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flottante, sur les eaux de la mer du Nord. Aussi cette population transportet-elle sa vie, ses habitudes et ses mœurs sur son œcoumène mobile du Dogger et du Fisher. Des bâtiments spéciaux trafiquent du tabac et de l'alcool ; ils vont débitant leur marchandise dechalutier en chalutier; ce sont les coopers où bum-boats. Les habitudes d'intem— pérance qu'ils ont entretenues ont déterminé, en 1893, 14 signature d'une convention internationale, qui a réglementé la police des cabarets flottants de la mer du Nord”.
Les ouvriers pêcheurs de Grimsby appartiennent, comme nous l'avons dit, au « type industriel ». et non à l’ancien « type maritime » auquel appartiennent encore, par exemple, tous les pêcheurs de France. S'ilen fallait une preuve nouvelle, les motifs de la grève de 1901-1902 nous la donneraient. Cette grève éclata à la suite d'une tentative pour diminuer le salaire fixe et pour le remplacer, en partie, par un pour cent sur le produit de la pèche. Or, cette rémunération « à la part » dont les pêcheurs de Grimsby repoussaient toute application, mème partielle, constitue encore l'unique forme derémunération de presque tous les pêcheurs français, que la transformation indus trielle n'a pas atteints.
36. Chasse aux baleines etaux phoques. — Comme l'étude de la pêche hauturière, celle de la chasse faite, soit au large, soit sur des côtes, aux grands animaux marins comme les baleines et les phoques, montre les avantages assurés par les conditions naturelles aux zones tempérées, subpolaires et même polaires des deux hémis— phères et en particulier de l'hémisphère boréal. La capture
1Beavrirs, p. 355 et suivantes.
EXTENSION DE L'OECOUMÈNE 193
Du: -
des phoques et des baleines est très peu développée, faute d'aliment, entre les deux tropiques, tandis qu’au sud et . surtoutau nord, elle reporte jusque dans les glaces polaires . les extrêmes limites de l’æœcoumène maritime. Aussi la population maritime qui consacre spécialement son acti- - wité à ces chasses ne se forme, comme les marins de la grande pêche et comme ceux de la pêche hauturière, que -sur les côtes des pays tempérés et subpolaires.
. Nous ne pouvons résoudre ni même discuter la question toute biologique de l'unité ou de la bipolarilé d’origine des grands animaux marins; nous ne savons si chaque -calotte polaire forme pour les différentes espèces de … baleines, de cachalots, de phoques et d’otaries, un habitat particulier dont aucune espèce ne peut sortir sans passer dans l’autre, ou s'il y a eu communication et mélange, -anciens et récents, entre les espèces des deux hémisphères. Il est certain que les grands courants marins de surface … ont influé et influent encore sur la répartition de ces . espèces; c'est le courant de Humboldt qui a porté les otaries antarctiques vers le nord, jusqu'aux Galapagos. … Mais, sauf dans les régions de mousson du sud-est de l'Asie, où le renversement des courants et leurs oscillations saisonnières d’un hémisphère à l’autre mélangent les - eaux par grandes masses, les principaux courants forment - pour chaque hémisphère un réseau autonome! : ce n’est
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… D'autre part, il est vrai que les zones équatoriales ne for ment pas, comme on l’a cru quelquefois, des régions inaccessibles aux grandes espèces de cette nature et en particulier aux cachalots ; mais elles sont toujours rares
Exception faite pour le mélange des eaux équatoriales à l'W. de PAtlantique.
pas ainsi qu'une large fusion des espèces peut s'établir. -
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156 L'OECOUMÈNE MARITIME La
dans ces zones et ne s’y trouvent que sur quelques points. Ainsi, dans l'Atlantique, on rencontre un certain nombre de cachalots par troupes {suivant l'habitude de cette espèce) entre Saint-Hélène et Mossamédès, dans les parages de l’Ascension et au fond du golfe de Guinée ; on les chasse en hiver autour des îles du Cap Vert, et de mars à mai entre les 10° et 15° degrés lat. N. et 35° et 4o° de long. W. Gr. Dans l'océan Indien, les cachalots sont assez nombreux entre Java et l'Australie ; dans le Pacifique, on les chasse autour des îles Marshall, des Gilbert, des Fidji, des Samoa et des Marquises, et dans une zone qui va du 5° au 10° lat. S. et du go° au 117° long. W. Gr., au S. W. des îles Galapagos. Mais toutes ces régions de chasse sont relativement peu étendues, peu productives, et sont particulières du reste au cachalot (Physeter macrocephalus).
Au contraire, si nous considérons les régions océaniques situées au N. et au S. des tropiques, nous y voyons se multiplier‘ les terrains de chasse des animaux recherchés soit pour leur huile, soit pour leur graisse, soit pour leurs fanons, soit, comme certains phoques, pour leurs fourrures. La répartition des terrains de chasse se fait actuellement de la manière suivante.
A) Atlantique et océans polaires du Nord et du Sud, entre les prolongements des méridiens côtiers atlantiques. — 1) Zones boréales. La baleine du Groënland (Balaena mysticetus) est chassée du mois d'avril au mois d'août sur les côtes W. du Groënland et E. de la Terre de Baffin, du 63° au 75° lat. N. La baleine blanche (Delphinapterus leucas) + trouve entre la Terre de Baffin et le Labrador. La baleine bleue (Balaenoptera sibaldiü), fréquente les abords du Spitzhberg et de la Novaïa Zemlia, et surtout la mer de Barentz jusqu'aux côtes norvégiennes du Finmark.
EXTENSION DE L'OECOUMÈNE 197 Les phoques communs (Phoca vilulina et P. Groenlandica), abondent sur les côtes septentrionales de Norvège. ainsi que sur celles du Groënland, de la baie d'Hudson, de Terre-Neuve et du Labrador ; c’est sur ces deux dernières côtes que se fait aujourd’hui le plus grand massacre de phoques chassés pour leur graisse et pour leurs peaux. Plus au S., mais dans la zone tempérée, entre le 30° et le 49° lat. N., sont les principales régions de chasse des cachalots : autour et surtout à l'W. des Acores, et au S. E. du cap Hatteras, au large de Charleston.
2) Zones australes. À partir du 30° degré de lat. $., on rencontre en grande quantité la Pre AA (B.
australis.. Elle diffère notablement de la baleine du Groënland. Les baleiniers la poursuivent surtout entre Tristan da Cunha, Diego-Alvarez et le Cap, du mois de juin au mois d'août, et entre la Plata et les Malouines, de novembre à janvier. Parmi les phoques, il y a surtout lieu de remarquer un phoque à fourrure (Arclocephalus nigrescens), chassé aux îles Lobos, à l'estuaire du Rio de la Plata, et sur les côtes de Patagonie.
B) Océan Indien el océan austral, entre les prolongements des méridiens côliers. — On chasse de nombreux cachalots sur la côte W. de l'Australie, et, en Afrique, au large de la baie Delagoa. La baleine australe fréquente les parages de Saint-Paul, de la Nouvelle Amsterdam, de Crozet, de Kerguelen, et la grande baie australienne. Parmi les phoques, l'éléphant de mer (Macrorhinus leonina) se trouve à Heard et à Kerguelen.
C) Pacifique, mers au N. du délroil de Behring, et mers anlareliques au S. du Pacifique. 1) Zones boréales. — Les principales espèces de cétacés s’ordonnent nettement suivant la latitude. Tout au N., dans le golfe
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158 L'OECOUMÈNE MARITIME \ à
d’Anadyr, dans le détroit de Bebring et dans la mer Gla= ciale, jusqu’au parallèle de la ponte de Barrow et de l’île
Wrangel, on chasse la baleine du Groënland (B: myslicetus); à cette espèce se rattache celle que prennent les Kamtchadales dans la mer d'Okhotsk ; vient ensuite,
baleine du nord-ouest des Américains), chassée surtout à l'E. du Japon, et entre Kadiak et l’archipel de la Reme.
Charlotte. Les insulaires aléoutes poursuivent le phoque ‘4
à fourrures du Pacifique nord (Callorhinus : ursinus);
en particulier aux iles Pribyloff ; les habitants de Sakha= 4
du 30° au 55° degré, la baleine du Japon (B. japoniea,
line le poursuivent aussi sur leurs côtes. Les loutres sont |
nombreuses sur la côte américaine. Enfin, dans les zones tempérées et tropicales se place, comme dans l'Atlantique, … da chasse du cachalot.
2) Zones australes. La partie Sud du Pacifique a son espèce particulière de baleine /B. antipodum. : bien qu'elle ait élé poursuivie presque jusqu’à extinction, on la ven-
contre encore parfois entre l'Australie et la Nouvelle Æ
Zélande, à VE. de cet archipel et sur les côtes de l'Amé=
rique du Sud, où elle remonte tout près de l'équateur, |
jusqu'à Payta, au S. de Guayaquil. Quant aux phoques, dont toutes les espèces vivent sur les côtes, 1ls sont naturellement rares dans l'immense espace ouvert de l'Océan
austral ; ils peuplent cependant les rivages de l'archipel\
méridional du Chili (otarie du sud, éléphant de mer. Ce plan de distribution géographique montre que les chasses des espèces précieuses sont localisées dans les
mers tempérées et polaires; les tropiques et l'équateur
n'ont que le cachalot.
La chasse des différentes espèces de phoques ne pré-
sente guère d'intérêt au point de vue de la formation
EXTENSION DE L'OBCOUMÈNE 190
e sociale des peuples de la mer. Ces animaux sont incapales de se défendre, et ils vivent sur les côtes ou dans les petits fonds, entre les récifs côtiers ; leur chasse n’est qu'un massacre sans danger ; elle donne seulement une valeur “économique et des habitants à des ilots subpolaires qui, sans elle, n'auraient ni valeur, mi habitants, comme les iles Pribyloff et Saint-Paul. En revanche, les baleines et “les cachalots, que l'on poursuit au large, au milieu des plus grands risques maritimes, et qu'il est assez difficile F de capturer ou de mettre à mort, valent toutes sortes de peines à ceux qui les chassent ; leur capture est une rude k ole, qui a formé,-pendant de siècles, des marins résolus, aventureux et expérimentés. L'ancien navire baleinier, tel quil exista depuis les chasses hollandaises du xvr° siècle jusqu à l'application de la vapeur à la grande pêche, était “un bateau de 400 à 500 tonneaux, lourd et trapu, apte à la navigation au milieu des icebergs et des glaces de “dérive *. L'attaque de la baleine au Le pon était une opé-
ration Sas qui demandait beaucoup de coup d'œil “ct de sang froid. Aussi citait-on les baleiniers comme les plus audacieux marins. Dans les régions arctiques et antarctiques, ils ont suivi de près les explorateurs polaires ; - souvent mème ils les ont précédés.
. «uen ne peut égaler, dit Parry, la hardiesse et l'esprit “entreprenant que déploient nos pêcheurs dans la poursuite de la baleine. À quelque heure du jour et de la nuit que celui qui est de garde dans Le nid de corbeau annonce une baleine, ils se jeitent à l'instant dans les barques, souvent en tenant leurs habits à la main, et se mettent à la poursuivre avec une ardeur qu'on trouve à peine sur les flottes es mieux disciplinées. »'.
! Panny, p. 281.
160 L'OECOUMÈNE MARITIME
Aujourd’hui, les flottes de fbaleiniers qui subsistent viennent surtout de Norvège et des Etats-Unis. Le lourd baleinier à voiles n’est plus guère qu’un souvenir : ce sont des bateaux à vapeur qui chassent les baleines, comme les” phoques. Ils élargissent donc singulièrement, grâce à leur mobilité, les terrains de chasse où se confinaient autrefois les vieux baleiniers. Ainsi les bateaux de Norvège vont de” la Novaïa Zemlia aux Far-Oër, en passant par le Spitzherg, les côtes du Finmark, Jan Mayen et l'Islande.
37. Instabilité des terrains de chasse. — (Celte. mobilité est, aujourd’hui plus que jamais, nécessaire aux navires qui pêchent la baleine, et mème le phoque, mais. surtout la baleine. Si les phoques, les loutres et les otaries « se reproduisent assez vite, les baleines se reproduisent lentement, et une chasse active et durable, dans une région déterminée, suffit en peu d'années à les rendre rares et même à les faire disparaître. [l n'est pas douteux que si les. cétacés sont devenus des animaux polaires, cela provient surlout de la chasse acharnée qui leur a été faite dans les mers tempérées, où ils ont été nombreux autrefois. Le cachalot, qui s'adapte mieux aux mers chaudes que les baleines proprement dites, a abondé dans les mers d'Europe, où il voyageait par troupes, suivant son habitude. Jusqu'au xvu° et même jusqu’au xvmr° siècle, on le” rencontra fréquemment dans les passages çcôliers de” l'Atlantique nord et du golfe de Gascogne. On nous raconte qu’à la fin du xvrr' siècle, 102 cachalots échouèrent à Kairston, dans les Orcades ; il en vint 31 à terre après” une tempête, en 1784, à Audierne‘. Mème dans les hautes
! Cancer Freurieu, t. II, p. 603.
EXTENSION DE L'OECOUMÈNE 161
latitudes horéales et australes, l'exploitation trop active de certains terrains de chasse, sur la limite des glaces, a amené la disparition, au moins temporaire, des cétacés, et la ruine des établissements de pêche. De là provient, en grande partie, l'instabilité de la colonisation européenne sur les côtes des régions polaires. Ainsi, les établissements permanents fondés par les Hollandais au Spitsberg, au xvu siècle, durent être abandonnés après un siècle d’exploitation. Même sort échut aux colonies de pêche de la côte mourmane. Par la même raison, appliquée à la chasse des phoques, s’explique la mobilité des Eskimos et l'immense extension de leur œcoumène. Par la même raison encore on arrive à comprendre pourquoi, dans le $. de l'océan Indien, Saint-Paul, l'ile d'Amsterdam et Kerguelen n'ont reçu que des colonies intermittentes, presque aussitôt abandonnées que formées. « Dans le sud de l'Océan
Indien, dit la Deutsche Seewarte (1891, la chasse, qui
s'était exercée depuis une dizaine d'années avec de très bons résultats, a fait récemment une faillite presque complète. C’est à cause d'une poursuite inconsidérée que les animaux, que l'on rencontrait auparavant si fréquemment, sont devenus rares. Aujourd’hui, la chasse couvre à peine ses frais! ».
L'instabilité des terrains de chasse a été suivie de l'instabilité des régions d'origine où se recrutaient les baleiniers. Nulle part, depuis quatre siècles, les habitudes et la pratique de la pêche à la baleine n'ont pu s’ancrer assez, dans une population côtière civilisée, pour subsister malgré tous les déboires. Tandis que la grande pêche lointaine du hareng et de la morue demeure aussi stable au point de vue
! Deurseue Seewanre, 1, p. 16, carte 35.
que la pêche d'Islande et de Terre-Neuve n'a cessé, depuis 4
elle a subsisté près d’un siècle; enfin elle a disparu. Les
été remplacés par les Norvégiens et par les Américains. Ha
au bout d'une certaine période, le terrain de chasse rede— k
102 L'OECOUMÈNE MARITIME
des lieux d’origine de ses marins qu'au point de vue d ses terrains d' exploitation, la pèche baleinière a connu de nombreuses transformations. Ainsi, en France, pendar
le xvr° siècle, d'être pratiquée par les Bretons et parles. Normands, il n'y a guère eu de baleiniers, jusqu'à Ktfin du xvur° siècle, que sur la côte basque, à Saint Jean de ; Luz ; puis la pêche s s’est reportée au N., à Dunkerque, où
Hollandais, grands pêcheurs de baleines au xvu siècle, « ont cédé le pas aux Anglais, et ceux-ci, à leur tour, ont. chasse de la baleine ne se ce vrainrent nulle part.
Toutefois. instabilité ne veut pas dire improductivité finale. Dès que les baleïniers disparaissent d’une région. trop exploitée, les baleines, à leur tour, y re et
vient productif. Or, comme il y a certaines zones, en particulier dans les régions boréales, qui sont les heux d'élecon d'espèces ne et où celles-ci reviendront toujours, tant qu'il restera quelques individus pour, les représenter, cesont, en dernière analyse, les mèmes endroits de la planète qui concentreront, à l'avenir comme dans le à passé, les efforts des grandes pêches. C'est ainsi que les Norvégiens exploitent aujourd’hui, dans la mer de Barentz, les mêmes parages où les Hollandais, au xvu° siècle, poursuivaient la baleine. Lorsque l'on compare le tableau de law réparlition des principales espèces. dressé à la fin du vu siècle par Carlet Fleurieu ‘, à la répartition actuelle, on est frappé d’une analogie qui va, sur bien des points, à |
!Cacer Freureu, t. Il, p. 627-699.
ntité presque complète, malgré fé chasse acharnée Jont les baleines ont été l’objet depuis cette époque. C'est ue la chasse intensive ne s’est pas portée sur tous les ints à la fois : elle à été très active tantôt dans un
isaient sans cesse dans les endroits et dans les périodes ‘où on les laissait en repos. L'extension de l’œcoumène déterminée par la grande pêche de la baleine a donc un aracière de fixité véritable qui permet d'en tracer avec précision les limites : mais c'est une extension en quelque sorte intermittente.
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