A^IE
gieiix des Juifs et des chrétiens, et par sa côte phénicienne dans l'histoire du monde antique.
Les monts de l'Arménie, la plupart nus, monotones, glaiseux, impraticables après la pluie, durs et secs en été, laids et mêmes lugubres, mais pleins de belles sources, de torrents, de rivières qui se déploient en anneaux limpides, entrent par beaucoup de leurs pics dans la froide région des neiges éternelles ; leur maîtresse montagne, le Grand Ararat (5 171 mètres), est admirable de majesté. Aux chaînes arméniennes s'appuient celles de Perse : l'une, les monts Elbrous, longe de près le rivage méridional de la mer Caspienne et sépare cette mer des plaines salées et sablonneuses de l'Iran ; son premier pic, le volcan de Démavend, a 5628 mètres.
Malgré leur altitude, ces chaînes où plusieurs pics montent plus haut que les géants de notre Europe, ne sont, pour ainsi dire, que les bastions détachés de l'ancien continent ou plateau de l'Asie Centrale. L'indou-Koh et le Boloi* à l'ouest, l'Altaï au nord, les monts de la Chine à l'ouest, l'Himalaya au sud, portent cette acropole sillonnée à l'intérieur par le Karakoroum, le Kouen- Loun, les Thian-Chan ou Monts Célestes et d'autres chaînes très-peu connues. 11 est probable que l'Australie centrale, l'Afrique même, seront sues par cœur avant que les prodigieuses montagnes de l'Asie intérieure aient livré tous leurs secrets. Les monts de la Chine sont encore ignorés ; l'Altaï n*a guère de pics supérieurs à 3 000 mètres ; mais les Monts Célestes, le Bolor, le Kouen-Loun, le Karakoroum, l'Himalaya, saillissent en pics qui le cèdent rarement aux pointes les plus fières de la Cordillère des Andes, et qui souvent les dépassent.
Le roi des conteurs, Homère, a célébré deux héros, le divin Otos et l'illustre Ephialte, qui pour monter au ciel, tentèrent d'entasser sur l'Olympe l'Ossa, et sur la tête de l'Ossa le Pélion couvert de bois. Ils ne réussirent point, n'ayant encore que neuf ans d'âge et neuf aunes de taille, mais eussent-ils empilé l'une sur l'autre
les trois hautes montagnes thessaliennes, ils seraient encore restés à plus de 2 000 mètres au-dessous du pic majeur de l'Himalaya, pointe suprême de la Terre. Le monl Gaurisankar, auquel les Anglais, vainement nous l'espérons, essaient de ravir ce nom superbe pour l'appeler vulgairement TEverest, porte ses dernières glaces à près de 9 000 mètres, presque deux fois l'altitude du Mont- Blanc, 130 fois celle des tours de Notre-Dame à Paris : à cette hauteur, l'homme ne peut plus vivre, il respire à peine et perd le sang par les pores. Dans le Karakoroum, supérieur en altitude moyenne à l'Himalaya, et où nul col ne descend au-dessous de 5650 mètres, le Dapsang monte à 8 640 mètres; dans le Kouen-Loun, on ne connaît pas encore de pic atteignant 7 000 mètres. Ainsi l'Asie possède les cimes culminantes du monde, comme elle en possède le fond le plus bas, la mer Morte située à près de 400 mètres au-dessous du niveau des mers. Le glacier de Biafo a 56 kilomètres d'étendue, plus de deux fois la longueur du premier glacier des Alpes ; jusqu'à présent, c'est la plus vaste aire de glace qu'on ait vue hors des deux zones polaires.
L'Himalaya (Séjour des Neiges) commence dans le grand coude formé par l'indus en face des derniei's rameaux de rindou-Koh. 11 court vers l'est, entre les vallées du Tibet et les basses plaines àe l'indus et du Gange, sépare ce dernier fleuve de la rivière Jarou, qu'on sait être le haut Brahmapoutre ; il atteint ce courant puissant, s'y affaisse à pic, et renaît de l'auti^ côté de la colossale coupure que le torrent s'est creusée à plusieurs mille pieds de profondeur. Les trois ou quatre énormes cours d'eau qui fuient vers le sud en fertilisant l 'Indo-Chine ont aussi, à ce qu'on suppose, accompli le même travail héroïque, au moins l'un d'eux, le Mékong, français par ses embouchures.
L'une des chaînes indo-chinoises qui procède de THimalaya semble aller se souder à travers les flots à l'île de Sumatra, et avec elle à l'archipel de la Sonde, par le cap
Negrais et les écueils des Andaman et des Nicobar. En même temps qu*il atteint et franchit peut-être ainsi les eaux du sud, l'Himalaya projette des rameaux vers la Chine, et, réuni aux branches du Kouen-Loun, forme les rugosités de cet empire.
Les plateaux enchaînés dans ces montagnes sont en grande partie inconnus. Celui du Tibet, entre THimalaya et le Kouen-Loun, est le plus élevé de la Terre ; celui du Turkestan oriental, entre le Kouen-Loun et les monts Célestes, moins haut, moins froid, est le bassin du Tarim, qui se jette dans le Lob, lac sans écoulement; le plateau de Gobi, au nord -ouest, va des monts de Chine aux monts de Sibérie. A divers degrés , suivant leurs altitudes et leurs latitudes, ces trois plateaux luttent contre un climat froid, parfois glacial. Ils ont aussi tous les trois un même et terrible ennemi, la sécheresse. Ce n'est pas que les vents n'y soufflent, au contraire ils y crient souvent en longues tempêtes, mais ce sont des colères arides, des sifflements froids, des ouragans clairs déchaînés par les vents tombant de la montagne, et non par les « assembleurs de nuages » [qui viennent de la mer : ils secouent les misérables arbres tordus qui osent sortir du sein de ces terres barbares, ils soulèvent les sables, ils poussent les dunes, ils font tourbillonner quelques flocons de neige, mais ils ne portent pas la pluie, et avec la pluie la tiédeur et les frondaisons.
Deux grandes presqu'îles, l'Arabie et l'Inde, ont leurs montagnes à part.
L'Arabie a été peu parcourue par les Européens. Ce qu'on en sait, c'est que des montagnes, plus hautes au sud qu'au nord, et longeant la mer Rouge, puis l'océan Indien, y supportent des plateaux aussi secs que les plateaux de l'Asie intérieure, mais brûlés par le soleil au lieu d'être durcis par le froid.
Dans l'Inde, au sud de la dépression de Tlndus et du Gange, les monts Yindhyai, les Gates occidentales et les Gates orientales servent d'appui au plateau triangulaire
du Décan. Les Vindhyas traversent Tlnde d'une mer à l'autre, les Gates serrent de près TOcéan.
Les montagnes de l'Asie ne sont donc pas, comme celles de l'Europe, des massifs autour desquels rayonnent, dans une parfaite harmonie, des collines, des plaines, des vallées arrosées par des fleuves petits, mais bien réglés; ni, comme en Amérique, une interminable chaîne tantôt simple, tantôt renflée, jetant ses puissantes eaux vers des fleuves grandement embranchés. Elles forment, au contraire, un immense chaos de monts tr^s-élevés, portant de vastes hauts plateaux généralement sevrés des vents de la mer.
Climat. — L'Asie tourne vers l'océan Glacial, considéré comme tel jusqu'aux froides embouchures de l'Amour, un rivage presque égal à celui qu'elle présente aux brises tempérées du Pacifique ou aux chaudes haleines de la mer des Indes. L'Europe, elle, a sur l'océan Polaire deux fois moins de côtes que sur la mer Atlantique, tempérée par rinfluence du courant du Golfe, et trois fois moins que sur la Méditerranée, asile de la température la plus égale de l'Ancien Monde. Quant à l'Afrique, elle nage tout entière entre des mers chaudes et ne présente qu'une pointe aux brises de la mer polaire australe ; enfin, la plus grande masse de l'Amérique gravite autour d'une méditerranée plus chaude que la nôtre. L'Asie échappe en partie aux influences bénignes des grandes eaux par le rapprochement souvent étroit, quelquefois immédiat, de ses hautes montagnes avec la rive des océans : fait qui lui est commun avec l'Afrique, l'Australie et une partie des deux Amériques, et qui la distingue essentiellement de* l'Europe, où les montagnes sont plus souvent des massifs intérieurs que des rebords de plateaux. ^
L'Asie est située presque. tout entière dans la zone
GéOfi. RECLUS. — I. 26
tempérée, à l'inverse de l'Afrique, de rAmérique du Sud, de rOcéanie, assises dans la zone torride. Elle n'a dans cette dernière zone que le septième de ses terres, et, n'atteignant pas l'Equateur, elle touche au contraire la zone polaire boréale où eUe a le dix-septième de son sol. De là le climat hyperboréen des plaines sans fin de la Sibérie, tandis que, de l'Inde à la Méditerranée, des vents venus de la brûlante Afrique augmentent la torridité des régions sur lesquelles ils soufflent.
Réglons diverses. — Entrons en Asie avec l'ensemble de biens et de maux, de levains de force et de levains de faiblesse qui a pour nom la civilisation, à travers cette large Russie déjà à demi asiatique, par la grande route de Moscou à Pékin.
Sibérie. Touran, pays de V Amour. — L'Oural franchi, on descend dans une plaine indéfinie, ouverte au nord, fermée au midi, habitable dans les vallées du sud, et déserte, pour toujours sans doute, dans les espaces du haut Nord, qui ne sont que mousses, tourbes et fondrières glacées. Trois fleuves immenses y coulent silencieusement vers l'océan Polaire, à travers de vastes marais et des bois de plus en plus malingres à mesure qu'ils approchent des rives de la mer Glaciale où il n'y a d'autres arbres que les troncs de dérive amenés par la mer ellemême. Cette vaste contrée, qui fait le quart de l'Asie, renferme au nord des tribus de nomades, et dans le sud des Russes qui peu à peu s'étendi*ont sur toutes les vallées que la dureté du climat n'a pas condamnées à l'éternelle stérilité. Cette région, la Sibérie, communique à l'ouest par une ample ouverture, à l'est par d'étroits défilés, avec deux contrées qui lui sont supérieures, bien qu'elles aient encore^ §e plaindre de la rigueur de leur ciel,
La région de Touest est celle de la mer Caspienne et du
lac d*AraI, le steppe des Kirghises au nord, la plaine et les vallées du Touran au sud : située en partie au-dessous du niveau de la mer, elle est plate, ouverte à des vents infatigables, riche en plantes salines venant à foison sur un sol jadis couvert par deux mers insensiblement diminuées. Hors de la portée des irrigations, elle eSt faite pour des peuples de cavaliers, déplaçant suivant la saison leurs tentes vers les pâturages de l'été ou vers les campements de l'hiver ; mais en remontant ses deux rivières, la Sir, jadis laxarte, et TAmou, jadis Oxus, on arrive dans de vrais paradis, dans des vallées de sol créateur, de ciel aimable, d'air ému par le zéphir et non fouaillé par l'ouragan; et ces campagnes admirables braveraient un immense été parce qu'elles ont un immense hiver sur les monts géants de l'horizon, et que de cet hiver jaillissent de grands torrents qui portent avec eux une fraîcheur éternelle. Si les savants ont vu clair dans les vieilles ténèbres de nos origines ; avec d'aussi faibles assises que celles des traditions antiques et de la comparaison des langues, s'ils ont construit solidement l'édifice qu'ils nomment l'histoire des premiers Aryens, nous devons croire que nos pères vécurent ou passèrent dans cette contrée. Le Touran serait alors une des patries, sinon la seule patrie des peuples aryens : dans un passé crépusculaire, nos ancêtres (pour beaucoup ^'entre nous ce ne sont que les auteurs de nos langages) y auraient mené une vie de pasteurs et de guerriers, aussi bien les aïeux des Indous ou des Persans, que ceux des Grecs, des Latins, des Celtes, des Kymris, des Germains et des Slaves. Mais pour que nos pères aient habité le Touran, du moins le Touran des plaines, il faut qu'alors il ait eu plus de fraîcheur et de fécondité que de nos jours avec ses sables altérés, ses vents dressant des dunes, ses froids durs et ses chaleurs cuisantes.
La région orientale à la Sibérie est le bassin de l'Amour, protégé du nord, ouvert au nord-est sous un climat très-froid, mais encore tolérable. Là, à quelques lieues de
plaines polaires où Thomme périrait de faim sans le renne, il y a place pour des millions d'Européens, au pied de versants noirs de forêts habités par le tigre et la panthère à longs poils. Par là plus que par la voie de mer, J'Europe nouera des relations avec la Chine.
Japon , Chine, — A Torient de cette terre nouvellement ouverte, et séparée d'elle par une mer presque intérieure, s'étend le vaste archipel du Japon, montueux, bien arrosé, riche de son climat insulaire, froid au nord, assez chaud au midi pour l'oranger. Muni de beaux ports, habité pat Une race imitante, intelligente et flexible, l'empire du Japon est la Grande-Bretagne de l'Asie.
La Chine, adossée à de hautes montagnes qui lui versent à profusion des rivières superbes, développe 800 lieues de côtes sur l'océan Pacifique dont elle aspire par tous ses pores les fécondes vapeurs. Protégée des vents du Grand Plateau par les innombrables aspérités de ses monts, elle est baignée vers son milieu d'une voluptueuse atmosphère; elle est fraîche et même froide au nord, mais sans excès, tiède au sud, mais non torride ; elle réunit ainsi tous les climats intermédiaires enti^e le trop chaud et le trop froid, et, par une conséquence toute naturelle, elle nourrit toutes les plantes coirespondantes, puisque la végétation est la fille des forces du sol et des puissances de l'air. Les Chinois ont calomnié leur patrie quand ils l'ont appelée l'empire des fleurs ; ils n'ont dit que la moitié de la vérité, c'est aussi l'empire des fruits. Ainsi placée sur une terre généreuse, sous un climat modéré, la Chine devait créer un peuple nombreux, policé, puissant. Des millions d'hommes y vivaient déjà dans des villes opulentes quand notre fière Europe n'était encore qu'une forêt marécageuse avec des sauvages armés de haches de silex; ils y formaient une société réglée par des lois, plus insti'uits dans ces temps reculés que nous au quinzième siècle ; et s'ils étaient moins ambitieux, moins conquérants et administrateurs
que les Romains et moins beaux diseuj*s que les Grecs, ils avaient beaucoup plus d'industrie que ces deux premiers peuples de l'histoire. 450 à 500 raillions d'hommes, le tiers de notre race, grouillent aujourd'hui dans le Céleste Empire, parlant des dialectes de la même langue, professant en général une morale pratique plutôt qu'une religion véritable, tous également aptes au commerce, à l'agriculture sage et patiente, à l'industrie, aux arts d'imitation. Si depuis des siècles nombreux, ils restent obstinément sur place, sans rien inventer, sans rien faire de nouveau, de noble et de grand, il ne faut l'attribuer ni à leur sol, ni à leur ciel, ni à de cruels malheurs, mais à leur écriture qui demande vingt ans pour être connue, à une docilité de caractère qui leur fait regarder la routine comme la première des vertus, enfin et surtout à ce que la Chine est la patrie de l'égoïsme transcendental.
Indcj Indo-Chine. — Au midi de l'Asie, deux grandes presqu'îles très-fécondes et remplies de peuples s'effilent vers le sud, somptueux contraste avec la Sibérie, pauvre et presque vide, qui s'élargit vers le nord. L'une est l'Inde, l'autre est l'Indo-Chine.
La beauté de l'Inde fut de toute antiquité proverbiale. Les latitudes de cette péninsule en auraient pu faire un pays torride, et le voyageur qui y pénètre par les bouches de rindus pourrait le* craindre à la vue du désert de Thour, voisin du delta de ce fleuve ; mais des pics, des frontons, des coupoles d'argent de l'Himalaya, la fraîcheur, mère de la fécondité, descend par mille courants dans l'air, et sur la terre par des rivières intarissables qui donnent à l'indus, au Gange et au Brahmapoutre assez de flots toujours coulants pour désaltérer des plaines immenses. Au sud du pays bas où courent les canaux et les affluents du Gange, le sol élevé du Décan, les forêts des Yindhyas et des Gates, les moussons, les vents du large et la mer qui enceint le plateau changent en un séjour presque tempéré, littoral non compris, une vaste
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région qui sans tout cela languirait par trop de soleil. L*Inde, en somme, est brûlante, mais si bien arrosée que les ardeurs du jour tirent de son sein les plus belles des plantes.
Une terre aussi privilégiée fut peuplée de bonne heure; les plus anciennes traditions nous la représentent déjà comme regorgeant de richesses. Près d'un petit fleuve bourbeux, au-dessus de campagnes vides peut-être jusqu'à l'horizon, il n'y avait encore que des herbes et des cailloux sur les sept collines qui furent plus tard l'assise de la Ville Éternelle, lorsque déjà l'Inde aurait pu remplir un large panthéon des statues de ses héros, de ses législateurs, de ses sages et de ses poètes. Aujourd'hui il y a bien des siècles que le génie indou a replié ses ailes, et cette contrée magnifique où vit le sixième des hommes obéit à une nation de fabricants et de marchands campée dans deux îles au nord-ouest de TEurope.
Le nom seul d'Indo-Chine vaut toute une description : rindo-Chine est un pays de transition entre l'Inde et le Céleste Empire, pour les langues et les races comme pour le climat et les plantes; seulement, à mesure qu'on marche vers l'Orient, de Siam au Tonquin, la nature chinoise domine de plus en plus. La prise de possession de la Cochinchine par la France donne pour nous à cette région une importance nouvelle.
Arabie. — Une troisième presqu'île, l'Arabie, fait front sur trois mers chaudes ; les vents du nord ne l'atteignent qu'après s'être desséchés sur les sables de la Babylonie, ceux de l'Afrique la frappent sans avoir été rafraîchis par la mer Rouge et la mer des Indes. L'Arabie est une Afrique torride liée à l'Asie. La race qui s'y forma s'est répandue au loin, portant avec elle des instincts nomades, et les Arabes ne se sont fixés au sol qu'en de rares districts : ils ne sont encore que campés, pour ainsi dire, dans la Berbérie, qu'ils occupent pourtant depuis huit cents années, et sur une portion de l'Arabie elle-même, qu'ils habitent
depuis avant l'histoire. C'est de cette famille de l'humanité que sortirent trois des principales religions : l'une, de l'Arabie elle-même, par Mahomet; les deux autres, celles de Moïse et celle du Christ, du sein de la petite nation juive, sœur du peuple arabe. A la première de ces trois révélations se rattache la haute fortune de la race. A peine le Prophète avait-il fermé les yeux que ses compatriotes coururent en aniies par tout pays pour faire des mahométans du reste des hommes; ils conquirent seuls d'abord, puis aidés de néophytes (notamment de Persans et de Berbères), l'Asie jusqu'aux îles de la Sonde, domptèrent l'Asie grecque, l'Egypte, l'Afrique jusqu'à Tanger,: la Sicile, Malte, l'Italie méridionale, les Baléares, l'ibérie, le sud de la France. Leurs chevaux burent les flots dé la Loire, de Ja Saône supérieure, du Danube, et Sidi-Okba, l'un des héros de cette épopée, arrivé au bord de l'Océan marocain, lança son coursier dans les flots, pour témoigner qu'il avait atteint les limites de la Terre. Cependant, même à cette époque de gloire, ils ne montrèrent qu'un génie incomplet. Dans leurs écoles fameuses de Cordoue, de Fez, de Bagdad, dont les professeurs étaient peut-être plus souvent des Eraniens et des Maures que des Arabes, ils enseignèrent moins la philosophie et le droit que la théologie, l'astronomie que l'astrologie, et leurs plus beaux livres de médecine, de sciences physiques, d'histoire naturelle, n'étaient guère que des paraphrases de la « sagesse » antique.
Asie Mineure. Éran. — Le plateau de l'Asie Mineure comprend deux régions distinctes : l'Asie Mineure propre, l'Eran ou Perse.
L'Asie Mineure propre est de toutes les contrées du Globe celle que baignent le plus de mers : à l'ouest, la Méditerranée, l'Archipel, la mer de Marmara ; au nord, la mer Noire; à l'est, la mer Caspienne; au sud, la mer Bouge et le golfe Persique. Parmi ces mers, celles du nord lui apportent des brises fraîches, celles du sud des
vents de feu, celles de Touest des brises tempérées. Ces vents divers et la structure du terrain, sillonné au nord par des monts qui se mêlent comme les mailles d'un filet, au midi par la seule chaîne du Liban, étroite et courte, créent dans l'Asie Mineure des pays distincts. Au sud, c'est la plaine elliptique du Tigre et de l'Euphrate, , l'anciemie Assyrie et Babylonie, patrie de grands empires, terre aujourd'hui presque aride sur laquelle empiètent les sables d'Arabie, mais fertile autrefois et pouvant le redevenir à un très-haut degré par les dérivations de ses fleuves ; à l'ouest de cette plaine, c'est le Liban, avec la dépression de la mer Morte ; entre l'Euphrate et le Liban chauffent les sables de* l'Arabie septentrionale; au nord enfin s'étend la véritable Asie Mineure, celle que colonisa la Grèce.
Le plateau de l'Eran, entouré de monts trés-élevés qui lui enlèvent également les nuées de la Caspiemie et du golfe Persique, est une région de peu ou peint de pluie, de climat froid dans le mont, âpre et venteux sur les plaines. Plateaux sablonneux ou salins, coteaux ou chaînons jetés au hasard sur le steppe, pas d'arbres, tel est l'Eran. Autrefois peuplé par une race conquérante, parente ^e la nôtre à son origine, mais fortement mélangée depuis de familles arabes et turques, l'Er^^n est retiré, caché, oublié entre ses courtines de montagnes.
Asie Centrale. — Reste le centre de l'Asie, les terres intérieures, durement rudoyées par un climat continental. Quelquefois sédentaires, communément nomades, des tribus turques ou mongoles habitent avec leure troupeaux ces tristes régions, désertes hors des vallons irrigables. L'Asie Centrale compte dans l'histoire. Sa pauvreté fit sa puissance, comme la force de l'Angleterre est venue de l'indigence des habitants de ses villes et de la mortelle misère des campagnards irlandais. Fuyant une patrie marâtre, des centaines, des milliers, des millions même de transfuges ont avec le temps semé de nouvelles Angle-
terres dans les pays transatlantiques; endurcies dans leur lutte contre un sol barbare sous un climat affreux, les nations de TAsie centrale ont aussi débordé sur le monde, soit qu'un conquérant chassât l'une d'elles de ses pâturages, soit que la stérile terre natale ne fût plus capable de les contenir toutes. Seulement ces émigrations n'avaient rien de pacifnjiue comme chez lès Anglais : au lieu de familles cherchant à gagner le pain de chaque jour au-delà des mers, c'était un peuple de cavaliers laissant derrière ses escadrons des villes enflammées. Depuis plusieurs milliers d'années, mais surtout vers la fin de la puissance romaine, et dans les derniers siècles du moyen âge, des conquérants sans entrailles sont maintes fois descendus de ces terres élevées, heurtant les peuples devant eux, si bien que, par une suite de chocs, les nations se poussaient l'une sur l'autre, des créneaux de l'Asie Centrale jusqu'au delà des Colonnes d'Hercule, en Touranie, en Slavie, en Hongrie, en Allemagne, en France, en Angleterre, en Italie, en Espagne, et jusqu'en Berbérie. Et ce n'est pas sur le seul Occident que les hommes du Grand Plateau ont lancé leurs hordes, mais aussi sur l'Orient, sur l'Inde, conquise par les Mongols, sur la Chine, soumise par Gengis-Khan en 1200, par.^ des Mantchous au dix -septième siècle. On n'oubliera jamais Timour le Boiteux, qui couvrit de charniers une moitié de l'Asie. Mais aujourd'hui ces nations ne sont plus ni grandes, ni aggressives, ni féroces, et la fameuse Muraille que la Chine avait dressée contre elles s'effondre sans péril pour les Chinois.
Loin d'envahir comme jadis, l'Asie est tracassée par des étrangers. La Russie la presse au nord par ses Cosa- .ques et ses colons; l'Angleterre domine dans le sud, mais elle ne peut faire souche dans l'Inde et elle est trop fière pour y mêler sa race avec des familles inférieures. La France domine le delta cochinchinois et remonte le Mékong et le Sonkoï ou Hong-Kiang. La Californie, l'Orégon, la Colombie, se peuplent d'Européens
et parlent de très-haut à la Chine et au Japon, tandis (fUe, au sud des deux grandes presqu'îles jumelles de Tlnde et de rindo-Chine, un jeune essaim de peuples ambitieux bourdonne sur la plage australienne.
Nombre d'habitants. Religions. — L'Asie prend au
Globe 4 milliards 480 millions d'hectares, le tiers des terres, quatre-vingt-trois fois la France. Sur les i 400 millions d'habitants du monde, elle en renferme presque les trois cinquièmes, 800 raillions : vingt et une fois la France. Elle est dpnc proportionnellement quatre fois moins pleine que notre territoire. Sa population, fort mal répartie, est extrêmement clair-semée dans le nord, le centre et les déserts de l'ouest ; elle est d'une densité peu commune dans presque toute la Chine et dans de vastes districts de l'Inde.
Les trois cinquièmes des Asiatiques appartiennent à la race dite jaune ou mongole, le reste, sauf quelques Noirs, à la race blanche, tantôt pure, tantôt mêlée.
Les religions sont nombreuses. On ne compte guère . que deux millions de juifs, et peut-être quinze millions de chrétiens, dans les pays russes, en Asie Mineure, dans les colonies européennes et dans les missions catholiques ou protestantes (spécialement en Chine et dans le Tonquin). Les musulmans, répandus par peuples compactes ou par îlots et traînées, de Gonstantinople aux montagnes de la Chine, sont beaucoup plus nombreux que les chrétiens, mais bien moins que les bouddhistes et les partisans des autres religions étrangères à la révélation arabe ou juive. En somme, le cinquième au plus des Asia-. tiques se réclame du Dieu des monothéistes.
SIfiÉRIE. 411
Yermak. Sibir, la Sibérie. — Les possessions russeS
en Asie comprennent deux pays distincts, la Sibérie avec sesnouvelleé acquisitions, Amour, Turkestan, Dzoungarie; et la Transcaucasie : ensemble 1 635 millions d'hectares, avec plus de 13 millions d'hommes.
Yers la fin du xvi« siècle, la Russie, à peine affranchie des Tatares, eut son François Pizarre ou son Fernand Cortez, comme cinquante ans auparavant l'Espagne à peine délivrée des Maures. Un Cosaque du Don, le chef de brigands Yermak Timoféief, chassé des forêts, des marais et des îles de la Yolga par l'empereur Ivan le Terrible, se sauva dans les monts Oural avec quelques centaines de routiers cosaques. Puis, sortant des gorges de là montagne avec environ 2 000 aventuriers , il marcha vers Test, dispersa des ennemis et leur enleva Sibir, ville tatare et musulmane. Et alors, voulant entrer en grâce auprès de son tsar, il lui offrit sa conquête « pour tout le temps qu'il plairait à Dieu de laisser subsister ce bas monde. »
Cette ville de Sibir disparut pour faire place à Tobolsk, bâtie à quatre lieues de là par les Russes, sur l'Irtych ; mais si cette ancienne, et sans doute modeste capitale a perdu son nom, ce nom même est devenu, par les progrès de la conquête slave, celui d'un pays extraordinairement vaste, de la Sibérie, que plus exactement nous devrions appeler Sibirie.
La Sibérie, augmentée par l'annexion récente du pays de l'Amour, du littoral de la mer japonaise et de l'île de Saghalien, a 1 250 millions d'hectares et trois millions et demi d'habitants. Elle embrasse un demi-cirque de plaines ouvertes au nord sur l'océan Glacial, fermées à Touest
par l'Oural, à l'est et au sud par des montagnes élevées. Cet océan Glacial , miHe fois digne de son nom, cache ses eaux verdâtres sous des glaces flottantes et sous des champs de gjace fixe d'une colossale étendue; les banquises mêmes de l'Amérique boréale tiennent moins d'espace, elles dont les explorateurs hasardés vers l'extrême Nord sur des traîneaux attelés de chiens ont maintes fois sondé du regard pendant des semaines l'immuable et décourageant recul d'horizon.
Oaral. Altaï. Monts Kamtehadales. — L'Oural tire
une grande importance de ses mines d'or, de cuivre, de fer et de platine. 11 fut peut-être la patrie, en tout cas un lieu de campement des Tchoudes ou Finnois qui peuplaient l'Europe orientale antérieurement à toute histoire. De ses derniers renflements méridionaux aux flots du lac Gaspien et aux monts de l'Asie centrale, il n'y a point de montagnes, pas même de collines un peu élevées pour séparer les plates étendues de la Sibérie de celles du Touran : ce vide entre l'Oural et la mer Gaspienne a été nommé par des historiens la Grande Porte des PeupleSy en souvenir des migrations qui de tout temps entrèrent par cette entaille en Europe.
L'Altaï, puis les monts de la Daourie, les Jablonoî (monts des Pommiers) et les Stanovoï terminent au sud et à l'est les plaines que l'Oural borne à l'ouest, et que l'océan Glacial ourle au nord. Riche en mines conmie l'Oural, patrie comme lui de races indigènes, lieu des sources des puissantes rivières sibériennes, l'Altaï est l'asile des vallées les plus fertiles du pays et les mieux abritées contre le Nord. On lui donne pour pics culminants le Mounkou-Sardyk (3 490 mètres) et le Bielouklia (3 352 mètres). La ligne des neiges éternelles y oscillerait, sous le 51« degré, entre 2 700 et 2 600 mètres d'altitude. La partie occidentale de cette grande chaîne, beaucoup plus belle que l'orientale, est faite de porphyres, de granits, de calcaires, de champs de neige et de glace; la partie
es
orientale, schisteuse et glaiseuse, s'étend en « hautes fagnes » comme nos Ardennes.
Dans la presqu'île du Kamtchatka s'élèvent des volcans magnifiques, tel que le Klioutchev, aussi haut que le Mont-Blanc à six mètres près. Sur cette péninsule qui pénètre dans la mer comme un fer de lance, flambent ou fument treize autres volcans se rattachant à deux traînées d'îles qui vomissent aussi du feu : à là traînée des Kouriles qui va, par une dizaine de cratères éveillés ou dormants, rejoindre les volcans japonais; et à la traînée des Aléoutiennes dont les îles, portant plus de trente montagnes en ignition, sont comme les piles d'un pont prodigieux qui mènerait d'Asie en Amérique, de la presqu'île du Kamtchatka, terre russe, à la presqu'île d'Aliaska, qui fut russe; mais aujourd'hui elle est yankee, de même que les Aléoutiennes, depuis une vente faite par le tsar aux Américains. Quand aux Kouriles, la Russie les a cédées au Japon, en échange des droits que les Japonais avaient sur l'île de Saghalicn.
Fleuves : Obi. léniséï. Lena. Amour. — Du pied des hautes montagnes du sud coulent vers la mer du nord des fleuves grands parmi les plus grands, fleuves qui ne sont violents et rapides que dans le pays de leurs sources. Sortis de la montagne, ils ont perdu toute véhémence el promènent paisiblement leurs larges eaux entre des rives plates et des rideaux de forêts, puis ils coulent dans les toundras silencieuses, marais sans arbres, presque toujours gelés.
Obi. — L'Obi a pour véritable tête l'Irtych, rivière pure sensiblement plus longue que le Danube. L'Irtych relève à la fois de l'Altaï par ses sources et de l'Oural par ses affluents ; dans la montagne il traverse le lac Dsaïsang, el dans la plaine baigne l'ancienne capitale de la Sibérie, Tobolsk. La plupart des rivières qui le composent, ainsi que celles qui forment l'Obi, serpentent dans des steppes trop souvent dévorés presqu'aussitôt que léchés par l'incendie.
Sur un sol pauvre en humidité, sous des cieux pauwes en pluies, il y a dans l'année de longues périodes où l'herbe desséchée est prête à flamber jusqu'à l'horizon. Qu'on dresse un feu, même des plus petits, à la lisière de ces champs combustibles, si l'on s'éloigne sans l'éteindre et que le vent donne des ailes aux premières langues de flamme, la prairie s'allume, et bientôt elle brûle aux qua-
si eppe. sibérien.
tre coins. Les animaux les plus rapides n'échappent pas toujours aux vagues ardentes qui tantôt les cernent de tous côtés, tantôt arrivent sur eux avec une vitesse supérieure à tous les bonds, car dans ces sortes de catastrophes, il Éfrrive que l'air, violemment agité (en tous sens par les divers appels de l'immense brasier, prend la
capricieuse impétuosité des plus terribles ouragans. L'homme lui-même est parfois la proie de ces incendies allumés peut-être au loin par un frère ou par un ami : des hameaux subitement enfermés dans le cercle des flammes ne laissent d'eux que des cendi^es où sont confondues quelques pincées de poussière humaine. On a vu des flamboiements de prairie s'étendre sur plus de cent kilomètres et dévorer jusqu'à deux cents hommes et des milliers de bestiaux.
L'Obi proprement dit quitte là montagne à Barnaoul ; et en ce point, que 1 800 kilomètres en ligne droite séparent de l'embouchure, il n'est déjà qu'à 125 mètres d'altitude. Son cours dépasse 4000 kilomètres; sa largeur en grande crue atteint quarante kilomètres : alors c'est un lac qui marche, en roulant dans ses flots, mêlés de sable et d'argile, plus de troncs déracinés qu'il n'en faudrait dresser côte à côte pour faire une grande forêt. Son bassin approche de 350 millions d'hectares, sept fois la France. Il tombe en mer presque vis-à-vis de la Nouvelle-Zemble, double grande île allongée ayant des baies poissonneuses, une épine dorsale de niontagnes, quelques lacs, des mousses, de petits bouleaux, des ours blancs et des rennes.
léniséî, Baïkaly Angara. — Entre Krasnojarsk et léniseïsk, où il n'est plus même à 100 mètres d'altitude l'iéniséï fait comme l'Obi : il impose son nom à une rivière plus longue et plus puissante que lui, à l'Angara, née dans le plateau de Mongolie, sous le nom de Sélenga. La Sélenga sort d'un lac situé à 1 575 mètres audessus des mers, et l'un de ses affluents baigne de ses eaux naissantes le site de Karakoroum, l'antique résidence de Gengis-Khan. Karakoroum n'a point laissé de traces. Cette caserne principale d'une immense cavalerie mongole et tatare (car l'armée de Gengis-Khan n'était guère qu*un rassemblement de hordes à cheval) fut sans doute une ville de terre entourée de tentes mobiles, une de ces grandes
GÉOG. RECLUS. — I.
Goçgle
bourgades mal faites, dont après quelques siècles, parfois après quelques années on peut déjà dire : Etiam periere ruinas l k l'altitude de 500 mètres, la Sélenga s*amortit dans le Baïkal, qui est le lac des Quatre Cantons de l'Asie ; seulement, au lieu de quelque^ milliers d'hectares comme le fameux Yierwaldslaettersee de la Suisse, le Baïkal a 3 600 000 hectares, l'étendue de six départements français, 600 kilomètres de long, 60 à 1 00 de large, et 1 400 mètres de creux, plus qu'aucun autre lac de la Terre. Cette nappe d'eau bleue et vive, entourée de montagnes qui ont leurs têtes dans la neige éternelle, se gonfle souvent et se démène comme la mer. La rivière qui s'en échappe est précisément la belle Angara, le froid cristal où se baigne Irkoutsk. De la source de la Sélenga à l'océan Glacial, il y a bien 5 000 kilomètres, détours compris. Quant au bassin de l'Angara-Iéniséï, il contient près de 500 millions d'hectares.
La Lena commence à 591 mètres d'altitude, dans les montagnes qui plongent sur la rive occidentale du Baïkal, à quelques kilomètres seulement de ce lac. Ce fleuve, auquel manque seul un climat meilleur, déroule avec majesté ses replis vers le nord-est, puis vers le nord-ouest. Froid, pur, paisible, peu ridé par les vents, point sali par les villes, il coule solitairement dans une vallée profonde entre des collines qui ont à leur pied des prairies, sur leur flanc des rochers, sur leur plateau des forêts ; et, k de longues distances, il passe devant les maisons de bois des bourgades russes, au sein d'un pays qui jadis appartenait à deux nations aujourd'hui mourantes : dans le nofd aux Jakoutes, gens de langue turque, dans le sud aux Tongouses , qui parlent un idiome très-rapproché da mantchou, 11 arrose Jakoutsk, et se jette par un delta dans la mer Glaciale, presque en face des îles Liakov, ou Nouvelle - Sibérie , archipel inhabitable, qui fut plein de vie dans une ère antéhistorique, comme le témoignent des fossiles sans nombre de mammouths, de buffles,^ de rhinocéros. La Lena, à peine moins longue que
Bords de l'Amoiu'.
4^20 (.KOGUAPUÏE.
l'Obi et riéniséi, égoutte environ 200 millions d'hectares.
Amour. — L'Amour n'appartient à la Russie dans son cours moyen et à son embouchure que depuis vingt années à peine. En mettant la main sur ce fleuve immense, les Russes n'ont fait que reprendre ce qu'ils avaient conquis, ou du moins parcouru en partie dès le dernier quart du seizième siècle. A cette époque déjà, les Cosaques avaient descendu l'Amour, portant jusqu'aux Chinois le nom russe encore presque inconnu de l'Europe. Mais, peu nombreux, et point secourus, ils durent abandonner leur forteresse d'Albasine et reculer au loin devant les soldats chinois jusque dans les montagnes qui sont l'alambic de l'Amour, de la Lena et de l'Angara.
L'Amour, passant dans un pays où se rencontrent plusieurs peuples, porte à cause de cela plusieurs noms : les Mantchoux l'appellent Saghalien-Oula ou l'Eau Noire, les Mongols Kara-Touran ou Fleuve Brun. Quant aux Chinois, ils lui ont donné en trois monosyllabes la fantastique désignation de Dragon Noir.
Il est constitué par l'Argoun, venu des steppes mongols, et la Cliilka, alimentée par les montagnes métalliques et aurifères de Nertchinsk. Large, dès ce confluent, de 400 à 500 mètres, il coule dans une vallée déserte dont les sites sublimes n'ont pour admirateurs que les employés , les soldats, les colons, rares encore, qui suivent le cours des eaux sur les bateaux à vapeur russes. Après avoir reçu la Kumara, l'impétueuse Séja, la claire Bouréîa, il scie les Dous-Uin, monts granitiques enveloppés de bois; puis il rencontre le Soungari, qui a recueilli les sources de la Mantcliourie. Celui-ci vient de moins loin, et au confluent, il faudrait près de deux Soungari bout à bout pour faire une rivière aussi longue que l'Amour, mais il semble que le Soungari traîne plus d'eau : ainsi qu'en aval de toutes les rencontres de rivières diversement colorées, on distingue ici parfaitement les deux rivaux dans le lit commun; or l'Amour, aiTivé rapide
et brun, mais clair, laisse les trois quarts du canal au tranquille Soungari auquel des eaux blanchâtres ont valu ce nom, qui signifie en mantchou la Rivière Laiteuse. Devenu dès lors l'un des premiers fleuves du monde, mais un fleuve encombré de bancs de sable et plein de seuils sans profondeur, l'Amour s'agrandit encore par l'accession du rapide Oussouri, tourne vers le nord et va se perdre dans le détroit qui sépare le continent de la grande île de Saghalien. C'est un malheur pour le fleuve que cette dernière direction de sa vallée : s'il continuait à descendre vers le sud-est, comme du confluent de l'Argoun et de la Chilka à l'alliance avec le Soungari, il irait tomber dans une mer généralement libre, au lieu de s'ouvrir sur des flots glacés pendant la plus grande partie de l'année. De l'origine de la Chilka à l'embouchure de l'Amour, le fleuve a presque la longueur de l'Obi, de riéniséï ou de la Lena; l'étendue du bassin approche de 200 millions d'hectares.
Climat. — La Sibérie est un pays extraordinairement froid : on y a constaté des températures de soixante degrés au-dessous de la glace fondante. Le climat y empire également du sud au nord et de l'ouest à l'est ; sans doute les vallées méridionales, d'où viennent les fleuves sibériens, ont une altitude supérieure à celle des plaines du nord, mais cette plus grande hauteur de sol n'est pas assez considérable pour transporter dans le midi du pays le froid terrible qui en maltraite le nord.
Dans le haut septentrion, sur le bas Obi, le bas léniséï, la basse Lena, et sur des fleuves côtiers, qui, petits en Sibérie, seraient chez nous des Loires pour le moins, s'étendent les toundras, mousses, lichens et marais, déplorable désert où la mort règne avec le froid. Sur ces plaines, blanches l'hiver, et en été d'une couleur tirant sur le gris olivâtre, quelques bannis polonais ou russes, quelques sauvages se défendent contre la nature. A moitié chemin de la mer aux monts, le ciel, plus clément, per-
met à la terre, qui est bonne, de produire des moissons, d'élever des troupeaux, de porter des bourgades russes, et d'année en année les Slaves y gagnent sur les Osliakes, les Tongouses, les Jakoutes, peuplades condamnées. Au sud enfin, dans le haut des fleuves, les admirables vallées de « l'Italie sibérienne » n'attendent plus que des colons pour se couvrir d'heureux villages.
A l'est, le Kamtchatka, malgré sa position insulaire et malgré ses volcans, grelotte au milieu des neiges, et comme lui la plage de la mer d'Okhotsk. Au sud-est, les rives du moyen Amour ont quelque avenir devant elles. Ce n'est point le tigre sanguinaire des profondes forêts amouriennes qui empêchera les paysans slaves de défricher la région moyenne du fleuve, les bassins des rivières nées dans les Jablonoï ou les Stanovoï , et les gorges des petits fleuves qui courent à la mer du Japon. Ce n'est pas non plus l'ours colossal qu'on voit grimper au sommet des poteaux télégraphiques plantés dans ces déserts, déçu par les susurrements de l'air qu'il prend pour des bourdonnements d'abeilles. Si l'établissement de ce pays marche avec lenteur, la vraie cause est l'énorme éloignenient de la source des hommes, qui pour cette région, voisine des Chinois, est la Russie, voisine des Allemands : tel paysan moscovite a perdu trois années en route, de son vieux village d'Europe à son nouveau village d'Asie.
Grand avenir. Races. ¥illes. — Jusqu'ici la chasse
aux fourrures, l'Oural et l'Altaï par leurs mines, ont fait le principal travail et la fortune de la Sibérie. Mais déjà le désert recule ; et le Russe, peu à peu, gagne sur la tajga : on appelle ainsi Finterniinable forêt comprise entre les toundras au nord et la montagne au sud, forêt cachant des trésors inconnus, des mines de tout mêlai, des lacs poissonneux, d'admirables rivières, des terres profondes que l'hiver durcit, mais qu'un été rapide, chaud et presque sans nuit, rouvre à la fécondité. Où les nomades qui précédèrent les Russes ne créèrent ni
ville ni peuple, il y a malgré tout pl«\ce pour un trèsgrand empire, en dépit du froid, des terribles bouffées du bourian on yent du nord-ouest, des toundras, des plaines polaires et des immenses étendues de tajga qui peuvent dresser des arbres mais ne sauraient entretenir un épi. En Sibérie comme en Russie, comme en Scandinavie, comme au Canada, comme en tout pays du Nord, il est des contrées plus vastes que certains royaumes où le sol est . incapable d'animer autre chose que des bois. Et ces bois, il ne leur prêté la vie qu'avec une excessive lenteur.
Depuis la plus haute antiquité, la SibéHé est habitée par des peuplades finnoises, turques et mongoles, qui s'effacent tous les jours devant l'ascendant des Européens, soit qu'elles disparaissent peu à peu pa(r trop de morts, soit qu'elles s'en aillent par trop peu de nalissànces, surtout de naissances masculines. De ces peuplades, les unes, nomades, chassent et pèchent, surtout dans le nord où le commande la misère du sol ; d'autres, dans le sud, où la terre est moins indigente, sont fixées à la 'glèbe. Plusieurs ont adopté le christianisme grec; les tribus turques professent l'islamisme ; les mongoles ont accueilli lé bouddhisme pur, ou la déviation du bouddhisme qu'on ilqtnme chamanisme, et qui est au fond une terreur", un culte des esprits méchants, que les prêtres apaisent par dès sortilèges.
Quant aux Européens, l'élément nouveau, le seul durable car toutes ces tribus s'en vont, le-^eul vivant car elles ne font autre chose que de ne pas mourir encore, ils sont issus d'origines extrêmement rhéliêeè èù cependant domine beaucoup le sang russe. Les Néo-Russes de Sibérie ont surtout pour ancêtres, d'une part des-bannis, d'autre part des Cosaques. Or, les bannis, qui sont rejetés, vomis pour ainsi dire par la Russie surJaSîb^ie en nombre considérable, plus de 10 000 par année,) appartiennent naturellement à toutes les races de l'emp^rp, de la slave à la tatare ; à toutes ses religions, de la, g|*ecque ortho- .doxe à la mu^ulm^ne et à J'adoration dçsfétiches ; à tou-
tes ses langues, du russe au persan et au roumain ; à toutes ses classes de condamnés, depuis Tassassin, Tempoisonneur, le faussaire, jusqu'à l'homme noble qui défendait sa patrie dans un bataillon de faucheurs polonais. Mais le mélange s'est fait jour à jour et les Sibériens, devenus un peuple exclusivement russe par la langue, prolongent réellement jusqu'aux portes du Pacifique la terrible nation que les Tatares, et plus tard les Polonais, foulaient encore aux pieds il y a quelques siècles.
La Sibérie n'a pas une seule ville de cent mille, ou même seulement de cinquante mille âmes.
La capitale, Irkoutsky à environ 370 mètres d'altitude, sous un climat dont la moyenne annuelle n'arrive pas tout à fait à zéro, borde la rivière Angara. Cette ville de 30 000 habitants est trois fois plus près de Pékin que de Saint-Pétersbourg.
lékatérinembourg (22 000 hab.), sur la grande route de Russie en Chine, au bord de l'Issed, rivière que le Tobol mène à l'Irtych, et l'Irtych à J'Obi, est une ville de mines très-importantes. Elle a le surnom de Petit Pétersbourg : c'est, en effet, une cité brillante, opulente, et qui montre de véritables palais. Comme population, elle le cède maintenant à un centre minier beaucoup plus jeune qu'elle, à Nijni-Tagislk (50 000 âmes).
Tomsk (21000hab. ) occupe la rive d'im affluent de l'Obi.
Tobolsk, au confluent de Thtych et du Tobol, l'ancienne capitale de la Sibérie, la première ville fondée en Asie par les Moscovites, renferme près de 20 000 hommes.
La région de l'Amour et le littoral de la mer japonaise n'ont encore que des embryons de villes. C'est à peine si les forêts des collines y commencent à s'amoindrir sous la hache des Cosaques transbaïkaliens, des Synks ou soldats condamnés, des galériens qui ont fini leur temps
de mines, des colons russes, finlandais ou allemands, des paysans venus des provinces Balliques. — Blagoviechtchensk (5 500 hab.), la capitale de la province de l'Amour, est au confluent de l'Amour et de la Séja. — Nikolaîevsk (5 000 hab.), ville qui ne veut pas prospérer, borde la rive de l'Amour inférieur, sous un climat trop froid. — Sur le littoral opposé au Japon, à l'embouchure du Sin-Fui, Vladivostok a tout ce que demande un puissant port de mer. Elle occupe une anse d'un des six embranchements du golfe de Pierre-le-Grand, enfoncement de mer trèsvaste, très-sûr, très-indenté, très-facile à défendre. Les vents qui soufflent en été sur ce golfe bordé de montagnes sont pluvieux et froids. Or, aux terres glacées par l'hiver, il faut de toute nécessité des étés chauds pour rétablir l'équilibre ; faute de quelques mois brillants, elles ne mettent au jour qu'une végétation sans vigueur. Par l'effet de ces vents funestes, la contrée de Vladivostok, bien que touchant à la grande mer, sous une latitude presque napolitaine, ne donne aucun essor aux colonies russes qu'on y a récemment établies : colonies qui sont moins prospères que celles de la vallée de l'Oussouri, fondées bien plus au nord, sous un climat essentiellement continental où le mercure gèle en hiver, mais où nul vent de froidure ne transit les rayons du soleil estival.
Sa^haiien, île sans bons ports de plus de 900 kilomètres de longueur sur 50 à 150 de largeur, couvre 6 à 7 millions d'hectares. Il y a quelque années elle appartenait en commun à la Russie et au Japon; aujourd'hui elle fait entièrement partie de l'empire des tsars.
D'une chaîne de six à douze cents mètres d'altitude séparant le versant de )a mer japonaise de celui de la rude mer d'Okhotsk, descendent des forêts qui sont, avec d'abondantes mines de houille, la seule aubaine qu'offre à l'avide Mpscovie cette île au climat lamentable. Sur les 565 jours de l'année, plus de 250 y coulent sous un ciel chargé de nues, ou rayé de pluies, ou fondant en
ASIE CENTRALE RUSSE. 427
brouillard : il n'y a donc pas un jour sur trois qui soit éclairé par un vrai soleil.
Sur ses six à sept millions d'hectares, Saghalien renferme 12 000 personnes : 3 000 Russes, 3 000 Japonais, 5 000 Ainos, race velue, 3 000 Giliakes. Cette population croîtra de quelques éléments slaves, aujourd'hui que l'île a été désignée comme un lieu de déportation pour les condamnés de toutes les Russies.
ASIE CENTRALE RUSSE
liCS Kirghises. Le ISéiiiIrletchensk. Le Balkaeh. La
Ozoaogarie. — Avec toutes ses appartenances et dépendances, le Turkestan russe ou Asie Centrale a maintenant 340 millions d'hectares et 4 800 000 habitants, en deux natures de pays : au nord les provinces de Sémipalatinsk, d'Akmolinsk, de Tourgaï, d'Ouralsk, répondent au steppe des Kirghises ; les provinces de Sémirietchensk, de Ferghan, de Sir-Daria, d'Amou-Daria, de Samarcande, répondent au Turkestan ; leur lieu commun est la grande nation nomade des Kirghises, de leur vrai nom Kazaks. C'est pour s'être trouvé un jour en contact avec ce peuple de langage turc que les Russes ont fini par conquérir au loin dans la direction de l'Inde : après avoir soumis une des hordes qui composent la nation, ils ont dû contenir, puis dompter et englober les autres ; et comme les Kirghises rôdent dans toute la plaine qui va des alluvions sibériennes aux rives de la Sir, les armées du potentat qu'on appelle en Asie centrale le tsar blanc sont enfin arrivées sur ce fleuve, puis sur l'Amou.
Les quatre provinces d*Ouralsk, de Tourgaï, d'Akmolinsk, de Sémipalatinsk, c'est-à-dire le pays compris
entre l'Oural et TAla-Taou, ont été détachées de la Sibérie, mais elles lui appartiennent plus qu'au Turkestan: la première s'appuie à l'Oural ; la seconde et la troisième relèvent plus ou moins du bassin de l'Obi par l'Ichim, affluent de l'Irtych ; la quatrième est sur l'Irtych même. Elles tiennent donc à la Sibérie par les liens du sol, elles lui sont également unies par une même histoire, enfin elles ont comme elle pour véritables tenanciers les Russes, déjà profondément enracinés, tandis que dans Sémirietchensk, Ferghan, Sir-Daria, Amou-Daria, Samarcande, récemment conquises, il y a encore, en fait de Slaves, beaucoup plus de soldats, de fonctionnaires et de marchands que de paysans courbés sur la glèbe. En dépit des divisions nouvelles, il y a donc lieu de n'attribuer au Turkestan russe ou « Asie Centrale » que ces cinq dernières provinces, dont l'une, celle de Ferghan, est l'ancien khanat de Khokand (ou plutôt Chokand), fort beau pays annexé cette année même par la Russie ; Je Ferghan augmente le grand empire d'au moins dix millions d'hectares, avec environ un million d'hommes de langue turque.
Sémirietchensk, annexée avant Sir-Daria, Amou-Daria, Samarcande et Ferghan, porte un nom russe qui veut dire les Sept Rivières, de sept affluents courant au Balkach, le plus grand des lacs du pays.
Le Balkach, autant marais que lac sur une partie de son contour, et n'ayant nulle part plus de 25 mètres de profondeur, miroite à 258 mètres d'altitude. Long de plus de 500 kilomètres, mais de peu de largeur, il lui reste encore une aire d'environ 2 200 000 hectares, quoiqu'il ait beaucoup diminué par les apports de l'Ili, son principal affluent, et surtout par le départ aérien de ses eaux, que boit goutte à goutte un climat d'une extrême sécheressse, en même temps que d'une extrême rigueur en hiver et d'une chaleur atroce en été. Pendant la saison froide on a quarante degrés au-dessous de zéro, et pendant la saison torride quarante degrés au-dessus, dans les plaines qui entourent ce lac aux claires eaux
trop salées pour être buvables : plaines attristées par des steppes nus, des sables mobiles, des deltas de ruisseaux, des champs de roseaux où le sanglier se vautre, où bourdonnent les moustiques. La vall»^e de son grand tributaire est sur la roule la plus directe entre l'Europe et la Chine centrale.
Le bassin supérieur de la rivière lli est Tancienne Disoung^arie, récemment enlevée à la Chine, qui en avait fait sa province de Thian-Chan-Pé-Lou. Ces quatre syllabes chinoises, qui, vu la langue, sont naturellement quatre mots, veulent dire : le Pi«ys au nord des Monts- Célestes. La contrée n'appartenait à l'empereur du Milieu que depuis un siècle environ ; ses soldats en avaient extirpé les anciens habitants, les Dzoungares, branche des Mongols. Quand ils y eurent égorgé un petit million d'hommes, les sages Chinois laissèrent se repeupler lentement le pays, d'éléments très - disparates, de Turcs, de Kirghises, de Mantchoux, de Chinois : ces derniers, déportés, soldats, colons ou fils de colons, ont presque tous passé de vie à trépas dans la révolte qui a chassé la Chine de son Thian-Chan-Pé-Lou, dont la capitale, qui reste la ville la plus importante, était Kouldja, sur TUi.
Si le Balkach est le plus grand lac du Sémirietchensk, l'issyk Koul en est le plus beau. Cette superbe nappe d'eau ne gèle jamais, à cause de l'abondance des sources chaudes qui s'y versent, et cela malgré son altitude de 1 500 mètres. Large de 40 à 60 kilomètres , sur une longueur à peu près triple, le profond Issyk-Koul paraît petit, tant il est profondément blotti entre d'énormes montagnes, entre l'Âla-Taou (4 000 mètres) au nord, et les Monts-Célestes (6 000 mètres) au sud. On a tort de l'appeler lac Issyk-Koul. C'est une redondance, koul voulant précisément dire en langue turque un lac.
Sir-Daria. Amou-Uaria. Aral. — Sir-Dâria, Amou-
Daria, Samarcande, Ferghan, s'étendent sur les bassins de la Sir, ancien laxarte, et de TAmou , ancien Oxus. Ces deux grands fleuves descendent des revers de l'Asie
432 ASÎK CENTRALE RUSSE.
Centrale : tous deux, à Tissuelde vallées grandioses, entrent dans les tristes plaines du Touran dont le vent fouette les sables salés, les rougeâtres argiles, les armoises, les ternes euphorbes et les salicornes couleur de sang ; il siffle aussi dans les roseaux des lagunes, mais il n'en chasse pas le tourment des m et il y mène quelquefois des es L'été du Touran est torride, son très-sec, son sol stérile en dehoi des canaux d'irrigation, c'est p vrie par les saignées, les infiltrat combrée par des bancs de sable, sous le nom de Naryn, dans un \ de longueur, finit dans la mer hectares, à l'eau peu salée. L'A quante-huit mètres au-dessus des de l'ancienne mer qui s'agita sui Les steppes du Touran sont inc mer d'Aral au fleuve Oural, on ne bre, un peuplier; or la distance e Turcomans, cavaliers émérites dont la Russie arrêté en ce m^ ploils, sont grandement fiers d patrie: « Jamais, disent-ils, nous d'un arbre ni à l'ombre d'un roi dans le Touran de forêts pour ah les ennemis de l'homme s'y réfu, joncs et de roseaux, demeures c tigre, ce chasseur bien armé, b seulement, comme on le croit, d; Tropique. L'Aral diminue, ainsi l'Asie Centrale. Un dos de terrf rOusl-Ourt, le sépare de la mer s'amoindrit.
Raceii. ¥llle». — 65 000 Ru
Turkestan moscovite borné aux
rietchensk, de Ferghan, de Sir-Daria , d'Amou-Daria, de
GÉOG. RECLUS. — 1. 20
Samarcande; et sur ce nombre il y a une quinzaine de milliers d'hommes cultivant le sol , presque tous dans le Sémirietchensk, plus anciennement possédé. La grande masse de la population est faite de Kirghises, puis viennent, par ordre, les Sartes, citadins de sang mêlé ; les Tadjiks, Persans dont un grand nombre arrivèrent dans le pays comme esclaves et qui, grâce à Tintelligence supérieure de leur nation dans un milieu turc, finirent par être le principal élément stable du Turkestan ; enfin les Ouzbegs, gens de langue turque, maîtres de la contrée avant l'arrivée des Russes. Dans le Ferghan spécialement, la race turque est tout à fait prépondérante. Les Russes, hommes aryens, et très aryens quoi qu'on en dise, ont reconquis pour ï « aryanisme » une région qu'il possédait autrefois, car la Sir et l'Amou coulaient en pays éranien lorsque les Turcs n'avaient pas encore quitté l'Altaï pour le Touran.
Nul doute que la Russie ne restaure par la paix civile, le boisement, l'irrigation surtout, ce vaste pays qui jadis avait beaucoup plus d'habitants dans de plus beaux jardins. « Autrefois, dit la tradition, un chat pouvait sauter de toit en toît, sans toucher terre, de Tcliemkend jusqu'à à l'Aral. »
Il y a 78 000 âmes à Tachkend, capitale du Turkestan russe. La population y est des plus mêlées : il s'y trouve des Sartes, des Tatares Nogaïs, des Kirghises, desOusbegs, des Kachgariens, des Persans amenés comme esclaves par les coupeurs de roule, puis enrichis par le commerce, des Russes déjà au nombre de 5 000 sans la troupe, des Juifs, des Hindous, des Afghans. Tachkend porte sur un sol remué par les tremblements de terre, près des montagnes, sur un affluent de droite de la Sir.
Au bord de l'aurifère Zérafchan, dans une vallée délicieuse, Samarcande, cité déchue, régna sur l'empire de Tamerlan. Cet exterminateur boiteux était né près de là, dans une des villes dont le Zérafchan crée les jardins entre
ASIE GEÎiTRALE RUSSE. 435
Samarcande et Boukhara. De race mongole, c'est lui qui donna la suprématie à la langue turque en Asie centrale : il la choisit pour idiome impérial, quand il aurait pu prendre son langage maternel, et mieux encore le persan, que parlaient ses sujets les plus intelligents et les plus riches. De tout son éclat passé, il reste à Samarcande près de deux mille coupoles, une école célèbre, 20 000 âmes, et une banlieue verdoyante le long des dérivations du Zèrafchan, le Dispensateur de la richesse, comme le veut dire son nom. Cette rivière, dont le bassin a peu d'étendue, n'en roule pas moins un grand volume d'eau pour le bonheur de sa vallée. C'est en 1868 que Samarcande, conquise jadis par Alexandre le Grand, a passé dans les mains d'un autre Alexandre dont l'empire ne s'effondrera pas sitôt que le royaume du Macédonien. Celui-ci était un château de cartes, l'autre est un monument de granit fondé sur le roc. Du Danube à l'Indus, la « l'halange » avait soumis pour quelques années, dans une vaine unité, des races ennemies séparées par des montagnes et des déserts. La puissance russe, elle, est servie par des chemins de fer, et les peuples qu'elle tient de force ne peuvent rien contre la nation centrale de l'empire : fussent-ils deux fois plus nombreux et alliés dans une même haine, ils n'échapperaient pas à la tenaille moscovite.
Entrés en 1868 dans la ville où commanda Timour, les Russes, en 1876, ont forcé les portes de la cité qui fut la principale résidence de Gengis-Khan, Tautre grand massacreur mongol. Khokand, riveraine de la Sir, dans une vallée fort belle, passe pour avoir 100 000 habitants.
TRANSGAUCASIE
Le Caucase. La Koara, l'Araxe. — On nomme Trans- Caucasie l'ensemble des pays conquis par les Russes au delà du Caucase ou cédés au tsar par la Pei^e et la Turquie. Sur une étendue de 45 millions d'hectares (le versant européen compris), on y compte une population de prés de 5 millions d'habitants.
De célèbres voyageurs anglais, grands connaisseurs de montagnes pour avoir gravi tous les pics sublimes ou dangereux des Alpes, ont fait il y a quelques années une longue exploration du Caucase, et ils en sont revenus pleins d'une immense admiration pour lui.
Les Alpes ont des lacs gracieux ou sublimes, tandis que le Caucase, pareil aux Pyrénées, a pour Lémans des nappes que franchit un jet de pierre, ou du moins un jet de fronde ; on y trouve plus d'eau sous toutes les formes, glaciers, névés, neiges, torrents, cascades. Mais si elles sont plus diverses, plus charmantes, plus parées de scintillements de lacs, de blancheurs de neige, de reflets rouges du soleil couchant sur des frimas vieux comme le monde, le Caucase l'emporte sur elles en austérité gi^andiose. Ses monts ont plus de raideur, plus d'élévation et des formes plus nobles, ses gorges plus de profondeur. Beaucoup de ses vallées perdent toute grâce par leur nudité, mais celles qui n'ont pas été dépouillées brillent d'un luxe de plantes supérieur à la végétation des Alpes. L'Elbrous a 5 660 métrés ; le Kochtantau, 5 210; le Dychtau, 5 i 00; le Kasbek, 5 043 ; le Tau-Tœtœnal, 4 875 ; le Basardchousi , 4487; l'Ouchba, terminé par deux pics, brille d'une indescriptible beauté : le mot Ouchba, de langue géorgienne, a la même signification que le nom
allemand d'un mont célèbre des Alpes, le Wetterhorfrt)u Pic des Tempêtes.
Sur le versant du Caucase tourné vers le midi, la ligne des neiges éternelles commence entre 2 900 et 3 700 mètres d'altitude. On supposerait tout naturellement qu'elle doit être plus basse sur le versant du nord, mais le contraire a liçu ; et de ce côté, il faut monter suivant les pics à trois, à quatre, à cinq et même à six cents mètres plus haut pour trouver les frimas qui bravent tout Tété. Cette accumulation plus considérable des neiges sur le penchant le plus exposé à la chaleur se retrouve dans THimalaya : elle a pour cause, sur l'une et l'autre de ces deux chaînes colossales, la sécheresse plus grande de l'air où baigne leur fronton septentrional, l'aridité des vents de steppe qui sur ce penchant-là battent leurs flancs.
L'Elbrous et le Kasbek sont manifestement deux anciens volcans. 11 n'y a plus de cratères fumants dans la chaîne, mais la fournaise intérieure n'est pas éteinte, comme le prouvent le grand nombre de sources chaudes, et surtout les puits de naphte, les volcans de boue, les fusées de flamme de la presqu'île d'Apchéron, sur le bord de la mer Caspienne.
Au sud du Caucase, des chaînes qu'on a fort bien appelées l'Antî-Caucase vont se nouer aux mailles montagneuses de TArménie, et par elle aux monts de la Perse et de l'Asie l^ineure. Le Grand Ararat (5171 mètres) trône sur les frontières de l'Arménie russe, de la Turquie d'Asie et de la Perse. L'Arche de Noé n'y a sûrement pas abordé, bien que les Arméniens le proclament avec orgueil, mais KArarat n'a pas besoin de souvenirs pour être magnifique; peu de montagnes dominent avec une pareille majesté. Le petit Ararat, son voisin, lui est inférieur de 1 255 mèta^és.
De l'Anti-Caucase, et du Caucase coulent à milliers les veines qui for-ment la Koura, violente rivière. Du plateau d'Arménie descend l'Araxe, torrent rapide à la vallée d'abord rude, nue'et morne, qui dans son cours moyen et