‹ GéographieChapitre 16 sur 21 · BAS-TURKESTAN · texte numérisé non relu

BAS-TURKESTAN

Cette émigration, entre autres causes, provient des terribles progrès de l'ensablement. Des vallées où vivaient des milliers de familles dorment aujourd'hui sous des lits de sable aride ; les canaux qui portent avec Teau la fraîcheur et la vie aux plaines se comblent et cessent de couler, et quand ils ont fini de courir, la terre finit de donner. Boukhara même est menacée. Si la nature, et à son défaut Thomme, n'arrêtent pas la marche du fléau, cette ville , autrefois puissante , disparaîtra comme d'autres moins grandes et moins illustres Tont déjà fait dans l'Asie Centrale, qui est une région en pleine décadence ; les sources y tarissent, les rivières y baissent, les canaux y crèvent, les mers y deviennent des lacs, les lacs des étangs, les étangs des lits de sable, les champs cultivés des arènes ardentes ; les vents, que rien ne rompt dans des plaines sans arbres, y sautent d'un bord à l'autre de l'horizon, amenant avec eux tantôt des froids aigus, tantôt des chaleurs malsaines. L'homme, habitué à détruire l'équilibre des éléments par l'abus qu'il fait des dons de la nature, et notamment des forêts, saura-t-il racheter par la régénération du Touran lés crimes dont il se rend coupable en tant d'autres contrées où il saccagé les bois, éteint les sources et change les belles rivières calmes en torrents destructeurs de vallées ?

Amère destinée que celle de ce vaste pays de Boukhara ! son maître, despote avide, est son plus grand ennemi, mais l'homme du Nord qui l'en délivrera lui ravira son indépendance. Et en attendant cet autre esclavage, les vents du steppe roulent peu à peu le linceul des sables sur les plaines et les vallées; et celles-ci, jadis remplies de villes, n'ont plus que des bourgades menacées par les collines mouvantes que le désert ne se lasse pas de pousser sur les jardins et sur les maisons des hommes.

Khiva (40 000 hab.) étend son écheveau mêlé de ruelles et d'impasses sur deux canaux dérivés de l'Amou, le Tchinguérit et l'Ingrik. C'est, pour ainsi dire, le Caire d'un fleuve qui s'achève par un delta non moins fécond que

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celui d*Égypte; mais l'Aral ne vaudra jamais la Méditerranée, et il n'y a pas d'Alexandrie près des bouches de l'Amou. Les Russes ont dernièrement conquis, non sans peines, cette capitale d'un pays d'au plus 350 000 âmes, bien mieux défendu par ses déserts que par les armes de ses soldats et le génie de ses capitaines. Ils n'ont pas daigné la garder. Pourtant, bien qu'aucun étendard européen ne flotte sur ses murs, elle a réellement cessé de s'appartenir. Tachkend, Samarcande, Boukhara, Khiva, Khokand, ne redeviendront probablement point des villes éraniennes, mais elles ne sauraient rester turques ou tatares. Longtemps perdues pour les « Ai7as, » elles reviennent, avec leurs deux fleuves, à la plus puissante des familles de la race dite indo-européenne, et précisément à celle qui a visiblement reçu dans son sein le plus d'éléments tatares et turcs

HACT-TURKESTAN

lies Monts Très-Élevés o« Céleittes. Tarlm et Lob. —

Sous le nom chinois de Thian-Chan-Nan-Lou, qui signiOe Pays au sud des Monts-Trés-Élevés ou Monts-Célestes, le Haut-Turkestan ou Kachgarie dépendait de Pékin depuis une centaine d'années quand il a récemment reconquis son indépendance.

On lui reconnaît environ liO millions d'hectares. Si, sur trois côtés, des montagnes énormes l'enchaînent, il s'étend librement à l'est, poui* finir, sans limites précises, dans le vague du désert Mongol. Au nord, se lèvent les Thian-Ghan, étincelants de neiges. 11 y a peu d'années encore, cette chaîne, qu'on croyait volcanique par endroits, montait entre deux provinces du grand empire de langage monosyllabique, qui l'une et l'autre tenaient

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