ECOSSE
FUrths, monto» torrents et lacs. — La beauté de l'Ecosse est proverbiale comme la beauté de la Suisse, de l'Italie ou de l'Andalousie. Yeut-on rappeler la rudesse
et la nudité des monts, la solitude des bi'uyères, la tristesse des horizons brumeux, on nomme aussitôt les Highlancb ou montagnes de l'Ecosse, contrée fière de la calme beauté de ses lochs (lacs), de l'austérité desesglens (vallons), de la mélancolie de ses clachans (hameaux), de la sévérité de ses ruines féodales, car'tout site âpre de cet âpre séjour, que Rome ne soumit pas, avait son donjon, tout site gracieux ou retiré et propre à la méditation, son monastère. Malgré les guerres de seigneur à seigneur, malgré la longue lutte nationale soutenue par les Celtes écossais contre les Anglais, malgré le climat dont les longues pluies descellent insensiblement les murailles, il reste beaucoup de ces manoirs, depuis le château cerné de pins de Glamis, où Macbeth égorgea Malcolm, jusqu'aux demeures où passa la belle Marie Stuart, qui fut reine de France. 11 y eut pendant plusieurs siècles une grande amitié entre la France et l'Ecosse : ces deux pays se protégeaient mutuellement contre l'absorbante Angleterre, et longtemps nous n'eûmes pas d'alliés plus fidèles que les Écossais. Mais plus tard, quand ce peuple guerrier eut appris à marcher sous la bannière anglaise, il contribua grandement par sa vaillance aux plus belles victoires que nos ennemis nous arrachèrent sur terre et sur mer. Nos autres « alliés, » les Irlandais, ont aussi beaucoup fait pour la ruine de la France.
Une des grandes splendeurs de l'Ecosse, c'est une mer d'une sombre majesté, coupée en firth^ ou golfes très-avancés dans les terres, hérissée de caps, bardée de falaises, encombrée d'îles et d'écueils, et rapide en ses détroits jusqu'à des vitesses de quinze à vingt kilomètres à l'heure. L'Angleterre elle-même n'a pas un littoral aussi brisé que l'Ecosse, et le flot de l'Océan ne s'y rapproche pas autant des montagnes de l'intérieur. Le pays doit beaucoup à la mer : bien des milliers d'hommes s'y soutiennent par la pêche et la navigation, qui ne trouveraient pas à vivre sur les rugosités ingrates qui enlèvent à l'Ecosse des millions d'hectares ; les vallées vraim^t fertiles v
sont rares, de peu d'étendue ; la population, très-serrée pour le peu de fécondité du sol, s'entretient surtout par les troupeaux, l'industrie, le commerce et la marine.
L'Ecosse renferme trois chaînes de montagnes : les Chefviots, sur la frontière anglaise, les Grampians au ceiltre du pays; les Monts du Nord en face des Hébrides, deë Orcades et de la mer qui va Jusqu'à l'Islande. A l'inverse de l'Angleterre, qui est surtout plaines et coteaux, l'Êcosge est presque toute en montagnes, et c'est surtout pai^ elle que le Royaume-Uni a son altitude moyenne de près de 218 mètres. Dans ses chaînes généralement nues, le pin sylvestre domine, et après lui d'autres résineux formant des forêts quelque peu accrues par le reboisement'. Le plus élevé des Cheviots dépasse à peine 800 mètres ; dans les Grampians trône le sommet principal de tout l'archipel Britannique, le Ben-Nevis (1331 mètres) qui se lève près de la rive d'un firth au fond duquel commence le fameux canal Calédonien. Ce canal va d'une mer à l'autre, des eaux qui touchent presque l'Irlande au littoral d'où l'on verrait, si la distance était moindre, la citadelle des monts norvégiens s'escarper sur les flots : il a profité de plusieurs lacs et de quelques rivières, en un mot de la dépression générale qui sépareles Grampians des massifs du Nord.
Sous une voûte que les nuages n'abandonnent guère, les sources, les gouttes qui filtrent dans la trame des bruyères s'unissent en rivières limpides, aimant à se reposer au sein des lacs, après s'être fatiguées et brisées dans l'effort des rapides, le travail perdu des remous et le sauve-qui-peut des cascades. Parmi ces rivières viennent au premier rang la Tweed, torrent qui sert un moment de limite avec l'Angleterre ; la Clyde, renommée pour les souvenirs de l'histoire, les paysages de sa vallée supérieure, les cascades de Lanark, l'immense industrie, le commerce, les chantiers de construction de son estuaire; le Forth et le Tay , qui finissent par deux grands firths ; la Dee, qui débouche à Aberdeen; le Spey, plus rapide
que les autres; la Ness, qu'utilise le canal Calédonien. La plus abondante d'entre elles, le Tay, dont le bassin n'est pourtant que de 600 000 hectares, l'emporte en volume non-seulement sur les torrents écossais, mais aussi sur les premiei*s fleuves de l'Angleterre et de l'Irlande, sauf peut-être sur le Shannon : il roule en étiage trois fois plus d'eau que la Tamise elle-même.
Parmi les lacs, le Lomond (11000 à 12000 hectares), passe pour le plus beau; voisin de l'estuaire de la Clyde, où il se verse par la rivière Leven, il est dominé par le Ben Lomond (975 mètres), et il a 240 mètres de profondeur. Le lac Katrine, son voisin, bien plus petit, non moins célèbre, envoie son émissaire vers un affluent du Forth. D'ailleurs, les lacs réellement pittoresques de l'Ecosse ne se comptent pas.
Tous ne sont pas riants, loin de là; il y en a même beaucoup de revêches, mais comment les autres seraientils vulgaires? Du dernier ruisseau, fils des bruyères, qui leur arrive à l'extrémité d'amont, jusqu'à la rivière qui les vide toujours sans les épuiser jamais, leurs eaux sommeillent au pied de montagnes dont l'âpreté n'est pas sans grandeur. Au bord de ces ondes froides versées par des naïades éternellement cachées dans le brouillard au lieu de luire entre les buissons verdoyants de la source, puis de fuir, entrevues, derrière la ramée ; devant cette beauté faite souvent de pauvreté, de rudesse et d'abandon, les Anciens eussent peut-être reculé comme devant une lugubre laideur, et le chant se fût glacé sur leurs lèvres toujours prêtes à se répandre en rhythmes éclatants. A leur âme née dans la lumière, les lacs écossais eussent à peine semblé dignes des Pietés et des Calédoniens, tristes barbares obscurément assis à la dernière limite du monde. Toutefois, pour n'être ni chauds, ni lumineux, ni fêtés par de joyeux coteaux, les lochs de l'Ecosse n'en sont pas moins de nobles lacs. Une forte race de poètes en a célébré les beautés dans ses hymnes de guerre, ses sombres légendes, ses mâles épopées; mais le « mo-
nument éternel comme l'airain » que les chanteurs gaéliques pensaient avoir élevé à la gloire du pays des lacs et des bruyères, n'aura duré qu'un petit nombre de siècles, car la langue de ces bardes ne tardera pas à disparaître.
I/e peuple écossais : liOiirlanders et Highlanders.
— Les huit millions d'hectares de l'Ecosse renferment 3 560 000 habitants.
Lac écossais.
La majorité revient aux Lowlanders ou gens du pays bas, Germains mêlés de Celtes en proportions mal connues. Les Lowlanders parlent anglais ; on les dit supérieurs aux Anglais d'Angleterre par la taille, la force, l'amour de l'étude; mais l'égoïsme, la sécheresse, la bigo-
goterie, Tintolérance et l'étroitesse d'esprit gâtent quelquefois ces solides caractères d'hommes.
Les Highlanders ou gens de la montagne sont restés en partie Celtes par les traditions et la langue. On les nomme Gaëls. 200 000, 250000 peut-être d'entre eux ont gardé leur antique idiome. La ligne réparant les gens de langue anglaise des gens de langue gaélique part du golfe de la Clyde pour aboutir à celui de Moray après avoir décrit une espèce de demi-cercle dont la convexité regarde l'orient et qui embrasse les hautes vallées du Forth, du Tay, de la Dee, du Don et du Spey. Elle divise ainsi l'Ecosse en deux parties presque égales , laissant au verbe anglais la région basse, tempérée, féconde et peuplée du pays ; tandis que le gaélique règne sur des vallons déserts, des lacs ceraés de roches, des pierres, des croupes nues et des gazons sauvages. Reculant toujours depuis la fin des guerres de l'Indépendance, et surtout depuis la Réforme, il résonne encore dans une portion des comtés de Rute, de Stirling, de Dumbarton, de Perth, d'Aberdeen, de Ranff, d'Elgin, de Nairn, de Caithness, et surtout dans les îles Hébrides et dans les comtés d'Argyle, d'Inverness, de Ross et de Sutherland : ce dernier, bien que situé tout à fait au septentrion du pays, s'appelle d'un nom signifiant Terre du Sud, parce que les Scandinaves qui le désignèrent ainsi venaient du nord quand ils débarquèrent sur ses rives. Les Gaëls émigrenl en grand nombre vers l'Amérique anglaise, aussi y a-t-il dans la Nouvelle-Ecosse, dans l'île du Gap^Rreton, dans le Haut- Canada, des cantons, et même des comtés, où le gaélique est encore parlé plus que l'idiome officiel, qui dans ces trois contrées est la langue anglaise.
Les Écossais sont protestants ; ils partagent avec l'AngleteiTe le sceptre de l'industrie, du commerce, de la colonisation; les meilleurs émigrants parmi ceux que le Royaume-Uni essaime dans le monde sont précisément des enfants de l'Ecosse.
Tilles. — Trois villes écossaises ont plus de cent mille âmes :
Glascovi n'a pas rang de capitale, mais elle renferme trois fois plus d'habitants que la métropole du pays. Cité dont la grandeur date de ce siècle, elle prend place aujourd'hui parmi les premières villes d*Europe, tant par ses 550000 âmes que par son immense industrie et son commerce avec toutes les contrées de la Terre. Comme le Liverpool et le Manchester anglais, ce Liverpool et ce Manchester de l'Ecosse n'avait pas cent mille habitants en 1800; il occupe les deux rives de la Clyde, à quelque distance au-dessus de l'endroit où cet affluent de la mer d'Irlande commence à se transformer en estuaire.
Edimbourg (200000 âmes), la vieille ville historique de l'Ecosse, en même temps que sa capitale, son centre social et littéraire, est admirablement située près de la baie du Forth, tributaire de la mer du Nord. Elle étend ses vieilles rues et ses beaux quartiers neufs au pied d'un demi-cercle de hautes roches de basalte isolément plantées dans le sol.
Dundee (120 000 hab.), sur l'estuaire du Tay, non loin de la mer du Nord, file, trafique et navigue. La ville écossaise la plus peuplée après les trois cités supérieures à cent mille âmes, Aberdeeriy à l'embouchure dé la Dee dans la mer du Nord, approche de 90 000 habi-r tants.