‹ Géographie politique des temps modernesChapitre 8 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PRÉPONDÉBANCE DR LA FRANGE SOUS LOUIS XIV. — ÉtAT GÉNÉRAL DE L'EUROPE A LA PAIX D'UTRECHT (1713) ; DE LA HONGRIE ET DE LA TURQUIE, AUX TRAITÉS DE CARLOWITZ (1699) ET DE PASSAROW1TZ (1718); DU NORD, AUX TRAITÉS DE STOCKHOLM (1719 ET 1720) ET DE NYSTADT (1721).

La guerre, terminée eu 1648 au centre de l'Europe, continuait au midi, et se renouvela bientôt dans le aord. La France et la Suède qui signaient en Westphaiiela paix avec l'Empire, reportaient toutes leurs ressources dans le cercle de nations dont elles devenaient le centre. Il fallut dix ou douze ans, nous l'avons vu, pour les ramener au repos. Les deux pays dominaient alors : mais la Suède avait perdu Charles- Guslave,la France voyait seulement grandir Louis XIV. Vers lui convergera toute la politique du siècle qui porte son nom : car l'équilibre de l'Europe, assuré' par la France au commencement de son règne, va être compromis par le progrès de sa puissance.

Tout le favorisait dans la situation des Etats européens : I'Espagne ruinée par les puissances maritimes, abaissée par le traité des Pyrénées, 1' Angleterre contenue sous les faibles Sluarts, les Provinces -Unies

£èog. Pol. 10

font entières à leur domination dans les Indes, en Allemagne les Etats uniquement préoccupés des prétentions de 1' Autriche, celle-ci inquiète des troubles de la Hongrie et des progrès de b Porte. La mort do roi d'Espagne, Philippe IV, vint donner à l'ambition de Louis XIV l'occasion d'éclater (1). Il y avait en Flandre une vieille coutume appelée droit de dévolution, qui, à la mort du père, déclarait son patrimoine dévolu aux enfants du premier lit, préférablement à

(1 ) « Cetle période fut une négociation continuelle : négociation avec l'Espagne pour obtenir d'abord qu'elle révoquât Pacte de renonciation de Marie-Thérèse au trône d'Espagne, ensuite pouf qu'elle condescendît au droit de dévolution ; avec la Hollande, pour lui faire admettre les prétentions générales de Louis XIV à la monarchie espagnole, et ses projets particuliers «ur les Pays-Bas y quoiqu'elle fût la puissance la plus exposée par son agrandissement; avec l'empire d' Allemagne , pour proroger la ligue du Rhin ; avec la diète de Ratisbonne, pour l'empêcher de prendre sous sa garantie le cercle de Bourgogne ; négociations et traités avec les électeurs de TVïayence, de Cologne, de Brandebourg, le duc de Neubourg et l'évêque de Munster , pour qu'ils fermassent à lTîrnpereur la route de*Pays-Bas, s'il voulait y marcher au secours d e- 1' Espagne $ arec le Portugal, pour qu'il Pattaqaât dans la Péninsule lorsque Louis XIV lui prendrait la Flandre; négociation av.ee la Suède et l'Angleterre pour les maintenir dans son alliance ou dans l'inaction; enfin négociation et traité secret et éventuel de partage de la monarchie espagnole avec l'empereur Léopold : tels furent les grands actes diplomatiques qui remplirent cette époque. » Introduction de M. Mignet Taux Négotîutiontrèlattoei à la tuccenion'd r Ê*pagnB,V.vrt a '

ceux du dernier ; en vertu de ee droit, il se prétend héritier des Pays-Bas, an titre de sa femme, et le» envahit. La Hollande et l'ÀNGLETBiinis réconciliée» à Brêâa (31 juillet 1667), la Suéde elle-même effrayée de cette démonstration, concluent nne triple allume* à La Haye (38 janvier «668) (1). — - La paix X Aix-la- Chapelle (2), en obligeante France à restituer la Franche-Comté, loi laissa encore dôme plaees fortes des Pays-Bas : Charleroi, Binchet Ath en Hainaut, Tour- Mi et Oudenarde sur l'Escaut, Douai et le fort de Scarpe (près de Douai), Uourtrai, Lille, Armentièfês, Bergues et Fumes, (1668, 2 mai) (3).

Ces concessions ne suffirent point à Louis XIV. La Hollande avait été l'âme de la triple alliance ; car la France, son alliée naturelle contre la maison d'Espagne, était le pays dont ellç avait alors le plu* à craindre le voisinage. Ce fut centre la Hollande que

(1) Dumont, VII , P. 1, p. 68. L'adhésion du roi de Suède, promise alors, n'eut lieu que plus tard. Dumont, ibid. f p. 9J-93*

(2) Elle arûii été précédée d'un traité entw> Louis XI V, le rcn d'AnGLETERKS et les Pkovincbs-Uwieô pour y amener PEsf»» gne. 15 avril, DuMOHT, 4bid. f p. 88.

(3) Art. L et 5. Dtjmoot, VII, P. 1 , p. 89. Une convention fut arrêtée , le 9 suivant, par les signataires de ' la triple atiiance, ponr garantir à/ÎTEspagnece qu'on lui laissait. DuttONT , «M*., p. 107. — Charleroi , ©itwrft , Ath, Vuèenardé et CowrtnH forent rendns par la paix de Wmèffue; Furmet et Tournai par lé traité d'Utrecht.

Louis XIY tourna ses vues; et détachant de sa cause ses deux alliées, l' Angleterre (1) et la So*db (2), il attaqua les Provinces-Unies (mai 1672) (3). Cette agression donna l'éveil à l'Europe: I'Espàgne dont les possessions anx Pays-Bas allaient être sacrifiées (4), plusieurs des puissances allemandes, au premier rang le Brandebourg (5) et I'Autriche s'unirent aux États-Généraux (6). D'antre part, malgré les enga-

(1) Traités de Witehall (1er juin 1670 et 16 février 1 672). Voyei Histoire de$ traitée de paix du dix-septième siècle (in-fol.), I, p. 284 et 286.

(2) Traité de Stockholm (U avril 1672). Dumont, VII, PI, p. 166. Voyez surtout les art. 17 et suivants et les articles secrets.

(3) La déclaration du roi d^ Angleterre est du mois de mars. Dumont, VII, P. 1,p. 163.

(&) Le roi d Espagne avait déjà conclu deux traités avec les États-Généraux, le 1 7 décembre 1671 , et le 22 février 1672. H les renouvela le 30 août 1673. Dumont, ibid., p. 155, 1 62 et 240.

(5) Traité de Cologne-êur-laSprée , 6 mai 1672. Histoire des traitée de paix, II, p. 37.

(6) L'empereur Léopold avait conclu un traité d'alliance pour dix ans avec les États-Généraux, le 11 octobre 1671 , et trois semaines s'étaient à peine écoulées qu'il avait promis an roi de France de ne point les secourir s'il lui plaisait de les attaquer; mais il revint à sa première politique, et plusieurs traités vinrent resserrer leur union (avril, septembre 1672, août 1673, avril 1674). — La ligue réunit successivement le duc de Lorraine i (juillet 1673), le roi d'EsPAGNR (30 août), l'évêque de Munster' (22 avril 1674), l'électeur de Cologne (Il mai), les ducs de Brunswick -Lunkbourg (de Zell et Je Wolfenbuttel, 20 juin 1674),

* électeur de Brandebourg (1 juillet) , qui avait été un instant

gemenls de son roi, le parlement (^Angleterre comprit que la victoire de Louis XIV aurait pour résultat de faire passer les forces maritimes de la Hollande en de plus puissantes mains (1) ; et la Suède même ne fat retenue qu'avec peine à l'alliance française (2). Ainsi les hostilités redevinrent générales; mais Louis XIV transigea avec la Hollande au traité de Nimégue, et Paix ce fat encore l'EspAGNEqui paya les frais de la guerre. e m gu

Par le trajté du 10 août la France livrait aux Etats* Généraux (3), Maastricht, le comté de Vronhoff, les pays d'Outre-Meuse: Fauquemont , Dalhem et

forcé de traiter avec la France (traité de Vossen, 6 juin 1673), 1er roi de Danemark (10 juillet 1674), Pévéque protestant d'OsNA- BRÏÏCK, de la maison de Brunswick (26 janvier 1675). Histoire des traités de paix du dix-septième siècle, II, p. 14 et suiv., et Dumont, VII, P. 1, p. 259,262 et suiv.

(1) Charles II avait encore conclu à Heswich, près Bois-le- Duc, une convention par laquelle il s'engageait à ne traiter de la paix que de concert avec le roi de France (16 juillet 1672) , mais le parlement le contraignit à signer avec les États-Généraux le traité de Londres, 10 février 1674. Histoire des traités de paix, I, p. 287 et 51 , et Dumont , VII , P. 1 , p. 208.

(2) Même après la déclaration de l'Empereur et de rélecteur de Brandebourg en faveur des États-Généraux , la Sukdb qui , aux termes du traité de Stockholm, devait s'armer pour la France, laissait à Cologne des envoyés pour négocier encore la paix générale. En 1675 seulement le traité d'alliance fut renouvelé. Histoire des traités de paix, I, p. 326 , et Dumont , VII , P.

(3) Art. 8. Dumont, VII, P. 1 , p. 351. Louis XIV aurait pu obtenir presque sans combats les pays qu'il restituait, et bien

Adduc, etc.» occupés pendanfi la guerre. — Par le* traité du 17 septembre IEspajUNBv ea échange fc Puyeerda (en Cenlagne) et de quelques villes des PaysnBas* cédée* par le traité d:Aarla-Chapelle (1), ou caoqaises: récemment (2), abandonnait à k Francs, dfUne part la* Franck** Comté, de l'autre plusieurs places fortea enveloppées dans oe réseau de forteresseai, que la pafc d'Aix-la- Gbapellfe lui avait déjà données : c'étaient les deux dermtéfeg villes de l'Artois- Air* et Sctint-Gmer; Ypres* Weruick t Warmlm. BcuUeul, Casse! t Poperingue, eo Flandre ; et dans le Hainaut 9 Coudé, Valenciennes, Bouchait*, Cambrai, qui achevaient de lui donner le cours de l'Escaut jusqu'à Tournai ; de plus Bavai et Maubeuge, (art. 11 et 12) (3). Les conventions SÀish la-Chapelle et des Pyrénits étaient confirmées eu tous les autres points (&). — Dans un troisième traité signé le 5 février 1679 avec l'Empereur et FEmpiek, Louis XIV se faisait céder Fribourg (art. 5) et mettait

d'autres encore , si , au lieu de céder à l'impulsion de Lonrois, il eût accepté tout d'abord les propositions de la Hollande. M. Mignet, Introduction, p. ixnr.

(1) Charleroi, Stock, Ath, Oudenorde, Courtrai (art. £).

(S) Limbourg, Gond et leurs dépendances, le fort de Rodento* et le pays de Wae$ , Leuze, dans le Brabant (art 5), et autre* énoncés en termes généraux (art 7).

(3) Tpreiy Wèrwick, Wameton forent rendus avec>«nwt et Tour nui par le traité d'Utrecnt

{&) Art 26. Le roi d'Espagne s'obligeait en outre à faire céder au rot de France la ville de Dînant, art 13. DtfMonT, tfi*i P- 367 et suir. *

lareslitutioB delà Zor raine à de telles conditions qu'elles équiyalaieot à un refus (art 12 et suit.)* Par le même acte, il abandonnait pour Philipsbourg le droit de garnison qui lui était laissé dans Bui r Verviers. Aixla~Chapellei t Nuyih etc. ^jusqu'à la paix avec les princes de l'Empire; enfin il stipulait le rétablissement du roi deSoÈDE et du duc de Bavière dans toutes leurs possessions (1). Louis XIY, du reste Tae s'en remit pas uniquement à l'Empereur des intérêts de ses alliés. Lui-même il força le roi de DA8«uAR&et l'électeur de JRranjdjebotog, à traiter avec le roi de Suède sur les base* de cette paix (2).

Ainsi la ligne des puissances jalouses de la France s'était dissipée par son habile politique. Un aussi éclatant succès ajoutait à l'ambition de Louis XF? ; il continua ses conquêtes jusqu'au sein delà paix. Le duc de Mantoue lui vendit Casai, capitale de Montferrat, on il mit garnison française. Les chambres de réunion établies à Metz, h Brisach, à Besançon el à Tournai, étendirent ses frontières par interprétation ; elles adjugèrent àlaFrance Strasbourg, Trêves, Luxembourg, etc., et le canon donna force à leurs arrêts. Ces audacieuses con-

(1) Art 26 et acte du42.awtt. DiUfftKf , 4M., p. 376*tauiv., «t p. 398. Le traité de rEWPB*UHja.et duToi de, Sxm>% est du même jour. Dumont, ibid., p. 389. . -

(^LeB&AjraœBQuaa, par le traité de Stf+t-Çùrmitin-tn-Laye (29 j^ 1679) ; le DÀBjauftX^W le traité de VonMnêblw ( 2 *ptemjye). Dd*QNT,.*W.* p. 409 et L\ % J^eadwa 4* Zku, et de WouçEWBwm» avaient sigpé fe paix. k } Nw*gm> le crème jour <|M«rËmpereur, tAtd. 9 p..39i, ;

quêtes avaient rapproché la Hollande, I'Empereur, VEspagnb et la Suède elle-même. Néanmoins on n'était pas prêt à la guerre et la trêve de Ratisbonne (168V confirma en partie ces usurpations moitié violentes et moitié pacifiques du grand roi. Mais son ambition s'accrut par ce succès et Ton i>e pouvait plus dire où elle s'arrêterait guand, non content d'entamer le territoire de l'Allemagne, il parut vouloir encore s'immiscer plus directement dans ses affaires, lors des troubles de Yélectorat de Cologne, et de la succession palatine. Tout se trouvait remis en question : une ligue plus générale arma contre la France I'Empereur , Y Espagne, la Suède, l'électeur de Bavière, les ducs de Saxe, les cercles de Souabe, de Bavière et de Franconds, etc. (1); et à peine la guerre étaitelle commencée, que la révolution de 1688 réunit sous la main du plus ardent ennemi de la France, les deux puissances maritimes jadis rivales, la Hollande et 1* Angleterre (2). Contre celte ligue presque euro-

(1) Ligue iïAugsbourg, 9 juillet 1686. Dumokt, VII, P. *i P 435. L'électeur palatin (2 septembre), le duc de Holstbih-Gottorp (7 septembre) y accédèrent. Ibid., p. 438, 139. — Les prétentions du duc d'Orléans à la succession palatine avaient déjà amené l'alliance de V empereur et de 1 électeur de Brahdebourg (7 mai); Ibid., p. W.

(2) Guillaume III conserva , sur le trône d'Angleterre, les charges héréditaires de êtadtkouder de cinq provinces, et de capitaine-général et attirai de l'Union. Comme roi de la Grawd*- Bketaghb il conclut un traité d alliance (29 avril 1689) avec les États-Généraux , auxquels Louis XIV avait déclaré la guerr*

péenne, la France eut pourtant un allié, bien qu'elle ne l'avouât point : les Turcs. Les Turcs combattaient pendant que la France faisait par arrêt des chambres de réunion ces hardies conquêtes (1). Presque réduits à demander la paix, ils reprirent les armes en 1688 quand ils les virent reprendre à Louis XIV ; ils s'entendirent avec lui pendant le cours de la guerre (2), et durent la finir quand Louis XIV y mit fin. La paix de Carlowitz (1699) fut le contre-coup de la paix de Byswick (1697).

(16 novembre 1688). Il fut renouvelé au mois d'août suivant. Dumowt, ibid., p.' 222, 236. Les princes de Brunswick renouvelèrent aussi leur traité (15 janvier 1690; L mai 1691, etc.) Dans le traité du 22 mars 1692, l'Empereur promit en récompense au duc Ernest-Auguste la dignité électorale. L'électeur de B&amdbbouag, Frédéric III, s'obligea à ne faire ni paix ni trêve avec la France que de concert avec les confédérés (6 septembre 1690). Le duc de Savoie, allié du roi d'Espagne (3 juin 1690) fut associé à la ligue générale par le traité de La Haye du 2 octobre ; Yé~ vècjue de Munster, par un autre du 18 mars 1695, etc. Dumoht, VII, P. 2, p. 242, 282, 306, 269 , 265, 272, 348. Ces traités furent encore plusieurs fois renouvelés dans le cours de cette longue guerre. DfrMorr, tWd., p. 393 et suiv.

(1) C'était Tembarras de l'invasion, dont l'Autriche n'était point encore complètement délivrée, qui avait force l'Empereur à reconnaître d'abord les usurpations faites par les chambres de Louis XIV, jusqu'au 1 août 1681. Trêve de 20 ans signée à RatUbonne, le 15 août 1684. Dumoht, VII, P. 2, p. 81. Il y revient au commencement de la réponse au mémoire de Louis XIV pour justifier la reprise des hostilités. Ibid., p. 176,

(2) En 1690, Moustapha Kiœprili ayant repris Belgrade , Louis XIV lui envoya des ambassadeurs.

Géog. Pol. 10.

Aux négociations de Rtpmidt, demémeqa'auxprtodentes,laltanœ ml diminuer les avantages que les alliés pouvaient tirer ée leur nombre en divisant leurs intérêts. Quand te9 hostilités Avaient encore, le doc de Savons, le premier, avait été détaché de leur came par le traité de Tûrm (» août 1896) qm hri rendait toussa Etatë, métoe Pignerol (1) ,et appelait sa fille an tréae de France, en lui faisant épouser le due de Bourgogne (2). A Rywoidt* les antres puissances traitèrent à kar tonr : les Etats-Généraux, le roi d* Aif glotkmb , le roi d'EspAGxs, par des actes séparés» quoique le môme jour (27 septembre 1697), I'Empereux, le 30 octobre. On se rendait mutuellement tontes les places comprises pendant la guerre tant en Europe que daas les colonies. Mais c'était la Feahcb qui avait à foire le plus de restitutions. — Elle rendait à GnLLAnffilH la principauté <T Orange (3); — àl'EsPAGNB, Courtraû Ath, Charleroi, déjà acquis et rendus une fois, Jfons, Luxembourg avec ses dépendances, le comté de Chiny et tontes les places occupées dans les Pays-Bas, depuis le traité de Nimègue, d'après la liste dressée par les soins du roi d'Espagne lui-même (art. 5*11) (*); en Catalogne, Barcelonne, Girorme , Roses et Beltxr (art. I); de plus, Dînant qui avait été reconquis, devait être rendu à l'évèque de Liège (art. 31). — Par le

(1) Seulement les murs en devaient être rasés. (3) Dnrnrr, VII, P. 2, p. 368.

(3) Art 3 d* traité caacin avec l'Angleterre. Dcnmvr, VII,

(4) Voyez cette longue liste dans Draeirr, 4M+ p. 4*5*

trtité cooclu avec l'fintBWHR U)» elle s'engageait à restituer 1* fort <fe IfcU* Fribourg* Bmach, PhiliftbowgfaL 18-22); elle TWàdmiMmibùHard à la maison <te WoarawEae (art. 13), et lapait la due de Loriauœ rentrer dans ses Etals (art. 38) (â) : seulement elle se réservait le droit de démolir les forteresses de YMmeuve de Nancy, de Bitch % de Hombourg, en Lorrain (art 29 et 3Q), Mont-Banal, Kirn, Bebcrnbwrg, Neuf-Brùath, en Alsace (art. 25, 38) ; et elle gardait en Lorraine ^arrttoius, et Longvy (art. 32, 33) ; en Alsace, Huningue, le JFort-JL*uts, qui devaient être démantelés, et Strasbourg (art. 23, 24. et 16).

Ainsi la France s'était arrêtée sur le terrain glissant de la conquête; et à une époque où la mer, comme le continent» était un champ de b*4aille,,sa puissance maritime était ruinée.

Si elle s'arrêtait, c'était encore, H faut le dire, dans Snccewio

l'espoir d'une plus importante acquisition. La mort prochaine de Charles II allait ouvrir la succession des couronnes d' Espagne; Louis XIV y prétendait, et le besoin de se ménager la rai mourant explique seul

(t) Dumokt, tttf., p. .432.

(2) D'autres article* stipulaient la réintégration del'EsipiiEdans tout ce qu'il avait perdu par les riuni9*ê de Louis XIV [art. 4)» de» électeurs de Tnàvas (art. 6), de Cologne (art. 1 2), de BaANdebouhg ,( art - 7 )» ae 1 Électeur Palatih (art. 8), du roi de Suéde, comme comte palatin de Deux-Ponts (art. 9), du palatin de Vélums (art 10), de la maison de Bade (art 14), des princes de Nassau (art 1 5), dans tout ce qu'ils, avaient perdu par les vùùssitudesde cejtte gperre. . .

d'Espagn

les concessions tontes gratuites de la France enters l'Espagne an traité de Ryswkk. Ce qne ces avances n'auraient pn foire encore, la nécessité politique l'imposa à Charles II (1). Son testament (2 octobre llto),

(1) Charles II, fils de Philippe IV, mourant sans postérité, les maisons de Frarice et d'Autriche se trouvaient à peu près au même rang dans Tordre de succession. La fille aînée de Philippe III (Ânme d'Autriche), était la mère de Louis XIV, sa aie cadette (Mari*-Anne) la mère de l'empereur Léopold; la fille aînée de Philippe IV (Marie-Thérète) avait épousé Louis XIV, si fille cadette (Marguerite-Thérèse) l'empereur Léopold.

A l'un et à l'autre de ces degrés, Louis XIV prévalait par le droit d'aînesse, mais une renonciation formelle des deux archiduchesses, en montant sur le trône de France, en détruisait l'effet: seulement le roi pouvait opposer, en faveur de ses enfants, i la renonciation de Màrie-Thérèie, l'inexécution d\me clause d'indemnité. — A ce même degré, les droits de la maison d'Autriche étaient représentés par le prince électoral de Bavière, né de Marie- Antoinette, la seule fille que l'Empereur avait eue de son mariage avec Marguerite-Thérèse* Mais, d'un autre mariage, il avait eu deux fils ; et, pour leur conserver ses titres à l'héritage de la couronne d'Espagne, il avait forcé sa fille M*rie-Antoi**itt * renoncer aux droits de sa mère * qu'elle allait porter par son mariage en une autre maison. Les titres de Louis XIV, étant aussi réduits au néant par renonciation, l'Empereur conservait tous les droits de sa mère (Marie-Anne), fille de Philippe III, et prétendait les faire valoir en faveur de ses fils. Quant à Charles II. ne se croyant point lié par une renonciation dans laquelle 1 Espagne n'avait point été partie, il avait d'abord testé en faveur de son héritier le plus légitime, le prince de Bavière, mais l'influence de l'Empereur lui avait fait révoquer son testament, et la chose restait, par conséquent, dans la même indécision.

Celaient les intérêts de la politique et non lès droits du sang

léguait tontes ses couronne* ira duc d'Anjou. « U n'y eut plus de Pyrénéen % mais l'Europe entière se leva pour donner des barrières à la France. L'Angleterre et la Hollande s'allièrent k I'àuthiche par le traité de La Haye (7 septembre 1701), la Prusse (20 janvier 1702), et I'Ëmpirb germanique (22 mars, 29 septembre 1702), accédèrent à leur confédération (1).

qui devaient résoudre ces difficultés, et ce lut à la politique aussi que Louis XIV s'était adressé d'abord. Renonçant à l'espérance de recueillir la succession tout entière, il essaya d'assurer à la France la part qui lui convenait le mieux* Un premier traité de partage fut signé à la Haye le 11 octobre 1698 par les représentants de la France, de la Grau de-Bretagne et des États -Généraux. Lestrois prétendants s'y trouvaient compris : le prince de Bavière aVait l'Espagne, les Indes, les Pays-Bas et la Sar daigne; le dauphin de FrakCè, le royaume àelfaphs et ses dépendances; l'archiduc Charles, au titre de 1 Empereur, le Miianais. — Charles II répondit à ce partage en renouvelant en faveur du prince de Bavière le testament qu'il avait déchiré. Il l'institua son héritier universel. Mais la mort du jeune prince trompa encore ses intentions. Un second partage fut signé à Londres le 25 mai 1700. L'Archiduc Charles avait VEspagne, les Indes, les Pays-Bas et la Sardaigne ; et le Dauphin, avec son premier lot, les États du duc « de lorraine qui devait recevoir en échange le Milanais.— Charles II s*y refusa encore ; il voulut empêcher le démembrement de ^ monarchie, et,- sacrifiant à la résolution la plus nationale les intérêts de sa propre maison, il appela à réunir toutes les parties de son héritage le second fils du dauphin de France, le duc d' Anjou. Voyez l'exposé si clair et si méthodique de ces négociations compliquées dans l'introduction de M. MiGNET. p. lxVI et suivantes.

(1) Dumont. VIII, P. 1, p. 90, fOi et t*1.

lit FiuacE/n'eut i leur opposer que iedac de Batrains et Viélecteçr é&Couoam (i);toTtâ(teJtou?uaAL et àedocdAS^yora, beaii-pérexhi jeune Boiid'Espagoe et du dbo dp ftwwgogtie; et ottone le roi de tosiu- -GAi-,pa$ia eux. flllto par l'appât d!ime augmentation de territoire dam la Pôwnjsuie et deos tes colonies (16 mars 1703), 4 et le daedeSAvoaK suivit; son exemple (15 octobre). Après une latte malheureuse (2), on essaya la voie des négociations. Là, Eugène et Marlbe- Toagh, qui avaient* fait la fortune des àlKés sur tes champs de bataille, avaient pour auxiliaire le grand pensionnaire de Hollande, Heinsius, esprit tenace et froid, ennemi personnel de LouÎ3 XIV- En vain lp roi offrait-il aux alliés ce qu'il avait refusé (3) av^nt la bataille te.Malplaqmt, l'abandon dû*, roi d'Espagae» le passage de leurs ipoetpes à travers la France, et m subside peur les aider à le déposséder (4) : on voulait qu'il le chassât lui-même. Mais ta disgrâce fcMarlbofough comme chef des whigs, la mort de l'empereur Joseph, qui laissait l'Autriche ail roi d'Espagne des alliés^ ralentirent leur ardeur à soutenir sa cause

(i) Ils furent jnis au ban de l'Empire par lettres patentes de l'Empereur, du 29 avril 1 706. DujHONT, ibid. d. 191 et 193.

(2) Ce fut ap^ès les revers de 1706 à 1706queLouis XIV avait fait ses premières ouvertures à la Hollande; il les renouvela après, la défaite iVOvrdmarde. Voyez M. Mignet, p. xçi.

(3) Préliminaires de, La Baye signés par I'EmpereuR, les P»ovinces-Usies et^AwGiE^RREu le .$8 mai 17Q9, et rejetés parla France. Dumont, ibid. p. 234.

(&) Conférences, dç Qeriwyfopbouty*

SllTarope combattait Louis XIV, ce notait pas pour ramener Charles-Quint. Déjà l'Angleterre et la Hollande se tenaient à l'écart, et leur retraite donnait au* autres plus d'une incertitude (1). La bataille de Denain (1718) lesdécida. —On songea plus sérieusement à ht paix. HIe n'était point facile à régler au milieu de ce conflit de prétentions : tout le monde voulait des barrières. Enfin elle fut signée à Vtrecht, entre la

Paix

France et I'Espagne d'une part, de L'autre I'àngle- d utrecht. mjiE r le Portugal, la Presse, la Savoœb et tes hoviKCW-Uwaw, en autant de traités sépdrés (H août 1T13) (9). L'àutmche, dont tes intérêts mient (Tailleurs été représentés dans ces arrangegements, faisait mine de s'y refuser encore : les succès de Yillars en Alsace hâtèrent ses déterminations. Elle signa la paix à Rastadt, tout en refusant d'y comprendre I'Espagn* (6 mars 1714) (3); et par te traité te \& Barrière (Anvers, l&BONO»hre 1715) régla de concert avec les Élats^géséraux et la Grande-Bretagne les intérêts nouveaux qui lui étaient créé» aux Pays* Bas (4). Dès lors, quoique la question soit pendante

(!) Les conférences transportées à Londres aboutirent aux préliminaires signés le 8 octobre 1714. Dès ce moment TAhGlkttRRE fut détachée de la coalition : la Hollande l'imita quatre ®ois après.

(*) Dumqnt. VIII, P. 1, p. 339, 353, 356, 362 et366.

(3) DuMOKT, tbid. p. £45.

(£) Deux autres traités du même .genre avaient été déjà conclus le 29 octobre 1 70.9 et le 30 janvier î 1\ 3. Scnqîix, EM. deg tnitit depaix, \ f I, pj6l et'tèif. Letra^tédul5 novembre17l5.

entre l'Autriche et l'Espagne la situation de ce premier groupe d'Etats est a peu près fixée. C'est le moment que nous prendrons pour en tracer le tableau.

conclu à Anvers par l'Empereur, les États -Généraux et le roi delà Grande-Bretagne, réglait l'abandon des Pays-Bas espagnols à l'Autriche avec des précautions qui prouvaient combien on y craignait encore la France. Ces provinces devaient être inséparablement unies à la maison régnante d'Autriche ; nulle portion, nulle ville n'en pouvait être cédée, soit à la France, soit à un prince quelconque de la maison française (art. 1 et S). Pour les garder, on devait y entretenir en temps de paix un corps de 35,000 hommes dont les 3/5. de troupes autrichiennes et 8/5 de troupes hollandaises; et pour frais de garde, les États»-généraui se faisaient promettre un subside annuel de 500,000 écus, ou 2,500,000 florins de Hollande avec hypothèque sur tous les revenus du pays. Ils se réservaient de plus le droit d'occuper seuls 7 forteresses des plus importantes, Namwr, Tournai, Meni*, Fwmi, Wometon, Ypret et le fort de Knoquê,*vec le privilège d'en nommer les gouverneurs;lte*d0r*t0ft<t> devait être occupée en commun (art. 3, U 9 5 et 6). Outre ces soins pour la frontière de France, les États-généraux avaient songé à rendre, dans l'intérêt commun, leur propre frontière plus forte, et l'art. 1 7 énumérait les diverses portions des provinces autrichiennes qui leur seraient cédées dans ce but ; enfin, ils retenaient le quartier de la haute Gueldre, Veiiloo, etc. — Entre les États-généraux et l'Autriche on reconnaît dans ces arrangements la main de l* Angleterre qui* gardant pour elle tous les avantages maritimes du traité d'UtrecH en détournait habilement sa bonne alliée la Hollande, et par manière de dédommagement l'impliquait de plus en plus dans les affaires du continent Un nouveau traité conclu à La Haye (22 décembre 1718) reprit les questions de limites et d'arrangement intérieur qui n'avaient pu recevoir leur solution depuis 1715. Voy. Dumont, ibid., p. &58-&6S et 551-556.

L'ÀffGLETB*RB t qui, victorieuse des insurrections de Y Mande, avait vu se consommer l'union politique Géograde 1* Ecosse avec elle, par ta fusion des de»! P arte - p £^dJ" ments, se faisait reconnaître par la France la succès- VEu {$? sion protestante qui l'affranchissait des prétentions de ghandeses rois écossais et obtenait au lien de places sur le **™£~ continent des agrandissements considérables an colonies, Terre-Neuve, et YAcadie (nouvelle Ecosse), S. Christophe dans les Antilles; la baie d'Hudson occupée par les Français pendant la guerre fut restituée avec indemnité. Pour mettre en sûreté ses côtes visà-vis du continent, il lui suffit de la démolition du port de Bunker que y imposée par le traité (art. 9). Sa position insulaire n'exigeait point d'autre défense; mais au lieu des barrières autour d'elle, elle se fit donner des entraves chez les autres : lUinorque qu'elle a perdue, et Gibraltar qu'elle a gardé (1).

Les sept Pkovinces-Unies étftient loin de se trouver en une position aussi avantageuse. Malgré leur puifr- GES .umEs sance maritime, elles tenaient au continent et c'était là leur faiblesse irrémédiable : car des agrandissements nouveaux* en les rapprochant des frontières de la France, ne pouvaient qu'accroître leur danger. A ce point de vue ce fut pour elles un avantage d'assurer les Pays-Bas espagnols à la rivale de la maison

(1) Nous n'avons pas besoin de rappeler qu'indépendamment des lies voisines de ses rivages, elle possédait encore sur les cotes de la France les îles de *rsey, GMtrn&ef et ÂMrtgty*—

«oebarriète contre eewdeatibte voisinage; et elles voulurent y veiller eUes-mêtnes. Le traité de la barzîëffQ conclu à Anvers (£71% noire l'avoua v*> tout en , «mélMTMi la frontière de la Hollande, et écoutant à se*- possessions le quartier dé la Haute-Gueldre et Ftfnfoo* portai t que les viUes de iVamtir , Tournât, Jfentt», .ftim**, lfpr«r, fFaftnefcm et le fort de Knoq\u seraient wiquemeni confiés aux garnisoliades Etate- Géoéraistl).

Feahce. La France; contre laquelle on prenait ces mesures, conservait presque entièrement au N. les frontières que lui avaient assurées les traités de Nimègue et de Ryswick, et qu'elle avait été sur le point de sacrifier sans retour. A HE. aussi le traité de Mastadt prenait pour base le traité de Ryswick : en conséquence, Vieux -Brisach, Fribourg, Kehl étaient restitués à l'Empereur; et les forteresses construites sur le Rhin, depuis ce traité, démolies (2).

Alors comme aujourd'hui, les limites de la France étaient toutes naturelles à l'O. et au S., naturelles et arbitraires à FE., au N. tout arbitraires.— De l'Océan au Rhin pris en Alsace, les limites septentrionales

pouvaient être à 1 peu près déterminées par une ligue

(1) Dumont, ibid.t p. £58-662, et le nouveau traité signé à La Haye, U *8 décembre 471S, 4bid. y p. 551-554.

{9} Art. 6-41. Landau demeurait au contraire à là France avec ses fortifications «t ses dépendances, arf. 4f3. '

qui envelopperait Dunkerque, Cassel, Armeniières (1), Lille, Condé, Falenciennes, Bavai, Phflippeville; de là redescendrait au S. le long de la Meuse, conservant à la France CharTemont, Bouillon et Montmëdi % mais laissant en dehors la principauté de Charleville (aux portes de Mézières), et le Luxembourg, occupé de 1688 à 1698. Plus à l'E. la ligne frontière se brise par le mélange des dominations rivales. Longwy , Hb'omrfRe, Sierk et Sarrelouis formaient 8 , avec les trois êvtchés, les avant-postes delà France au milieu de là Lorraine (2) ; Landau surveillait le Palalinat, tandis que la maison de Wurtemberg retenait, entre la Franche- Comté et l'Alsace, le comté de Monibéford. — Les deux principaux fleuves et les deux principales chaînes de montagnes, le Rhin et le Jura % h Rhône et les Afpes, donnaient à la France, du côté deFE. des barrières naturelles, mais discontinues et rattachées l'une à l'autre par une ligue tout arbitraire» La limite qui suivait le Rhin de Philipsbourg (rendu

(1) La frontière se trouvait ici reculée d'un pas au désavan- H* <te la France : Furne$, Ypres, Warneton, Menin, Tournai quelle possédait encore à la paix de Ryswick, devaient aux terfflft du traité de Rastadt (art 21) être occupés par les troupes hollandaises pour servir à la défense de la Belgique contre la France.

(2) Les États du duc de Lorraine comprenaient, dans La lorraine propre , Tes bailliages de Nancy (capitale), de Mirecourt tiàtVauàrevande ; dans le Bar rois (Bar-te-Duc) r Pont-à-Mousson: "- Commercy f fût reconnu comme souveraineté par Louis XIV «a faveur du comte de Vaudemont, en 1708.

par la France au traité de Ryswict) jusqu'à Me, se dirigeait de Bàle vers le mont Jura, laissant à la France le comté de Ferrette. Du Jura, qui séparait la France de la Suisse, elle atteignait le Rhône en enveloppant Saint-Claude et Gex. Elle suivait ce fleuve, dont les rives se partageaient entre la France et la Savoie jusqu'au point où il tourne vers Lyon ; puis continuait à FO- de Montmëlian (Savoie), et se prolongeait le long des principales crêtes des Alpes, entre les sources de la Durance et de la Doria % pour rejoindre le Var % à TO. du comté de Nice et de la principauté de Monaco (1). — Au S. la Méditerranée et les Pyrénées,à TO. , YOeéan donnaient au royaume une barrière toute naturelle (2).

Toutes les provinces comprises dans ces limites ne reconnaissaient plus que la même souveraineté, à l'exception delà Lorraine f du Camtat Venaissin, domaine du pape, et de la province de Bombes (Trévoux) (3).

(1) En échange des forteresses que nous mentionnerons plus bas, la Savoie cédait à la France la vallée de Bareelonnette et ses dépendances, « De manière que les sommités des Alpes et mon* tagnes serviront à l'avenir de limites entre la France, le Piémont et le comté de Nice. » Art. 6, Dumont, ibid. p. 363.

(2) Aux deux points où les Pyrénées ouvrent un passage vers 1* Péninsule, il y avait lieu de préciser plus nettement ses limites: elles étaient moins certaines du côté du Roussillon ; dans 1* Basse-Navarre* elles suivaient le cours de la Bidatsoa.

(3) Ce petit État situé sur la Saône, au milieu de la Bresse, appartenait, en pleine souveraineté au duc du Maine (fils légitimé de Louis XIV). 'Pour la principauté de Dombet et le comté dfrt

- Les principautés de Clermont (en Argon ne), de Boisbeiie ou Henrichemont (Berri), et la vicomte de Turenne (Limousin), étaient plutôt en dehors de l'administration que de la domination royale, — Ces provinces, qui figuraient au nombre de douze aux derniers états-généraux assemblés par Louis XIII, en 1614, se partageaient à la fin du règne de Louis XIY «en trente gouvernements ; c'étaient en suivant les frontières ou les rivages : \ai,Flandre (Lille), la Picardie (Amiens), la Normandie (Rouen), la Bretagne (Rennes), le Poitou (Poitiers), VAunis (la Rochelle), la Saintonge (Saintes), la Guyenne (Bordeaux), le Béarn (Pau), le comté de Foix (Foix), le Roussillon (Perpignan), le Languedoc (Toulouse), la Provence (Aix), le Dmphiné (Grenoble), le Lyonnais (Lyon), la Franche- Cmté (Besançon), Y Alsace (Strasbourg); et au centre, la Champagne (Troyes), Y Ile-de-France (Paris), le tfame(le Mans), Y Anjou (Angers), la Touraine (Tours), la Marche (Guéret) , le Limousin (Limoges) , YAumgne (Clermont), le Bourbonnais (Moulins), la Bourgogne (Dijon) , le Nivernais (Nevers) , YOrléanais (Orléans), le Berri (Bourges) (1). Il y avait de plus sept gouvernements particuliers de villes : ceux. it Paris, de Boulogne, de Dunkerque, du Havre, de

qui s'y rattachait, voyez Schœll, t. XXVII, p. 162, et XXVIII, P- 138.

(I) Abrégé de Géographie publié à Roue a en 1716.. hauteur qui a gardé l'anonyme, est le père Bunou, recteur de Rennes, dont Moreri fait le plus grand éloge. — Voyez pour plus de détails le deuxième cahier de la Géographie politique de la France.

Saumur, de Tout, de Metz et Verdun (réunis) (1).

espacre. jj^g ïa péninsule, ITspagne et le Portugal gar- Poktu- daient respectivement les mêmes limites (2), malgré les promesses dont les alliés avaient flatté le roi de ce dernier pays. Ils conservaient également leurs coloniesaui deux Indes (3) . L'Espagne retenait aussi Or an et Ceuta sur le riyage voisin d'Afrique, mais elle avait perdu Gibraltar, et de plus presque tout ce qu'elle avait possédé en Europe hors de la Féhinsule : Minorque (4), la Sar daigne, la Sicile et toutes ses possessions d'Italie.

Dans la péninsule italique, trois puissances oecn- Italie. P&ient le premte* rang : I'Aitxrighe, qui venaft d'y

(t) La division en provinces était la division militaire de la France; il y avait de pins quatre dépàrtbmekts MAiimMES sut l'Océan : Brt*t\, Mnhefort , Bm»kt*q%* et jk Baore; •* deui sur te Méditerranée : Marseille et Teufyn. Pour l'administeatîoa dej finances, la France était partagée, en vingt-quatre GÉNÉRAiiJSS* dont dix-huit d'élection et six d'états. M y avait en outre douze parlementé y douze chambres des compté*, douze cours des otiCt cent huit évêchés et dix-huit archevêchés, dix-huit à vingt mw#~ titèt.— Voyez, pour le détail, le 2 e cahier de la Géographiepolitiqv Se la France.

(2) Du Minho à IzGuadiana, et une ligne qui coupe les bassins du Dowroj du Toge et delà Guadiana, suivant tantôt ces fleuves mêmes , tantôt leurs affluents. Voyex, pour plus » e détails, la Géographie de fEurope en 1787.

(3) Voyez le chapitre suivant sur les colonies. (&) Les autres Baléares lui restaient.

succéder à la nouvelle maison d'Espagne, » Eglise et laSivoiB. ' f .

Puis, à an degré Inférieur, la maison de Médïqs ians le grand dnchfr de Toscane, celle de Fàrnésk, dans les duchés de Parme et 4e Pictisance ; la maison d'EsTE* à Modem t la maison deCtarcAGUE, éteinte à Mantom et survivant dans les branches de Guastàtta, de Nwellara, de Castigiione et Solferino (1) ; les petits Etats de Piombino, Mas$a-et~Currare et Monaco, échelonnes du S. au N. sur la mer de Toscane, et le* trois républiques Lacques, Gène* et Venise*

Par extinction, confiscation ou conquête, les limite» de ces Etats s'étaient modifiées.

L'Autriche avait recueilli des dépouilles de l'Espagne (2) le royaume de Naples au Sud, les États des Présides au centre (en Toscane), et au nord le Milanais accru par confiscation, des seigneuries de Casti- Slione et Solferino (1692) et à peu près au même titre <to duché de Mmtoue (1708); de plas la Sar daigne, fui, pendamt la guerre, avait été attribuée par la France au duc de Bavière en compensation des États dont il était dépouillé (8). —• Le duc de Savoie obtenait alors, avec la dignité royale, te Sicile (4),

(1) Cette troisième branche de la nfàtiwm de Gorttague fut dépouillée par l f Eitoperenr en 4692 , et accepta , en 1 743 , «ne indemnité.

(*) traité de Bartoât , art. 30. DtfMOHT, ma. ï»; '449;

(3) En les recouvrant, il dut laisser ce -pays à FAùtrictoei

(Q Traité ffm«<!Ar avec la Savoie du 9 juiHët, art.tf.— Iflie d « Malle , occupée par les chevaliers dfe Saint- Jean,- était un "fief

et aussi quelques agrandissements en deçà et au delà des Alpes : il avait pris le Montferrat dans la succession deMantoue (1), et du côté de la France, le traité d'Utrecht lai avait assuré «ne meilleure délimitation (2). — L'Eglise, d'abord compromise par son adhésion au testament de Charles II, s'était mise à couvert par une neutralité forcée. Elle conservait donc les possessions compactes que nous lui avons vues au centre de l'Italie, depuis les limites du royaume de Naples jusqu'à celles de la Toscane et des Etats du Nord (en exceptant toujours la république de Saint- Marin) ; et de plus Bénëvent dans le royaume de Naples, Avignon et le Comtat Venaissin en France (3).

de la Sicile. Le grand-maître offrait, tous les ans, au roi de Sicile un faucon en signe d'hommage.

(1) Dans un traité de 1 703 , l'Empereur luî assurait déjà la partie du Montferrat , occupée par le feu duc , les provinces d'Alexandrie et de Valence , avec toutes les terres entre le Pô et W- ; Tanaroy la Lumeline, la vallée de la Seeia, etc. Par l'art. 7 du traité d'Utrecht,\z France reconnaît la cession faite, en 1703, par l'Empereur.

(2) Louis XIV, en lui restituant tout ce qu'il avait occupé eu Savoie et dans le comté de Nice, lui cédait « la vallée de Prégela* avec les forts dExilles et de Fenettrellee , et les vallées d'Oulx , d« Séxanne*, de Bardonaehe et de Château-Dauphin , et tout ce qui est a l'eau pendante des Alpes du côté de la Savoie. » Art '■*■ DpMONT , ibid. p. 363. L'art 5 lui reconnaissait la dignité royale, l'art. 6, la substitution éventuelle de sa race au trône d'Espagne-

(3) Les États de 1 Église comprenaient ces divisions : la Compagne à* Rome (Romb), le Patrimoine de Saint Pierre (Viterbe) , le àmché de. €a$tro , VOrviétan (Orvieto) , le P<fr(H*ii»(Pérouse)i

Parmi les Etals secondaires, la maison de Médicis dans le grand duché de Toscane (lj, celle de Farnèse dans les duchés de Parme et de Plaisance étaient à la veille de s'éteindre, et leur succession prochaîne remuait déjà toutes les ambitions rivales. — La branche deGuASTALLA, dépouillée parl'Aulriche et la Savoie des meilleures provinces de la succession de Mantoue (2), avait obtenu seulement les duchés de Sabionetta et Bozzolo, le marquisat d'Oshano et le comté dePomponeseo; celle de Noveixara allait bientôt s'éteindre au profit du duc de Modène (1728); et ce prince était rétabli dans ses Etats auxquels il avait ajouté le duché de Mirandole et le marquisat de Concordia confisqués sur l'ancienne maison de Pic (1709-1710) (3).

Quant aux trois républiques, Lucqces avait placé son indépendance sous la protection impériale. — Gènes, qui possédait toujours la Corse, avait acquis de l'Empire le marquisat de Final. —Venise n'avait rien perdu ni rien acquis. Elle était encore restée étrangère aux troubles de la succession de l'Espagne, aux révo-

l'0mèrfe( Spolète) , la Terre de Sabine (Magliano) , la Marche à'incfae, le duché d'Urbin (Urbin) , la Romagne (Ravenne) , le Ferraraû (Ferrare) , le Bolonais (Bologne).

(0 Ses États se divisaient en trois grandes parties, le Piton , le Siennoit et le Florentin. Livourae en dépendait encore.

(2) Comme la succession en était disputée, l'empereur Joseph avait mis d'accord les prétendants en réunissant ce pays au Misais (1708).

(3) La principauté de Muta et Carrare passa encore, par suite d'un mariage, au duc de Modène , à 1 extinction de la fam'lle de Cibo (en 1743).

Géog.Pol. . # 11

lotions du Milanais où elle semblait autrefois si ambitieuse de s'étendre : c'eût été léser les prétentions de r Autriche dont l'alliance lai était nécessaire pour résister au progrès des Turcs. C'était à sa coopération qu'elle devait les avantages du traité de Carlowitz (26 janvier 1699) : toute la Motet dont elle avait fait la conquête pendant la guerre» et l'île de Sainte-Maure (art. 1 et 3) ; en Dalmalie, Jtisano et avec Castelnovo la reconnaissance de toutes les possessions qu'elle y avait (1) : les limites devaient être ultérieurement fixées (art. 11), et elles le furent en 1703.

Telle était, vers 1713, la situation politique des Etats italiens. — La Ligué Helvétique et ses treize cantons Sures*, (c'étaient, selon leur rang dans la confédération : Zurich, Berne, Lucerne, Uri, Schwits, Unterwald, Glaris, Zog, Fribourg, Sole lire, Bâle, Schaffouse, Appenzel); ses alliés él au premier rang les Ligues Grises établies de même dans les Alpes qui forment, au nord, la ceinture de l'Italie, lui donnaient une autre barrière par leur neutralité : harrière imparfaite et qui ne put en défendre l'accès à l'Empire. Allemagne. L' AUTRICHE, qui avait succédé à l'Espagne en Italie { et dans les Pays-Bas (2), conservait en Allemagne ses

et États (1) Chnin, Sing, Ciclat et Gabela (art. 8 et tO). Les îles de rjf chipel (art. 6) demeuraient à la Porte. Les Turcs se faisaient aussi abandonner plusieurs points qui réunissaient leur territoire à celui de Raguse (art. 9)- Dumont, VII , P. 2, p. £54.

(S) Les provinces catholiques des Pays-Bas, qui forment dès ce moment les Pats-Bas autrichiens, étaient régies par un conseil-général, séant à Malinet. Depuis les conquêtes de

anciennes limites : car la paix de Raatadt stipulait le rétablissement du duc de Bavière et de rélecteur de Cologne dans tous leurs Etats (art. 15); — à l'est aussi, ses limites tant de fois déplacées par l'inraston Ottomane (1) avaient été nettement tracées par la paix de Carlomtz (1699). La Transylvanie, dont le prince Michel Abaffï avait dû abdiquer dés avant la victoire deSzentba (1697), demeurait unie aux provinces Hongroises (art. 1) et leur donnait pour limites les montagnes qui l'enveloppent du nord au sud. A partir de ce point le Maros était pris pour frontière. — (An sud de ce fleuve, entre la continuation des montagnes de Transylvanie , le Danube vt la Theiss, lebannalde Temeswar (art. 2) restait encore à la Turquie.) — Une ligne tirée de La Tkem, vis-à-vis de Tilul (i) , au Danube et du Danube au Bossuth, fixait arbitrairement le prolongement des limites (art. 5) ; puis la Save de

Louis XÏV qui avaient occupé entièrement la Bourgogne et l'Artois, et em partie seulememeal quelques autres, il en restait tartàlaTiiaison d'Autriche: Anvers, Matines, Flandres, Haï* , naut, Brabant méridional, Limbourg, Namur et Luxembourg.

(1) Depuis 166& , les troubles de la Hongrie y avaient de nouveau favorisé les progrès des Turcs; le renversement de la constitution hongroise y avait fait naître le parti des mal-contents, et le comte Tœkeli, appuyé par le prince de Transylvanie , fut reconnu par les Turcs teignewr de la Moyenne-Hongrie. Us étaient venus jusque sous les murs de Vienne pour l'appuyer ; mais la victoire de Sobieski fl 683) et les brillantes campagnes du prince Eugène avaient rendu l'avantage à F Autriche.

(2) Cette place ne devait point recevoir de nouvelles fortifier lions (art 3}.

l'embouchure principale du Bossuth à VUnna elle cours de VUnna formaient la barrière naturelle des deux empires, entre l'Esclavonie et fa Croatie du côté de l'Autriche , et de l'autre la Bosnie (art. 5) (1).

Telles étaient les limites de la maison d'Autriche en Hongrie, vers 1713. Une révolte qui avait éclaté dans l'intervalle avait été comprimée; et le gouvernement, mieux instruit des mesures qui convenaient aux Hongrois, réussit à se les rattacher intimement par Tacle de pacification de 1712.

L'Autriche avait alors une supériorité incontestable dans l'Allemagne, et l'Empire lui paraissait acquis de droit. A côté d'elle la Bavière, son ancienne rivale, compromise par son adhésion à la cause de la France, n'était plus qu'au second ordre des puissances ; et la maison Palatine (ligne de Deux-Ponts), subdivisée en plusieurs branches (2), était descendue au rang des Etats inférieurs : comme le Wurtemberg, et les deux maisons de Bade (Bade et Dourlach), en Souabe; les margraviats d'ANSPACH et de Batredth en Franconie.(3).

(1) Traité de Carlowitz avec l'Empire. Dumont, ibid. , p. 4£8- £49.

(2) La branche de Neubourg (1 569) et le rameau collatéral de Sulxbaeh (1614) ; la branche de Birkenfeld (1569) et le rameau collatéral de Gelnhau$en (1654). La branche de Deux-Ponts proprement dite occupait le trône de Suède depuis Charles-Gustave (1654). — La maison de Veldenz s'était éteinte en 1694.

(3) Ils furent réunis par la ligne d'ANSPACH , à l'extinction de la ligne de Bayreûth (20 janvier 1 769). En 1742, lé margraviat d'ANSPACH réunit les terres de Limbourg, fiefs impériaux.

Tandis qu'au midi de l'Allemagne l'Autriche effa- H Éuts , çait tous les autres Etals , au nord les trois puissances placées par Ù réforme dans une double opposition avec l'Empire, la Hesse, la Saxe et le Brandebourg, avaient ajouté ou allaient joindre bientôt l'éclat d'une couronne à l'importance qu'elles s'étaient assurée : le prince héréditaire de Hesse-Càssel (landgrave en 1730), par son mariage avec Ulrique-Eléonore , soeurcadette de Charles XII, roi de Suède (1); l'électeur de Saxe par le choix des Polonais (1679), l'électeur de Brandebourg par son propre choix reconnu de l'Empereur (1701). Et la maison de Brunswick (Hanovre), autrefois dominante en ces contrées , était elle-même désignée à fonder une dynastie nouvelle sur un des trônes les plus élevés du monde.

Hais la puissance de ces maisons était toujours affaiblie par la division de leurs branches ; c'étaient . dans la Hesse, les deux branches principales de Cassel ' etde Darmstadt; — dans la Saxe, les deux lignes AU iertine (électorale) et Ernestine ; et tandis que la ligne électorale, tout en divisant ses domaines, retenait au moins la souveraineté générale avec tous ses droits sous la main de l'électeur , la ligne Ernestine morcelait sa souveraineté comme ses Etats, entre les branches que nous avons énumérées plus haut (2). — Dans le Brunswick deux maisons aussi : la nouvelle maison de Brunswick et celle de Hanovre, dont le représentant Geor-

0) Sa femme loi abandonna le plein exercice de la royauté, en 1 720. (*) Voir, page 173.

ges~Louis a? ait réuni par un mariage les Etats de la maison collatérale de ZeK(l); et le droit de primogéniture établi en 1680, rendait dès lors , cette union mùiamMAe. La princesse palatine Sophie , sa mère, déclarée héritière de la Grande-Bretagne en 1701, lui légua elle-même et son titre et ses droits ayant que la mort de la reine Anne les eût réalisés.

De ces quatre grandes maisons, celle de Brandebourg seule n'avait de longtemps affaibli sa domination par aucun partage. De plus, elle n'était pas seulement comme les autres un Etat de l'Empire ? au titre de la Prusse, qui toujours s'était maintenue en dehors dn système germanique, et sur laquelle la Suède et la Pologne avaient résigné tous leurs droits de suzeraineté, elle faisait une puissance pleinement indépendante et souveraine. Ses possessions sur la Bàttique et sur le Rhin l'impliquaient dans les révolutions du midi et du nord de l'Europe, et lui donnaient les moyens d'y exercer également son action. Elle dut à cette importance la confirmation de la dignité royale» dont l'électeur Frédéric III s'était de lui-même investi : — le protestantisme eut dés lors son chef dans l'Empire, presque égal à l'Empereur. — Elle dut aussi à la paix qui termina cette guerre un accroissement

(1) Nous avons vu plus haut que la branche de Hanovre et » branche de Zell avaient pour souche commune la maison nov Délie de Lunehourg, collatérale de la maison nouvelle de Brimw**** — La branche, de Zell apportait en même temps par ce mariage à la branche de Hanovre l'héritage de la Saxe-Lauentowg-

de territoire : en échange delà principantéd'Qrangre (1), elle acquit la Haute-Guelâre qui arrondissait ses provinces rhénanes (Glèves, La Mark et Ravensberg) : le pays de Kessel et le bailliage de Krieckmberg, (art. 8 et 8), et de pins, la souveraineté de Nenfchâtel et de Valengin (art. 9), dont l'électeur avait hérité à la mort delà duchesse de Nemours (Longueville) en 1707(2). Yoilà ce que la Prusse avait gagné, aux révolutions du midi de l'Europe : les troubles du Nord ne devaient pas moins lui servir.

Dans le groupe des Etats du Nord (Danemark, Suède, Prusse, Pologne et Russie), la Suède paraissait dominer encore après Charles-Gustave ; au moins avait-elle retenu ces vastes provinces , si dispropor-

(1) -Pour les droits de la Prusse à cet héritage de Guillaume III , «xnr Schœll , t XXIX , p. M2.

(2) Dumoht, Corps diplom. t. VIII. p. 357. — Nous nous bornons à citer ces maisons principales dans la géographie politique de r Allemagne ; mais il ne faut pas oublier que l'Allemagne, loin d'être revenue à des divisions plus simples; était plus morcelée que jamais. On y comptait alors jusqu'à trois cents princes souverains. Pour être plus complet, il faudrait énumérer les subdivisions nombreuses des maisons principales, dont nous avons indiqué le partage , et y ajouter encore les États que nous avons nommés en 16&8 (Mecxlbwbourg, Anhàlt , Manseeld, Retos, Nassau, IIanau , etc.; les trois électorals ecclésiastiques , Trêves, Cologne etMATENCB ; les trois otite* hansêatiques,BRÈMB,llAMBOURG et Lubeck.» etc.), en tenant compte, d'après les notes, des changements qu'ils ont pu éprouver,

tionnées à sa force réelle, que les traités d'Oliva, de Co* penhague etdeKardis (1660-1661) lui avaient assurées. Mais c'était déjà moins par sa propre énergie que grâce à la protection de la France ; et la France, qui, à la paix de Nitnègue, lai avait fait restituer ses possessions de Poméranie(l), se trouvait, après la paix de Rysvoick, dans des préoccupations qui l'empêchèrent de songer au Nord. L'électeur de Saxe, roi de Pologne, et le roi de Danemark voulaient profiter de ces circonstances et de la jeunesse du nouveau roi Charles XII; et Pierre-le-Grand, qui ne désirait pas moins rendre à son pays les bords de la Baltique, s'empressa d'accéder à leur confédération. — On sait avec quelle vigueur Charles XII repoussa leurs premières attaques, et par quelles imprudences il perdit les avantages que lui avait donnés sa valeur. Son intraitable caractère ne lui fut pas moins funeste en diplomatie. Par la convention conclue à la Haye sous la médiation des puissances maritimes, le sénat suédois et la diète de l'Empire avaient voulu consacrer la neutralité des provinces allemandes de la Suède: son refus d'y accéder les livra sans obstacle à l'avidité des Etats voisins, et Stralsund lui restait seul en 17 13. Des négociations plus habiles que le baron de Gœrti avait entamées sur un tout autre plan auraient peutêtre relevé sa puissance; mais elles furent rompues par la mort du prince, et la Suède, dans sa précipi-

(i) Traité de Fontainebleau, 2 septembre 4699. DuMOHT, Vil, PI, p. 449,

talion à sortir des voies où Charles XII l'avait entraînée, signa sa propre raine.

Le traité de Stockholm (20 novembre 1719) cédait au Ses traités Hanovre les pays de Brème et de Verden que le roi le Hanovre, de Danemark lui avait vendus après s'en être emparé. Le roi d'Angleterre, électeur de Hanovre, devait les posséder aux mêmes conditions que la Suède , lorsqu'elle en avait été pourvue au traité de Westphalie(l). —Par le traité conclu le premier février avec la Prusse, avec la Suède lui abandonnait la ville de Stettin avec le dis- la Pru88C ' trict situé entre l'Oder à TE. et la Peenem N.; les lies de Wottin et d'Usedom, et les différentes bouches de l'Oder qui les environnent, la bouche occidentale jusqu'à la Peene, la Swine et le Dievenow; de plus les villes de Damm et deGolnau, au delà de l'Oder, c'est-à-dire, une partie des rivages de la Poméranie que la paix de Westphalie avait donnés à la Suède (2). Pour tous les autres points ce traité restait en vigueur, et, en conséquence le roi de Prusse devait évacuer la ville de Wismar. — Le Danemark avait leDanemari aussi pris sa part des dépouilles de la Suède, en Allemagne ; il avait occupé la Poméranie antérieure jusqu'à la Peene, Strahund l'Ile de Rugen, et sur la côte occidentale de la Suède, la ville de Marstrmdet le district de Bohus. Il pouvait espérer, à l'exemple du Hanovre et de la Prusse, retenir aussi ses nouvelles

(1) Art 3 et suîv. Dumobt, VIII , P. II, p. 16

(2) La P$ene devait servir de limites entre la Poméranie prus* sienne et la Poméranie suédoise. Art 3 , Dumokt, ibid. , p. 22.

Géog. Poh 11.

acquisitions ; mais ces deux puissances, contentes de dépouiller la Suède par elles-mêmes, prétendirent l'en dédommager en forçant le Danemark à restituer (1). Ce dernier Etat qui, plus faible que les autres, avait dû contribuer à compenser leurs conquêtes, eut son dédommagement à son tour sur un plus faible que lui. Le duc de Holstkin-Gottorp, l'allié de Charles XII, qui en 1714 avait déjà vu ses possessions du Slesvig confisquées par les états Danois (2) fut abandonné par la Suède dans le même traité de paix (art. 6) et perdit ses derniers domaines du Holstein; mais le Danemark n'en jouit pas longtemps. Le dernier jour de la même année, l'Empereur fit rétablir le duc dans la partie du Holstein pour laquelle il relevait de l'Empire (3).

Ces différentes cessions permettent de tracer les limites de la domination suédoise avec le Danemark et les pays Allemands, Du côté de la Pologne, elles n'avaient point changé; la Pologne (7 janvier 1720) avait conclu avec la Suède une trêve sur le pied du traité d'OZrôa (bj. — Il n'en fut pas de même de la Russie.

Pierre-le-Grand avait continué ses avantages pen-

(4) Traité de Stockholm , entre la $vèb& et le Danemark, sous la médiation de la Grande-Bretagne et de la France , 12 juin 1720, art. 7 et 8 (en français). Dumont, VUI , P. 2 , p. 30.

(2) Le duc de Gottorp avait déjà été chassé de sa part du Slesvig, après le traité de Fontainebleau (1679), et rétabli par le traité $ Alton* (30 juin 1689). Dumnr, VU, P. 2, p. 231.

(3) Scwbll, Butoir* du Ê4*t européens, t. XXXIV, p. 277.

(4) F0ipKpiuifaaut,p. 191.

chut que la Suède s'efforçait de désarmer les autres royaumes à force de concessions, et il put encore paraître modéré en lui imposant les plus grands sacrifices. Le traité de Nystadt ( 10 septembre 1721 ) donnait au czar la Uvonie suédoise, YEsthonie, YIngrie avec une portion de la Caréîie et le district de Wiborg, les lies d'OEsel, de Dagoo, de Moen et toutes les autres voisines des côtes des pays cédés (1). — Il rendait la Finlande à la Sdède.

Pierre-le-Grand par cet important traité venait de rouvrir à la Russie la Baltique. Du côté de la Pologne, la continuation de la frontière occidentale avait aussi été reculée même avant lui. Le paix de Moscou (1686, 14 avril) avait confirmé, et étendu les trêves A'Andrussow (1667, 9 février) et de Moscou ( 17 août 1678) (2); tout entier à la guerre contre les Turcs, Jean Sobieski abandonnait formellement à la Russie Smolensk, Tchernigow, Novogorod-Sevérskoi, etc., la petite Russie, sur la rive gauche du Dnieper, savoir Poltava, et en général, tout ce que les czars y avaient possédé, pendant la trêve, jusqu'au fleuve Poutiwl, au nord de l'Ukraine ( art. 3 ). Kiow sur la rive droite, dont les traités stipulaient la restitution, lui était aussi abandonné, de même que les Cosaques Zaporogues jusqu'au point où le Tiasmin se jette dans le Dnieper et de là jusqu'à Tchigrin. — La Pologne conservait

(1) Art L Dumokt, VIII, P. 2, p. 36 (en français). L'art, a précisait les limites.

(2) Duuobt, VII , P. 1 , p. U et 363.

Polozk, Witepsk, Newel, Szebez, Wicliêz, Rzezia, Dunab&urg, Loucyn, Marienhaus avec toute la Iwonie méridionale (art. 8) (1). Les limites que ces différentes possessions déterminent entre ces deux pays, sont restées les mêmes jusqu'au partage de 1772. Le traité de Moscou acheminait vers cette grande catastrophe : la Pologne qui jadis dominait dans le Nord, était décidément retombée au rang des puissances inférieures.

Du côté de la Turquie, la paix de Carlowitz (1699), en réglant les intérêts de Venise et de l'Autriche, avait aussi i Turquie, com P ris ceux des Polonais et des Rosses. Elle avait fait rendre à la Pologne ses anciennes frontières, par la restitution de Kaminiec, de la Podolie et de YUkraine, en deçà du Dnieper (art. 3) (2). Pour la Russie elle ne stipulait encore qu'une trêve. La paix définitive qui, en 1700, y fut substituée, portait que les villes de la domination Ottomane, conquises par les Russes sur les bords du Dnieper, seraient rasées et reviendraient à la Porte; que la ville d'Azow (conquise en 1696 ), et toutes les petites villes de son territoire resteraient à la Russie (3). Pierre-le-Grand, par ce traité , ouvrait à la Russie la mer Noire, comme il

(4) Schœll, Histoire des Etats Européens, t. XXXIV, p. 353. Le traité n'est donné que par extrait dans Dumout, VII , P» " p. 125.

(2) Traité avec la Pologhe (26 janvier). Dumoht, VII , P- *» p. £5*.

(3) 13 juillet. Schœll, Histoire des Étais européens , tXXXH. p. 375.

devait lai ouvrir la Baltique.— Hais à l'époque où nous v décrivons l'Europe, la Russie n'était plus dans tes termes de cette paix. Le trailé du Pruth (21 juillet 1711) en avait détruit les avantages (1) ; les traités de Constantinople (1712, 15 avril) (2), d'Andrinople, (5 juin 1713) (3), le confirmèrent en ajoutant un système de limites qui interdisait à la Russie les bords de la mer Noire; et la paix de Constantinople, de 1720 (5 novembre), leur donnait une nouvelle sanction. Pierre-le-Grand était alors tout occupé de continuer ses conquêtes sur les rivages de la Baltique; il préparait, par des victoires, la signature du traité de Nystadt. — A défaut de la mer Noire , il avait étendu les limites de la Russie, du côté de la mer Caspienne, aux dépens des Perses. Le traité qu'ils acceptèrent, après avec une défaite, lui abandonnait les villes de Derbent et de Bakou , avec toutes leurs appartenances et dépendances le long de la mer Caspienne , comme aussi les provinces de Ghilan , Mazanderan et Asterabad, qui la bordent au S. (Pétersbourg, 23 septembre 1723) (4). Le traité de Constantinople, de l'année suivante (28 juin) , les partagea avec la Turquie. — A l*E. , la Russie, confinait à la grande Tartarie et plongeait par la Sibérie dans les vastes espaces de l'Asie du nord.

(4) Art 1-3.— Dumoht, VIII, P. 1, p. *75.

(*) Art. L. Dumobt, VIII , P. 1 , p. «97.

(3) Rovsskt, Supplément èDumont, 11, P. SL f p. 110.

(4) Art 3- DuMorr, VIII, P.*, p. 76.

UmUu Oo pent doue résumer ainsi les limites des pracipaurEtafs dn nord i cette époque :

du Le Dahemau comprenait la péninsule Danoise jusqu'aux limites du Hobtein; lever et le comté tTOldembourg, à l'O. des domaines du Hanovrt, Bornbolm et les lies comprises entre les deux péninsules, comme dépendances du Danemark, proprement dit; la Norwége qui confinait, à l'E., à la Suéde ,A la Laponie du N. , par laquelle il touchait, d'une ' part à la Laponie Suédoise, de l'autre à la lapom Moscovite, sur le lac Enara et la rivière de Pm, puis les îles Feroe et l'Islande , comme dépendances de la Norwége.

delà La Suéde, bornée è 1*0- f par la Norwége; an N., ' par la Laponie Danoise; au N.-E., par la Lapm Moscovite, s'étendait au S.-E., dans la Finlandejusqu'aux confins du district de Wiborg ; ajoutez-y les débris de ses possessions en Allemagne , Wismar, Stralsund, la Poméranie antérieure , jusqu'à la Peetf et l'île de Rugen.

m JL La PoLOONB touchait toujours à la Baltique , au N. « **»«* ^ ^ possédait toute la Prusse royale , de la Poméranie à la Coutiande, qui avait toujours son duc particulier. Ses limites étaient, à l'O., la Silésie; an S., les monts Crapacks, qui la séparaient de la Hongrie; au S.E.,1e Dniester, qui séparait la Podolie des provinces Ottomanes; à l'E., ses frontières avec la Russie suivaient à peu près le cours du Dnieper.

jEie la La Russn confinait à l'O. arec les possessions Danoises et Suédoises, dans la laponie, vers le lac Enara

Pologne,

Russie.

et la rivière de Paëz; avçc la Suède, dans la Ftotande, au-dessus de Wiborg (1); avec la Pologne, aux fiantes que nous venons de tracer. Au N. , elle avait pour bornes la mer Glaciale; à TE., les derniers confins de la Sibérie et de la Grande Tariarie ; au S. , h Caspienne, et, au delà du Caucase, tes limites mêmes des provinces cédées, en 1723, par la Perse; enfin autour de la mer Noire, les steppes des Tartares , tributaires de la Porte.

Qaant à la Turquie, dont il nous reste à parler, ces ToBftun. frontières de la Russie et de la Pologne, au S. , faisaient sa limite du N. ; —Du côté de la Hongrie et des possessions Vénitiennes , ses bornes venaient d'être reculées à son désavantage , par la paix de Passarotwte (21 juillet 1718). L'Autriche rappelée au secours ^JSîs. 8 de son alliée Venise par l'invasion de là Morée, que la paix de Carlowitz avait fait perdre aux Turcs, leur mit enlevé le bannat de Tememar et leurs principales forteresses du Danube. C'étaient les portes de l'Empire, et déjà elle allait y pénétrer, quand le sultan l'arrêta en traitant sur les bases de VUti possidetis (2). — La Moldavie et la Valachie , pays tributaires de

(1) D'après l'art 8 du traité de ffystait t lès limites commençaient au rivage septentrional du golfe de Finlande, près de Wickolax, elles continuaient par Willagoki, par la route de tftfcr* à luptkwnd , basant Wîbfcrg a. trois lieue» (en Russie) , puis elles rejoignaient les asKtenncs liantes, à travers le Kemhoim Dans la Laponie, les liantes restaient les mêmes.

(2) Traité avec PEmpereur. Dumokt, VIII , P. t , p. 58T.

la Turquie, conservaient leurs anciennes limites : cependant la partie de la Valachie, située sur la rive droite deYAluta, ainsi que le bannat de Temesmr, restaient à l'Autriche. L'Aluta ou AU, depuis l'endroit où il sort de Transylvanie, jusqu'au Danube, le Danube jusqu'à l'embouchure du Timock (aux frontières de la Servie), décrivaient les limites nouvelles (art. 1). D'un point pris sur le cours de ce dernier fleuve, à dix lieues de son embouchure, elles se prolongeaient par une ligne qui traversait la Servie et allait rejoindre la Drinna, yersBelina, laissant ainsi à la Hongrie , avec Belgrade , les deux rives du Danube (1). Tous les forts situés sur la Save, de h Drinna à l'Unna, lui demeuraient aussi (art. 3), et à la droite deYUnna, cette ancienne limite des deux empires, elle possédait encore plusieurs forteresses de la Croatie Turque, entre autres Jessenowitz elDobitza (2). Ainsi sur tous les points, la Hongrie avait avancé d'une position. La Turquie n'éprouvait de compensation que du côté de la Grèce. VUti possidetit que l'on prenait pour base, lui laissait la Morte. — Venise qui perdait cette province, dont la paix de Garlowitz lui avait, eo 1699, abandonné la possession, ne conservait plus que les lies de Cerigo, dans l'Archipel (art. 3), et, avec les fies ioniennes, Bulrinto.Prevezza et Voinizza, sur les

(1) PorocU», Istolatx, Schachak, Bedka et Belin* -&**>! el Jto/fca demeuraient à l'empire Ottoman. Art. 2.

(2) Art L Antiquum-Novum {Vitux-X<n%) demeurait au sulfe"- NowHou-Novi était rendu à l'Empereur.

côtes de l'Albanie (art. 4); dans ses possessions Illyriennes, elle confinait à l'Herzégovine par une langue étroite de rivage où s'élevaient les forts d'Imoski, Ti$covatz, Sternizza et Unitza (1). —La Porte se faisait aussi abandonner par Venise, comme dans le traité de Carlowitz , plusieurs places qui gênaient ses communications- avec le territoire de Ragusjb. — Cette ville, pour demeurer indépendante, payait tribut à tout le monde, aux Turcs, aux Vénitiens, au pape, à l'Empereur, au roi d'Espagne. Toujours dans la crainte d'une surprise, elle fermait ses portes à quatre heures, en été, à une heure et demie, en hiver, et pendant la nuit, tenait sous clef les étrangers, surtout les Turcs (2).

(1) Traite avec Venise. Dumoht, ibid. , p. 585.

(2) Abrégé de Géographie (1716).

Ces limites, que nous avons tracées d'après les traités de paix, ont été vérifiées sur les meilleures cartes de F époque ( Delislk » de 1 700 à 1 730). Quant aux divisions intérieures et administratives , nous renvoyons, comme pour le milieu du siècle précédent , à ce que nous dirons dans la géographie politique de l'Europe en 1789, avec les modifications indiquées dans la note du chapitre IV, p. 193, pour la Russie et la Turquie.

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