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ce genre qu'en petit nombre, et encore sont-elles incommodes presque toujours. Que l’on compare, à ce point de vue, l’Elbe, le Rhin, la Meuse, l'Escaut et la Tamise, au Rhône, au PÔ, à l'Adige, et même au Danube et au Dnieper : la première série de fleuves présente autant de facilités à la combinaison et à la fusion des courants migrateurs maritimes et continentaux, que la seconde présente d’inconvénients et d'obstacles. Il n’est pas surprenant que les matériaux et l'outillage de la vie économique s'entassent aujourd'hui en quantités énormes sur les débouchés fluviaux de la mer du Nord (v. II° partie); mais, même avant l'extension moderne du commerce maritime, ces débouchés étaient les points désignés, naturels et nécessaires où les courants de migration maritime affluaient dans l’œcoumène terrestre, ou bien divergeaient vers les côtes prochaines et vers les mers du large. Une concentration des courants supérieure à celle qui existait dans la Méditerranée, un développement tout particulier de la voie fluvio-maritime (par exemple, dans les Pays Bas), et aussi moins d'activité dans la fusion des peuples, qui ne se rencontraient pas sur une zone côtière aussi développée, et par suite l'absence ou la rareté des forma tions sociales hétérogènes que nous avons étudiées plus haut {$ 46) : telles sont les conséquences de la structure générale des mers du Nord de l'Europe. L'analyse de ces conséquences nous permet d’assigner aux mers en bordure, au point de vue des courants de migration maritime, un rôle sensiblement inférieur à celui des Méditerranées.
Cependant, sur les côtes des mers du Nord, le peuplement côtier par extension continentale, épousant en quelque sorte les formes de la côte et suivant la lisière de
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mer, s est fait sur d’assez grandes proportions, et il a eu des suites durables ; mais ces suites, c'est à son caractère avant tout continental qu'il les a dues. L'extension, le long des côtes de la Baltique, des chevaliers Teutoniques et des Porte-Glaives, de la Vistule au golfe de Finlande, n'avait à peu près rien de maritime à l'origine : c’est seulement après la conquête militaire et après l'établissement des colons allemands dans les anciens pays slaves que vinrent de Lubeck les marchands de la Hanse, et si le premier peuplement du pays conquis a eu un caractère uniquement militaire et continental, le second a eu un caractère surtout commercial et maritime : c’est ainsi que les guerriers du xur° siècle se sont transformés, au xvi° et
“aux siècles suivants, en colons pacifiques, ce qui favorise
aujourd'hui la reprise de l’ancien territoire des Porte- Glaives par le peuplement continental russe, suivant la loi générale de subordination des groupements côtiers que nous avons expliquée plus haut {$ 45). Un mouvement analogue de cheminement le long des côtes (mais celui-là purement maritime et commercial, jusqu'à nouvel ordre), se dessine sur les rivages des Pays Bas depuis l'unification et l'expansion économique de l'Allemagne : c’est l'emprise du germanisme commercial et industriel sur les ports de
- la Hollande et de la Belgique, et en particulier sur Rotter- :
… dam et sur Anvers. Sur ces points, les débouchés fluviaux,
* Ÿ AE Lt,
- puissamment aidés par la canalisation artificielle, ont été
et sont encore les routes des hommes et des produits allemands pour la prise de possession graduelle des côtes de la mer du Nord. Ces deux exemples de l'extension littorale du germanisme, sur la mer du Nord et sur la Baltique, nous montrent le caractère particulier des migrations proprement côtières (et non traversières), dans les mers en bordure.
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. il s’est effondré sans laisser, peut-on dire, sauf dans la :
y CTP + 210 MIGRATIONS MARITIMES Lis LUE à
différentes l’une de l’autre par leur caractère originel, M puisque les Hanséates étaient des commerçants et les - Suédois des conquérants, elles ont été éphémères toutes M les deux, parce que c’étaient, comme dans les Méditerra= « nées. des mouvements vers les cûtes situées en face, et de 1 tels mouvements, en général, ne sont pas durables. La” Hanse a étendu ses comptoirs, non seulement sur les côtes orientales de la Baltique, mais sur tout le littoral scan= « dinave; elle a eu dans tous ses ports chefs-lieux une orga- M nisation semblable à celle dont le souvenir est demeuré vivace à Bergen, avec son quartier réservé et fortifié, son M port et son quai spéciaux, ses règles intérieures presque conventuelles, son champ d'opérations très défini et. souvent très étendu. Rien ne paraissait aussi solide que les institutions hanséatiques, et cependant, elles n’ont brillé que d’un éciat assez court, dont la brièveté est due, pour « une grande part, au fractionnement et à la dispersion des Hanséates sur les côtes opposées des mers en bordure. « Quant à l'empire suédois, lui aussi n’a pas pu résister au même vice d’origine. Après avoir uni presque toutes les côtes de la Baltique pendant un demi-siècle (1661-1721),
Finlande (occupée un siècle de plus par la Suède) la, moindre trace d'ordre ethnique et social.
18. Mers de l'Inde. — Dans les mers de l'Inde, entre l'Afrique, l'Arabie, l’Indoustan et l'Indonésie, le mode d'extension côtière et les migrations maritimes se rap" prochent, plus que dans les mers du Nord, des caractères que nous avons étudiés dans l’Insulinde et dans la Médi
terranée. C'est que, ni au point de vue de la structure, ni à celui des débouchés fluviaux, les mers de l'Inde ne se rattachent au type des espaces maritimes de submersion superficielle, qui est celui des mers du Nord de l'Europe. Elles ne se rattachent à'ces dermières que par leur extension
les autres conditions naturelles, c'est aux Méditerranées qu'elles sont directement comparables; leur situation même sous les latitudes tropicales, d'où dérive l'ancienneté de la civilisation dans ies mers de l'Inde, a fait remonter très haut dans l'histoire les courants de migration de l'océan Indien, et leur a permis ainsi de produire tous leurs effets sociaux. Aussi retrouvons-nous pour une grande parte, dans les mers de l'Inde, les résultats ordinaires aux courants migrateurs dans les Méditerranées, et nous y constatons surtout la présence, sur les côtes, de ces formations sociales hétérogènes que nous n'avons pu trouver dans les mers du Nord. L'activité déployée dans l'océan Indien par les Arabes :et par les Malais, leurs extensions côtières dans tous les sens, la fusion de ces éléments maritimes avec les groupes marins des peuples de l'Inde ont abouti, sur quelques points comme Bombay, Colombo et Zanzibar, à une complexité sociale presque aussi riche que celle des villes de l'Indonésie.
Nous avons parlé plus haut de l'activité et de Pesprit d'entreprise des marins arabes, si remarquables parce qu'ils ont eu comme foyer primitif, à Mascate, à Ormuz, à Aden et à Djeddah, une côte de dispersion ($ 22): ces marins ont étendu leurs opérations, leurs traditions, leurs mœurs, leur religion et même leur domination, non seulement sur les côtes du trafic des esclaves v. chap. vin), mais encore sur tout le pourtour de l'océan Indien, de
vers le large, qui les différencie des Méditerranées:; pour’
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Sumatra à Madagascar. Flacourt, le vieil historien de
Madagascar. parle des Rohandrians (princes, seigneurs) ou blancs de Madagascar, qui étaient des Arabes. « Il parle comme témoin oculaire des Arabes qui avaient été envoyés à Madagascar dans de grands canots, à ce qu'ils dirent à ‘Flacourt, par le calife de la Mecque, pour instruire ces peuples; la race qui en sortit avait beaucoup multiplié du temps de Flacourt {xvn° siècle); ils enseignaient à lire l'écriture arabe! ». En 1781, ces écoles arabes existaient encore ; le terme de Rohandrians s'était conservé au Fort Dauphin pour désigner les gens d’un rang distingué; les habitants de Sainte-Marie se disaient toujours issus de la race d'Abraham (Zaffe Hibram)*.
Les courants migrateurs d'origine malaise se sont probablement mêlés aux courants arabes, à Madagascar (voir chapitre vin); mais c’est surtout sur les côtes de l'Inde, à la faveur des voies nombreuses qui reliaient les côtes vpposées des trois péninsules du sud de Asie, que le flux el le reflux des migrations multiples ont abouti à la formation de groupes maritimes en état de mobilité conti nuelle, composés surtout, les uns de marins, les autres de travailleurs ou d’ « engagés », qui ne cessent d’aller et de venir des côtes de l’Hindoustan à celles de l'Arabie, de l'Indo-Chine, de l'Indonésie, de l'Afrique et des Mascareignes. Les premiers sont les Lascars, les seconds sont les Malabares. Les Lascars sont. si l’on peut dire, les résidus sociaux formés par les continuels passages d'hommes sur les côtes de Malabar et de Coromandel; leur filiation est donc extrêmement complexe, et c'est
Le Genrix, t Il, p. 5o1.
2Le Gex, t. Il, p. 502.
comme sang-mêlés, autant que comme gens adonnés à la mer, que les différentes castes de l'Inde les méprisent: ils composent, depuis longtemps, la majeure partie des équipages des navires, même européens, qui font l'intercourse dans les mers de l’Inde,.et même ils figurent pour une proportion respectable dans le contingent des grands paquebots anglais et allemands qui vont d'Europe en Chine et en Australie. Les Malabares ne sont pas exclusivement spécialisés, comme les Lascars, dans les métiers de la mer : parmi les Malabares, les uns constituent l’écume de la population dans les grandes villes-escales des mers de l'Inde, comme Colombo et Singapour; les autres sont des travailleurs à tout faire, engagés de gré ou de force pour la main d'œuvre dans les îles de monoculture et dans toutes les entreprises de mines et de travaux publics sous les ciels tropicaux; ce sont des engagés, des cooles, en réalité des esclaves (v. chap. vin); leur transplantation forcée en compagnie d'hommes qui proviennent de souches irès différentes, comme les nègres et les Chinois, accentue encore leur complexité ethnique, déjà très grande dans leur pays d’origine.
19. Le mélange des peuples et la concentration urbaine. — On ne se ferait pas une idée satisfaisante des croisements de peuples accomplis par migrations dans les mers en bordure et dans les bassins fermés, si l’on croyait que ces croisements se font avec une activité égale sur toute une ligne de côtes, ou sur une portion de côtes assez étendue. Un croisement complexe de cette nature, où se rencontrent les représentants de nombreuses variétés ethniques et sociales, ne peut se comprendre que si les échantillons humains de toutes ces variétés se rencontrent
| dans un espace étroit, y vivent, y fixent leurs occupations | et leurs séjours: en d'autres termes, c'est la ville maritime, e et de préférence la grande ville, qui forme le creuset néà cessaire des nouvelles combinaisons sociales, de sorte que | l'on pourrait représenter l'æcoumène des peuples mati= times de formation complexe, non comme un ruban con- | tinu sur la ligne des côtes, mais comme une série de points. dont chacun correspondrait : à un grand port. Ces points … deviennent aujourd” hui de plus en FE importants et de moins en moins nombreux : la concentration urbaine “ s'accélère dans les pays maritimes, avec presque autant de rapidité que dans les pays industriels, et nous expli= … querons, dans nôtre IIT° partie, les raisons économiques de ce mouvement. Mais nous devons le noter ici én passant, au point de vue de la vitesse accrue de la fusion maritime | des peuple s. Points de rencontre de toutes les races du « globe, les grandes villes maritimes sont les seuls endroits de la planète où les hommes venus &es pays les plus éloi- » gnés se coudoient, vivent et commercent ensemble. Elles ont comme creusets de fusion un rôle très supérieur à celui des capitales continentales comme Paris, Vienneet Berlin. Aucune capitale continentale ne présenteune com- … plexité d'éléments ethniques et sociaux comparable à à celle que l’on constate à Marseille, à Smyrne, à Colombo, à Hong-Kong et à Singapour.
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