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ANGLETERRE

MjC pajs, sa côte, sa plaine, ses monte, son donx

climat. — La Grande-Bretagne est de beaucoup l'île la plus étendue d'Europe : avec son cortège de petites îles, cette grande terre a 23 millions d'hectares habités par 27 millions d'hommes. Allongée, plus large au sud qu'au nord, et au nord qu'au centre, elle donne sur une mer

qui a magistralement sculpté le rivage ; aussi la ligne extrêmement brisée de ses côtes dépasse-t-elle 4500 kilomètres, et même au sud, dans la partie la plus ample, il n'est pas. d'endroit situé à 90 kilomètres du rivage marin ou des eaux salées qui remontent les fleuves.

L'ouest, le centre, le nord de l'île, c'est-à-dire la presqu'île de Cornouaille, le pays de Galles, le Derby, le Cumberland, le Westmoreland et l'Ecosse sont des pays montagneux. Une plaine très-féconde, de sol calcaire, et un pays vallonné, d'une admirable verdure, remplissent Test et surtout le sud, l'Angleterre proprement dite, où les prairies forment les trois cinquièmes du domaine cultivé. Quoique peu de montagnes s'élèvent à mille mètres, et qu'aucune n'arrive à quinze cents, la nature de leurs roches, la haute latitude, le voisinage d'une mer humide, donnent aux chaînes bretonnes bien plus de grandeur, d'austérité, de neiges, qu'on ne l'attendrait de leur faible hauteur. Toutefois, aucune d'elles n'a de glaciers : ce sont de hautes collines dans un air vaporeux, et non des blocs d'argent teints de pourpre le soir par les derniers rayons du soleil. Mais si les monts britanniques ne sont point sublimes, ils sont riches : l'abondance de leurs mines de houille, de fer, de plomb, d'étain, est pour beaucoup dans la puissance de l'empire breton, et de fortes cités industrielles prospèrent dans des vallons qui semblaient devoir toujours rester bruyère, herbe courte ou forêt.

Sous d'incessantes nuées toujours prêtes à se fondre en pluies, les monts du Cumberland et du Westmoreland, hauts de 984 mètres au Skawfell, tête la plus fière, cachent de jolis lacs dans les plis de leurs vallons, et de leurs cimes on voit à l'occident la mer d'Irlande et l'île de Man, tandis qu'à l'orient, des ruisseaux trop petits pour que leurs cascades aient le droit d'être célèbres, forment des rivières inclinées sur la mer du Nord. Les monts Peak ou monts du Derby, qui n'ont que 600 mètres, se lèvent dans le voisinage de Manchester. Les monts

Cambriens, qui dépassent mille mètres, hérissent le pays de Galles au-dessus de la mer d'Irlande. Les monts Dévoniens (600 mètres) et les monts Comiques, faits de agrnits, dressent entre ce même estuaire et la Manche une petite Bretagne où l'on ne parle plus breton, une presqu'île de roches et de bruyères armée de falaises, un petit monde assiégé^par une mer violente qui taille

Un parc anglais.

de scaps dans l'ardoise, creuse des grottes, lime des écueils, enfle des baies qu'animent, sous un climat trèsdoux, des bourgs de pêcheurs et des villes de bains. La pointe aigûe du massif dèvonien, la Cornouaille, est un pays de mineurs, de pécheurs et de marins. Elle n'a plus de forêts, sa richesse est dans le cuivre, l'étain, le plomb et la terre à porcelaine. Sa poissonneuse côte, dont le justaucorps de rochers s'use au clapotement des vagues,

se termine par la serpentine du cap Lizard et les granits du cap Land's End ou de Fin des Terres.

La mer, ici, n'a pas de pitié. Plus sauvages encore, ses riverains, devenus aujourd'hui d'intrépides sauveteurs, attiraient autrefois les vaisseaux à leur perte par des lumières trompeuses ; ils déshabillaient les morts, achevaient les mourants, et si l'Océan n'avait pas déjà dispersé le navire en épaves, de ses membrures ils fai-

Un manoir anglais.

saient des poutres pour leurs chaumières, des planches pour leurs barques et de la flamme dans leurs foyers. Ils ont oublié depuis longtemps cette noire industrie, mais la mer a gardé sa voracité : dans de tels parages, à l'entrée de la Manche, grand'route des voiliers comme des vapeurs, sur les chemins de Londres, de Liverpool et de Glascow, elle prend sa grande part des deux mille naufrages qui éclaircissent tous les ans la flotte de quatre à

cinq cent mille vaisseaux partant des havres britanniques ou y rentrant avec les dépouilles du Globe. Elle engloutit aussi des bateaux de pêche, la Cornouaille prêtant ses anses à })eaucoup des 175 000 pêcheurs de l'archipel Breton.

Des lacs, des marais, des brandes mouillées de la Grande-Bretagne, sortent des rivières qui n'ont que peu de chemin à faire pour atteindre la plaine marine, mais qui, grâce aux pluies d'un ciel humide, roulent même en été beaucoup d'eau. Telles sont la Tamise, les rivières qui vont aux estuaires du Wash et de l'Humber, la Severn et les torrents de l'Ecosse.

La plus célèbre et la plus importante de ces rivières, la Tamise, en anglais Thames, dont les marins de toutes les nations connaissent le nom, et souvent les flots vaseux et presque méphitiques, a de 550 à 450 mètres de largeur devant Londres. Elle s'agrandit encore au-dessous de cette impériale cité, et ceux qui de la mer arrivent à la métropole commerciale du monde par le golfe de son embouchure croiraient qu'ils remontent au moins un Mississipi. Mais dès que ce golfe se tennine à l'amont, la Tamise devient un fleuve ordinaire, et plus haut, lorsque la marée cesse d'enfler son onde, ce n'est plus qu'une rivière étroite dans une gra'cieuse vallée. Née, sous le nom d'Isis, dans des collines très-rapprochées des lieux où la Severn commencé à s'épancher en estuaire, elle baigne Oxford^ l'une des deux grandes universités anglaises (l'autre est Cambridge). Sa longueur atteint à peine 400 kilomètres, une demi-Seine, et son bassin n'a pas 1 300 000 hectares , plus que notre Charente , mais moins que notre Adour. Sa portée moyenne est de 135 mètres cubes d'eau par seconde.

Autant qu'à ses ports dont on ne compte pas le nombre, autant qu'aux divers métaux enfouis sous terre, autant même qu'au « soleil portatif, » c'est-à-dire à la houille, la Grande-Bretagne doit sa force à son « insularité, » aux vents de mer^ au courant du Golfe. Grâce aux effluves océaniques, il y pleut beaucoup, il y neige peu ;

il y tombe annuellement une quantité de pluie variant selon les lieux entre 50 centimètres et plus de 5 mètres sur le littoral du Cumberland : la moyenne est de 89 centimètres, 12 de plus qu'en France. La latitude de ce pays en ferait une Scandinavie, ou même un Labrador aux marais gelés, aux forêts froides, aux hivers sans terme ; au lieu de cela, c'est une terre brumeuse, aux rivières remplies jusqu'au bord, aux prés verts, aux moissons opulentes , aux arbres pleins de sève, aux campagnes trop peuplées, aux villes qui sont des fourmilières humaines.

Les frimas n'y régnent que sur la montagne ; dans les vallées abritées, dans la plaine basse, sur le rivage, principalement au sud-ouest, l'Anglais, le Gallois et l'Écossais se consolent du désagrément de leurs brumes épaisses par les avantages d'une température extraordinairement égale : comme dans le nord-ouest de la France, le myrte et le laurier-rose y bravent les mois d'hiver, et la gloire du Midi, l'oranger, en espalier il est vrai, porte des fruits dans les vallons les mieux abrités de la péninsule comique ; plus encore, l'aloès y grandit en allées, et son compagnon d'Afrique, le dattier lui-même, y nargue l'hiver, sans se réfugier dans les serres chaudes.

lie peaple anglais. La langue anglaise et son grandi avenir. — L'Angleterre est le centre agricole, minier, industriel, commercial, politique et social du Royaume- Uni, le cœur de l'immense empire Britannique.

Au commencement du siècle dont la fin s'avance, l'Angleterre et la principauté de Galleâ réunies n'avaient que 9 millions d'âmes ; mais aujourd'hui l'Angleterre seule a 21 500 000 habitants sur 15 200 000 hectares; ce qui fait i65 personnes par kilomètre carré, contre 68 en France : peuplée au même degré, la France renfermerait 90 millions de Français. Et cependant, l'homme qui des quais de Liverpool voit tous les jours partir pour les pays ultramarins des vaisseaux chargés d'Anglais disant à leur patrie un éternel adieu, croirait YOld England (la

Vieille Angleterre) à la veille de tomber en friche ; mais cette nation féconde répond à cent morts par cent cinquante-six naissances, tandis que le peuple français n'oppose que cent quinze nouveau-nés à cent morts. Dans les dix dernières années l'Angleterre a gagné plus de 2 500 000 âmes, et maintenant la population y augmente en moyenne de prés de 1200 personnes par jour, sauf la perte par l'émigration.

Mais de cette ruche trop vantée on ne doit célébrer que l'ordonnance, la discipline et le labeur. En ceci Albion est perfide, qu'elle éblouit par la bonne tenue, le travail, la richesse, la fécondité, la foule des émigrants et la multitude des navires ; mais derrière l'étalage de l'opulence, un formidable déploiement de misère auparavant inconnu dans le monde menace d'une catastrophe l'oligarchie des « grandes existences anglaises. » Et c'est l'expatriation des Anglais malheuireux par milliers et millions, et elle seule, qui jusqu'à ce jour a sauvé la nation des guerres civiles, en même temps qu'elle lui a valu l'honneur de se renouveler au loin par de nouvelles Angleterres. Ses lords ou seigneurs, ses grands usiniers, ses commerçants, évidemment les premiers de la Terre, ont élevé des fortunes colossales sur l'écrasement de la foule des terrassiers, des ouvriers, des mineurs, des matelots. On sait quelle destinée accable l'ouvrier des villes anglaises et le ifnineur étouffant dans les profondeurs de la houille ; le travailleur des champs ne souffre pas moins, car il n'est pas le maître du sol qu'il remue : en Angleterre, le paysan n'existe pas, mais seulement le laboureur et le berger à gages; au-dessus de ces pauvres gens règne le fermier, au-deSsus du fermier le landlord ou grand propriétaire. Une douzaine de landlords possèdent la moitié de l'Ecosse, et cent cinquante la moitié de l'Angleterre.

Les Anglais, qui d'Angleterre se sont répandus sur l'Ecosse, l'Irlande et le reste des terres, viennent du mélange des anciens clans celtiques avec les Germains et les Scandinaves; avec les Normands et les Français de langue d'oil

(et même d'oc) entrés avec et depuis Guillaume le Conquérant; avec les Flamands qui s'établirent en Angleterre au quatorzième, au quinzième, au seizième siècle; avec les Wallons arrivés à partir du règne d'Edouard Yl, et les 120000 huguenots qui cherchèrent un asile dans l'île bretonne après la révocation de l'édit de Nantes. En échange d'un lieu où reposer leur tête, ils apportèrent aux Anglais diverses industries ; les Flamands l'avaient fait avant eux. Presque tout ce qui donne aujourd'hui la primauté à l'Angleterre lui vint du continent, mais elle a beaucoup perfectionnné, tout agrandi.

Appeler les Anglais Anglo-Saxons^ comme on le fait maintenant, c'est violer l'histoire. Ce nom ne tient compte que de l'élément germanique entré dans la composition de la nation ; il oublie la tige bretonne, sur laquelle se sont greffées toutes les autres branches ; il oublie surtout l'élément français, qui fut le vrai levain de la grandeur anglaise. Quand Guillaume le Conquérant débarqua dans l'Angleterre, alors peuplée, croit-on, de deux millions d'hommes, Celtes barbares dans la montagne, Saxons mous, lourds et grossiers dans la plaine, il avait à peine avec lui cent mille Normands, c'est-à-dire cent mille Gaulois légèrement teintés de sang Scandinave ; mais du grand jour de son triomphe dans les champs d'Hastings, jusqu'à l'heure où les rois de Paris l'emportèrent en France sur les rois de Londres, pendant quatre siècles, plusieurs centaines de milliers de Français, un demi-million peut-être, ou plus encore, émigrèrent en Angleterre, attirés dans ce pays par la présence d'une dynastie et d'une aristocratie d'origine et de langue françaises : c'étaient des Normands, des Parisiens, des Champenois, des Manceaux, des Angevias, des Tourangeaux, des Poitevins, tous Français de langue d'oil, sans compter probablement un grand nombre d'Aquitains de langue d'oc. Plus sage que beaucoup de savants, le proverbe anglais avoue qu' « un Breton, un Saxon, un Danois et un Français font un Anglais. »

La race anglaise, qui aujourd'hui se mélange en Angle-

terre môme de nombreux éléments irlandais, allemands, Scandinaves, français, est une race fort bien trempée. Pour la force du corps, la solidité de Tintelligence, la rectitude du jugement, elle n'a rien à envier aux meilleures familles humaines. Les Anglais possèdent au plus haut degré l'esprit d'invention, Tardeur des aventures, Tinstinct du commerce, la passion de s'enrichir, la ténacité, le courage réfléchi ; mais ils sont très-personnels et descendent vite à Tégoïsme ; froidement violents, et tournent souvent à l'injustice, à la grossièreté, à la brutalité, à la cruauté; inquiets, et leur inquiétude devient aigreur, habitudes fantasques, dégoût de la vie et suicide.

Il arrive parfois qu'un enfant meurt d'un mal inconnu jusqu'à lui dans la famille dont il est né, et que, chacun dans sa lignée, ni le père ni la mère ne retrouvent chez les ascendants dont ils savent toute la vie. Puis, dix ans, vingt ans après, ce père ou cette mère, tout à coup saisis des mêmes souffrances, comprennent que le mal de leur enfant avait prophétisé leurs propres douleurs et que sa mort disait à l'un d'eux : « Regarde ici comment tu mourras! » Ainsi peut-être les nations ont-elles sous les yeux l'arrêt de leurs destins écrit dans le tempérament des peuples issus d'elles. A ce compte-là, c^est dans^ la jeunesse des Yankees que les Anglais liraient déjà leur vieillesse; c'est dans les vices de ces enfants ultramarins, dans leur adoration de l'or, leur mépris de 1' « idéal, » leur hâte de jouir, qu'ils reconnaîtraient quelles impuretés cachées menacent la santé de Fâme anglaise ; mais jusqu'à ce jour, les fils de la blanche Prytain ont gardé les fortes vertus que les Américains, nous dit-on, se hâtent fiévreusement de perdre.

La langue anglaise, germaine à l'origine, puis très-fortement mêlée de français et de mots défigurés empruntés à tous les idiomes, est simple, trop simple même, riche, brève, poétique, mais sourde, fatigante à entendre et singulièrement laide dès qu'elle n'est pas parlée avec distinction ; elle a été Yorgmp de plusieurs des principaux gé-

nies du monde. Par les colonies que TAngleterre sème sur le Globe, par la prépondérance commerciale des Anglais, elle s'élève de jour en jour au rôle de langue générale, comme le fut le latin, comme Test encore le français. L'Amérique du Nord, l'Australie, l'Afrique du Sud, sont ou seront son domaine ; et d'ores et déjà on la parle dans les contrées suivantes :

En Amérique : dans tous les Etats-Unis, sauf dans un assez grand nombre de colonies de toutes langues, surtout de colonies allemandes et françaises ou franco-canadiennes, vouées sans doute aune prochaine disparition ; — dans les nombreux pays qui composent la Dominion ou Puissance, hormis chez les Bas-Canadiens et les Acadiens, gens de langue française formant un peuple trop solide pour être facilement absorbé : ce qui laisse encore à la langue anglaise, dans cette vaste confédération, l'île de Terre- Neuve, presque toute la Nouvelle- Ecosse avec l'île du Cap- Breton, presque toute l'île du Prince-Edouard, presque tout le Nouveau-Brunswick, le Haut-Canada ou province d'Ontario, le Manitoba (encore à demi-français et qui le restera peut-être en partie), la province de Saskatchewan, le territoire du Nord-Ouest, la Colombie anglaise et Vancouver ; — - dans la Jamaïque et dans la plupart des Petites Antilles; dans la Guyane anglaise.

En Océanie : dans les colonies de la Nouvelle-Galles du Sud, de Queensland, de Victoria, de l'Australie méridionale, de l'Australie occidentale, c'est-à-dire dans tout le continent australien ; dans la Tasmanie; dans la Nouvelle- Zélande ; dans les îles Fidji. De plus, c'est un langage fort employé par les ex-sauvages des îles Sandwich.

En Afrique, il est parlé concurremment avec le hollandais, sur lequel il gagne journellement, dans la colonie du Cap, dans la Cafrerie, dans le Natal, et jusque dans les républiques néerlandaises d'Orange et du Transvaal.

En Asie, il n'est la langue nationale d'aucun peuple ; toutefois, là même il a une fort grande importance parce que plus de 200 millions d'hommes y obéissent à l'Angle-

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terre, dans Tlnde et dans l'Indo-GMne; et parce que les Chinois et les Japonais en usent dans leurs rapports de commerce avec les Européens : non pas du véritable anglais, mais d'une espèce de sabir fort imparfait appelé pidgin english, — Ce mot pidjin est la corruption de l'anglais business (affaire), qui lui-même vient de notre français besogne.

Les Anglais sont en très-grande majorité protestants, mais le catholicisme fait des progrès chez eux.

TiUes. — L'Angleterre a quinze villes contenant plus de cent mille habitants et une multitude de cités dépassant dix mille âmes. Dans ce pays extraordinairement industriel et commerçant, c'est la moindre partie du peuple qui respire l'air de la campagne.

tonàresy anglais London, capitale de l'Angleterre, du Royaume-Uni, de tout l'empire Britannique, s'allonge sur les deux rives de la Tamise, qui donne accès aux plus grands vaisseaux. Elle abrite environ quatre niillïons d'habitants dans plus de trois cent mille demeures. Cette ville, qui n'avait que 35 000 âmes il y a cinq cents ans, renferme donc maintenant le soixante-quinzième de la population de l'Europe, et le trois cent quarante-huitième de celle du Globe. A elle seule, elle a plus de citoyens que la Hollande qui a tenu le sceptre des mei's, plus que le Portugal qui a failli dominer tout l'Orient, autant que la Suède qui a balancé la Russie. La Suisse avec toutes ses montagnes, avec toutes ses merveilleuses vallées inclinées vers quatre mers, ses quatre langues et ses vingt-deux tantons, n'atteint le nombre des « Londoniens» qu'en ajoutant à ses résidents ceux de la Grèce, du Danemark ou de la Norvège. Comme on l'a fait remarquer, Londres enferme plus d'Écossais qu'Edimbourg, plus d'Irlandais que Dublin, plus de Juifs que la Terre-Sainte, plus de catholiques que Rome. Et non -seulement elle l'emporte en population sur toute autre ville, mais son

commerce, son mouvement d'affaires et sa richesse défient toute rivalité. Malheureusement ses quatre millions d'hommes ne sont point quatre millions d'heureux. Nulle part il n'y a autant de misérables sans feu ni lieu, de grelottants et d'affamés ; on peuplerait une métropole de premier rang rien qu'avec ses pauvres honteux, ses filles perdues, ses vide-gousset et ses piliers de taverne.

Sans murs autour d'elle, sans obstacles naturels devant elle, Londres absorbe des hameaux, des bourgs, des cités, à mesure que sa mer de maisons s'avance. De là son accroissement formidable, et l'on a dit d'elle que ce n'est plus une ville, mais une province couverte de rues. Elle a cinq fois l'étendue de Paris et deux fois seulement sa population parce que les maisons n'y sont pas hautes, et qu'elle renferme de grands parcs, de vastes étendues sans demeures, des quartiers aristocratiques dont chaque palais prend de larges espaces pour ses cours, ses écuries et ses jardins. L'humidité du climat, les brouillards de la Tamise, les nuages, les pluies fines, la fumée de la houille, créent une atmosphère lourde, obscure et désagréable à cette énorme cité ; cependant, malgré son triste climat, son fleuve impur et nauséabond, en dépit du ventre creux et de la demi-nudité de son million d'indigents, c'est tin des grands casernements d'hommes les moins visités par la mort. Le commerce de Londres, supérieur à celui de n'impoii;e quel pays des deux mondes, hore la Fratice et les Etats-Unis, forme les deux cinquièmes de tout le commerce du royaume Breton.

Liverpod (500 000 hab.) , sur la Mersey, près de la mer d'Irlande, a grandi très-vite : elle ne comptait pas 80000 âmes au commencement de ce siècle. Elle fait le cinquième du commeixe britannique ; nul port d'Europe ne reçoit d'Amérique autant de coton, nul n'envoie en Amérique autant d'émigrants d'Europe.

Manchester (350000 hab.) à moins de 50 kilomètres de Liverpool, est à la tête des villes du Globe pour l'importance des établissements qui travaillent Ja laine et

le coton. Une petite rivière la sépare de son faubourg, Salford (125 000 hab.). Pour la croissance rapide, Manchester lutte presque avec Liverpool : elle n'avait pas plus de 94000 habitants en 1800.

Birmingham (350000 hab.) dépasse toutes ses rivales dans l'industrie du fer ; elle produit tout objet métallique en quantités incroyables, des plus grosses machines aux plumes d'acier, des armes aux aiguilles les plus fines ; il y a tant de marteaux bruyants, de nuages de fumée, de feux de forge, de visages noii^ dans le pays où règne Birmingham, que les Anglais ont surnommé ce district le royaume des Cyclopes ou la terre de l'Enfer.

Leeds (260000 hab.) tisse plus d'étoffes de laine qu'aucune autre ville du Royaume-Uni.

Sheffield (240000 hab.) est comme Birmingham un colossal atelier d'ouvriers en métaux : oh y fabrique surtout de la coutellerie.

Bristol (185000 hab.), troisième port de l'Angleterre, s'étend le long de l'Avon, faible fleuve que la marée rend navigable. Dans l'estuaire de laSevern, où se jette l'Avon, le flux monte quelquefois à l'énorme hauteur de 18 mètres.

Brarf/brd (150 000 hab.), non loin de Leeds, a fondé sa prospérité sur la laiqe, la houille et le fer.

Sloke (150000 hab.) livre surtout des poteries. Elle a pour nom complet Stoke-sur-Trent : le Trent, ici peu éloigné de ses sources, est le plus long des cours d'eau qui gagnent l'estuaire de l'Humber.

Newcastle (130000 hab.; 170000 avec les faubourgs), sur la Tyne, près de la mer du Nord, tient le premier rang parmi les villes du monde pour l'exportation du « pain de l'industrie, » autrement dit de la houille.

Avec sa banlieue, Huddersfield a 130000 âmes, 70000 seulement sans elle. Cette ville, située entre Manchester et Leeds, tisse la laine en grand.

Huit (120000 hab.), sur l'Humber, prés de la mer du Nord, ne le cède comme port de commerce qu'à Londres, à Livei'pool et à Bristol.

Plymouthj port de guerre de la côte méridionale, renferme près de 120 000 habitants, si on lui ajoute Devonport, ville contiguë.

Portsmouth^ port de guerre qui fait presque vis-à-vis à notre Cherbourg, et qui n'est pas moins puissant, a bien près de 115000 âmes : le canal de Spit Head le sépare de la verdoyante île de Wight.

Snnderland (100000 hab), à Tembouchure de la Wear dans la mer du Nord, près de Newcastle, construit un très-grand nombre de navires.

Leicester a 9b 000 âmes; Brighton^ port de la Manche, 90000, etc. Plusieurs autres cités anglaises dépassent 100000 habitants, quand on leur donne leur étendue véritable, c'est-à-dire quand on leur rapporte la population des bourgs, des villages, des hameaux, des grandes usines qui sont leurs dépendances naturelles. En réalité, certains districts de l'Angleterre sont devenus d'immenses villes çà et là pénétrées par la campagne, et tel canton presque désert il y a deux cents ans compte aujourd'hui par milliers ses cheminées gigantesques. C'est principalement autour de Londres et dans le Lancashire, pays de Liverpool et de Manchester, que les rues des commerçants, des fabricants et des rentiers empiètent le plus vite sur le domaine de l'homme des champs.

Pays de Cialfes. — Le Pays de Galles, en langue anglaise Wales, n'a guère que 1900000 hectares avec 1200000 habitants. Les vallées y sont profondes, les torrents rapides, la nature sauvage. Des monts sévères, faits surtout de calcaires et de grès, y attirent de toutes parts la foule processionnelle des nuées; rarement un ciel éclatant sourit à leurs bruyères, et c'est trop souvent le froid brouillard, la pluie fine, les vents mouillés qui frappent le manteau du voyageur appelé chez les Gallois par la

beauté tiûste du pays, par ses monuments barbares, dolmens, menhirs, cromlechs, et par les ruines énormes de ses forteresses féodales. Le mont le plus élevé de la contrée, et en même temps de l'Angleterre entière, le Snowdon (1 094 métrés), s'appelle ainsi en anglais et sur toutes les cartes, mais il a pour véritable nom Moël-y- Wyddfa, car c'est de la sorte que le désignent encore dans leur langue nationale les pasteur's des vallons qui le contemplent : il se dresse près de l'angle nord-ouest du Wales, non loin de l'étroit chenal de Menai, séparant l'île d'Anglesey de la grande terre.

Le Pays de Galles envoie une portion notable de ses eaux à un courant dont il possède les sources, à la Severn, rivière de même longueur à peu près que la Tamise, dans un bassin de 900000 hectares. D'allure ti*anquille, et pour ainsi dire peu disposée aux aventures des toiTents du Midi, qui, secs le matin, roulent au soir des niagaras disparus au lever du soleil, elle a un étiage considéi'able proportionnellement à des crues qui n'atteignent même pas 350 mètres cubes par seconde. Formée dans le massif du Plymlimon, elle coule en arc de cercle, d'abord au nord-est dans la direction de Manchester, puis vers Test dans la direction de l'estuaire du Wash, puis au sud-est comme pour gagner Londres, puis droit au sud, enfin au sud-ouest et à l'ouest sous forme d'estuaire.

La houille et le fer remplissent les coteaux gallois, et l'industrie métallurgique y a pris un prodigieux développement ; la fumée des usines géantes y monte lourdement dans un air brumeux, opaque et mouillé ; des vallons jadis aimables ou d'un calme austère y retentissent du bruit des marteaux, et les rivières, autrefois transparentes, mènent aujourd'hui des flots contaminés à la Severn, au canal de Bristol, à la mer d'Irlande. Dans les prairies que l'humidité du ciel garde en fraîcheur perpétuelle prissent dé petits moutons et des bœufs noirs.

Le peuple gallois, appelé welche par les Anglais, a longtemps combattu contre les Saxons de la plaine avec

un long courage digne du peuple qui avait pris pour devise : « La vérité contre tout le monde ! » Après les défaites de la fin du treizième siècle, les Gallois se retranchèrent dans leurs forteresses naturelles, au-dessus du plat pays saxon et normand. Ils y ont conservé presque partout leur originalité, leurs mœurs, leur cymraeg, qui est un vieil idiome celtique ; mais déjà beaucoup de Gallois parlent aussi ou comprennent au moins l'anglais : il leur arrivera comme à leurs frères de la Cornouaille, qui ont définitivement perdu l'idiome antique de leur presqu'île, il n'y a pas encore cent ans. Plus bruns, plus petits, plus trapus que les Anglais, les Gallois s'occupent moins de l'agriculture que de la pêche, des troupeaux, des mines, du travail des métaux. Ainsi que tous les peuples bergers, ils sont généralement tristes, contemplatifs et superstitieux ; leurs chants populaires, fort beaux, dit-on, se ressentent de cette mélancolie.

Aucune ville du Wales n'enferme cent mille âmes : à peine si la plus populeuse, Merthyr-Tydvill, en a cinquante-deux mille, mais cette ville, groupe d'énormes usines éparses près de la Taff, tributaire de l'estuaire de la Severn, doit une grande importance à ses forges : on l'a surnommée la « capitale du fer » . — Swansea, port du canal de Bristol et vaste usine de cuivre, ne le cède à Merthyr-Tydvill que de quelques centaines d'habitants.

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