‹ Géographie sociale. La mer, populations maritimes, migrations, pêches, commerce, domination de la merChapitre 29 sur 77 · EC · texte numérisé non relu

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faibles, destinés à servir de tremplin aux peuples continentaux et à ceux des grandes îles. Cette oppression du peuple côtier peut être pacifique ou guerrière; elle prend tantôt la forme d’une absorption qui ne laisse pas de traces de l’ancien peuplement côtier, comme il est arrivé aux colonies phéniciennes des côtes de la Méditerranée, et tantôt: la forme d’une conquête brutale qui ne laisse subsister les peuples côtiers qu'à l'état de groupes subordonnés. De pareilles transformations sont souvent aidées par la faiblesse numérique de la colonie maritime. Car s'il est vrai que les mers ont transporté et transportent beaucoup plus de migrateurs qu'on ne le croyait autrefois, il est vrai aussi que les courants humains se dispersent et s’éparpillent volontiers sur la surface océanique, où ils ne sont pas concentrés et canalisés, comme les courants de migration terrestre, par la nécessité constante de la défense et par le choix de la route. Toute migration terrestre ressemble pius ou moinsau déplacement d'unearmée,commeles chercheurs d'ordu Witwatersrand et du Klondykenous en ont donné le plus récent exemple: au contraire la migration maritime, moins nombreuse en général, plus fractionnée, et sujette à s’émietter encore dès qu’elle arrive à son but, comme le montre l'éparpillement des colonies puritaines dans l'Amérique anglaise, n'aboutit qu’à grand peine à la formation d'un corps politique durable, surtout sur les côles des Méditerranées. où le maigre filet d'extension côtière se perd si aisément dans les masses humaines continen tales qui l'entourent de toutes parts.

L'exemple de la Méditerranée d'Europe nous montre nettement ce rôle passif des migrations maritimes méditerranéennes, condamnées, dans la plus grande partie des cas, soit à subir tôt ou tard les lois continentales, soit à

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être entièrement submergées par les retours offensifs des peuples de l'intérieur. Sans remonter à l’ancienne extension phénicienne, qui a laissé si peu de traces et si peu de souvenirs durables, comment ne pas être frappé du caractère éphémère de l’hellénisme des Séleucides et des Ptolémées, sur les côtes de Syrie et d'Egypte ? Comment méconnaitre que la domination romaine, malgré sa solidité et sa durée, n'a pu implanter le « romanisme » sur les côtes de l'Afrique du Nord'? Et cependant, dans ce dernier cas, l’inexistence politique de la masse continen— tale du désert africain, auquel s’adosse le Maghreb, faisait la part belle aux établissements maritimes de la côte de l'Atlas : c’est la présence du Sahara et l'isolement presque insulaire du Maghreb qui donnent leur meilleure chance de durée aux peuplements français, espagnol et italien dans l'Afrique du Nord.

En fait, le cas du Maghreb excepté, et en réservant aussi celui de l'Egypte dont la situation est très particulière, les dominations politiques qui existent aujourd'hui dans Ja Méditerranée ne sont issues ni les unes ni les autres du peuplement côtier. Ce n'est pas en colonisant les côtes que les Russes sont arrivés à dominer dans la mer Noire, et que les Turcs se sont emparés du Bosphore et de l’Archipel. L'état italien est né en Piémont, l'état français dans l'Ile de France, l'état espagnol dans les Asturies et plus tard en Aragon et en Castille, très loin des centres du peuplement littoral, qui subissent à l'heure actuelle, de Gibraltar à Beyrouth, la loi du continent, mais qui ne la font pas.

C'est un spectacle analogue que nous offrent les Malais

1 PunxppsON, p. 197.

de l'Insulinde, avec cette différence qu'ils n'ont pu être subjugués par une poussée continentale, puisqu'ils ont colonisé un archipel; pour eux la domination politique extérieure est venue d'outre mer, et elle seule a pu substituer aux petits états malais, à peine organisés et trop nombreux, le groupement de toute l'Insulinde en quelques grandes colonies européennes. Les Malais se sont toujours montrés incapables d'union, comme les Grecs de l’antiquité classique, et, pour les Malais comme pour les Grecs, cette incapacité s'appuie sur des motifs historiques ; mais elle a aussi pour cause la faible cohésion géographique propre aux peuples des micronésies et aux peuples côtiers.

A6. Résultats des combinaisons ethniques : peuples et langues composites. — La fragilité politique des établissements issus du peuplement côtier ne doit pas nous faire méconnaitre les importants résultats sociaux des courants de peuples qui ont traversé en tous sens les Méditerranées, pour déposer les alluvions les plus variées sur les côtes où s'agrégaient les colonies littorales. Le caractère essentiel de ces combinaisons ethniques, c’est leur complexité. Cette complexité est assez grande pour qu'il soit le plus souvent impossible de discerner, dans les nouveaux types sociaux qui se forment, leur principale filiation. L'exemple des Malais et des discussions auxquelles a donné lieu leur origine le montre d'une manière assez claire : mais les Malais ne sont pas le seul groupe dans ce cas; on peut en dire autant de la plupart des populations purement côtières établies autour de la Méditerranée, Levantins, Maltais, Dalmates. La complexité des combinaisons ethniques côtières, si elle rend fort difficile l'étude particulière de chaque groupe, présente du moins l'avan-

tage de nous éclairer au sujet de la nature propre des déplacements et des relations qui s’établissent entre les différentes souches des colonies littorales. Ce ne sont mi le politique, ni la guerre même maritime, ni l’agriculture, ni l'industrie qui font le peuplement côtier : c’est le ‘com merce. Seules, les relations commerciales peuventexpli= quer cette pénétration mutuelle d'éléments ethniques div ers et venus de points ou d'espaces souvent très éloignés, don it on trouve les traces dans le peuplement côtier. M LL mélange n'est plus ri et ne donne des résultats. plus inattendus que celui-là. Sans doute, si ces résultats sont tout particulièrement curieux et bigarrés, comme on le constate dans les grandes villes méditerranéennes, comme Marseille, Smyrne, Alexandrie, Smgapour ou Batavia, il sont plutôt superficiels que profonds, en ce sens que là pénétration mutuelle des éléments ethniques, si elle aiteint un très grand nombre d'éléments, n'affecte aucun d'eux d'une manière assez forte pour: qu'il soit absorbé en entier dans le nouveau type social de forma tion maritime. C'est ainsi que si l’on peut admettre que les. Malais sont issus des Hindous, des Papous, des Négritos, des Chinois et des Birmans, il n'en est pas moins vrai qu'il reste, même dans l'Insulinde, un nombre d'individus assez grand, dans chacun des ces groupes, pour qu'aucun: groupe ne coure le risque d'être absorbé entièrement par la formation sociale malaise. Il en est de même des! Levantins de la Méditerranée, à côté desquels subsistent les Grecs, les Arméniens, les Juifs, les Slaves, les Tures; qui ont sans doute tous contribué à la formation du type levantin. La fusion qui résulte des pénétrations médi ranéennes donne done des résidus sociaux dont la na

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» tion sur un espace resserré et aux relations commerciales ; - mais ces groupes, qui sont très souvent uniquement urbains et côliers, manquent de la force: d'expansion nécessaire pour rayonner sur l'espace continental.

Aussi l'expansion des groupes issus de combinaisons ethniques maritimes demeure uniquement maritime. Ces groupes, s'ils s'adaptent avec aisance à toutes les formes de la vie maritime et côtière, ne se prêtent pas, d'habitude, aux mouvements de pénétration profonde dans les continents. Ilest intéressant de comparer leur immobilité et leur stagnation, quand les voies qui s'offrent à eux sont continentales. à la mobilité extrême dont ils font preuve, quand ils ont devant eux l’espace maritime. Les Malais n'ont même pas extirpé les peuplades inorganisées qui vivent à l'intérieur de leur péninsule continentale; en revanche, ils ont essaimé sur tout le Pacifique et sur tout l'océan Indien (v. chap. vu). Les Phéniciens, qui ont dépassé les colonnes d'Hercule et qui se sont aventurés les premiers sur les côtes de l'Atlantique, n'ont pu, chez eux, se rendre maîtres de l'hinterland de la Syrie. Les Grecs n ont pris pied, ni à l’intérieur de FAsie mineure, ni en Yhrace, mi dans la partie continentale de FItalie : la Grande Grèce était une ligne de côtes, comme la Grèce elle-même.

Le lieu d'origine des groupes composites, qui sert de point de départ à leur expansion, peut être une large zone côtière, marilime et insulaire, ou un canton très restreint. En d’autres termes, les proportions d'éléments primitifs nécessaires à la formation des groupes nouveaux existent, soit dans une région étendue où se croisent en tous sens les voies d’afllux, soit sur un seul point où la plus grande partie de ces voies se rencontrent et se concentrent.

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