PAYS DÉTACHÉS DE L'ÉRAN
BralHNilstan on BélontchistaD. — Il y a deux raCCS dans cette contrée ; les Brahouis et les Béloutchis. Les Brahouis, plus nombreux, sont plus anciens dans le pays, ils en possèdent la grande ville, Kélat, ils lui fournissent la plus puissante de ses familles princières : pour toutes ces raisons, bien que les Béloutchis soient plus ou moins « Aryens, » et que les Brahouis ne le soient pas du tout, on doit préférer le nom de Brahouistan à celui de Beloutchistan. Le Brahouistan, Tantique Gédrosie^ détient 25 à 30 millions d'hectares, avec une population non recensée qu'on peut estimer à un million d'hommes. D'abord soumis aux Persans, puis aux Afghans, il appartient depuis un peu plus d'un siècle à des tribus libres de l'étranger. Sur le golfe d'Oman, une côte incendiée, étouffante, stérile, déserte ; derrière cette côte des montagnes grillées, à pic ou très-escarpées ; quand on les a gravies, un plateau, roches, cailloux, dunes, pâtures sèches, qui va se joindre aux plaiiies haùtéà de la Perse et de l'Afghanistan; c'est là le Brahouîststn, terre d'airain, montagne osseuse, air de flamme. Comment s'étonner qu'une patrie aussi indigente ait pour rares habitants des nomades enclins à corriger par le brigandage l'avarice de leur sol et la dureté de leur ciel sans pluie? Ce pays faillit dévorer l'armée d'Alexandre le Grand à son retour de l'Inde. D'aucun de ses caps de colline les Macédoniens de Ja Phalange ne virent une vallée qui leur
rappelât l'Eurot)e natale, une fraîche « Tempe » avec sources vives, prés, feuillages, roches fleuries et détours de rivière : trop heureux de rencontrer çà et là une fontaine sortant de la pierre, ou plus souvent de creuser un puits chaud dans le sable ardent deS ravines. La secte sunnite de Tlslamisme règne sans paitage dans
Méched .
les villes et sous les tentes de feutre des nomades, divisés en une cinquantaine det tribus, dont les serdars (chefs) reconnaissent plus ou moins la suzeraineté du khan bra houi de Kélat. De ces tribus, les unes appartiennent à la nation des Brahouis, venue probablement de l'Inde méridionale, et en tout cas parlant un langage qui renfenne d'importants éléments dravidiens. Les autres font partie
de la race des Béloutchis, hommes beaux, agiles, bien faits, robustes, et qui parlent un idiome voisin du persan. On ne sait guère de quel pays ils tirent leur origine: peuWtre du nord de l'Arabie, peut-être aussi des monts du Kourdistan, peut-être encore, suivant une de leurs traditions, des djebels de la Syrie. Les Dihvars, gens de langue persane, sont aussi fort nombreux.
Kéiat est la capitale du Brahouistan, si toutefois un pays aussi disloqué a vraiment une métropole. Située à 2042 mètres au-dessus des mers, sous un ciel brusque et gélide, elle renferme à peine 8000 habitants, dans une enceinte qui ne défend que des rues sales, des culs-desac et des maisons branlantes. La population consiste en Dihvars cultivant de beaux jardins, en Brahouis et en Béloutchis. Le nom àe Kélat, purement ai'abe, signifie château, forteresse : on le trouve souvent dans l'Asie musulmane, dans l'Afrique arabe et berbère, en Espagne, comme à Calatayud, et jusqu'au cœur de Madrid, dans la rue d'Alcalâ, près de la fameuse Puerta del Sol.
AfsbaiilstBn. — L'Afghanistan renferme un nombre inconnu d'habitants, sur les 72 millions d'hectares qui forment son territoire : Afghanistan proprement dit, pays de Koundouz et pays d'Hérat.
Il continue le haut plateau de la Perse propre jusqu'à l'Inde et jusqu'aux monts de l'Asie centrale : à l'occident, rien ne le sépare de l'Éran qu'une ligne idéale sur de vagues étendues, et le voyageur arrivé sur la frontière commune aux deux pays ne voit de tous côtés que des plaines de sable et de sel côtoyées en cercle par un horizon lointain. A l'orient, au contraire, les limites sont fièrement marquées par les monts Soliman qui, s'abaissant rapidement du côté de l'Indus, se répandent à l'infini dans rintérieur de l'Afghanistan. Avec leur prolongement, les monts Hala qui séparent le Brahouistan du bas Indus , les Soliman
fonnent la chaîne indo-persique : le Soliman, qui leur a donné son nom, s'élève à 2 450 mètres ; le Sefid-Koh,plus au nord, atteint 4 700 mètres ; près de Caboul, le Gohibaba, mont qui se rattache à THindou-Kob, porte sa plus haute cime à 5 600 mètres.
. A ces arcs-boutants, qui ont la solidité massive et la passagère éternité des montagnes, s'appuient des plateaux très-élevés, très-froids; ils s'abaissent dans la direction de Test vers Tlndus, et dans celle de l'ouest vers le lac salé d'Hamoun, où vont tomber l'Hilmend et les torrents qui n'ont pas été pris jusqu'à la dernière goutte par les canaux sans lesquels ces plaines sèches seraient désertes. Tant par l'abondance de ces arrosages que par ce qu'enlève l'évaporation et ce que boit le steppe, l'Hamoun reçoit très-peu d'eau, même de l'Hilmend, qui est cependant une rivière considérable dans sa vallée supérieure, où l'allaitent des neiges éternelles. C'est pour cela qu'il diminue constamment : il n'a plus droit au nom de lac, cai' au lieu d'une nappe continue et profonde, il se compose aujourd'hui de deux lagunes saumâtres et d'un marais qu'il faut des crues exceptionnelles pour réunir. Dans les années ordinaires, ces trois dépressions remplissent tant bien que mal les trois cuvettes les plus basses d'une vaste dépression généralement sèche et nue ou couyerte de champs de roseaux et de traînées de joncs grillés par le soleil. Ainsi s'effacent des lacs jadis immenses. Ainsi s'en va la mer d'Aral.
L'Afghanistan présente ses gorges, ses vallées et ses steppes au ciel de la zone tempérée ; mais en qualité de terre j absolument continentale, coupée de la mer par quelques-unes des plus hautes aspérités de l'Asie, il souffre également des extrêmes du froid et des extrêmes du chaud. Autant l'hiver y est barbare, autant les étés y sont lourds : « Allah, s'écrie un dicton des Afghans, qu'avais-tu besoin de créer l'enfer? N'avais-tu pas déjà Ghazna? »
Ce pays répond en partie à ce que les Anciens appe-
laient TArie, TArachosie et la Drangiane. Sur ses hautes terres, sous un climat dur, désagréable, mais salubre, excepté dans les plaines méphitiques de THanioun, vit un peuple qu'on n'a jamais recensé : on Ta porté à cinq et même à dix millions d'âmes, quand le nombre probable est trois à cinq fois moins élevé, deux millions d'hommes environ.
Les Afghans sont d'origine douteuse ; on en a voulu faire des frères ou des fils du peuple Juif. Ils se donnent le nom de Pouchtaneh dans leur langue, qui a des liens de parenté avec l'idiome de Firdousi. Trempés par leur climat, robustes, très-braves, pilleurs, sanguinaires, ils réussirent, vers le milieu du dernier siècle, à échapper au joug des Persans. Depuis qu'ils sont libres, les dures difficultés que leur pays, redoutable forteresse naturelle, et leur ciel sibérien en hiver, opposent aux envahisseurs, les ont, jusqu'à ce jour, préservés d'un nouvel esclavage: ils ont -défendu avec succès leur indépendance contre leurs anciens maîtres, et contre des ennemis plus terribles, les Anglais, leurs voisins de l'Inde. Le plus grand nombre des Afghans n'a pas encore 'abandonné la vie nomade ; tous sont musulmans sunnites, et par là ennemis irréconciliables des Pereans chiites. Les Tadjiks ou Persans habitent en corps de nation dans les steppes environnant l'Hamoun, et leur langue est fort répandue dans tout le pays; les Pouchtaneh qui se piquent de distinction la parlent couramment : au fond, c'est l'idiome ofQciel et commercial de l'Afghanistan.
Sur une terre si montagneuse, un peuple si turbulent n'est pas fait pour obéir sans regimber à un seul aiguillon. Les Afghans se divisent en tribus qui se déchirent souvent, et dont la plus puissante, les Douranis, est précisément celle qui contribua le plus à gagner au pays son indépendance.
Caboul (60000 hab.) est la capitale d'un des deux grands khanats de l'Afghanistan propre : elle se trouve à 1954 mètres d'altitude, près du Cohibaba, sur le
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Caboul, affluent de l'indus. La vallée du Caboul temiine à l'Orient la route la plus courte entre l'Europe et l'Inde.
Candahary le chef-lieu de l'autre khanat, est une ville de 18000 habitants, ignorants et pauvres, située près de l'Argundab, à une altitude presque deux fois inférieure à celle de Caboul. L'Argundab, formé dans des montagnes éternellement neigeuses, se dirige vers l'Hilraend à travers des plaines sans arbres où courent des troupeaux d'ânes sauvages : plaines qui se prolongent, plus nues et plus monotones encore, jusqu'au lac-marais d'Hamoun par les tristes solitudes du pays de Garmsel ou Gourmsir et par celles du Seistan.
Pays de KoundouaE. — Les Afghans ont étendu leur domination au delà des monts du nord, sur le khanat de Koundouz, appartenant en réalité au Turkestan par sa situation dans le bassin supérieur de l'Amou ou Oxus, le plus méridional des deux grands fleuves araliens. Le khanat de Koundouz, qui répond à peu prés à l'antique Bactriane, a pour villes principales A'/row/oMm et Maïméné, auxquelles on donne plus de 50 000 âmes, et Koundouz, d'où le pays a tiré son nom. Il a pour cité la plus célèbre Balkh, l'ancienne Bactres, capitale de la Bactriane : Balkh occupe une plaine arrosée par les canaux d'une rivière qui n'arrive pas à l'Amou; elle passe en Orient pour la plus vieille cité du monde, et les Arabes la surnomment Oumel-Bledj c'est-à-dire la Mère des Villes.
Khanat d'Dérat. — Le khanat d'Hérat, dépendance nouvelle de l'Afghanistan, obéit en réalité aux Anglais, qui de là jalousent impuissamment la marche des Russes dans l'Asie Centrale.
Ce pays, où se réunissaient autrefois la Parthie, l'Hyrcanie et la Bactriane, est, dans son centre, une région de montagnes, de plateaux, de vallées, formés par les branches de l'ancien Paropamisus. Au sud, vers le lac Hamoun, au nord en tirant sur les plaines du Touran, se
déroulent de misérables steppes, déserts trop froids pendant une moitié de l'année, trop chauds pendant l'autre moitié, où vivent des Persans, des Afghans, des Turcomans, tous professant l'islamisme.
Sa capitale, Hera< (100 000 hab.), à 808 mètres d'altitude, tire une importance immense de sa situation sur la route des Indes quand on vient de la Russie. On l'appelle la première clef de l'Inde : Caboul est la deuxième.
Caflrlstan i les siapoeb. — Au nord-est de Gaboul, entre le colossal Indou-Koh et les lieux où l'Indus quitte les gorges du Tibet pour les plaines de l'Inde, s'étend le montueuxCafiristan, que nous connaissons mal. Ses eaux se versent dans le Caboul, rivière afghane, et par le Caboul dans Tlndus.
Les habitants du Cafirislan, qu'on estime à 500000 pour un territoire extraordinairement bosselé d'un peu plus de cinq millions d'hectares, s'appellent Siapoch dans leur langue, qui est de souche aryane. Leur visage, nous dit-on, ressemble beaucoup à celui des Européens qui ont les yeux bleus, la chevelure et la barbe blondes. Peut-être viennent-ils d'une tribu laissée dans ces Alpes par les créateurs de nos langues, lors des migrations qui dispersèrent une partie des Aryas sur TÉran et sur l'Inde septentrionale. Pour quelques savants, ils descendraient de Macédoniens abandonnés en route par l'armée d'Alexandre.
Les Siapoch sont païens, et par cela même ennemis des musulmans, leurs voisins. De là vient précisément le mot de Cafiristan : dans l'esprit des mahométans, ces mé^ créants ne méritaient qu'un seul nom, celui de Cafirs ou Infidèles, et ce nom, qui, dans la bouche des vrais croyants, était un terme d'insulte, a passé naturellement au pays. Le mot de Cafres, qui désigne des tribus puissantes vivant dans l'Afrique australe, a exactement la même origine.
BAS-TDRKESTAN
La Sir, l'iàmoa, l'Aral* L'anelen lit de l*Oxas. —
Dans son acception la plus large, le Turkestan, que régulièrement nous devrions écrire Turquestan, comprend toutes les contrées occupées dans l'Asie Centrale par les nations de race turque, environ 500 millions d'hectares avec 10 millions d'hommes. Il est aujourd'hui cassé en plusieurs morceaux : le Bas-Turkestan ou Turkestan occidental entre peu à peu dans le monde russe; évidemment il s'y perdra tout entier. Le Turkestan oriental ou Ilaut-Turkestan a secoué le joug de la Chine, il est libre, mais sa destinée prochaine semble devoir être la même que celle des bassins de la Sir et de l'Amou.
Le pays restreint appelé maintenant Bas-Turkestan, ou Turkestan tout court, en opposition d'une part au Haut- Turkeâtan, d'autre part au Turkestan Russe, portait aussi le nom de Grande-Boukharie, à cause de sa célèbre ville de Boukhara. C'est à peu près la Sogdiane des Anciens.
Il a pour limites la mer Caspienne, les monts que les Anciens nommaient le Paropamisus, la paroi grandiose du Grand Plateau d'Asie et une ligne fictive irrégulière du côté des nouveaux domaines russes. Depuis la perte deskhanatsdeKoundouz, deTachkend, deKhokand, d'ime partie de la vallée de Samarcande, sa surface est descendue à 100 millions d'hectares, dont environ les trois cinquièmes pour les steppes où chevauchent les coupejarret turcomans. Physiquement, il se partage en deux régions : la montagne et la plaine, celle-ci deux fois plus vaste que celle-là. Tune et l'autre reliées par le cours de deux grands fleuves, la Sir et l'Amou.
Les monts où se forment la Sir et l'Amou paraissent avoir été l'un des séjours de la race supérieure qui con-
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quit TEurope, absorbant ou détruisant des autochthones moins beaux, moins forts, moins intelligents ou plus mal armés. Dans aucun des cantons du Globe où son destin l'a poussée, cette race des Aryas, dans laquelle on comprend aujourd'hui tant de familles qui n'ont point son sang, n'a rencontré de montagnes plus austères que l'entassement d'où ruissellent les sourbes des deux fleuves touraniens : l'Indou-Koh, le Bolor, les Thian-Chan ou Monts Célestes, le steppe de Pamir appelé Bam-i-Dounya, Toît ou Coupole du Monde, que commande un pic de 7 800 mètres. Glaciers immenses, eau des névés, ruisseaux des montagnes moyennes, la Sir et l'Amou reçoivent tout dans leur lit rapide. Mais, l'air qui baigne l'Asie Centrale étant très-avare d'humidité, ils roulent moins d'eau qu'on ne l'attendrait de la grandeur des Alpes dont ils soi*tent. La plaine de Touran , très-peu élevée au-dessus des mers, conduit au lac d'Aral les deux fleuves jumeaux et parallèles. Le Touran est un triste désert : il y fait trèsfroid — 30 à 40 degrés au-dessous de zéro (toutefois l'hiver, s'il est dur, est court, et l'Amou ne se prend en glace que pour un mois seulement) ; il y fait ti'ès-chaud — 35 à 40 degrés au-dessus ; — l'air, d'une transparence admirable, mais par excès de sécheresse, n'a que peu de pluies à verser sur ses dunes, ses marais, ses lagunes salées, ses plaines de sable, de cailloux et de coquilles marines. On ne voit de prairies, de cultures, d'arbres, de vie que le long des deux fleuves et des canaux d'irrigation qui les saignent; et quand la Sir et l'Amou eoulent entre des berges trop élevées pour qu'on en tire un canal sur place, la terre est aussi maudite à cinq cent mètres de la rivière qu'à cinquante lieues dans l'intérieur du pays.
L'Amou se dédoublait jadis : la branche de droite tombait dans l'Aral ^ le bras de gauche gagnait la Caspienne et on le reconnaît encore à ses bords souvent effacés, à son lit presque toujours comblé par des sables, aux ruine des kichlaks ou villages qui accompagnaient son cours.
Il est même possible qu'à une épocpie le fleuve se soit perdu tout entier dans le lac Caspien. S'il reprenait cette antique voie, et que son cours fût tenu navigable, TAmou deviendrait un grand chemin entre TOrient et l'Occident. On songe à vei'ser une branche de la Sir, le Yani-Daria, dans TAmou : de la sorte on pourrait peut-être ressusciter le bras mort et le pousser jusqu'à la mer Caspienne. Mais il vaut mieux réserver les deux fleuves pour l'irrigation du désert que de se débattre éternellement contre les bancs de sable, les rapides, les eaux courtes de l'été, l'absence de houille et de bois pour la chaudière des navires.
Ainsi donc, si la Sir a toujours cherché l'Aral, TAmou s*est autrefois vidé, en tout ou en partie, dans la mer Caspienne. Or, en cela semblable au vieil Jaxartes, le vieil Oxus est une rivière considérable, malgré l'ampleur des déserts qui séparent les massifs énormes dont il descend du lac où fmit son cours, déserts où il diminue de lieue en lieue par l'évaporation et surtout par les canaux créateurs d'oasis. C'est à milliers de métrés cubes par seconde qu'il emplit la mer d'Aral. Quand il courait à la Caspienne, la mer d'Aral, réduite au seul tribut de la Sir, recevait donc beaucoup moins d'eau, aussi devait-elle alors coït vrir une moindre étendue. Peut-être même, comme on le croit, n'existait-elle pas, sous forme de lac et n'était-elle qu'un chapelet de lagunes oublié par les récits des voyageurs.
Plus encore : il est une rivière de steppe, aujourd'hui misérablement maigre, qui marche vers la Sir, mais ne l'atteint pas ; au nord elle frôle les Steppes de la Faim, au sud elle mouille au pied le talus sablonneux d'un immense désert, et ni de l'un ni de l'autre elle ne reçoit un seul affluent; aussi meurt-elle tristement dans un lac saumâtre, comme un ruisseau lourd et plat, après avoir binii dans la montagne, large, rapide et creuse connue im grand torrent. Cette rivière, le Tchou, dans son cours supérieur, au pied de monts superbes, passe auprès
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d'un lac visiblement beaucoup moindre qu'autrefois, l'admirable Issyk, qui n'a point d'écoulement malgré son étendue^ sa profondeur et les torrents que lui décochent les penchants de l'Ala-Tau. L'Issyk, aux temps oubliés, s'ouvrit sans doute sur le Tchou : il en faisait un fleuve puissant, ce fleuve rencontrait la Sir et avait peut-être la force de la tordre vers le sud, jusqu'à l'Amou. Et celui-ci, fort de ce riche tribut^ s'avançait, ample et profond, vers les gouffres de la Caspienne. Si jamais il en fut ainsi, la mer d'Aral n'a pas toujours existé, même sous la forme d'un filet de lagunes.
Bien qu'elle absorbe aujourd'hui toute la Sii* et tout l'Amou, et des ruisseaux traînants échappés aux ardeurs du steppe, la verte et pure mer d'Aral diminue, soit par un écoulement souterrain vers la Caspienne, soit plutôt par l'excès d'évaporation. Ainsi fait également la mer Caspienne, aux rivages enlaidis par des flaques salées^ des roseaux, des marais, des joncs et des fondrières. Entre le lac Caspien et le lac d'Aral s'étendent le bas plateau d'Oust-Ourt et l'affreux désert de Khovarezm, ou désert des Turcomans, ce que le Touran a de plus aride avec le Rouge-Sable (Kizil-Koum) entre la Sir et l'Amou.
Deux millions et demi à trois millions d'hommes vivent dans ce pays, Ousbegs, Turcomans et Tadjiks.
Peuples et villes. — Les Ousbegs ont encore des tribus nomades, mais le plus grand nombre s'est fixé : dépossédés deux fois, par Gengis-Rhan, puis par Tamerlan, ils dominent le pays, non par le nombre, mais par l'énergie, l'audace et l'habitude du commandement. Leurs frères par l'origine et le langage, les Turcomans, effrontés pillards, se partagent en hordes qui faisaient, qui peut-être font encore au loin des razzias en territoire persan : ils errent entre l'Aral et la mer Caspienne et dans les steppes voisins de la Sir et de l'Amou. Ces mahométans, sunnites comme les Ousbegs, font partie comme eux de cette
grande race turque dont une famille envahit l'Europe à la fin du moyen âge, lutta dans mille batailles contre les Hongrois, les Polonais, les Allemands, Venise et toute la chrétienté, tenta l'assaut de Vienne et fit pendant cent cinquante ans trembler nos hommes les plus fiers. Aujourd'hui, c'est elle qui tremble devant les Européens, en Europe conmie en Asie, et les temps ne sont plus où les Osmanlis ravageaient la Terre : « Où le Turc a passé, l'herbe ne pousse plus, » disait le proverbe arabe. Les Tadjiks ou Persans, chiites ainsi qu'en Perse, forment la majorité, du moins dans les villes, dont ils sont les citoyens les plus policés.
Bonkharay qui obéit maintenant au moindre signe d'un cafir, le t^ar blanc, fut le « haut pilier de la foi, )» l'un des grands centres religieux de l'Islam, le siège des écoles musulmanes réputées les plus savantes, en même temps qu'une opulente ville de commerce, un rendezvous de caravanes, une puissante métropole perdue au milieu de canaux ombragés, de jardins, de vergers, de villas somptueuses. « Sur les sols sacrés de Boukhai*a et de Samarcande il faudrait, disait-on, marcher non sur les pieds, mais sur la tête. » Maintenant, ce n'est plus qu'une cité médiocre, à la fois pauvre, malpropre et malsaine, qui a perdu toute la force de ses murs et toute la splendeur de son oasis. Elle se trouve à 350 mètres d'altitude, dans la vallée du Zérafchan, qui n'arrive pas à l'Amou. A peine enferme-t-elle 35 000 hommes, èraniens en majorité. Elle contint jadis de cinq à dix fois plus d'habitants, et le pays où elle dominait fut également bien plus habité, quand môme on abaisserait au rang d'humbles hameaux les 300 000 villes que lui donne la tradition. On estime à plus de 2 millions d'honumes les résidents de son khanat, mais pour peu que l'émigration présente des Boukhariens continue quelque temps encore vers les pays plus tranquilles et plus riches occupés par les soldats du tsar blanc, ces 2 millions diminueront de moitié.