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CHAPITRE IIL

GRANDEUR ET AFFAIBLISSEMENT DE LA SAISON DES- PAGNE : RÉUNION DU PORTUGAL, SÉPARATION DES PATS-BAS; MÉDIATION DE l' ANGLETERRE ET DE LA FRANCE. — AFFAIBLISSEMENT DE LA MAISON D'AU- TRICHE : GUERRE DE TRENTE ANS ET INTERVENTION DE LA FRANCE JUSQU'A LA PAIX DE WESTPH ALIE.

La division de la maison d'Autriche, commencée par Charles-Quint lai-même, peu de temps après qu'il eut reçu l'Empire, s'était malgré lui consommée quand il le déposai Cependant l'Espagne, d'uncôté, et, de l'autre côté, l'Autriche formaient toujours les puissances prépondérantes parmi les Etats qui se groupaient à l'entour. Leur déclin commence dans la période que nous allons parcourir.

Espagne. Le premier coup porté à la domination de Philippe H, fut la révolution des Pays-Bas; mais avant que l'on pût dire encore quelles en seraient les conséquences, l'Espagne avait presque doublé ses ressources par la réunion du Portugal.

Réunion Le, Portugal , qui occupait auprès d'elle unie petite 1 e^°de U8al P artie du rivage occidental de la péninsule , du Minho 5 colonie», & la Guadiana , partageait avec elle , à titre plus égal, la domination des mers. La ligne de marcation tracée par le pope en 1493, lui assignait l'Orient; et Charles-

Quint, en 1529, avait renoncé à tout droit sar lés pays découverts en son nom dans le grand Océan et l'Océan Indien (depuis le voyage de Magellan, qui reconnut les Philippines, 1519-1522). Indépendamment de leurs possessions sur le rivage occidental de l'Afrique (dans l'île àArguin, près du cap Blanc; sur la Côte-d'Or, en Guinée ; dans le Congo , sur le fleuve Zaïre , etc.), les Portugais avaient à l'Orient des établissements sur la côte de Mozambique (de Sofala à Quiloa). Par les petits royaumes d'Àden et de Mascat, enlevés aux indigènes , aux deux extrémités S.-O. et S.-E. de l'Arabie , par l'île de Socotora, qui commande le golfe Arabique, par l'Ile d'Ormus (1515), qui commande le golfe Persique , ils fermaient deux des anciennes routes du commerce de l'Inde , dont ils restaient seuls maîtres. — Dans VHindoustan, de Goa, ville du royaume de Decan, dont Albuquerque avait fait la capitale de leur Empire (1510), ils étendaient leur puissance , au Nord , sur les royaumes de Cambaie (au fond du golfe de ce nom), et de Dm (1536) (sur les côtes de Guzerate) ; au Sud , sur toute la côte de Malabar (1); et ils occupaient de plus les positions les plus importantes de la côte orientale (2). — Cey~ ton, l'ancienne Taprobane , était contenue par leurs forteresses (1505 et suiv-), et Albuquerque, le vérita-

(1) Ils possédaient, au nord deGoa, Bombay (1530) , Choulla f Dabouly etc. (1509); au sud, les villes d'Onorc, Mangalore, Crà*ganore, Coulan, un comptoir à CaKcut, des forts près de Canaaore et de Cochia, etc.

(2) Negapatam sur le fleuve Cavery f Mat%iipatam près deaboi*-

ble fondateur de leur domination à l'E. de l'Afrique et dans l'indouslan , l'avait étendue à la Chersonise <ïOri cette troisième péninsule projetée par l'Asie, où ilavait soumis Jlfa/acca (1511). — Lesîles voisines, celles delà Sonde (Sumatra, en 1510; Java, en 1513), la plupartdes Moluques, à TE. (1510), avaientété vers le même temps découvertes. Depuis, les Portugais avaient reconnu les deux grandes îles de Célèbes ( 1 525) et de Bornéo (1) (1539) au N. , qui avec les îles Philippines, visitées par Magellan, complètent le groupe des îles Malaies. Onélaitmême remonté jusqu'aux iles du Japon[i5k% et de plus, Macao, pelite îledu golfe de Canton concédée aux Portugais par l'empereur de la Chine (1580), leur donnait la facilité d'entretenir des relations commerciales avec cette riche contrée. A là domination que les Portugais exerçaient directement dans les lieux nommés plus haut, il faut ajouter la souveraine influence qu'ils étendaient sur les rois du reste du pays, presque tous soumis au tribut, et qui, ligués naguère pour repousser le joug, avaient été plus complètement asservis par Ataïde (1568).

Les Portugais ne s'étaient point bornés à l'Orient, ils avaient étendu leurs découvertes en Amérique, au N. et au S. des établissements Espagnols : au N., te* Corteréal avaient reconnu l'île de Terre-Neuvp (Terra

ches de la Kistnah , Hougly dans le Bengale , au milieu des bouches du Gange.

(1) Cette île avait déjà été visitée et appelée ile Bunne par les compagnons de Magellan.

de Baccalhaos, vers 1463), le Groenland (Terra Verde}, et probablement aussi le Labrador (v. 1500); au S., Alvarez Cabrai, allant aux Indes, avait louché au Brésil (1496). Les pays visités au N. furent délaissés ; le Brésil, occupé au contraire (1); et pour s'en assurer la possession, le Portugal avait fait reculer de 270 lieues vers l'Occident (2) la ligne qui divisait entre l'Espagne et lui le monde des découvertes. Mais celte ligne factice allait être effacée du globe à la mort du roi de Portugal Henri : Philippe II, ajoutant à son droit l'appui de la force, avait été proclamé son héritier (1580). — La même année qu'il recevait aux états de Tomar le serment de ses nouveaux sujets, il recevait la déclaration d'indépendance des Provinces- Unies (1581). -

La révolution des Pays-Bas qui datait du compro- *J*°j£ mis de Breda, en 1566, avait été sanctionnée par l'as- Pays-Bas. semblée de Dordrecht (1572). Un gouvernement nou- ?eau y fut constitué; il rallia le reste des dix-sept provinces à la pacification de Gand (1576) (3). Mais, pour durer, cette union comptait dans son sein trop d'éléments hétérogènes. Des différences de religion, de

(1 ) Les Portugais, si jaloux de leur droit sur ce pays, négligèrent longtemps d'en user. En 1531, Alfonse de Sousa y conduisit la première colonie et fonda Janeiro (1 er janvier). En 1572, le gouvernement s'en était plus spécialement occupé ; il fut partagé en deux grandes juridictions, puis réuni sous un seul capitaine général (1576).

(â) Elle devint ligne de démarcation. Traité de Tordesillas» U94.

(3)Dumowt, V.P. 1,p.278,

race , séparaient naturellement ces provinces que mp- 1 prêchait la haine d'une tyrannie commune; elles nej purent même rester unies tant que dura le danger. I Sans abjurer la cause de l'indépendance , les dix provinces catholiques se détachèrent des provinces calvi- 1 niâtes, et appelèrent successivement à leur tête l'ambitieux Mathias d'Autriche (1578), et après lui , Fran- 1 çois, duc d'Anjou (1580). — Le prince d'Orange ne s'opposa point à cette séparation : il accepta pour alliées celles qui ne voulaient plus de lui pour chef, et en profita même pour resserrer les liens des sept provinces réformées. La Hollande, la Zé lande, la Gueldfe, Utrecht et la Frise (avec les Ommelandes), signèrent, le 23 janvier 1579, l'union XUtrecht; Over-Y$$d et Groningue y accédèrent plus tard (1580, 1594) (1). Les provinces séparées ne pouvaient se maintenir longtemps en une position si douteuse. Les provinces de langue française (Namur, le Hainaut, YAriois), furent les premières à se soumettre (1579). Les autres que la ressemblance de langage, que leur position géographique tenaient plus rapprochées des Provinces* Unies, firent une plus longue résistance, et finirent pourtant par céder à l'habileté des généraux espagnols. Les Provinces-Unies seules bravèrent leurs efforts, et elles en eurentaussià elles seules toute la gloire.L' Angleterre,

(1) Plusieurs villes ou seigneurs s'étaient déjà empressés de s'y faire comprendre : Gand (£ février 1579) ; Nimègue (5 mars); Ârnheim (9 mars); Leeuwarden, Sneek et quelques nobles de Fri» (23 mars) ; Tpret (10 juin) ; Breda (13 septembre) ; Bruge$ (1 -r fé * vrier 1580), etc. Voyez Dumoht, V. P. 1 , p. 322 etsuiv.

lont'Eltaabeth dirigetitioutes les ressources ^vers l'infeé-» ienr, la France déchirée par les guerresci viles, les protestants d'Allemagne retenus parles avantages, mal astirés encore , de la paix tTAugsbourg, et d'ailleurs )eu favorables à la cause calviniste, environnaient le Mtre de cette lQtte héroïque , 9ans y descendre (1). intmen- L'ambition de Philippe II y attira pourtant à la fin ^^ 'Angleterre et la France. L'Angleterre vit les prête»- terre et de ions du roi d'Espagne échouer av«c l'invincible ar- a raDCi ' «ada contre les écaeils de ses rivages ; et Henri IV lequel il disputait pour sa fille la couronne de France, leTepoussa de ses frontières. Le besoin que ce prime avaitdela paix, pour raffermir leroyaume à l'intérieur, lui fit profiter de sespremiersavantages pour conclure le traité de Vervins (1598). Il abandonnait les Provinces* Unies à leur propre force; mais déjà leur Uidépentee était assurée (2), et bientôt d'ailleurs il s'entendit ayec l'Angleterre pour leur ménager une trêve de douze ans (1609) (3). Ce traité sauvait à l'Espagne l'aven de son impuissance; il réservait aussi à Henri IV

(1) Voyez M. RAGOK, Histoire des Temps moderne*, t. II, p. 30.

(2) Elisabeth renouvelait, cette même année, son alliance arec 1* États-Généraux (16 août 1598). Dumont. V. P. 1, p. 589.

(3) En 1603 (30 juillet), un traité avait été conclu entre tau IV et Jacques I, pour les défendre contre l'Espagne; eu io08, c'était avec les États-Généraux eux-mêmes que HenrMV ftait formé une ligue défensive. La trêve de 12 ans fut signée à ***rt, le 9 avril 1609. Voyez Dumoht, V. P. 2, p. 30, 89 et 99. '"Cette trêve, limitée à 1 Europe, abandonnait les colonies des '»<*«« à la conquête des Hollandais.

un allié naturel dans la grande guerre qu'il méditai! contre la maison d'Autriche.

L'humiliation de cette maison puissante en Espagne et en Allemagne , était en effet l'idée prédominante du roi vers la un de son règne , et sa mort seigle put en arrêter l'exécution déjà commencée. On connaît le projet, qui lui est attribué, de nouvelles divisions politiques de l'Europe : cette paix universelle qu'il aurait voulu fonder sur un nouveau système d'Etats (1). Quoi qu'il en soit de ce grand rêve, il n'en faut pas moins reconnaître que la France, tirée par Henri W de ses troubles civils, donnait une attention sérieuse à l'équilibre de l'Europe. Par sa situation intérieure, par l'altitude qu'elle avait prise au dehors, elle s'était mise en étal d'y intervenir puissamment.

(1) Six monarchies héréditaires : la France avec le Limbowg, le Brabant etMalines; 1 Angleterre, la Suède avec le Danemark; I'Espagne renfermée dans sa péninsule en Europe; PAutriche dépouillée de ses possessions dans les Paye-Bas, en Allemagne et en Italie ; et le royaume de Lombardie (la Savoie, le Piémont et le Milanais). — Cinq monarchies électives : la BoHÈME,la Hongrie, la Pologne, l 1 Empire et 1 Église avec toute Y Italie du sud. — Quatre républiques : Venise avec la Sicile, les Ligues Suisses, le* Provinces-Unies avec le reste delà Belgique dont elles porteraient le nom , et la république Italique» composée des divers petits États qui se partageaient Yltalie d« nord. On devait refouler en Asie les Turcs, en tout état de cause, les Russes, sjlls refusaient d accéder à l'ordre nouveau. On v0 " d'ailleurs, d'après ce partage , que la Russie ne comptait pas encore comme puissance européenne.

Ainsi à l'intérieur, le même prince dont l'avènement France avait été comme une transaction entre les partis re- Henri iv. ligieux, avait aussi rapporté à la couronne les Etats delà principale branche de Bourbon , la dernière maison du sang royal , et surtout les Etals de la maison Sklbrety celle vaste succession du midi dont elle se trouvait à son tour l'héritière (1). Les deux autres branches de la maison de Bourbon, celle de Gondé et celle de Montpensier, la maison de Latour qui venait d'obtenir par l'influence d'Henri IV, la succession de la maison de Lamark (principauté de Sedan), la maison de Gonzague , héritière de celle de Clèves dans les comtés de Nevers et Rëthel et dans la principauté i Arches, la branche de Savoie établie dans le duché il Nemours , les Montmorenci, les Clermont-Tonmre, les la Tremoille, toute la noblesse enfin, reconnaissaient le nouveau souverain de la France. La maison de Lorraine seule qui avait dirigé la ligue et va . le trône de si près faisait encore opposition: Mayenne en Bourgogne, Mercœur en Bretagne avaient résisté les derniers. Mais le roi les avait réduits (2), et il

(1) Duché de Vendôme ; — Sirie ÏÏÂlbret, Basse-Navarre ; comtes deFota?, de Béarn, de Bigorre; vicomtes de Sottie, de Dax et de Gtoaret; Âstarae et Armagnac, Fesenzae et Fesenzaguet, Lomagne et ÏWïillars, Rouergue, Limousin, Périgord. Leur incorporation à la France, d'abord refusée par Henri IV, fut enfin prononcée par ledit de juillet 1607. Le comté d'Auvergne fut donné au dauphin par Marguerite de Valois en 1606.

(2) Mayenne conserva pour .six ans Chdlons sur-Saône, Seurre ^SoUions.

avait aussi désarmé les puissances étrangères qui espéraient profiter de ces troubles intérieurs : les Espagnols , nous l'avons vu par le traité de Feranjl (1598) , le duc de SA,voiE>par le traité de Lyon (1602). Le traité de Vervins rendait à la France au N. les limites qu'elle avait au traité de Cateau-Cambrésis. Les Espagnols restituaient les conquêtes dont ils étaient maîtres encore, Calais, Ardres, le Catelet en Picardie, Blavet en Bretagne. Henri IV leur laissait Cambrai{i); de plus, faisant toujours ses réserves pour la Navarre) il rendait le comté de Charolais qui devait rester son* la suzeraineté de la France, et abandonnait de nouveau ses droits déjà tant de fois résignés , sur Naples, Milan et le comté d'Asti, ainsi que la suzeraineté de la Flandre et de Y Artois (2). De ce côté , Henri IV acceptait donc, mais sans rien perdre, l'héritage du passé. Le traité de Lyon fit plus : il étendait les limites de la France à TE., aux dépens du duc de Savoie. Ce prince à qui Henri III avait rendu à son avènement au trône, les

(1) Cette ville, réunie arbitrairement par Charles-Quiat à ses provinces des Pays-Bas, au milieu desquelles elle était enclave (1543) , était restée au duc d 1 Anjou, seule de toutes les places dont il avait eu le gouvernement; et, à sa mort (1584), elle était revenue à la couronne. Pendant les guerres civiles , le gouverneur Jean Montluc-Balagni s'y était rendu indépendant; il y régnait en tyran, et en se déclarantde bonne heure pour Henri I> il avait obtenu de lui à son avènement la conservation de cette nouvelle principauté. Mais la prise de la ville par les Espagnols; en 1595, avait détruit sa domination.

(2) Traité de Vervins, 2 mai 1 598. Dumont , V. P. 1 , p. 561.

Mlles Ûe^Pignerol, SavigUano, la Pérvuse et G&notê [laissées à la France par }ie traité de 1562), désirait garder, sans compensation , le marquisat de Saluées , qui lui assurait des communications du Piémont m comté de Nice, et dont. il s'était emparé en 1588. Henri IV se lui demandait que la Bresse: il eiigea plus quand il lui eut enlevé de vire force les places sur lesquelles le doc avait compté. La France obtint te Bresse , le Bugeg , le Vatromey et les deax rives du Rhône, depuis Genève jusqu'à Lyon (1), ainsi que le bailliage de Gex; le duc restituait encore Château- Dauphin, et acquérait à ce prix le marquisat de Salaces , avec les places de Cantal , de Démon et de Ro-

Telle était la situation de la France à la fin du règne d'Henri IV. Non-seulement il l'avait réorganisée à Unteneur, mais il avait préparéTW deux points entnème temps, la double atteinte qu'il voulait porter aux deax branches de la maison d'Autriche, à la branche d'Espagne en Italie , à la branche d'Autriche en Allemagne : le traité de Brussol (1610) (3) promettait une armée au duc de Savoie, pour l'aider à enlever le Jft- Janats aux Espagnols , et une autre armée allait commencer ses opérations sur le Rhin. — Mais la mort du

(1 ) Au delà du Rhône , Aire, Chauêy, ÂwUli, Pmtd'Ariai v JSê{êtd, Chava, Pierre Castel. Dumont, V. P. 2, p. 1t.

(2) Aux domaines de la Savoie à cette époque, il faut joindre jeux acquisitions importantes qu'Emmanuel-Philibert avait faites en Italie , la principauté à'Oneglia et le comté de Tende.

(3) 25 avril. Dumont. V. P. 2, p. 137.

fjroi fit avorter ses projets. La régente, Marie deMédicis et le parvenu italien qui dirigeait ses conseils, ne dej

.mandaient qu'à jouir en paix du pouvoir; un doubli mariage unit les maisons d'Espagne et de France prôj tes à s'attaquer. On rompit le traité du Brusso!,e Y Italie resta dans la situation où les dernières rtvolaj Hons l'avaient mise (1). On rappela les troupes qui déjj étaient entrées dans le duché de Juliers ; mais, en Al lemagne, les événements étaient plus forts que le combinaisons de la politique; ils entraînaient qui a< les suivait pas. |

ALit- La paii d'Augsbourg n'avait point été complélemeuj magnb. acce p lée jgg protestants en Allemagne. La clause quj stipulait qu'en renonçant à la foi de l'Eglise, -ils en abandonneraient aussi les bénéfices, leur paraissait trop défavorable à leurs intérêts; ils avaient dès lors protesté contre cette réserve, et, en conséquence, oa avait vu les princes du nord se payer amplement de leur adhésion au luthéranisme, soit par des réunions directes de biens ecclésiastiques , soit en faisant postuler aux évêchés dispersés au milieu de leurs EtaU, leursi plus jeunes fils, protestants comme eux, et qu'ils pourvoyaientainsi,à peu de frais, d'apanages. Mais l'expulsion de l'archevêque apostat de Cologne, les affairesde Strasbourg, de Donawerth avaient troublé leursécurité et réveillé parmi eux l'idée d'union. L'union êvangélique compta l'électeur Palatin et les branches pa-

(I) Voyez p. 123.

1*1 atïnes de Jieubourg et de Deux-Ponts, le margrave le Bade-Dourlach , le duc de Wurtemberg , les prin- «s de la maison de Brandebourg : Y électeur et les nnrgraves d'Anspach el de Bayreulh; le landgrave de Ïïesse-Cassel , la maison d'Anhalt et un grand nombre le villes (1). On voit, du resle, que toute l'Allemagne protestante n'y figurait pas : car toute l'Allemagne ilorsélait prolestante, si on excepte les électeurs ecihmixques, la Bavière, V Autriche et la branche de Bade-ftadé , qui avait abjuré depuis peu; et parmi les principaux Etats, une des deux branches de teHessè, la maison de Saxe et les puissances du littoral du nord, es ducs de Mecklembourg et de Poméranie, n'y sont )as nommés.

Cette union , défensive en apparence , menaçait dieclement les puissances catholiques. Les princes ec~ lésiastiques du midi, avertis par l'exemple de ce qui était passé dans le nord, songèrent à se rallier autour fan chef qui les pût défendre et choisirent le duc de bviére. La ligue catholiqub , formée par le duc de kvière et les évoques de Wurtzbourg , de Ratiswne, de Passau, de Constance et d'Augsbourg, le rieur A'Ellvangen et le prieur abbé de Kempten (10 lillet 1609), reçut, dès le mois suivant (30 août)» Adhésion des électeurs ecclésiastiques et bientôt môme

(f) Recès de Ânhausen en Franconie, 1 608, etc. Schœll, t XV, 2â&. — L'union prit une forme plus régulière dans l'assemblée Bail, 3 février 1610. Huit jours après, elle reçut l'adhésion de enri IV. Dumont, V. P. 2, p. 127 et 135.

celle de l'archidue Frédéric de Styrie (8 février 1610) (1). La maison d* Autriche, dont une branche venait: tardivement s'adjoindre à la ligne catholique , sons le patronage de la Bavière , aurait dû en prendre dès le commencement la direction , pour peu qu'elle fût jalouse de garder le rang qu'elle occupait en Allemagne. Si elle s'était tenue en dehors des deux ligues, c'était, on le savait fort bien, moins par impartialité que panfaiblesse. Divisée en trois branches à la mort de Fer* dhiand I" (2) , elle en formait deux encore depuis l'extinction de celle de Tyrol , la branche à' Autriche et celle de* Styrie. Mais l'empereur Rodolphe II , qui en devait défendre les intérêts, ne s'en occupait pas plus que de l'Empire. En 1606 , les princes de sa maison, las de son incurie, s'étaient réunis pour les confier à l'archidue Mathias; et Rodolphe dut lui abandonner encore, en 1606, la souveraineté de la Hongrie etide \ x Autriche avec l'administration de la Moravie , un des Etats de la couronne de Bohême dont Mathias recevait en même temps l'expectative (3).

(1) Schœix, Histoire des Était européens, ibid. p. 222. Le traiti de 1 609, donné par Dumont, ibid. f p. 1 18, et dans le Corpus Dipl Germ., P. Spec. I, p. 283, ne désigne que les chefs : le duc de Bavièrt et les éréques de Wurtobourg et êPAugsbàurg, qui lui sont adjoints.

(2) 1° "V Autriche, la Hongrie et la Bohème, sous Mazimilien II, qui fut empereur. — 2° Le Tyrol, V Alsace, le Br.isgau.el la SouaJhs autrichienne. — 3° La Styrie , la Camiole et la Corinthien

(3) Corp. Dipl. Germ. P. Spec. contint 1* p r 7&-81 , et DumobTj V. P. 2, p. 68 et 92.

Telle était la situation de l'Allemagne, quand s'ouyrit la succession de Juliers. La maison d'Autriche divisée, l'union évangélique ennemie de sa domination, la ligue catholique indépendante de son appui et pour le moins indifférente à sa grandeur , tout semblait promettre une issue favorable à l'intervention de Henri IY ; ei pourtant, à la fin, l'union évangélique se trouva plus faible et la maison d'Autriche mieux affermie. Des quatre prétendants à la succession de Juliers , deux restèrent en dehors de l'union : les deux princes de Saxe qui attendaient tout de leur bon droit et du jugement de l'Empereur; les deux autres s'en détachèrent: le prince de Neubourg, qui abjura le . protestantisme pour mériter l'appui de la ligue catholique, et l'électeur de Brandebourg, qui se fit calviniste pour intéresser les Hollandais en sa faveur. Au contraire la maison d' Autriche, si délabrée sous Rodolphe allait se reconstituer. Mathiasqui, en 1611, s'était fait céder encore par son frère la couronne de » Bohême, lui succédait en 1612 dans le seul héritage qu'il eût encore à lui laisser, l'Empire. H réorganisait la ligne catholique de manière à en prendre seul la direction suprême; et, afin de prévenir de nouveaux (roubles dans sa maison, il amenait tous les membres dont elle se composait à reconnaître pour unique héritier Ferdinand, de la branche de Styrie. Ferdinand déclaré futur roi de Bohême en 1616, de Hongrie en 1618, lui succéda h\XEmpire\ en 1619 ;. mais déjà| la guerre de Trente ans avait éclaté, i Notre but n'est point de suivre en délaillles vicissi-

1U tades de cette guerre, pour marquer des changements ou énumérer des conquêtes auxquels la paix ne doit pas donner de sanction. Nous nous bornerons à retracer les principales combinaisons politiques qui élevèrent la maison d'Autriche dans les deux premières pè riodes, etla ramenèrent, pendant les deux suivantes, i l'état dans lequel le traité de Westphalie l'a fixée. Guerre ^a 8 uerre religieuse ne pouvait plus être au dix-sep de tième siècle ce qu'elle avait été au premier âge du pr<* *qs. teslantisme, quand les ligues de Smalkade ralliaient toute l'Allemagne luthérienne contre l'Empereur. Let intérêts politiques de chaque Etat n'étaient point par* tout d'accord avec les intérêts généraux de la réforme €t la réforme elle-même, divisée à l'intérieur ,tfavai| plus celte communauté d'intérêts. On le vit bien dès le commencement de la guerre de Trente ans, quand les révoltés de Bohême appelèrent au trône Vélecteui Palatin (1619). L'électeur de Saxe, jaloux de levoii à la tête de l'union évangélique, détacha de sa caas< les Etals de la Haute-Saxe ; Y Union elle-même, voyan| dans son triomphe le triomphe du calvinisme, l'abani donna bientôt (1620). L'Empereur qui comptait pool alliés, au dehors, le pape, le roi d'Espagne, le roi <H Pologne, et disposait des forces de la ligue caiholi^ àl'inlérieur,remportasurson adversaire un facileavanj tege.Ilavaitpromisàl'UniondenèpointenvahirlesElalj du Palatin : il les fit occuper par les Espagnols que s promesse n'obligeait pas (1621). Ainsi les deux ligne de la maisond' Autriche se louchaient sur le Rhin coffl me elles venaient! d'un autre côté, de se rejoindre dan

les Alpes, à la faveur des troubles des ligues Grises (1). Mais ces avantages mômes devaient créer à l'Empire de plus grands embarras. Le suffrage électoral du comte Palatin, transféré à l'autre branche de la maison de Wittelspach, au duc de Bavière, rompait l'équilibre qui soutenait encore, dans le collège électoral, les intérêts des protestants. L'électeur de Brandebourg qui, avec l'électeur de Saxe, était seul dès lors à les défendre, appela dans la lutte les Etats Scandinaves. — le Danemark se présenta le premier (2). Les Etats du nwdder Allemagne,(MecAtem&ourflr , Poméranie, etc.)* soumis à l'influence de ces princes, quelques petits seigneurs faiblement apanages, et qui vivaient de leur épée : Christian de Brunswick, administrateur de Halberstadt, le comte de Mansfeld, le duc de Saxe-Wei- «wr, tels furent les principaux ennemis de l'Empire durant cette seconde période. L'Empereur en triompha encore par Tilly et Waldstein, et tout-puissant alors il voulut mettre la force à l'appui d'un droit dont il ne reconnaissait point la prescription : l'édit de restitution annula toute usurpation de terres ecclésiastiques contraire à la paix d'Augsbourg(3). Cet édit réveillait le

11) U Valteline et Bormio étaient demeurés à TEsPAGHB , le htUigau et VBngaVine, ou les huit juridictions, à V Autriche. Traités de Milan et de Lindau, 1628, 16 janvier et 29 septembre. JtoMre des Traités de paix du dix-septième siècle, II, p. 116 et 121.

(!) L'Angleterre et les $tats-Généraux avaient conclu un traité dans ce but avec le roi de Danemark, le 9 décembre 1615. Dumoht, V. P. 2, p. 482.

(3) 28 avril 1629. Dumokt, V. P. 2, p. 564.

fol. 7

seul intérêt qui fût encore commun aux diverses "prin- ! cipautés protestantes. Toutes se tinrent prêtes à soutenir par les armes le droit qu'elles s'étaient arrogé.

Ces dispositions hostiles servaient à merveille les projets des ennemis extérieurs de l'Autriche. La f Frasée en profita. Elle n'était plus alors dans ce système aveu- j glément pacifique dont on usait encore, en 1620, pour amener l'Empereur et l'union évangélique à une conciliation (1). Richelieu dirigeait le ministère. Comme ! Henri ÎV, il voulut l'abaissement des deux maisons d'Autriche, et il Téalisa ce qu'il voulait. D'abord il leur avait ôté les communications qu'elles s'étaien i ménagées dans les Alpes à travers laValteline (1624) {?"). Isolées elles devaient être plus avantageusement attaquées et en Italie et en Allemagne : I'Italie, qui était fermée à l'Empire, fut ouverte à la France par établissement d'un prince français dans le duché de Mantoue, par l'acquisition de Pignerol (3); et en Allemagne, les mesures du cardinal -n'étaient pas moins habilement concertées. Une trêve uégocïèe par un de ses

tl) iGefat) sous >la 'médiation d'une ^ambassade française* qte l'Empereur et l'union évangélique signèrent le traité tfUlm, qui ahandotinaitiTéleoteiir palatin, 3 juillet ,1620. Dumobht, V; 9. % , p. 869. On soupçonna de Luynes, qui envoya «tette a udussede, d'avoir, été- gagné par la cour d?£spagne. Voy^Soheu , jfttfcè're ëés *Tr*Mn décote, I , p.i6£,

> ijS) Il força l'Espagne 'à y renoncer par le traité, de Jlbufon , 5 mars 1626, Duuoirr , V. f>. % p. W.

(3) Le traité de Quératque (G avril J 631),, qui aasurak» de nouveau Pignerol à la France , confirma» m même i temps* Charles

agents entre le roi de Suède et le roi de Pologne (l),

an premier les moyens de commencer une guerre pour laquelle la France devait lui assurer des subsides (2); et tandis qu'il armait la Suède contre l'Autriche, il désarmait Y Autriche en employant l'opposition de la ligue catholique et l'habileté de ses négociateurs au renvoi de Waldstein.

Getle confédération, jlont Richelieu était la tête, Gustave-Adolphe le bras , devait entraîner toute l'Allemagne protestante. En vain l'électeur de Saxe, jaloux de voir une puissance étrangère prendre à la tête du protestantisme cette place où s'étaient maintenus ses ancêtres , essaya-il d'organiser un ligue séparée. Elle fut dissoute et ses débris allèrent grossir le parti de Gustave-Adolphe. L'électeur lui-même y accéda, mais de mauvaise grâce ; et quand la mort du roi eut ralenti les progrès des Suédois et diminué le danger de Résistance, quand la bataille de Nordlingen (1634) eut relevé le parti de l'Empereur, il fut un des premiers à signer la paix. {Paix de Prague, 30 mai 1635) (3).

Dès ce moment, la guerre de Trente ans devient une guerre tout étrangère. La France n'est plus l'alliée

de Nkvx&s (Goniague), clans le duché de Mantoue dont la succès- »on était ouverte et disputée depuis 1 627. Dumokt, VI, P. I, p. 9. 0) Trêve de six ans conclue à AUmark, le 25 septembre 1629. D mBON T| V.P.2,p. S%.

(2) Traité de Berwald, 1 3 janvier 1 631 . Dumoht, VI, P. 1 , p. 1- La France y stipulait la neutralité de la Bavière, si elle vouait ^accepter (art 8).

(3) Les préliminaires sont du 23 novembre 1 634.

des États allemands contre l'Empire ; elle devient partie principale, et fait la guerre sur tous les points à la fois. D'une part contre la maison d' Autriche en Alk magne, où les Suédois et les princes allemands , qui n'ont point posé les armes, ne sont plus que ses auxiliaires; d'autre part contre la maison d' Espagne : en Italie, où elle entraîne à son alliance les ducs de Mantoue; de Parme et de Sa?oie(1); dans les Pays-Bas, où elle ramène à la lutte les Provinces-Unies (2); enfin dans la péninsule, où elle va soutenir l'insurrection de la Catalogne et la révolution des Portugais (3).

La mort de Richelieu ne changea rien à sa politique. Mazarin, qui en hérita, continua la guerre sur deux terrains à la fois, et sur les champs de bataille et dans les congrès de la diplomatie: Turenneet Gondé tranchaient, à la manière d'Alexandre, ce que la diplomatie ne savait point résoudre. Une longue suite de négociations et de batailles amena enfin aux traités de Westphalie. L'Empire signa la paix avec les pays protestants à Osnabriïck, avec la France à Munster (16W).

(1) Traité de Rivoli entre le roi de France et le duc de Savoie. Le rci de France promettait d'y faire accéder les ducs Je Mantoue et de Parme (art. 2); le duc de Savoie s'engageait aussi pour le duc de Modère (art. 3). Dumont, VJ, P. 1, p« * 09

(2) 8 février 1635. Dumont, VI, P. 1 , p. 81.

(3) La Catalogne, le RousiiUon et la Cerdagne se donnèrent à la France le 23 janvier 1641. Le Portugal s'unit à elle par le traite de Paru du 1 r juin de la même année. Dumont, VI, P» 1 > P« 197et2U.

Mais la guerre continuait encore entre la France et la maison d'Espagne. Par la soumission volontaire de la Catalogne révoltée, par ses victoires en Italie y dans les Pays-Bas, La France avait pris une position qui ne permettait point à l'Espagne d'attendre des conditions bien avantageuses d'un traité. La continuation de la guerre pensa lui être plus fatale encore. L'Angleterre, qui lui convoitait ses colonies d'Amérique, s'unit à la France (1655) (1). Mais l'Espagne sut rompre à temps ce concert, par le traité des Pyrénées (7 novembre 1659). La France et ses alliés d'Italie y figuraient seuls: 1' Angleterre refusa fièrement de s'y laisser comprendre et le Portugal en était exclu par l'Espagne qui espérait acheter, au prix de la paix avec la France, le loisir de le ramener à ses lois; mais avant qu'elle y fût parvenue, la France avait recommencé la guerre , et l'Espagne invoquait l'appui du Portugal pour lui résister.

(1) Traité de W**tmi*$ter, 3 novembre. Dumowt, VI, P. 9,

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