Etat de l'Amérique néo-latine qui ne possédât pas de rivage marin.
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Sur ses 23 millions d'heclaros, le Paraguay en avait déjà défriché sept à huit millions, tout au moins les avait-il occupas réellement par une population de près de quinze cent mille habitanis. Les Paraguéens ou Paraguayens sont catholiques avec l'espagnol pour langue officielle, et c'est presque tout ce qu'ils ont d'européen. Les Conquistadores n'avaient que l'aire d'un pays sans mines d'or et d'argent, où ne coulait point la fontaine de Jouvence, passionnément cherchée par eux. L'Europe ne versa dans le sang paraguéen que quelques gouttes de ïang castillan et de sang flamand bientôt perdues dans la mer du sang indien. Le type est demeuré guarani : il se rapproche asïcz du lype chinois. De môme, la langue d'avant la Conquête a échappé à l'anéantissement qui a fait disparaître jusqu'au nom de tant de dialectes indiens. Hors du domaine officiel et littéraire, les Paraguayens ne parlent que Pantique idiome guarani, dont usent aussi beaucoup d'Indiens et de métis dans plusieurs districts limitrophes du Brésil et de la Confédération argenline.
Les Paraguayens sont bien un peuple qui, sauf violence, ne relève que de lui-mOme. Ils ont de grandes qualités entraînant avec elles de grands défauts. Les Guaranis civilisés mêlent à leur débonnaireté une facilité de soumission qui jadis les livra comme des enfants aux pères Jésuites, et plus tard aux présidents dictateurs, l'ne partie du courage inouï et de la persévérance qui ont failli briser les forces réunies de Rio de Janeiro et de la Plata prend sa source dans une immense abnégation . C'est une race honnête, opinicllre, mais passive. Physiquement, leur taille atteint à peine la moyenne, et leur teint jaune, tirant sur le rouge, enlaidit encore des traits sans bcautL^
Les colons europétîus vont porter avant longtemps dans le Paraguay les qualités qui manquent aux Cuaranis, et avec ces qualités des défauts que les Guaranis n'ont pas. Que le Paraguay rede\ienne son maître, qu'il soit partagé, que le Brésil le garde, il ne tardera pas à être envahi par les Ari^'entins, les Italiens, les Français, les Kspagnols, hîs Anglais, les Suisses, les Allemands qui remontent les grandes rivières de l'Kstuaire.
La nature du Paraguay change du sud au nord. Dans le
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midi prédominent les plaines, coupées d'esleros et de bnrindos, el il y a de grands marais le long du bas Paraguay et du bas l*arana. Dans le nord et sur le faîte enlrc les deux rivières, le sol se relève en montagnes, qui sont rarement supérieures i 1000 métrés et jamais à J.'iOO.
Le Paraguay est parfaitement navigable tout le long du territoire. Le Parana, dix fois plus considérable au moins, plus pur et plus rapide, ne se prête aux navires que dans son cours inférieur: à 200 kilomètres en amont du confluent du Paraguay, les rapides d'Apipe forment un premier obstacle, plus haut il faut lutter contre le Salto Chico (petite chute), et sous le 24° degré, contre la grande chute de (îuaira ou des Sick Caidas (les sept cascades), où le lleuvc b'abaisse de 17 mètres.
Dans ce pays très-fécond, sous un soleil brillant, sous un «limât sain malgré beaucoup d'eaux stagnantes, la i>opnlation grandissait avant la guerre avec une rapidité merveilleuse. On prétend qu'en 1797,1e Paraguay n'avait pas 100,000 habitants, tandis que le recensement de 1857 lui en donnait près de 1350,000. Le nombre des Paraguayens se serait donc qualuordécuplé en soixante ans; cela dans une contrée où les tribus sauvages observaient autrefois une coutume qui n'a point encore disparu chez tous les Guaranis : les Paraguéens qui précédèrent la Conquête mettaient à mort, dit-on, presque toutes leurs filles, et souvent leurs garçons, jusqu'à celui qu'on supposait ne devoir être suivi d'aucun autre.
L'histoire ne connaît pas de peuple qui ait combattu plus vaillamment pour son indépendance contre un ennemi supérieur, elle en rendra toujours témoignage. LUe dira qu'après la guerre les trois quarts de la nation étaient couchés sous le sol de la patrie, morts du feu, de la faim et de la (lèvre, il n'y a miintenanl au Paraguay que 350 à 400,000 liabitants.
la capitale, L'Assomption, est une ville de bois et de boua t liant qucde pierre, qui renfermait, il y a dix ans, 20,(100 Ames. Elle se trouve en plaine, sur le Paraguay, à 77 mètres seulement d'altitude, bien qu à plusieurs ccnlaiuc'S de lieues de la mer.
L'Empire brésilien, ou Amérique portugaise, est tellement vaste qu'il touche à tous les autres États de l'Amérique Méridionale, hors le Chili. Sur une moitié de son pourtour immense, il a pendant 7,000 kilomètres l'Océan Atlantique pour bornes, puis, sur l'autre moitié, la Guyane Française, la Guyane Hollandaise, la Guyane Anglaise, le Venezuela, la Nouvelle-Grenade, l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Paraguay, la République argentine, l'Uruguay.
Le Drésil embrasse la moitié de l'Amérique du Sud, 837 millions d'hectares, quinze à seize fois la France, quatre-vingt-huit fois le Portugal, Tancienne métropole. Seuls l't^mpire colonial anglais, l'Empire russe, la Chine et les l'^tats-Unis ont plus d'étendue. On porte aussi l'aire de l'Empire lusitano-américain à 875 millions d'hectares avec tous les territoires qu'il dispute à ses voisins ; à 750 millions, réduit à ce que personne ne lui conteste. La population, de douze millions d'hommos au plus, n'est encore que trois fois celle du Portugal, et moins du tiers de la population française.
Le mot Ikôsil a la même racine que notre mot français braine. Le pays, appelé d'abord Vem-Cruz ou Santa-Cruz par les Portugais qui en avaient pris possession au nom du roi de Lisbonne, reçut peu aprôs le nom de Brésil d'un bois de teinture couleur de braise apporté comme spécimen parles explorateurs. C'est en 1490, que ce grand pays fut entrevu pour la première fois, par Amérigo Vospucci. En 1500, Pinzon. Diego Lope et Alvarez Cabrai aperçurent quelques parages des côtes. Les reconnaissances du littoral se multiplii'rent, le commerce intervint, on remonta plusieurs fleuves, on égorgea les Indiens du rivage, puis on chassa les indigènes à coups de fusil jusque dans les derniers replis des serras et les asiles les plus ignorés des lointaines forêts. Ceux que le fer épargna ou que la fuite ne sauva pas devinrent les esclaves baptisés do leurs o[>presseurs Irès-catholiqucs. Quand ils ne suHirenl plus à la lâche,
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on fit A/cnir des Nègres pour laver les diamant?, clierchcr l'or, culli\er ]e sol. Telle fut la marche de la civilisalioii jusqu'à la proclamalion de l'indépendance, dans ce magnifique Brésil que les Hollandais disputèrent un moment aux Portugais, el où les Français tentùrent à plusieurs reprises de s'établir, pendant le seizième siècle et au commencement du dix-septième.
Il y a dans le Brésil deux régions : elles ont pour traits communs une végétation magnifique et une fertilité qui n'a de rivales que dans de rares contrées du Tropique et de l'Kquateur. Autrement tout diffère en elles. La région du Sud el du Centre, moins favorable à la plante, maisaccessible et mi'^me agréable et saine à l'homm.e blanc, est la seule cultivée, peuplée, policée, et les immigrants d'Europe, très-peu nombreux encore pour l'immensité du pays, s'y portent par milliers tous les ans. Là est le vrai Brésil du présent et de l'avenir. Là se lèvent les montagnes et ondulent, de serra à serra, les hauts plateaux dont l'altitude, modérant les ardeui^s du Tropique, crée des zones tempérées à quelques lieues des rivages brûlants el des \ allées accablées de chaleur. D'ailleurs, ces plateaux s'éloignent de l'Equateur et même, au midi de Rio de Janeiro, ils sont en dehors du Tropique du Capricorne. Trois provinces, Hio-Grande do Sul, limitrophe de l'Lruguayet de la Mésopotamie argentine, Sanla Catharina, Paran;i, qui touche au Paraf'uay, et une partie de Saô Paulo appartiennent décidément à la zone tempérée par leur situation au sud de la ligne tropicale aussi bien que par la hauteur de leurs principales terres aud(!ssusde l'Océan. Au nord du Tropique,le reste de Saô Paulo, lUo de Janeiro, Minas Geraes, Bahia, Coyaz, Matto-Grosso, etc., n'ont un climat tempéré que dans leurs disLi'icls élevés.
Au nord du Brésil tempéré ou Brésil colonial, l'autre moitié (lu l'Empire, le Brésil équatorial ou amazonio^ trop chaud pour le Blanc, ne laisse pas non plus à l'Indien el au Noir assez de sève et de volonlé. En revanche, si l'homme y diminue, la ^égétalion des bords de rivière et des fonds humides y prend une force exlraoriliiiaire. Notre planète n'a rien de plus beau que les Sclras de l'Amazone, mais cette merveilleuse nature manque de maîtres el d'admirateurs. 11 est vrai que, faute
d'Européens, elle est encore à l'abri des profanations. Si les Sclvas gardent toute leur gloire, c'est que lesabatteurs de bois el les colons qui incendient un horizon de ÏotùIs (tour défricher un jardin ne se sont pas encore emparés de l'Amazonie. On ne trouve dans le Brésil équatorial que quelques P.lancs fatigués, des Nègres insoucieux et des Indiens d'esprit endormi.
Les montagnes du Brésil colonial ne dépassent nulle part 3,000 mètres, ce qui n'est pas même la moitié de la hauteur des Cordillères. Elles ne se rattachent point aux Andes. Leurs chaînes parallèles à l'Atlantique, les chaînons qui les relient, les plateaux ou campos qu'elles supportent, couvrent 27o millions d'hectares, cinq fois la France. Les pics les plus élevés coniius s'éloignent peu de l'Océan et particulièrement du rivage de Rio de Janeiro. Les uns se dressent dans la serra do Mar (chaîne de la Mer), si voisine de l'Atlantique qu'en certains endroits, à peine a-t-on quitté la plage, on gravit en peu d'heures des montagnes rapides dont le versant opposé appartient déjà au bassin du Parana, fleuve qui ne 'trouve l'Océan qu'après plusieurs milliers de kilomètres. Tel ruisseau atteindrait en quelques lieues le grand flot, tandis qu'il préfère s'anéantir dans le Parana, pour s'avancer avec lui dans l'intérieur du continent, séparer le Brésil du Paraguay et couler devant Buenos-Ayres et Montevideo. Dans la serra dos Orgaôs, en vue de la capitale, se dresse un pic de 2,0 15 mètres; dans la serra de Mantiqueira ou d'Espinhaço, à l'ouest de Rio, ritatiaya ou Itatiaiossu monte à 2,994 mètres, altitude contestée d'ailleurs : les uns le font un peu plus haut, d'autres plus bas. L'italiaiossu serait donc le mont Blanc du Brésil. 11 aurait été jadis volcan, et son nom, dit-on, signifie le (Jrand-Roc flamboyant; ses trois sommets, les Aiguilles Noires, reçoivent tous les ans de la neige, mais cette neige dure rarement plus d'une quinzaine. Des diamants moins beaux que ceux de l'Inde, l'or, d'autres métaux encore, enrichissent les flancs de ces montagnes et les alluvions de leurs livières. Sans les mines qui ont attiré les seigneurs et les aventuriers portugais el fait introduire des nègres en masse, le Brésil n'aurait presque pas d'habitants de souche européenne; les Noirs y seraient rares,'
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et à la place de rnimpire lusitanien, nous verrions aujourd'hui des Ltals guaranis semblables au Paraguay.
Aujourd'hui, le monde réclame moins des métaux précieux que des grains, des fruits, dos liqueurs et des plantes. C'e^t dans les camiios encore habillés de forOtsou couverts des gramens de mauvaise odeur appelés capimgorduray que gît la fortune du Rrésil. C'est dans les fazendas (fermes) qui, prenant la place de la savane ou des bois vierges, se revoient de prairies, de vignes, de tabac, de caféiers, de cotonniers, de cannes à sucre, de céréales, de maïs, de riz, de plantes médicinales et tinctoriales, en un mot de tout ce que donnent les terres chaudes et les terres tempérées. Jusqu'à ces dernières années, les fazendas ont été cultivées despoliqucment par des esclaves noirs. Ces travailleurs malgré eux vont manquer, et les fermes tomberont en friche et retourneront à leurs forints de hauts araucarias si le Brésil ne réussit pas à attirer plus de Blancs que jusqu'à ce jour. Rio Crande do Sul, Sainte-Catherine, Saint-Paul, prospc>rent sous la charrue des colons européens, mais lés autres disîricis languissent. Des paysans d'Lurope, à leur défaut des Chinois, le salut du Brésil est à ce prix.
Et mOnie si les colons européens arrivent annuellement par dizaines de milliers, que de difficultés pour le défricheur au milieu de cette nature trop vivante ! I.es tremblements de terre, presque inconnus au Brésil, n'y disloqueront point les villes naissantes, mais quels travaux pour créer des routes, quelle persistance pour les tenir viables, elles et les ponts de tant de larges rivières, sous un climat versant pendant six mois de l'année des pluies pareilles à des cascades qui laisseraient passer des vents, du tonnerre et des éclairs I Les orages sont de tous les jours, affreux et mêlés d'abats d'eau terribles dans la plupart des monts brésiliens. Quand le soleil reparaît après le déluge, les remblais des chaussées, leur ferrure, leurs ponceaux, quelquefois les arches de leurs ponts fuient vers l'Atlantique avec la bouc des torrents. A la fin de la saison des averses, lorsque viennent les moi? sans pluies, les eaux exlravasées retournent à leurs rivières par la pente naturelle, mais où la pente manque, elles sèchent peu à peu et laissent un rebord de marais funestes. Ces alternatives
de trôs-grande humidité et de sécheresse, celle éleclricit6 conslante, la chaleur excessive, les fiùvres mirieut le colon qui n'a pas eu la sagesse de s'établir à une hauteur suffisante audessus des mers, des cours d'eau et des lacs temporaires. S'il a bien choisi le site de sa demeure, il lui reste encore beaucoup d'adversaires. Dès que \apicada (sentier) qui j)art de sa case atteint la forOt, l'immigrant pénètre avec elle dans le sépour de ses ennemis. Là rôde l'onça (jaguar), qui lève sa dîme sur les troupeaux de la fazenda ; sur les branches des arbres gesticulent avec des hurlements moitié furieux, moitié sarcastiques, les singes barbus qui pillent les champs de maïs; sous le tissu des troncs et des lianes rampent le boa et les serpents venimeux, tels que le jararaca et le souroucoucon ; dans le sol prospèrent, par une sage admiuisiration , les républiques de fourmis qui chassent le fazendeiro quand elles assiègent sa plantation. Dans la vase des rios s'embourbe le caïman.
Les Campos, qui ont une altitude de loO à 400 mètres en moyenne, s'appellent cerrados (touffus) quand ils sont mouvementés par des bouquets de bois, alertas (ouverts) quand ils ne portent que des buissons et de l'herbe. Ils se partagent entre tous les grands versants du Brésil.
La moitié de l'Empire appartient au bassin de l'Amazone, un quart au bassin de la Plata, le dernier quart au Saô-Francisco et aux petits fleuves littoraux. Cinq grands cours d'eau absorbent les mille rivières du Brésil tempéré, que vivifient des pluies abondantes: trois vont au sud, deux au nord ; deux vont à la mer, trois à d'aulres rivière?.
Les trois rivières du sud sont le Parana, l'Uruguay et le Paraguay.
Le l'arana emporte ses premières sources des pics d'une serra voisine de Uio de Janeiro; mais, au lieu de courir en quelques heures vers les rivages de cette capitale, il se dirige dans le sens opposé, à l'ouest, puis au sud, pour ne rejoindre l'Océan qu'au bout de l'estuaire de la IMata, après un développement de trois à quatre mille kilomètres. Son lit supérieur et son lit moyen sont coupés de rapides imposants et de salios.
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Le Salto Grande de Maracayu ou de Guaira, rapide autant que cascade, effraie par le tourbillon forcené des eaux d'un fleuve de plus de 4 kilomètres de large réduit subitement à 60 mètres; le [)lan de la cliule est de (JO degrés pour une hauteur de il niùlrcs. Dans son cours inférieur, au sein des plaines paraguéennes et argentines, le Parana donne accès aux plus grands vaisseaux. Bordé de forêts et de savanes, très- large ou divisé en chenaux, il va former l'estuaire platéen, en compagnie de l'Uruguay. — L'Uruguay, grande rivière à saltoSj a les deux tiers de son cours en Brésil; sa branche-mère se nomme Rio Pelotas. Par son climat, plus frais que celui des autres bassins bréï«iliens, le bassin du Parana forme le plus précieux domaine de l'Kmpire. On le sait à i^io et la convoitise des Portugais d'Amérique eut toujours les yeux ouverts sur le Paraguay, la Mésopotamie argentine et l'Uruguay.
Le Paraguay, tributaire du Parana, découle des campos de Parecis, steppes bas et si peu ondulés qu'il n'y a pas, sur plusieurs points, de ligne de faîte accusée entre le versant de la Plata et le versant des Amazones. Ainsi le Guapore, branche du Madeira, ctleJauru, tributaire du Paraguay, naissent à côté l'un de l'autre au milieu de plaines dont les pluies font une lagune qui se ver^e indiiféremment dans une rivière ou dans l'autre. Pas de relief plus sensible entre de plates étendues relevant au sud du Pilcomayo, aflhient du Paraguay, et au nord du Mamore, autre branche du Madeira. Cette facilité de communication entre les deux revers fera tôt ou tard du Paraguay l'une des grandes routes de l'Amérique du Sud ; d'ailleurs, cette rivière va droit du nord au midi par le chemin le plus court entre l'Amazone et Bucnos-Ayrcs. Grossi de ries qui roulent des diamants, en roulant lui-mi'^me, le Paraguay serpente dans des ]iantanalcs, prairies si basses et si plates, que dans les hautes eaux il s'y épanche en un lac marécageux de plusieurs centaines de milliers et peul-iMre d'un million d'heclare?, le lac de Xarayes.
La province de Malto-tirosso (Grand Bois), sur le haut l*araguay, puise une triple importance dans sa situation, sa fécondité, son étendue, sans parler de ses mines de diamants, de ses forêts et de son ipécacuanha; mais elle trouve se
si loin de la capitale de l'Empire et du rivage de la mer que nul immigrant n'y porte ses pas et que la population y monte à peine à cent mille habitants, sur un territoire deux à trois fois étendu comme la France.
Vers le nord marclient le puissant Tocantins et le Saô-Francisco. Le Tocantins a 2,300 kilomètres de développement et débouche dans l'estuaire des Amazones.
Le Saô-Francisco est le fleuve brésilien dont le bassin est le plus entamé par la culture. Il n'a pas moins de 2,900 kilomètres de longueur, et à son embouchure il débite 2,800 mètres cubes d'eau par seconde à l'étiage. Des montagnes de Minas Geraes — ce nom veut dire, en français, Mines Générales — descendent ses branches mères, le Saô-Francisco et le Rio das Velha?, roulant à leur confluent, le premier 446, le second 209 mètres cubes par seconde à l'étiage. Minas Geraes, la grande province minière et le cœur de l'Empire, porte sur ses hauts plateaux une des plus vigoureuses p'opulations du Brésil. Elle est vaste comme la France jusqu'au Khin, et nourrit aujourd'hui de 1,600 à 1,800,000 hommes, mineurs, éleveurs et bergers, agriculteur?. La population y augmente vite, mais à son chiffre actuel, elle n'arrive peut-être pas encore au nombre des Nègres et des indiens qui sont morts sur son territoire, de maladie, de nostalgie, de rage, à la recherche de l'or et des diamants, ou qui ont été abattus par le fusil des sertunistaSj aventuriers battant le sertaô^ autrement dit les bois et les déserts. Les sertanistas des premières explorations furent surtout des métis lusilano-indiens des hautes plaines de Piratininga (province de Saint-l'aul); ils accomplirent de merveilleux voyages dans la forêt vierge à la poursuite de la Montagne des Emeraudes, l'Eldorado des Portugais d'Amérique. Ces voyages duraient des mois, des années, sans qu'il y eût une heure exempte de datigers de mort, un jour sans eiïoi ts immenses. — Le principal district diamantin de la province de Minas Geraes est le territoire élevé de Serro do Frio, qui a Tijnco pour maîtresse ville ; la ri\ièrc qui a fourni le plus do pierres précieuses s'appelle Jequitiuiionliu. (l'est le pays de Minas Geraes qui a le premier parlé d'indéi)endance nationale dans l'Amérique brésilicrine, quelques années avant
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raurore de noire siècle. Il y a Ironie ans, il se mit en lulle ouverte contre Rio et il faillit l'emporter.
Quand il n'est encore que torrent, le SaO-Francisco s'afTaisse par la superbe cataracte de C.isca d'Anta, haute de 203 mùtres, puis, au-dessus du confluent du Rio das Vellias, il forme les rapides de Pirapora. A l,nOO kilomètres plus bas, le fleuve s'irrite : 300 kilomôlrcs de couranis violents et de rapides le mùneni à la cascade grandiose de Paulo-Affonso, qui s'entend, sous vent favorable, à 25 kilomètres de distance. Les eaux de l'i^norme rivière s'y réduisent dans les gramles sécheresses X quinze mètres et demi de largeur, et tombent de 70 mètres, en quatre colonnes. Du Paulo-AU'onso ;'i l'Allantique, on compte encore près de 300 kilomètres, praticables à tous les navires.
Les rivières dii Rrésil colonial n'égalent point le lleuve du Brésil ('quitorial, le Maragnon ou tleuve des Amazones.
Les Bré^iliens appellent le tleuve des Amazones Maranhaô (pr. Maragnan) en aval du confluent du puissant Rio-Negro, et Rio de Solimoôs (pr. Solimouns) en amont. Pour les Indiens c'était, c'est encore le Tunguragua, le Paranaguassu (grand fleuve), le Paranatinga (fleuve roi). 5,a00 à 0,000 kilomètres de longueur; une largeur telle que souvent un bord ne se voit pas de l'autre, et que même le voyageur suiNant le milieu du courant n'aperçoit que des eaux jusqu'à la borne circulaire de l'horizon; cinquante ;\ cent mètres el plus de profondeur; un bassin de 700 millions d'hectares (treize France), un débit moyen de 80 à 100,000 cubes d'eau par seconde, de 17 à 18,000 ;\ l'étiage, de 240 à 250,000 en temps de crue devant Obydos; 7:iO kilomètres de marée, jusqu'à ce même Obyd<is où le tleuve n'a que l,;iOl) mètres de large — ce qui serait lac pour nos ruisseaux est défilé pour lui — 50,000 kilomètres navigables sur son bras mnjeur, « sur ses fur os ou fausses rivières, sur ses tyara/^e^ ou bras latéraux, » sur ses affluents el les tributaires et sous-tributaires de sc3 aftlucnts,' des cnrhcntcs ou inondations A perle de vue; 120 jours de hautes eaux recouvrant des îles sans nombre; des aftlucnts plus grands que le Rhône, le Danube el la Volga des tempêtes funestes, do? vagues comme en mer; trois foi
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plus d'espèces de poissons que dans l'Océan Atlantique entier : avec tout cela le Maragnon est le vrai « l'ère des lilaux, » bien plus que le Mississipi et que tout autre fleuve de la Terre. cLe Brésil n'a pas le cours supérieur du Maragnon, qui naît à trois ou quatre journées de marche du Pacifique, dans les Andes péruviennes. I/Ucayali, second bras constituant et probablement plus considérable que la branche mère officielle, tire également son origine des Cordillères du Pérou. Agrandi par le tribut de rivières considérables descendues du Pérou et de l'Equateur, le Maragnon s'étale avec ses îles, ses bras, ses lagunes, déversoirs de la saison pluvieuse et réservoirs de la saison sèche, entre deux murailles sinueuses d'arbres élevés, reliés en tous sens et comme cimentés par les lianes. Ces arbres, ces palmiers, qui projettent des palmes de quinze mètres de longueur, ces lianes appartiennent à la plus grande, à la plus vigoureuse, à la plus pompeuse forêt du globe, aux selvas, gloire du Brésil et de la zone tropicale. Les rivières sont les seuls chemins, les ruisseaux les seuls >entiers de ces bois sublimes, leurs seuls hùlcs les indiens. Pour ouvrir au soleil leurs immensités obscures, la hache du colon prendra des siècles et peut-être cnlèvera-t-ellc ù l'Amazone, avec la plus belle parure de son bassin, la moitié des flots qu'il mène à l'Océan : c'est en partie parce que le dôme de la forêt conserve les sources, les ruisseaux, les marais, les lagunes, tout le trésor des pluies pour la saison sans pluie, que le Maragnon roule son énorme masse d'eau, qui peut aller en temps de crue jusqu'au quart des flots courants du globe. J-es forêts recouvrent tellement les deux rives de l'Amazone que les cultures et les habitations y sont une rareté. De l'embouchure du fleuve au confluent du Rio Negro, il n'y a qu'un ^illageen moyenne pour 175 kilomètres, la distance de Paris à Blois ; au-dessus de ce conriuent, il faut faire moyennement 240 kilomètres, la dislance de Paris à Tours, pour trouver un bourg riverain. 11 n'y a que 2o0,000 hommes dans le lîré.-il amazonien, quelques milliers de Blancs, des Iniliens purs, des Métis, des Nègres et des MulAtres.
Deux tributaires du Maragnon rivalisent presque avec lui àc grandeur, le Rio Negro et le Madc.ra. Le Rio-Ncgro tombi
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sur hi rive gauclic. Ses eaux lui viennent de la CaLiiquiare, qui est une dérivation de l'Orénoque, et des mont.ignes de la Guyane. Le nom de Rio Negro (Uiviùre Noire) remplace une dcscriplion; au confluent avec le Solimo«5s, ses eaux couleur de caCc arrivent avec calme en face du fleuve bourbeux et violent, et il y a un tel contraste entre la tranquillité du Rio Negro et la fougue du Solimoôs que les Indiens des en\irons de Ma[iJ)o> nomment le fleuve la Rivière Vivante, le Rio Negro la Rivière Morte. Au point culminant de l'enchente (débordement), le Rio Negro monte de 13 mètres et recouvre au loin la contrée. Le Maragnon et ses autres tributaires s'élèvent aussi ù une grande bauteur sous l'action de la saison des pluies : seulement, les affluents de la rive gauche montent quand ceux de la rive droite baissent, et quand ceux de la rive gauche baissent, ceux de la rive droite moulent.
Le Madeira débouche à une petite distance au-dessous du Rio Negro, sur la rive opposée. 11 descend des sierras boli- \iennes et tombe dans la plaine des selvas par les cataractes deCacuhenlas, où sa largeur ordinaire de 1,;>00 ù 2,000 mètres se rt'duit à moins de oGO et où il descend d'environ 70 mètres en 7 kilomètres. Le Tapajoz mêle ensuite ses eaux noires aux flots sales cl «;ris cendit's de l'Amazone ; i\ ce confluenl, se renouvelle la lutte qui s'établit suu\L'nt entre deux rivières de couleur diverse quand elles viennent de se réunir dans un lit commun : lulte qui s'est précisément engagée plus haut entre le noir Madeira et l'Amazone, plus haut encore entre le Rio Negro et la grande artère. L'alliance du Tapajoz et du lleuve se fait près de Santarem, nom portugais rappelant celui d'une ville des bords du Tage; les Lusitano-Américains ont couvert l'Iùiipire de noms de cités portugaises, comme les Yankees ont chargé les Klats-l.'nis de noms de cités anglaises.
Apres avoir baigné le pied des collines d'Almeirim et la serra do Krere, le Maragnon prend en passant le bleu Xingu (pr. (Ihingou). Les hauteurs d'Almeirim et d'trere n'ont que 2o0 ;\ 300 mètres, mais elles surgissent i^i soudainement et si fièrement du sein de plaines indéfinies, qu'elles y gagnent un profil cl une majesté de montagne. De la cime de la serra do
Erere se doploie jusqu'au cercle de l'horizon, un panorama sublime de forôl?, de rivières et de lagunes. A l'inslur du Madeira, le Tapajoz, le Xingu, le Tocantins quittent leur haut paya par des chutes et des rapides.
A l'embouchure, divisée en deux par la grande île de Marajo, la pororoca se soulève en trois vagues consécutives, à des hauteurs de dix à quinze mètres, car la pororoca est un mascaret géant comme son fleuve. I/Amazone ne se termine point, ainsi que le Mississipi, le Rhône ou le Nil, par un delta gagnant sans fin sur la mer; ses alluvions sont emportées par un courant vers la Guyane. Les deux provinces spécialement amazoniennes, Grâo Para et Alto Amazonas, ont cinq fois l'étendue de la France, et quelques centaines de milliers d'habitants seulement. Elles produisent du caoutchouc, du copahu, de la salsepareille, du café, du cacao, des bois.
Indiens, Nègres, Blancs se sont pénétrés à tous les degrés au Brésil. Même dans l'Amérique du Sud, cette terre des croisements, nul pays n'a une population si mélangée que l'Empire portugais, peuplé de Métis de tout genre, de tout nom : Mulâtres, Mamelucks, Caboclos, Cafuzos, etc. Les chifFres exacts manquent, mais on admet que les Blancs plus ou moins purs sont environ deux millions, sur les douze millions d'âmes qu'on attribue au Brésil. Ces Blancs se distinguent en Brasilei'os (Brésiliens) et en Europeos (Européens) : les Brasileros descendent des Juifs et des galériens qui furent les premiers immigrants et de la masse des colons du Portugal et des îles lusitaniennes de l'Atlantique. (Celles-ci ont beaucoup contribué à l'installation d'une nation blanche sur ce rivage américain, car les premiers colons de la province de Santa Catharina et du Rio-Grande do Sul vinrent des îles Açores. Les Europeos sont en majorité des Portugais, après lesquels se rangent des Allemands, des l.spagnols, des Galiciens, des Catalans, des Italiens, des Français, des Suisses, des Anglais, des Yankees du Sud, planteurs ruinés venant relever leur fortune.
Suivant les années, les Portugais font les deux tiers ou les trois quarts el plus de l'immigration; ce sont euy, race ignorante, mais virile et dure, qui soutiennent le Brésil ; ils y re-
trouvent leur langue, beaucoup de leurs usages el en supporluni mieux le climat que les arJres eufunts de l'I^urope : une partie sori, d'ailleurs, des latitudes chaudes, des Iles du Cap-Vert, de Madère, des Açores, des Algarves, beaucoup de Lisbonne, mais le plus grand nombre arrive par Porto, du Minlio, du Douro, du Tras os Montes el de la Boira. Tous réunis, les i*ortugais qui se tixent au Brésil sont au nombre d'environ dix mille par an, quelqueiois quinze à vingt mille, quelquefois cinq mille seulement. Les lîrésiliens les trouvent lourds, grossiers et rustiques; ils les appellent pe de cliumbo (pied de plomb) et se donnent à eux-mêmes, par opposition, ie nom de pe de cabra (pied de chèvre).
Après l'immigration lusitanienne, la plus importante est l'immigratioti allemande. La (iermanie verse aimuellement dans le pays des milliers d'excellents agriculteurs qui (ont souche de paysans et de bourgeois, chose rare dans ce Brésil qui longtemps n'eut que des commerçants, des planteurs et des esclaves. Dans les provinces de lîio-drande do Sulet de Santa Catharina, les colonies allemandes forment un petit corps de nation qui a gardé une fidélité presque entière à son origine. Le Brésil doit les surveiller, car ces colons pourront servir de levier, en tout cas de prétexte à l'ambilion de « la tranquille Allemagne. » Il est vrai que le vigoureux essor pris par l'émigration méridionale vers le Rio de la Plala empéclicra ce germe liéféro^èue de grandir outre mesure, (l'est, d'ailleurs, vers le Hio-(Jrande do Sul que se portent une grande partie des colons portugais.
L*arrivéedes premiers cultivateurs allemands dans l'Empire remonte à \f^.lï; leurs établissements n'ont prospéré que dans la région méridionale et aux environs de Hio de Janeiro. Ailleurs ils ont péri, soit parle climat, par la lièvre des forôls et la fièvre des marais, soit par l'absence de routes, de secours, et par la pression du désert, soit encore par l'avidité et la niau\ai>e foi des compagnies d'émigration et des grands propriétaires, qui sont de vrais seigneurs féodaux, bien que la féodalilé passe pour morte dans les pays dits civilisés. La moitié du Brésil a[)parlient, dit-on, î\ six mille fas^wleiros dont les faieiidas sont cultivées par des esclaves que mènent la
eitor et le tocador. Ces fazendas s'étendent, avec plusieurs horizons, sur des campes sans fin et des archipels de collines dans un océan de forêtî?. S'il n'y a pas plus de 6,000 grands possesseurs du sol pour la moitié de l'Empire, la fazenda couvre en moyenne 70,000 hectares, plus du neuvième d'un département français. A ce compte, 775 fazendeiros prendraient toute la France.
La proximité de l'Afrique a favorisé l'importation des Nègres au Brésil. F-es Noirs s'élèvent au nombre de trois à quatre millions, parmi lesquels 1,800,000 esclaves. Peut-être l'importation d'Afrique est-elle arrêtée, mais il y a peu d'années les Négriers introduisaient encore annuellement oO,000 « bois d'ébène ». Excepté dans les provinces méridionales où se portent les Blancs, ils constituent, par force il est vrai, la classe laborieuse; sur eux tombent la culture du sol, les mines, les lavages de diamants, les métiers qui veulent de la vigueur et de la résistance au soleil. Tous ne se valent pas. Les plus beaux, les plus obstinés dans la passion de la liberté sont les Minas, originaires de la côte de Guinée : quand la traite les renforçait presque quotidiennement par l'arrivée de nouvelles victimes arrachées au pays natal, ils ne perdaient jamais l'occasion de se révolter; depuis l'arrêt du commerce de la chair noiie leurs traditions s'ellacent, mais le type des Minas reste supérieur au type des autres Africains, originaires du Congo libre ou du Congo portugais et de la Contracosta (côte opposée : les Brésiliens nomment ainsi le Mozambique, par rapport au littoral de Loanda, de Benguela et de Mossamedes).
Lorsque Cabrai aborda sur le rivage de Porto Seguro, entre Hio de Janeiro et Bahia, juste au milieu du littoral brésilien, il éleva, dit-on, avant toute chose, sur le bord de la mer, une croix et un gibet. Les Indiens connurent bientôt la rigueur de ce dilemme, et leurs flèches ne les sauvèrent pas. Ceux qui courbèrent la lète sous le baplOme périrent au dur service de leurs maîtres; ceux qui se cabrèrent moururent sous le plomb et sous l'épée ; ceux qui s'enfuirent au loin derrière les r:ips des forêts diminuèrent de jour en jour, leurs erritoires de chasse et de pêche reculant devant l'invasion
portugaise. Des couvertures d'hôpital empoisonnées par les varioleux dont elles av;iieiit touché les pustules, portèrent Tanéanlissement à des tribus qui se glorifièrent pendant quelques heures de ce c.ideau des ['européens. Ainsi disparurent des peuplades éternellement ell'acées aujourd'hui de la mémoire des sauvages leurs frères et des Portugais leurs bourreaux. A l'arrivée des Conquistadores de Lisbonne , les Indiens domi[iants étaient les Tupis, de la môme race que les Guaranis du domaine espagnol, et les Indiens asservis appartenaient à la famille des Tajinyas.
Comme dans l'Amérique espagnole, les Indiens du Brésil sont des Indiens soumis ou des Indios bravos, appelés ici Indios do matto (Indiens du bois), Caboclos (hommes sans poil) ou Butjrci : ce dernier mot, français d'origine, serait déshonnéte en notre langue. Dans les provinces méridionales, plusieurs tribus se rattachent au tronc tupi. Sur le Rio Mucury et dans les îfolitudes de Minas Geraes, errent des débris de la nation tapuya, les Botocudos, ces sauvages hideux qui se passent dans la lèvre inférieure un énorme disque de bois (en portugais botoqnc^ d'où lour nom). A ces sauvages s'ajoutent les Coroados et des peuplades dont personne ne sait le nombre, tant l'I-^mpire brésilien renferme d'immensités inexplorées.
fc^n s'alliant aux premiers occupants portugais, les Indiens tupis donnèrent naissance à des métis fam':'ux, guerriers énergiques et cavaliers rapides, que fil surnommer Mamaiuros (Mamelouks) la cruauté qu'ils déployaient dans leurs razzias sur le territoire castillan. Peu à peu ce mol de Maraalucos s'crt étendu ;\ tous les sang-mèhi du Blanc et de l'Indien. Les Mamalucos ont beaucoup fait pour l'exploration, la conquête et la mise en valeur du pays; les fameux Paulist'is (habitants de la province de Saint-Paul), qui ont découvert tant de mines, reconnu tant de rivières, fondé tant de colonies et combiittu pour l'indépendance, étaient et sont encore en majorité des Mamalucos. Avec les Mmciros de la province de Minas Geraes, métis qui, même, descendent en grande partie des Mamalucos de SaôPaulo, les Paulistas dépassent les autres Brasilcros en vigueur, en agi ité, en actuilé, en ténacité, en cou-
rage. Semblables aux Auvergnats en France, ils émigrenl par véritables bandes dans tout le Brésil.
Les MulAtres sont le produit des Blancs et des Négresses; les Cafuzos proviennent du mariage des Noirs et des Indiennes. Presque tous les observateurs qui connaissent le Brésil jugent Irùs-sévèrement la valeur des diverses classes issues de tous ces mélanges. En géiiéral, on peut dire que les Blancs perdent et que les Noirs gagnent sous l'influence des croisements.
Sur ces races vivant paisiblement côte à côte à l'exception des Indios bravos, passe le double niveau d'une mtîme religion et d'une môme langue. Presque tous les Brésiliens sont catholiques et parlent portugais. Cependant la langue guarani, vieil idiome indien, est encore d'un usage général dans plusieurs cantons des bassins du Parana et du Paraguay, principalement dans la province de Saint-Paul, et la lingoa gérai ou tupi, autre langue indienne, rùgne concurremment avec le portugais dans la province de Graô Para, et presque seule dans le Alto Amazonas.
Malgré l'absence d'une immigration proportionnée à l'étendue et à la fécondité de l'Empire, la population s'augmente promptcment. Il n'y avait, assure-t-on, que 1,900,000 Brésiliens en 1776; 3 millions en 1807; 3,000,000 en 18 i8; o millions en 1840; prùs de 8 millions en IS.jO; il y en aurait 10 à 12 millions aujourd'hui. L'accroissement annuel serait de 200,000 Times. Le pays est si fertile et si beau, le climat si sain, sauf les épidémies de fièvre jaune, la vie si facile, que les naissances l'emportent considérablement sur les décùs; dans quelques provinces, le Hio Grande par exemple, les venues à la vie Liaient deux à trois fois le chiffre des morts. De là, un doublement de la population en vingt-cinq ou trente années. Mais l'immigration des i^ortugais, des aulreà Méridionaux et des Allemands doubiat-cllc encore le mouvement ascensionnel, le Brésil n'aura pas de longtemps un nombre de Brésiliens en rapport avec ses prodigieuses ressouiccs. Peuplé comme la Erance, — son sol et son ciel lui permellcnl do nourrir proportionnellement beaucoup plus d'habitants, — lEmpire portugais renfermera une nation de six cent mil-
lions d'hommes un jour, s'il ne s'éparpille pas en plusieurs Elats comme l'Amérique espagnole. I/entenle n'est pas parfaite entre tous les groupes du peuple lusitano-américain : entre le nord et le sud, le centre et le littoral régnent des antipathies, et déjà Rio Grande do Sul s'est une fois ï^éparée du reste de l'Kmpire; pendant neuf ans de i^uerrc civile, ello a formé l'Ktal indépendant de Piratinim. Minas Cieracs a voulu également échapper au joug de Rio de Janeiro, et h peine le Brésil était-il pleinement hors de tutelle que Pernamboui se déclarait capitale de la Confédération de TLouatcur, comprenant quatre provinces iPernambouc, Hio Grande do Norte, Parahyba et Céara.
Les deux villes les plus peuplées de l'Amérique méridionale se trouvent en T.résil, dans la Bdramar ou zone maritime.
Rio de Janeiro, capitale depuis le milieu du siècle dernier, renferme 23o,000 habitants. Presque sous le Tropique austral, une passe de 4 kilomètres de largeur donne entrée dans une baie merveilleuse, petite mer intérieure que séparent de la grande mer extérieure la montagne de la Gavia et les pointes de la Tijuia (700 mètres) et du Corcovado (1,050 mètres). De la baie de Uio de Janeiro, qui a 200 kilomètres de tour, on peut hardiment proclamer ce qu'on a faussement dit de tant d'autres baie?, elle pourrait donner asile à toutes les flottes des deux mondes. A une petite distance de la passe, sur la haie, .s'élève Uio, en vue du Corcovado boisé et des monts bizarres de la serra dos Orgaôs. Hio est une place commerçante de premier ordre, un port très-fréquenté, une ville animée et régulière, élégante ou laide selon que ses rues log(Mit des Blancs ou des Noirs. Les environs sont embellis par de ravissantes chacnras (villas). Les habitants de Hio se donnent le nom (le Fluminenscs.
Bahia (iSO,onO habitants), qui a pour banlieue le Riconruvu, le jardin du Brésil et ?a campagne le plus densèmcnt peuplée, était capitale avant Hio, et de ce temps elle a gardé une physionomie archaïque, rare dans le nouveau monde, de vieux couvent-, d'ancieunes églises le long de rues escarpées. Bahia fait un comnierd' co;i.^iil( rable; sa baie, la baie de Tous-
GUYANE. 60 t
Ies-Saint5, serait la première de l'Empire si celle de Hio n'existait pas : elle a 180 kilomètres de contour, des profondeurs de 60 mètres, et un chenal où il y a de 20 à 40 mètres d'eau l'unit à la mer. — Après ces deux baies, celle de Deslerro, ou de Santa Catharina, dans le Brésil méridional, mérite encore d'être célébrée.— Rahia se trouve à \ ,300 kilomètres au nord de Rio. Sur ses 180.000 habitants, lamajorité appartient aux sangiiiôlé. De nombreux Portugais viennent y chercher fortune.
Pernambouc (100,000 habitants) s'élève aussi dans la Beiramar, sur le bord de l'Océan, au nord de l'embouchure du SaÔ-Francisco, presque aussi loin de Hio que de Lisbonne. Son antique prospérité lui vint des Hollandais qui y régnèrent avant de céder ce beau rivage aux Portugais, comme ils cédèrent New-York aux Anglais. Le vautour urubu, amateur passionne de la charogne, se charge d'y tenir les rues propres. Pernambouc se compose en réalité de quatre villes : Recife, Sa6-Anionio, Boa Vista et Olinda, cette dernière ù cinq kilomètres de la mer, sur un pittoresque coteau.
A 350 kilomètres du cap Saint- Roch, aux dunes changeantes, Fernando de Noronha sert de colonie pénitentiaire au Brésil. Elle a dix kilomètres sur deux, de hautes falaises et un volcan mort de 100 mètres d'élévation.