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riimes étroites et profondes, des côtes insulaires ou con- tinentales presque accores, des traïnées de volcans récemment éteints ou encore en activité. D'étroits rapports de “structure et d'agencement unissent ces régions tourmen— tées, comme le montre, par exemple, l'uniformité de la direction N. W. —$. E, qui est celle de tous les plis terrestres et marins sur plus de 150 degrés de longitude, de Sumatra aux Antilles par le Pacifique. Non seulement les parties maritimes, mais les parties continentales de cette: zone disloquée montrent combien la surface terrestre y est instable : il en résulte une pénétration mutuelle du. domaine continental et du domaine maritime, ainsi qu'un développement des espaces insulaires, poussés plus loin que sur le reste du globe. C’est d’abord la Méditerranée d'Europe, avec sa complication de presqu'iles, de grandes iles, d’ilots, de golfes profonds, de passes resserrées jusqu'à n'être que de simples canaux d'une largeur fluviale (détroits de Patras, des Dardanelles, du Bosphore) ; ce sont les massifs montagneux et les plateaux de l'Asie centrale et méridionale, de l'Elbourz à la Barmanie, où se retrouvent sur tant de points les traces géologiques de Pancienne Méditerranée qui s'étendait des mers européennes à celles de l’Insulinde (/a Tethys de Suess) ; c’est la Méditerranée asiatique, avec ses iles multiples, ses fosses maritimes coupées presque à pic jusqu'à 5 ooo mètres et plus de profondeur (mer de Banda), et avec ses volcans formidables semés sur deux lignes, de Sumatra à Timor, et des Philippines à la Nouvelle-Guinée ; ce sont les archipels du Pacifique équatorial et tropical, où les coraux brodent sur des socles éruptifs la dentelle calcaire de leurs récifs et de leurs atolls ; c’est enfin la Méditerranée des Antilles, avec ses abïmes de 6000 mètres, ses volcans, ses tremble-
ments de terre, et sa traînée d’iles en demi-cercie, en face de l'isthme étroit de l'Amérique centrale.
Cette structure insulaire et péninsulaire de presque toute la zone méditerranéenneset tropicale, où font contraste seulement quelques massifs déserts où soufflent les alizés (Sahara, Arabie, Iran), a été le premier et le plus puissant agent géographique de la fusion des races et da commerce maritime.
Les espaces maritimes resserrés et les nombreuses îles favorisent, dans les Méditerranées, le métissage continuel et Mespèce de brassage des peuples qui aboutit à l'inextricable complexité ethnique des Orientaux de la Méditertanée d'Europe, des « Maures » ou « Malabares » de l'Océan Indien et des Malayo-Polynésiens de l'Insulinde et du Pacifique. Si les Océans, dans leur ensemble, semblent désormais destinés à devenir le creuset des races, ce sont les couloirs étroits et les espaces insulaires des Méditerranées qui ont joué ce rôle dans le passé historique. Nous étudierons dans la [T° partie de ce livre le tracé et l’extension des courants migrateurs qui ont étendu leurs ramifications infinies sur les Méditerranées, ainsi que les faits sociaux généraux qui en résultent (langages composites). Nous donnerons seulement ici deux exemples de complexité ethnique, sociale et religieuse due aux archipels méditerranéens et aux couloirs maritimes resserrés.
Les îles de Jolo etde Mindanao, dansles Philippines, qui ont échappé jusqu ici à l'influence unificatrice des peuples européens, puisque les Espagnols ne les possédèrent jamais que nominalement et que les Américains sont dans le même cas, sont habitées par des « Maures » qu'il est impossible de rattacher à une souche unique ; il est même difficile d'énumérer tous les groupes dont ils sont
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ou semblent être issus. Le fond de la population est malais : ce qui est déjà une grande complication, car la race malaise est la « résultante » de beaucoup d'autres. Mais dans les Maures de Mindanao et de Jolo existent aussi des groupes qui se rattachent aux Dayak de Bornéo. Les familles aristocratiques sont arabes ; elles viennent de Bornéo et de Ternate. L'élément chinoïs est représenté ; les renégats espagnols ne manquent pas. Les femmes ont été recru= « tées un peu partout, de force, par les Illanos pirates de Mindanao : Mindanao, Jolo et les petites îles voisines ont été « l'archipel des Pirates ».
Les îles Bonin ‘26° lat. N., 140° long E.) donnent sur un plus petit espace un exemple aussi intéressant de mé— tissage et de bigarrure sociale. Quoique ce petit archipel soit à l'écart des Méditerranées, sa position au centre du demi-cercle formé par le Japon, les Riou-Kiou, Formose, . lies Philippines et les Ladrones, en a fait un point de rendez-vous des éléments les plus divers. La population n’atteint pas une centaine d'individus ; cependant il est difficile de trouver ailleurs sur le globe, dans un espace aussi restreint ef loin de toute grande ville maritime, une pareille variété ethnique. Les femmes de ces îles sont des Canaques, ou bien viennent des îles Hawaï, des Ladrones, des Marshall et du Japon. Les hommes sont d'origine américaine, anglaise, allemande, française, espagnole, italienne, portugaise, japonaise. Il en est qui viennent des Bermudes et des îles Marquises ; il y a des Polynésiens, des Tagal de Manille. Il en résulte un métissage d'une complication vraiment extraordinaire. « Aux îles Bonin, une Japonaise épousera successivement un Polynésien, un Anglais, un Yankee, ou inversement ; telle femme donnera simultanément où successivement le sein
“ à un petit moricaud, à un Mongol aux yeux bridés, à un Anglo-Saxon en herbe, à un bébé dans les veines duquel
| le sang latin se mêlera au sang germanique ou papou. »
« Cette confusion ethnique, loin de tout centre de discipline
… sociale, produit une criminalité excessive. « En 1875, sur
… une population totale de 60 à 75 membres, un explorateur a entendu parler de 11 meurtres! ».
Dans les archipels et dans les couloirs méditerranéens, la fusion des races amène et accompagne naturellement le trafic des choses. La mer coupe la plupart des voies de circulation terrestres et se substitue à elle sur des tranches plus ou moins étendues. Elle offre pour les transports commerciaux un champ commode et ouvert à tous, où une science profonde de la navigation n'est pas nécessaire, puisqu'on navigue presque sans perdre la terre de vue, et où les constructions navales primitives n'ont pas besoin d'une grande solidité, à cause de la médiocre durée des trajets, du grand nombre et de la proximité des abris (v. IL° partie). Aussi le commerce maritime est né dans les labyrinthes méditerranéens ; c’est là qu'il a connu longtemps ses agents les plus actifs, des Phéniciens et des Grecs de la Méditerranée aux Arabes de la mer Rouge et aux Malais de l’Insulinde ; et si les vieilles routes méditerranéennes ont perdu aujourd'hui leur royauté commerciale autrefois incontestée, elles n’en demeurent pas moins les zones où l'on peut le mieux étudier les échanges maritimes spontanés, qui ne sont provoqués mi par le développement de l'outillage maritime, ni par la présence des centres surpeuplés de la grande industrie (v. IIT° partie).
Mais cette spontanéité mème des échanges, peu orga-
1 À travers le monde, 1906, p. 344.
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nisés et mal défendus, a été accompagnée, dans toutes les
Méditerranées, de sa conséquence inévitable, qui a été la flo=
raison extraordinaire de la piraterie, tant que la police maritimeaétéinexistanteouimpuissante.La piraterie aétéle fléau des Méditerranées d'Europe des Antilles etdel’Insulinde:elle est encore le fléau de certains archipels du Pacifique tropical. Sa naissance à été extrêmement favorisée par la structure géographique des Méditerranées. Les petites îles en face des grandes et en face du continent ont servi aux pirates de cen=. tres de réunion et de points de départ pour leurs attaques :aux Antilles,les premiers boucaniers * français sont partis de l'île de la Tortue pour fondre sur les Espagnols de Saint- Domingue, et les pirates anglais ont eu leur centre principal à la Jamaïque. Les îles Galapagos ont été, en fact de la Colombie et de Panama, un repaire de pirates, d’où partaient, sans cesse, au xvu° siècle, les incursions des flibustiers contre les colonies espagnoles. Dans l’insulinde, nous avons parlé plus haut de « l'archipel des Pirates », Jolo et Mindanao : mais la piraterie n'a pas été bornée à ces îles ; elle s’est étendue à toutes les petites terres et à tous les détroits resserrés de l’archipel malais et des côtes de la Nouvelle Guinée. Dans la Méditerranée, les îles de l’Archipel ont toujours servi de refuge aux pirates, depuis la guerre de Pompée jusqu'à celle de l'indépendance grecque et même plus tard. C'est en Méditerranée aussi que l’on voit les pirates, là où les îles sont trop peu nombreuses, s'établir, faute de mieux, sur les parties péninsulaires ou difficiles d'accès des côtes continentales, comme les Barbaresques sur les côtes d'Alger, du xvr° au xix° siècle, et les Arabes à la Garde Freynet en Provence, du vin au x° siècle. I est facile de comprendre, en effet, l'avantage offert à la piraterie par les îles nombreuses et peu accessibles et par
les couloirs maritimes tortueux ; la piraterie a été longtemps une forme capitale de la vie maritime dans les Méditerranées ; elle avait ses bateaux, ses marins, ses pilotes, ses postes de refuge, ses tributaires.
Voici comment un homme qui connaissait bien les pirates de l’Archipel, puisqu'il leur avait servi de pilote, décrivait leurs évolutions et leurs rapports avec les îles, en 1692 :
« Depuis la mi-décembre jusqu'au mois de mars, les pirates se tiennent d'ordinaire aux iles de Paros, d'Antiparos, de Nio et de Milo ; ensuite ils vont à Furnos, où ils se cachent sous la terre haute, après avoir mis une sentinelle sur la montagne, avec un petit pavillon, pour donner le signal à la vue de quelque vaisseau. Dès qu'il en paraît un, ils sortent, se mettent au travers du canal de Samos et l’enlèvent. Au printemps et durant les premiers mois de l'été, ils se nichent de même sous Necaria, Gadronise et Leppiso, où ils continuent leur manège. Vers la mi-juillet ils rangent la côte de Cypre.... Vers la fin de l'été ils se rendent sur les côtes de Syrie... En automne ils rebroussent chemin versles iles de l'Archipel, où ils croisent sur les canaux jusqu'à l’arrivée de l'hiver, qu'ils entrent dans un port". »
30. Iles tropicales de monoculture. — Lesarchipels tropicaux présentent encore un caractère général et très saillant, qui les distingue de toutes les autres parties de l'œcoumène insulaire. Les îles de monoculture y sont nombreuses. En particulier, des îles d’étendue médiocre ou infime, comme les petites Antilles, les Mascareignes,
1 Damprer, t. V. p. 314.
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à une culture uniforme, la canne à sucre pour les unes, la noix de muscade ou le giroflier pour les autres. Cette sorte de concentration économique de toutes les forces productives des îles provient à la fois de leur altitude, de leur latitude, de leur régime climatique, et de leur situation
maritime ; ce dernier caractère n’est pas le moins important.
Il est vrai que la nature même du sol, si souvent composé de
débris éruptifs dans les archipels tropicaux, et par làmême
apte aux plus riches cultures, facilite l'extension des plantes
à végétation exigeante etluxuriante comme la canne à sucre et le cacaoyer ; il est vrai aussi que l'insolation constante »
et accompagnée d'humidité, ainsi que l'altitude modérée des périphéries insulaires sur une zone plus ou moins large, donnent à ces cultures une extension relative plus grande que sur les continents voisins. Mais toutes ces
-conditions physiques n'auraient pas suffi à la multiplica— üon si remarquable des îles de monoculture entre les deux
tropiques. La position maritime des îles importe plus encore : c'est la raison décisive. Car c’est cette position, dans toute ile tropicale, qui assure à l'unique produit du pays une sortie commode et peu coûteuse vers les grandes
routes du globe et vers les centres de surpeuplement
et de civilisation : c'est cette position qui met, en général, les insulaires à l’abri de la surproduction et des engorgements qui les atteindraient d’une manière infaillible, s'ils n'avaient pas la mer à leur portée. Pour s'en convaincre, on n’a qu'à étudier le mode d'extension des produits tro— picaux sur les continents voisins. Des cultures comme celles de la canne, du cacao, du poivre, de la noix muscade, des clous de girofle, du sagou, ne se sont pas bornées « aux Iles », comme on disait au xviu° siècle:
elles sont maintenant continentales aussi bien qu'insulaires ; mais elles ne dépassent guère, en général, les zones litto— rales des pays tropicaux, où elles trouvent les mêmes avantages de positiomet de débouché commode que dans les espaces insulaires ; la monoculture tropicale, ainsi que toutes les conséquences sociales qu'elle entraîne, est l’œuvre des relations maritimes et des voies de circulation transocéaniques. Nous verrons (Il° partie, que cette monoculture, si elle n'a pas créé la traite des esclaves, l’a maintenue pendant des siècles ; 1l n’est pas exagéré de dire qu'elle la maintient encore.
La culture de la canne à sucre donne un exemple instructif de la répartition géographique d'un produit tropical
.de premier ordre. La zone climatique de la canne est com-
prise entre les 3/° degrés lat. N.et$S. ; mais, en fait, ilest rare qu elle avance très loin dans l'intérieur des continents, à l'exception de ceux qui sont bien pourvus de voies de communication, comme le sud des Etats-Unis et l'Inde anglaise. Au Mexique, en Afrique, dans l'Amérique du Sud, la canne est côtière ou insulaire. Elle est ou a été la culture unique de la Jamaïque, d'un grand nombre des Petites Antilles, de la Réunion, de Maurice: elle fait aujourd hui la fortune des Hawaïi, où l'existence de presque tout le monde est fondée sur le roi sucre, King Sugar ; mais elle est aussi très cultivée, exclusivement dans la région côtière, au Pérou, au Venezuela, au Brésil, dans la Nigeria, dans le Pégou, dans le Tenasserim et au Queensland.
Si, de nos jours, les anciennes îles des épices, les Moluques, sont dépossédées de leur royauté commerciale, c'est que les progrès de la civilisation occidentale et surtout des transports ont permis d'étendre sur d'immenses
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