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quelque chose de sa mobilité. De même que les bancs de la Seine maritime se déplacent sans cesse, de même le principal centre de navigation du bas feu a passé de Honfleur au Havre ; dans ie Loire, il a passé de Paimbœuf à Saint-Nazairé. Ces variations seront étudiées plüs loin en détail‘ {$ 16); mais il était nécessaire dès à présent de les indiquer comme un caractère essentiel de l’œcoumène maritime sur les débouchés fluviaux. = Sauf dans le cas très rare des estuaires dus à une faille de dislocation* ‘par exemple, l'embouchure du Congo). | s les deltas et les estuaires se dév eloppent, au bord des mers, Ke dans les pays d’alluvion à peu près horizontaux, peu à peu constitués par le dépôt des troubles au niveau de base* fluvial. Ces régions, favorisées par l'abondance des eaux et par la fertilité d'un sol facile à travailler, en ne | dans les pays tropicaux où elles sont les terres d' élection des cultures qui ont un égal besoin d’eau et de soleil, comme le riz, nourrissent le populations les plus denses qui soient sur le globe, et cette extrême densité, remar= " quable dans le Bengale, dans les deltas du Nil, du Mé= kong, de l'Iraouaddi et de la Salouen, provient de la superposition d’une vie fluvio-maritime active à une vie agricole également active. Le delta du Rhin et l'estuaire de l'Escaut nous donnent, dans les régions tempérées, un spec= LR analogue, dû à des causes un peu différentes, car e rôle agricole des terres basses de Hollande et de Belgique, quoique assez notable, est insignifiant par rapport à la valeur purement maritime de ES grandes places com— merciales, Anvers et Rotterdam. | \u reste, le terrain d'alluvion côtier n’est pas toujours propre à l'établissement d'une zone de condensation. Qui dit alluvion ne dit pas nécessairement fertilité et habita=
| a: FU ES
COTES DE CONDENSATION Dr bilité. Lorsque les apports des fleuves entassent sur la lisière marine les galets et les boues glaciaires, lorsque les alluvions, trop meubles et trop spongieuses, se changent en marécages, lorsqu'une végétation trop abondante d’arbres ou de plantes inutilisables croit sur les terrains de formation récente, les débouchés fluviaux, estuaires et deltas, et surtout les deltas, demeurent déserts ; il yaun vif contraste entre ces zones « intermédiaires entre la terre et l’eau » que fuient les hommes, et les centres surpeuplés comme la Basse-Egy pte, le Pégou, le Bengale; le Tonkin et la Cochinchine.
Les deltas du Pô et du Rhône, chargés tous les deux des troubles glaciaires apportés par les torrents des Alpes, ne sont point sur leur front maritime des côtes de condensation. La mobilité trop grande des apports torrentiels chasse les populations loin des nervures deltaïques. L'œæcoumène de condensation se trouve reporté, pour le Pô, au N., et pour le Rhône, à l'E. du delta : à Venise pour le premier, à Marseille pour le second. Dans l’un comme dans l’autre cas, on doit tenir compte à la fois, pour expliquer lg caractère désertique des deltas, de l'infertilité des
galets et des boues de transport, et de l’excessive instabilité
des chenaux.
Dans le cas du Mississipi et du Niger, les causes sont un peu différentes, mais le résultat est le même. La rapidité relativement grande conservée par le Mississipi dans son cours inférieur entraine les troubles hors de la ligne des côtes, dans le golfe du Mexique, où ils forment des jetées de boues inhabitables, bouleversées par les volcans de boues ou mudlumps, ravagées par la fièvre jaune. Aussi le port de sortie du Mississipi, la Nouvelle Orléans, se trouve-t-1l à une assez grande distance dans l'intérieur,
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: > hors de la zone de formation actuelle du delta. Aux bouches du Niger, la barrière forestière et fiévreuse des man-
gliers et des palétuviers, qui sépare de la mer les régions intérieures du delta, exclut de l’æcoumène le front maritime du bas pays fluvial, comme elle en exclut, au reste, la plus grande partie des côtes du golfe de Bénin.
13. Pêcheries côtières ; le plateau continental. — Nous arrivons maintenant aux parties de l'œcoumène côtier où la condensation humaine se détermine, non d’après la facilité des communications vers les terres situées en face ou vers un hinterland aux ressources variées, mais uniquement d'après les ressources en nourriture animale fournies par l'exploitation de la mer.
Comme nous l'avons dit ($ 10), cette exploitation, dans toutes les mers du globe et pour la plupart des espèces utilisées, ne dépasse pas encore le stade de la cueillette. Elle donne donc l'exemple d’une modalité de l'existence humaine assez rigoureusement soumise à certaines conditions naturelles, dont plusieurs nous sont encore incon— nues. Les populations qui vivent de la pêche, malgré leur stabilité pour le moins égale à celle des ruraux, sont ex= posées à des hasards et à des périls qui dépendent, non seulement de leurs luttes contre les coups de vent et contre les brumes, mais du caractère aléatoire de leur cueillette. Cependant les œcoumènes côtiers déterminés par la pêche ne se modifient guère. C'est que, malgré les variations fréquentes du produit de la pêche, il y a des régions désignées comme champs d'existence favoris des espèces maritimes comestibles, et c'est autour de ces champs, exploités en commun, que s’établissent et que se maintiennent les groupements de pêcheurs.
L'observation nous apprend que la pèche est surtout productive sur le plateau continental, dans les zones tempérées et subpolaires.
On entend par plateau continental les fonds côtiers jusqu'à 200 mètres de profondeur environ (limite anglaise : 100 fathoms — 185 mètres. Ces fonds sont très développés dans l'Atlantique nord, sur les côtes d'Amérique et surtout sur les côtes d'Europe. Le golfe du Saint-Laurent et les banes de Terre-Neuve dans l'Amérique du Nord, la Manche, la mer d'Irlande, la mer du Nord et la Baltique en Europe, leur appartiennent. Les zones de o à 30 mètres, où se tiennent la plupart des espèces marines comestibles (morues, harengs, sardines, poissons frais, crustacés), sont tapissées de l’abondante végétation des algues. Cette végétation sert d'habitat, pour la nourriture et pour le frai, soit aux espèces comestibles elles-mêmes, soit plutôt à la gelée vivante du planl:lon* dont ces espèces se nourrissent. Les algues croissent sur les fonds de roche ou de sable grossier, dont la dureté et les anfractuosités favorisent l'existence des animaux rampants, comme les crustacés, et servent au développement des coquillages. La biologie marine ne peut déterminer encore la part exacte de la végétation des algues et de la nature des fonds dans la croissance des différentes espèces : mais cette part est sûrement notable.
A la végétation et aux fonds s’ajoutent les effets de la transparence des eaux, de la salinité moyenne’, de la tem-
! La salinité supérieure de l'Atlantique, par rapport aux deux autres Océans, n’est pas étrangère au développement plus grand de son plankton et de ses pècheries. (Atlantique, 35.35°/,, Océan Indien, 34.81, Pacifique, 34.91). Krowuez, 1, t. I, p. 133.