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GRECE

Dans son étendue actuelle, la Grèce comprend un tronçon continental, une presqu'île, la Morée ou Péloponèse, et des îles.

Heiiade. — Le tronçon continental ou Hellade enclôt 2 millions d'hectares, avec 330 000 habitants. La mer Egée, la mer Ionienne et le golfe de Corinthe baignent cette petite contrée qui s'attache à la Thessalie et à l'Albanie, provinces turques, et qui comprend trois nomarchies ou départements : l'Acarnanie et l'Étolie, la Phthiotide et la Phocide, le Béolie et l'Attique. Pays sans plaines, sans larges vallées, destiné par la nature à recevoir des peuplades parquées chacune dans son petit cirque, la Grèce continentale forme un dédale confus de montagnes de 1 000 à 2 500 métrés de haut qui ont perdu leurs noms harmonieux. Le Parnasse (2459 métrés), aujourd'hui Likeri, domine le village albanais de Kastri, qui fut Delphes, premier oracle grec et « nombril de la terre; » il a pour proche voisin un sommet de 2 512 métrés. La montagne où le vieil Hercule déracina les pins de son propre bûcher, l'Œta (2 152 métrés), dont les forêts de chênes commandent les Thermopyles, a pris le nom de Katavothra; l'Hélicon s'appelle Zagora, terme slave ; le Cithœron se nomme Tlateas.

Des trois nomarchies helladiennes, la première, l'Acarnanie et l'Étolie, contraste violemment avec la Grèce attique et béotienne. Terre verte au lieu de roche rôtie, elle tire de ses monts torturés, de ses forêts larges et touffues, de ses lacs, assez d'eau courante pour emplir de vraies rivières. Là court l'Aspro-Potamo, l'ancien Acheloos, fleuve abondant en toute saison : il reçoit par un émissaire marécageux les eaux du plus grand lac de la Grèce, le lac de Vrakhori, autrefois Trichonis, qui a 50 kilomètres de tour. De grands troupeaux animent ses pâturages; ses habitants, guerriers à demi sauvages et robustes brigands, disputent aux Maïnotes et aux Sphakiotes la gloire d'avoir conservé pur le sang des Hellènes.

m GÉOGRAPHIE.

La seconde nomarchie comprend la Phocide et la Phthiolide. La Phocide s'appuie à la fois au canal de l'Eubée qui mène à la mer d'Orient, et au golfe de Corinthe qui conduit à la mer d'Occident. Elle possédait le centre religieux du monde grec, Delphes; il lui reste la beauté du Parnasse. La Phthiotide est le frais bassin de la Hellada, rivière rapide qui se nomma Sperchios.

La troisième nomarchie renferme la Béotie et TAttique. La Béotie donne également sur les deux mers. Elle a Thèbes et sa part du Gopaïs, lac-marais de 15000 à 25 000 hectares suivant la saison, qui porte aussi le nom slave de Topolias ou lac aux peupliers. Il occupe le bas-fond d'une plaine dominée par les monts Ptoùs aux roches verticales, par le Parnasse et l'Hélicon, jadis ruisselants de sources et pleins de torrents sautant dans les bois. Le Cépliise, et THercyne, frais ruisseau de cristal né des fontaines de Léthé et de Mnémosyne, remplissent de leui*s crues son bassin, et vingt-trois katavothra évidés dans la masse des roches du Ptoùs font une issue souterraine aux eaux : issue d'ailleurs insuffisante par suite de l'obstruction de ces voies obscures. En été, l'aire que le soleil débarrasse pour un temps de ses eaux paludéennes devient prairie et culture ou reste joncs et roseaux.

L'Attique, enfin, le pays d'Athènes, se* porte en presqu'île à la rencontre de la Morée.

Morée. — L'isthme de Gorinthe, qui soude PAttique à la Morée ou Péloponèse, a pour destinée prochaine d'être coupé pour que la mer Ionienne s'unisse à la mer Egée. 11 n'y aura pas là de grandes montagnes à forer, ou à gravir et à descendre comme dans l'Amérique centrale, ou d'immenses sables à creuser comme à l'isthme de Suez, parce que les chaînes de la Hellade ne s'y lient point à celles de la Morée par une épaisse montagne. 11 y a dépression dans l'isthme, et en un lieu 40 mètres seulement d'altitude ; puis on ne compte guère que quatre ou cinq

kilomètres' de golfe à golfe au point le plus étroit de l'isthme.

Une petite ville sans luxe, sans commerce, presque sans habitants, veille à la racine de Tisthme, à la base des monts moréens : c'est Corinthe, qui fut la cité grecque la plus opulente et contint, dit-on, 500 000 âmes, autant que toute l'Attique et trois ou quatre fois plus qu'Athènes sous Périclès. Le golfe auquel elle a donné son nom, et qui s'appelle également golfe de Lépante, s'allonge entre la Hellade au nord et la Morée au sud, pendant 125 kilomètres, avec une largeur très-variable, 1000 mètres à l'entrée, 35 kilomètres au plus ample. Au septentrion de même qu'au midi, il a pour voisins et pour dominateurs des monts élevés, qui tantôt laissent à leur pied une étroite lisière de terrain, tantôt s'affaissent précipitamment sur le flot. C'est par le golfe de Fatras, devant l'immortelle Missolonghi, qu'il s'ouvre sur le bassin de la mer Ionienne.

La Morée, l'ancien Péloponèse, n'a que 2150000 hectares avec 600 000 habitants, mais quels noms et quels souvenirs ! La brillante Gorinthe ; l'antique Argos, dont les Grecs portèrent le nom, car ils s'appelèrent, au moins chez les poètes, Argheioï, comme Achaidi, Danaioï et Hellènes; Épidaure et le sanctuaire d'Esculape; la vieille Sycione, mère des peintres; Trézène; Tinthyris dont les murs cyclopéens ont quinze mètres d'épaisseur ; Mycènes, toute pleine de crimes ; Mantinée, vallée centrale de la péninsule et lieu de grandes batailles ; Tégée ; Orchomène, puissante aux temps héroïques ; l'invincible Sparte; la noble Messène, indomptable comme Sagonte et Numance; Pylos, la ville du sage Nestor; Pise, Élis, Olympie, le bois de Némée; le marais de Lerne, le lac de Stymphale; l'Alphée, TEurotas, le Styx; le Lycée, le Taygète et TErymanthe.

Le Péloponèse tient son nom moderne de Morée de la ressemblance de son contour avec celui de la feuille du mûrier (Uopéa. en grec). Haut en moyenne de 600 mé-

1res, il dresse autant de montagnes que la Hellade ; le Saint-Élie ou Taygète y atteint 2409 mètres; le Cyllène, le Khelmos et l'Olonos, antique Krymanlhe, ont une allititude un peu moindre. L'élévation du sol vaut à presque toute cette péninsule un climat frais, parliculièrement dans l'Arcadie, région pastorale qui mérita de passer en proverbe chez les Anciens : c'était pour eux l'idéal de la beauté champêtre, et ses bergers passaient pour les plus heureux des hommes. Aujourd'hui l'Arcadie, comme autrefois sans doute, a plus de sauvagerie que de grâce et ses pasteurs sont des paysans grossiers. 11 s'y trouve un grand nombre de bassins fermés et de katavolhra : Mantinée, Tégée, Stymphale, Orchomène, Phénée, noms si grands dans les livres, villes si petites dans le vallon où naquit leur légende, où s'écoula leur histoire, sont situées dans des bas fonds de ce genre. Des katavothra donnent passage à leurs eaux, mais quand ces issues naturelles s'obstruent, le bassin redevient ce qu'il était jadis avant la fissuration de ses roches : si la dépression renferme encore un reste de lac, ce lac s'agrandit; si elle est sans eau, le lac se reforme; puis dès qu'une ou plusieurs voies souterraines se sont débondées, la nappe d'eau recule et laisse des vases d'où monte le méphitisme.

De ces lacs toujours prêts à s'emplir ou à se vider suivant l'état des veines de la pierre, le plus grand, le lac de Phénée, profond, d'aspect sombre, s'étend sur plusieurs milliers d'hectares, à 750 mèti'es d'altitude, au pied de sept monts pyramidaux, tous les sept fort élevés et brunis par des forêts de pins. Les eaux qu'il puise aux fontaines de ces sept montagnes couvertes de neige pendant trois des quatre saisons de l'année, se dérobent par un chenal souterrain et vont agrandir le Ladon, l'une des fortes rivières du Péloponése. Les deux autres . grands cours d'eau de la presqu île, l'Alphée qui reçoit le Ladon et court vers la côte occidentale, l'Eurotas qui court vers le midi, s'arrêtent également, dans leur bassin

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