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TRANSCAUCASIE

son cours inférieur traverse des plaines brûlées de soleil, arides quand elles ne sont pas arrosées, très-fécondes quand elles le sont. L'Araxe descend du haut pays par de longs bouillonnements, des rapides, des tourbillons, qui d*Ordubad à Migri, distance d'environ 25 kilomètres au fond de gorges serrées par de très-hautes montagnes, abaissent son niveau de trois à quatre cents mètres. Cette percée de TAraxe qui « s'indigne contre ses ponts, » est Tune des plus grandioses de TAncien Continent. L'Araxe se perd dans la Koura, moins puissante que lui, au milieu des landes de Mougan qui fourmillent de serpents dangereux : autrefois il eut son embouchure propre dans la mer, jusqu'au moment où la masse des eaux suivit des canaux d'irrigation tirés de son sein dans le voisinage et dans la direction de la Koura. Celle-ci n'a point l'abondance qu'on semblerait en droit d'exiger d'un bassin de près de 20 millions d'hectares, d'un entassement de montagnes à neiges éternelles comme le Caucase, d'un vaste dos de plateaux comme l'Arménie. Le ciel qui luit sur ce bassin est trop aride, les deux vallées qui accompagni?nt la Koura et l'Araxe empruntent trop de canaux aux deux rivières. Aussi la Koura ne porte-t-elle en moyenne à la Caspienne que 550 mètres cubes de flots troubles par seconde, tandis que, sur le versant de la mer Noire, le Rion verse moyennement cinq cents mètres à la seconde quand il entre dans le Pont-Euxin, à Poti, au débouché d'un bassin presque dix fois moindre.

Le climat de la Transcaucasie varie à l'infini, selon l'altitude et l'exposition des lieux habités. Tiflis, à 455 mètres au-dessus des mers, a la moyenne annuelle de Rome ou de Valence, mais avec des chaleurs plus fortes, et surtout des froids plus durs.

Diversité de peuples et de langues. Progrès des

Russes. — Il y a dans le Caucase plus de 150 pics dépassant trois mille mètres. Si Pline a dit vrai, on y comptait de son temps un nombre presque aussi considérable de

tribus, de langues et de dialectes : il raconte qu'à Dioscurias, ville de la Colchide (Géorgie), il fallait cent trente interprètes pour être à même de converser avec tous les gens de la ville, et encore aujourd'hui le Caucase est un des campements de peuples les plus curieux du Globe : rien que dans une seule province de peu d'étendue, le Daghestan, qui trône en vue de la mer Caspienne, vingt-sept langues parfaitement distinctes se partagent 450 000 honimes, et sur ces vingt-sept langues, il en est une qui ne vibre que dans les vingt-huit chaumières du hameau d'innoukh.

C'est bien à tort qu'on a donné à la race blanche le nom de caucasique^ puisque des hommes des origines les plus diverses vivent en nations ou en clans sur les deux versants de la chaîne, d'ailleurs avec une prépondérance tout à fait évidente de l'ensemble de caractères qui distinguent les Blancs des autres « humanités. » Depuis que les Russes ont dompté les Caucasiens après un véritable cycle de guerres sanglantes, le vide se fait devant ces conquérants ; les peuples que tant de siècles n'avaient pas cimentés en une seule nation, qui au contraire avaient été disloqués par le temps en tribus de plus en plus nombreuses, y font rapidement place à la seule famille des Slaves. En haine des chrétiens, les gens de certaines peuplades du Caucase, surtout les Circassiens ou Tcherkesses, émigrent en foule sur les terres du grand sultan, dans lequel ils ont foi : pour eux comme en général pour les musulmans, c'est le chef des Vrais Croyants et, même avant l'empereur de Russie, le plus puissant de tous les mortels.

A peine partis de leurs vallées, ils y sont remplacés par des stanitsa, villages militaires faits de Cosaques, ou par des bourgades russes ordinaires ; et c'est ainsi que près d'un million de Slaves occupent, sur les deux versants, des territoires jadis ennemis. Deux cent mille Circassiens au moins ont fui chez les Turcs : les deux tiers sont morts de fatigue, de nostalgie, de fièvres ; d'autres ont

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