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policèrent le monde ancien et dont on n*a point dépassé les sculpteurs, les architectes, les é.crivains et les poètes. Il y a eu tant de massacres dans ce petit coin de terre, tant de races y ont passé depuis quinze cents ans, que le vieux sang hellène n'a pas manqué d'y absorber beaucoup d'éléments étrangers; et même, d'après maints savants, les Grecs d'aujourd'hui ne seraient autre chose que des Slaves mêlés de Bulgares, d'Albanais, de Roumains, d'Italiens, de Juifs, de Bohémiens, de Turcs {et sans doute aussi de Grecs).
Les nombreuses migrations, les violences de la guerre, les alliances de la paix, auraient fait de tout le peuple des Hellènes ce qu'Athènes était déjà au commencement de notre ère, lorsque Tacite disait des habitants de cette fameuse ville : « Ce ne sont plus des Athéniens, mais un ramassis de toutes les nations. » Fils ou non des Hellènes, les Grecs ont gardé presque intacte la magnifique langue qui, d'Homère à Lucien, produisit tant de chefs-d'œuvre* Sans parler des Étoliens et des Sphakiotes, les Grecs les moins mêlés, ceux qui continueraient vraiment les Hellènes, sont les montagnards de la sauvage Maïna.
La Maïna ou Magne surveille le bas fond de l'Eurotas, le bout de vallée où Sparte se fit puissante par sa loi sévère, sa gymnastique et son esprit de cité. A son tour, elle est dominée par la plus haute montagne péloponésienne, le Saint-Elie, sommet majeur panni les cinq têtes du vieux Taygète aux flancs boisés. 11 n'y a guère de chaîne plus sauvage au monde, surtout l'arête méridionale qui s'abîme dans la mer au cap Matapan, l'ancien Ténare, promontoire tellement outragé par les tempêtes, que ses voisins* témoins de mille naufrages, l'ont appelé le Tueur d'hommes (les Anciens en avaient fait l'entrée des ïïnfers). La portion du Magne qui se dirige sur le Ténare 5sl un pêle-mêle de roches de marbre ou de porphyre lont les pointes portent des forteresses, des postes d'embuscade ou de résistance, des tours de défense ou de net; elle n'a point usurpé ses deux nonis de Mauvais
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Mont (Kakovouni) et de Mauvais Conseil (Kakovotili)^ car ses fils s'y consument depuis vingt siècles en guerres civiles, de village à village, de famille à famille : plus que la Corse même, c'est la terre des vengeances. Les Maïnotes vivent avec peine dans leur pays de pierre; et quand ils ne se guettent pas, le fusil à l'épaule, ou qu'ils ne piratent pas quelque peu dans les eaux de l'Archipel, ils êmigrent comme nos Limousins et vont ramasser un pécule dans les villes.
La Maïna elle-même est remplie de noms si visiblement slaves qu'ils frappent le plus ignorant, tant dans les environs de Sparte qu'autour de sa rivale Messène, la mère de Messine, la patrie du héros qui « poursuivait les Lacédémoniens à travers les champs de Sténiclaros et jusque sur le sommet des montagnes. » On y trouve des noms comme Tsernagora, Tsernitsa et même Krakova et Varsova; les monts y sont des gora^ les lacs des osero, tout comme dans l'empire qui va de la Baltique au Japon. Cela semblerait donner raison aux hommes qui croient à la presque disparition du vieil élément grec sur la terre dont il fit l'honneur. Où donc retrouver les Hellènes pur sang, s'ils n'existent même plus dans le Magne, c'est-à-dire dans une forteresse naturelle d'une puissance prodigieuse, dans un petit monde escarpé, sauvage, solitaire et fait de coupe-gorges, à l'extrémité la plus reculée d'une presqu'île extraordinairement bosselée, hachée, fissurée, où l'on n'entre que par un isthme étroit?
Les Grecs sont extrêmement intelligents, très-fins, très-subtils, habiles en paroles, libéraux en promesses, faits pour le trafic. Ils paraissent avoir plus de ressemblance avec leurs prédécesseurs du Bas-Empire qu'avec les hommes qui, d'Eschyle à Philopémen, furent les premiers des mortels. Mais ils ont trop de courage pour être ravalés au rang des Byzantins ; leur guerre moderne de l'indépendance ne le cède pas à la guerre de Marathon, Missolonghi dépasse les Thermopyles, et
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le premier tiers de notre siècle a vu périr plus d'^n léonidas dans les gorges de la Heilade: seulement ces héros morts pour la liberté de la Grèce n'étaient pas tous des Grecs; il y avait parmi eux de nombreux Albanais, des aventuriers de tout pays, des hommes de cœur, des enthousiastes, des « philhellènes » de toute nation et de toute langue, des « altérés et aflamès » dont le pluç grand fut le poète anglais Byron.
Ce ri*est plus comme artistes, comme poètes, philosophes ou savants que les Grecs l'emportent sur les autres hommes; mais ils sont restés, sinon des colonisateurs, du moins des marins et des commerçants trèsactifs. Leur souplesse, leur activité, leur persévérance, les mènent souvent à la fortune, et plus d'une fois par des sentiers obliques.
Comme les Juifs, comme les Arméniens, on les • trouve en Orient partout où il y a des fortunes à faire, mais ils sont plus universels que leurs rivaux en négoce : le fils de Jacob et l'Haïkane n'ont que le commerce pour élément, de la haute banque aux brocantages les plus bas. Le Grec, lui, n'est pas seulement trafiquant sur les rivages osmanlis, sur le Danube, à Odessa; il s'occupe de tout, il est médecin, professeur, interprète, ministre de la secte grecque, agent d'administration. Et partout il réussit par son esprit retors, son activité, son instinct de l'épargne. A Constantinople et dans toutes les grandes villes de la Méditerranée, à Marseille par exemple, il y a une aristocratie de Grecs puissamment riches.
Malgré tant d'activité, d'esprit, et en somme de puissance réelle, il ne semble pas que l'avenir promette aux Grecs l'importance à laquelle ils prétendent comme nation. Ils sont trop peu nombreux pour succéder aux Turcs dans le maniement de l'Orient, puisqu'on en compte trois millions et demi au plus contre huit millions de Slaves au moins.
Les Albanais sont un élément fort important dans la
Grèce moderne. On les évalue à 250 000, le cinquième des habitants du royaume. Plus énergiques que les Grecs, mais moins éveillés, ils ne conservent pas toujours leur langue et s'effacent comme nation.
L'immense majorité des Grecs appartient à la foi grecque.
villes. — Ni sur le continent ni dans les îles la Grèce n'a de ville de cent mille ou même seulement de cinquante mille âmes.
Athènes, avec les 11 000 habitants du Pirée, approche de 60000 habitants, mais, sans le Pirée, elle n'en a pas plus de 48 000. Pourquoi donc avoir bâti la capitale de la Grèce sur le sol sacré de la ville de Périclès, au dommage de la cité moderne comme des ruines du passé, dans le voisinage de deux ruisseaux qui tarissent pendant les chaleurs, tout grands qu'ils soient dans notre imagination sous les noms de Cephise et d'ilissus ? On eût dû la construire sur le bord même de la mer, sur le golfe d'Égine, au port du Pirée. Que sert d'étaler au pied du Parthénon le prodigieux néant de nos cités modernes? Devant des marbres impérissables, pourquoi dresser effrontément nos casernes, nos « palais, » nos baraques, tous ces édifices de plâtre dont la fausse gloire ne braVe pas les années. Nos villes sont des caravansérails : ce qu'il leur faut c'est la foule, le brouhaha, les magasins, le commerce, les camions, les usines; c'est le désert qu'on doit aux vieux portiques; aux tronçons de colonne, aux murs menaçants, aiix statues tombées. Rien n'attirait l'Athènes de nos jours près de l'Athènes d'autrefois, ni un fleuve, ni une baie, ni une plaine féconde, ni des montagnes minérales, ni un grand chemin du commerce, ni une citadelle imprenable. En tant qu'Athènes, sa place était au Pirée, et comme capitale de la Grèce, mieux eût valu Corinthe.
Patras (26 000 hab.), ville moréenne et port du golfe par lequel la petite mer de Corinthe s'ouvre sur les
eaux de Céphalonie et de Zante, tient le second rang dans le royaume, en population seulement, car pour le commerce, la seconde place, sinon la première, appartient à Tamphithéâtrale Hermoupolis (25 000hab.), dans Tile de Syra. Viennent ensuite deux lieux de commerce peuplés d'environ 20 000 âmes : Cor fou, dans l'île de Corfou; Zante, dans l'île de Zante.
Stmcture massive. Vaste étendne. — L^Asie, la plus massive des cinq parties du monde, est le tronc solide où s'attachent l'Afrique et l'Europe : l'Afrique, inférieure en taille, et l'Europe, cinq fois plus petite, mais supérieure par ses heureuses proportions, ses relations avec la mer, l'ensemble de ses climats et de ses peuples.
L'Asie est réunie à l'Afrique par l'isthme sablonneux de Suez, et séparée d'elle par la mer sans largeur comme sans profondeur qui va de Suez à Périm. De l'Oural au Caucase, elle n'est pas trés-nettement séparée de l'Europe, et celle-ci n'est, en somme, qu'une de ses presqu'îles.
Jadis, on le sait, l'Asie et l'Europe avaient entre elles un océan, mais alors l'une et l'autre étaient moins grandes qu'à l'heure présente, justement de l'étendue du lit que cette mer découvrit en se retirant. L'Europe alors finissait avec la Scandinavie, les Carpates et les Balkans, tan-
dis. que de l'autre côté des eaux salées, l'Asie se terminait avec les derniers contreforts occidentaux des montagnes de son immense massif central. Les nappes que nous appelons mer Baltique, mer Blanche, océan Glacial, mer Noire, mer Caspienne et mer d'Aral, faisaient partie, chacune à son bout, de ce grand bassin, et le pays qui semble à la veille de dominer l'univers, la plaine russe, dormait alors sous Tonde amère entre les immenses bastions du « Toit du monde » et les acropoles trois fois moins hautes de l'Europe. Et qui oserait dire que la patrie de nations grandes un jour ne se fait pas grain de sable à grain de sable, avec la patience du temps, tout près de nos frivolités, à quelques centaines de mètres au-dessous du sillage des vaisseaux ?
L'Asie renferme près de 4 milliards 500 millions d'hectares, quatre cinquièmes pour le tronc, le reste aux presqu'îles. C'est environ le tiers de la Terre sans les mers, près de cinq fois l'Europe, plus de cinq fois l'Océanie, et l'Afrique n'a que les deux tiers de cette surface, l'Amérique un peu plus des neuf dixièmes. La plus longue ligne tracée sur l'Asie, du détroit de Behring à Suez, dépasse 10 500 kilomètres : du nord aux pointes du sud, Jl y. en a 7000.
Ainsi l'Asie est la plus grande des cinq parties du monde ; c'est le continent par excellence, celui qui surgit le plus haut au-dessus des mers, celui qui a le dos le plus colossal. Aussi, malgré l'immensité de ses plaines basses, elle ne perdrait, grâce à ses prodigieux, plateaux, que les deux tiers environ de ses terres si l'Océan montait de mille mètres. En cela elle diffère de tout le reste du monde hormis l'Afrique : l'Europe a plus de plaines d'humble altitude qu'elle n'a de hauts plateaux et de montagnes; à l'intérieur elle ne dresse que deux ou trois grandes citadelles, et ses autres bastions se lèvent dans des presqu'îles secondaires ; l'Amérique n'est qu'une double plaine entre deux mers avec une arête fort puissante en hauteur, mais très-étroite et rejetée tout à fait à
l'ouest du continent; l'Océanie, si Ton peut^ ainsi dire, est le continent maritime ; l'Afrique seule est comme l'Asie une terre de hauts plateaux, mais avec des dimensions moins grandioses.
Que le voyageur arrive par le nord, l'ouest, le sud ou Test, la haute Asie, l'Asie du Plateau, lui sera toujours cachée par des montagnes énormes. S'il vient par le nord, par les steppes des Kirghises, élevés de 250 à 300 mètres seulement, ou par les steppes de Baraba et de Barnaoul, hauts à peine de 100 à 150 mètres, il voit se dresser devant lui l'Altaï, élevé de trois à quatre mille mètres. Si c'est par l'ouest, après avoir suivi les courtes vallées du littoral de l'Anatolie, il se trouve sur une haute plaine semée de lacs sans écoulement, et en poursuivant sa route à l'est, il descend vers les vallées plus basses arrosées par l'Euphrate et le Tigre; mais, cette dépression franchie, il gravit de nouveaux sommets, traverse les plateaux persans, et de steppe en steppe, il atteint le pied des âpres montagnes de l'Indou-Koh. S'il vient de Test, les pentes des belles vallées de la Chine le ramènent après mille détours en face des talus du Plateau. Et que dire de son admiration s'il arrive du sud, par rindus et le Gange, lorsqu'il voit tout à coup devant lui un mur de vingt-cinq à trente raille pieds, deux Monls- Blancs, trois Maladcttas, quatre à cinq Puys de Sancy?
Monts. Plateau central. — L'Oural est une chaîne, ou plutôt une succession de massifs séparés par de profondes dépressions. Long de 1 800 à 2 000 kilomètres, haut en moyenne de 1 000 mètres, de i 500 à 1 700 sur ses pics les plus élevés, il garantit mal l'Europe des frimas polaires apportés en Sibérie par les vents du nord et du nord-est. Étalé sur la marche de l'Europe et de l'Asie, il divise les eaux qui vont à l'asiatique Obi, de celles
qui courent à quatre lits européens, la Petchora, la Dvina , la Volga et l'Oural ; mais cette ligne de divorce est parfois si effacée qu'il suffit d'un coup de pioche, • d'une planche de barrage, d'une brouettée de terre, pour diriger au choix les eaux vers l'Europe ou l'Asie. Au nord l'Oural a des arbres chétifs, au centre c'est une des plus riches montagnes minières qu'on connaisse ; au sud il se cache sous des forêts profondes.
Le Caucase ressemble aux Pyrénées : il s'élève entre l'Europe et l'Asie, de mer à mer, très-abrupte, haut, déchiré en pics, entre deux climats et deux mondes; il va de la mer Noire à la mer Caspienne, sur une longueur d'au moins mille kilomètres. Isolé au nord et tombant de ce côté par une pente rapide sur les steppes plats de la Russie méridionale, il se lie au sud avec les montagnes qui couvrent l'Asie Mineure et TArménie. Son point culminant est l'Elbrous (5 660 mètres).
Les chaînons qui chargent l'Asie Mineure courent en tous sens dans une extrême confusion, entre la tiède Méditerranée, la fraîche mer Noire et l'ardente plaine du Tigre et de l'Euphrate. Ils portent différents noms, dus aux lieux, aux langues des peuples, au désordre de nomenclature commun chez les nations barbares, disloquées par conséquent, qui souvent donnent vingt appellations diverses à la même rivière ou à la même chaîne. Les Anciens nommaient Taurus ce vaste entrecroisement de montagnes.
Au sud du Taurus, le Liban, chaîne étroite, s'allonge entre les sables de la Syrie arabique, à laquelle il envoie des sources bientôt desséchées, et la Méditerranée, dont il est éloigné de quelques lieues parcourues par des torrents capricieux ou des ravins sans eau. 11 commence près de l'antique Antioche, court au sud, serre entre deux chaînons parallèles le bassin de l'anticfie Balbek ou Syrie Creuse, et finit sur la mer Morte. Par sa vallée du Jourdain, son lac de Tibériade, sa mer Morte, ses monts de Palestine, il revient à chaque ligne dans les livres reli-